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Tuesday, August 30, 2016

Citation du 31 aout 2016

Nous savons si peu ce que nous faisons en ce monde que je doute même si le doute est vraiment l'action de douter.
Lord Byron / Don Juan
« J’ai des doutes » disait Raymond Devos dans un de ses sketches mémorables (Vidéo ici).
Bien sûr le doute de Devos n’avait pas lieu d’être puisqu’il était évident que sa femme le trompait avec son meilleur ami ; mais à la différence de notre humoriste, Lord Byron affirme qu’on devrait remplacer le doute par un aveu d’ignorance.
C’est qu’en effet le doute est une position intermédiaire  entre certitude et ignorance, le moment où la balance du savoir est en exact équilibre entre ces deux extrêmes, les plateaux oscillant sans cesse entre pencher d’un coté et puis de l’autre. Byron démystifie le doute : pour lui l’action de douter ne se borne pas à produire le doute lui-même, car elle nous engage dans l’illusion qu’on pourra savoir ce qu’on fait sur terre – et même qu’on le saura un jour… tout au fond de nous, ce doute ne résulte pas d’une incertitude, car il n’est en réalité qu’un effort pour rester dans l’espérance que quelque chose viendra un jour pour nous révéler ce qui se cache derrière le rideau.


Byron laisse entendre qu'avec un peu de courage, on délaisserait le confortable écran du doute, et on pourrait alors arriver à une certitude : celle que rien ne nous est caché, parce que derrière le rideau, il n'y a rien. Car si vraiment rien ne vient me dire pourquoi je suis sur terre, ne devrais-je pas conclure que mon existence est absurde – entendez sans aucune justification – et que ma disparition ne changera rien du tout.

Monday, July 11, 2016

Citation du 12 juillet 2016

La philosophie nous enseigne à douter de ce qui nous paraît évident. La propagande, au contraire, nous enseigne à accepter pour évident ce dont il serait raisonnable de douter.
Aldous Huxley – Le meilleur des mondes (1958)
Le premier /précepte/ étant de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle : c'est-à-dire, d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de  ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présente si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute.
Descartes – Discours de la méthode (2ème partie)
Commentaire 1.
La philosophie qu’évoque Huxley est celle de Descartes, tellement connue qu’on est surpris qu’il soit encore nécessaire de la rappeler. Mais en même temps, comment nier que la propagande existe bel et bien et pour les raisons qu’il est dit : oubli du doute raisonnable.
Oui, qu’il soit possible de continuer à asséner des contre vérités et d’être cru uniquement parce qu’on a pris le ton péremptoire qui en impose – ou encore, plus simplement qu’on ait assorti cela de petits modérateurs du genre « Il est évident que… Comme on sait… Les français veulent ceci-cela… » ou bien « Comme je l’ai montré… », etc. Contre cela, l’attitude de Descartes, qui est bien la plus simple, consiste à dire : ce qui n’est pas évident doit être démontré.
- Par exemple : les inégalités hommes-femmes ? Démