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Monday, April 10, 2017

Citation du 11 avril 2017

Tout en restant, s’il le faut, le dernier par le succès, tu peux devenir le premier par l’effort […] Courage !
Ferdinand Buisson – Adresse au dernier de la classe (1887) (Lire le texte en annexe)
Quelle évolution ! Depuis 1887, plus d’un siècle a passé ; qui donc aujourd’hui se soucie du dernier de la classe ? Déjà, il faudrait qu’il y ait un classement et que l’on sache qui est premier et qui est dernier. Aujourd’hui on a plus rationnellement séparé les bons des mauvais en les plaçant dans des établissements différents. Finie l’école de la République qui mélange les petits français et qui offre au dernier le spectacle des premiers qu’il peut envier et s’efforcer d’imiter. Aujourd’hui, il y a les collèges de « centre-ville » et les collèges « tout-pourris » : tout le monde l’accepte et tout le monde se bat pour éviter les derniers et intégrer les premiers. Qu’il y  ait des élèves incapables d’avoir le niveau, on s’en fiche complétement, à condition que ce soient les enfants des autres. (1)

Maintenant observons que Ferdinand Buisson n’a, dans cette question, pas du tout la ségrégation en tête : lui au contraire il vient de fonder l’école républicaine, la même pour tous, où tous les lundis matin à 8 heures pile, tous les petits français de 10 ans trempaient leur plume dans l’encre violette et faisaient une dictée. Non – Ce qui importe c’est de valoriser l’effort ; même quand il n’est pas récompensé (on songe au terrassier qui touche un salaire de misère tandis que le patron se remplit les poches en se prélassant dans son fauteuil de PDG), il vaut par lui-même. « Tu acquiers de jour en jour de la force et de la valeur » dit Buisson au petit cancre. Il est inutile de faire la révolution pour être récompensé de ses efforts : il le sera – Même si les puissants ne le font pas, Dieu y pourvoira.
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(1) Pour mémoire il y a deux ans les mamans d’une école d’un quartier ghetto de Montpellier (Le quartier du Petit-Bard, 95% d’origine marocaine) ont fait un scandale parce que, suite à un remaniement de carte scolaire, leurs enfants devraient obligatoirement aller dans le collège du quartier et non dans un établissement fréquenté par les « petits blonds ». Lire ici


Annexe – « Tu peux même avoir davantage de mérite que tes camarades ; si tu te donnes plus de peine qu’eux. Tout en restant, s’il le faut, le dernier par le succès, tu peux devenir le premier par l’effort […] Courage ! En apprenant petit à petit à te corriger, à travailler, à t’observer et à te faire violence, tu acquiers de jour en jour de la force et de la valeur ; tu as fait aujourd’hui un petit progrès, tu en feras demain un autre : continue ainsi, et, peut-être, dans la vie, arriveras-tu plus haut que ceux qui sont aujourd’hui les premiers. »
Ferdinand Buisson – Adresse au dernier de la classe (1887)

Wednesday, August 24, 2016

Citation du 25 aout 2016

Former les hommes, ce n'est pas remplir un vase, c'est allumer un feu.
Aristophane
Voilà bientôt la rentrée scolaire, non seulement celle des élèves, mais aussi celle des enseignants – y compris ceux qui font leur première rentrée, je veux parler des néo-promus.

- Inutile, chers professeurs, vous qui peaufinez vos premiers cours, de chercher le bourrage de crâne ; cherchez plutôt la motivation. Mo-ti-vez vos élèves, et vous verrez que c’est beaucoup plus facile après. Moi qui vous parle, j’ai été dans une vie antérieure prof de philo. Eh bien, je savais que j’avais une petite semaine pour répondre aux élèves qui demandaient « A quoi ça sert, la philo ? » de façon motivante (1). D’ailleurs ce n’est pas pour rien que beaucoup de collègues commençaient l’année en fourrant leurs jeunes élèves au fond de la caverne (celle de Platon) et en leur promettant que s’ils écoutaient bien ils parviendraient à en sortir.
Alors, c’est Aristophane qui a raison ? Oui, bien sûr et les IUFM (2) sont remplis de gens très malins qui savent comment allumer ce feu… Sauf que… Sauf que les élèves ne sont pas des petits animaux réagissant mécaniquement à des stimuli. Beaucoup sont capable de sentir brûler le feu dont parle Aristophane, mais le pyromane est parfois quelqu’un – ou quelque chose – de bien imprévisible. Parfois il s’agit d’une petite idée qui fait tilt dans le cerveau et qui allume l’incendie. Parfois même il s’agit d’une circonstance tout à fait extérieure à la volonté du prof, mais qui vient à son secours.
Il suffira d’une étincelle pour allumer le feu !


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(1) Il est vrai que quand ça marchait, ça risquait d’être remis en cause avec la première note de dissertation.

(2) Mise à jour : il s’agit des ESPE (Ecoles Supérieures du Professorat et de l'Education).

Friday, November 27, 2015

Citation du 28 novembre 2015

Le regard général des Français sur l’école maternelle et celui des enseignants est très proche … : ils la décrivent comme une école essentielle, œuvrant pour les apprentissages mais aussi le vivre ensemble et l’épanouissement des élèves.
Harris Interactive – Sondages d’opinion. 24 novembre 2015 - (Lors d’un colloque intitulé « Nouveaux programmes en maternelle : un nouvel élan pour le travail enseignant ? »)

 
Ecole Montesori – Exercice pour prendre soin de l’environnement de la classe (Voirici)

Qui est en rose et manie le balai ? Quels sont les trois enfants à l’arrière plan entrain de bavarder ? Quelle signature en bas à droite de la photo ?
Après la vague de contestation de la « manif pour tous », dénonçant les intrusions de l’école dans l’éducation donnée aux enfants relativement au genre garçon/fille, devons-nous comprendre que la satisfaction affichée à présent par les parents viendrait de ce qu’on aurait redressé la barre et donné aux petits filles dans la classe maternelle un rôle à la mesure de ce que la tradition accorde aux femmes ?
Poser ces questions, c’est y répondre : je m’en voudrais d’enfoncer ces portes ouvertes.
Par contre, il y a deux questions qui me préoccupent :
            - Est-ce que cette photo vous choque ?
            - Supposez-vous que cette petite fille soit contente de balayer la classe ?
Commençons par la seconde : – Oui, cette enfant est peut-être très contente de balayer. Soit que ce soit une activité plaisante en elle-même (voyez avec quelle élégance elle tient son balai) ; soit qu’on lui ait donné un statut particulier (du genre : Si tu es bien sage tu auras le droit de balayer la classe !). Bien entendu on ne lui a rien dit du statut social de la femme de ménage : elle est beaucoup trop jeune pour entendre cela !
Maintenant, la première question : comme à beaucoup, la fonction d’intégration de l’école vous paraît sans doute primordiale. Mais… Sommes-nous d’accord pour dire quels changements sont souhaitables ? Les manif contre les programmes scolaires en rapport avec l’égalité des filles et des garçons semblent bien montrer que non.
--> Si l’on veut que l’école contribue à changer la société (ce que les programmes scolaires favorisant l’égalité homme/femmes semblent vouloir) alors créons des établissement officiellement organisés pour cela.
Des écoles au fronton des quelles au lieu d’écrire la devise de la République, on mettrait :
Ici, les petits garçons aussi doivent balayer la classe.

Ça risque de compliquer la carte scolaire, mais après tout, pourquoi pas ?

Sunday, June 28, 2015

Citation du 29 juin 2015

Messieurs, il se coupe trop de têtes par an en France. Puisque vous êtes en train de faire des économies, faites-en là-dessus. Puisque vous êtes en verve de suppressions, supprimez le bourreau. Avec la solde de vos quatre-vingts bourreaux, vous payerez six cents maîtres d’école. Songez au gros du peuple. Des écoles pour les enfants, des ateliers pour les hommes. Savez-vous que la France est un des pays de l’Europe où il y a le moins de natifs qui sachent lire ! Quoi ! La Suisse sait lire, la Belgique sait lire, le Danemark sait lire, la Grèce sait lire, l’Irlande sait lire, et la France ne sait pas lire ? C’est une honte. 
Victor Hugo – Claude Gueux (1834)
Actualité de Victor Hugo :
            - En 1834 déjà, il souligne que les Français sont les moins aptes à la lecture de tous les enfants européens. Nous en sommes encore là en 2015
            - Les députés français étaient déjà (1834) entrain de faire économies sur le budget de l’Etat, en particulier dans l’éducation.
            - On réglait déjà des problèmes de budget : combien un bourreau vaut-il de maitres d’école ?
(Solution : si 80 bourreaux = 600 maitre d’école ; alors : 1 bourreau = 7,5 maitres d’école
Autant dire qu’il est certainement plus difficile de faire le bourreau que de faire le maitre l’école, et que c’est pour cela qu’il faut le payer plus cher.)

Voilà : quels progrès avons-nous fait en 180 ans ?
            - En lecture ? Oui, nous avons créé l’école publique et obligatoire. Et alors ? Nos enfants savent-ils lire ? Hélas ! Nous sommes obligés de le dire : Victor Hugo était bien naïf : il croyait qu’il suffisait d’apprendre pour savoir.
            - Les économies sur le budget de l’Etat ?  Beaucoup pensent que le budget de l’Education nationale est trop élevé eu égard aux résultats obtenus. Nous payons très cher des professeurs grognons qui ne veulent enseigner qu’aux meilleurs élèves – c’est à dire ceux qui apprendraient aussi bien sans eux.
            - Nous n’avons plus de bourreaux – la belle affaire ! Les maîtres d’école nous coûtent à présent si cher, et leurs résultats pour prévenir la délinquance sont si piètres, qu’on ne croit plus comme Hugo que le progrès de l’instruction publique résoudrait la question de la criminalité. Il nous faut donc toujours recruter des bourreaux (1) ? Oui, mais ce n’est pas si facile : par exemple on manque de main d’œuvre en Arabie saoudite.
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(1) De fait, on se contente de gardiens de prison ; mais à la longue, ça coute plus cher…


Wednesday, June 24, 2015

Citation du 25 juin 2015

Toutes les intelligences sont égales ;
Qui veut peut ;
On peut enseigner ce qu’on ignore ;
Tout est dans tout, etc.
Joseph Jacotot – Les 4 principes de l’enseignement universel (1818)
Voilà donc huit ans Post du 20 mars 2007  que j’ai publié cette note sur l’enseignement de Joseph Jacotot tel que révélé par Jacques Rancière (1). Huit années où dans l’école rien – ou presque –  n’a bougé, pas plus semble-t-il que pendant les deux siècles qui nous séparent de la publication de cette méthode.
A quoi bon répéter encore les mêmes choses ? A quoi bon dénigrer une fois de plus les prétentions de la science dite « pédagogique » ? A quoi bon désespérer les maîtres débutants qui pensent qu’enseigner s’apprend et qu’il y a des IUFM pour cela ?
Si je reviens sur ces questions, c’est que le débat sur la réforme des collèges m’a un peu échauffé : à chaque fois, il s’agit de s’avoir si on doit prendre soin des meilleurs (latin-grec-allemand) plutôt que des plus faibles (lecture-anglais), ou le contraire ? La thèse de Jacotot est complètement à l’écart de cela : le maitre doit considérer l’élève comme son égal, en non chercher à savoir si celui-ci comprend plus vite que celui-là.
Il est vrai que Jacotot neutralise quelque chose qui nous semble aujourd’hui essentiel : l’environnement socio-culturel de l’élève. Pour lui, le rapport maitre-élève commence entre les quatre murs de la classe et seulement quand il y a pénétré. C’est ainsi qu’il conçoit ce rapport de volonté à volonté sans le quel l’éducation ne fonctionne pas.
Alors, de nos jours on a remplacé ce rapport par la notion de motivation, qui suppose une amorce de volonté chez l’élève, afin de prendre appui dessus (2). Au fond, on ne cherche pas à violenter la nature : on la prend telle qu’elle et on la cultive comme ferait un jardinier avec une fleur exotique. Jacotot n’a pas de tels scrupules : la seule façon digne de faire de l’enseignement, c’est de prendre l’élève comme un être humain à part entière, c’est à dire doué d’une volonté et d’une intelligence. On voit bien qu’on a affaire à deux approches radicalement différentes.
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(1) Voici le texte tel que présenté par Jacques Rancière :
1 « C’est un maître qui enseigne - c’est-à-dire qui est pour un autre cause de savoir - sans transmettre aucun savoir »
2 « la " transmission du savoir " comprend en fait deux rapports intriqués et qu’il convient de dissocier : un rapport de volonté à volonté et un rapport d’intelligence à intelligence »
3 « le maître ignorant n’exerce aucun rapport d’intelligence à intelligence. Il est seulement une autorité, seulement une volonté qui commande à l’ignorant de faire le chemin, c’est-à-dire de mettre en œuvre la capacité qu’il possède déjà, la capacité que tout homme a démontrée en réussissant sans maître le plus difficile des apprentissages : celui de cette langue étrangère qu’est pour tout enfant venant au monde la langue dite maternelle ».
4 - « Postulat de l’égalité des intelligences : le maître et l’élève sont à égalité dès lors que l’un veut être compris de l’autre. Le reste est affaire d’autorité : il faut contraindre l’élève à faire l’effort de chercher à comprendre. »
Sur tout cela, voir le Post du 20 mars 2007, Annexe. On peut aussi consulter l’article de Wiki.

(2) Cf. le livre de Rolland Viaud, La motivation en contexte scolaire (à lire en ligne ici).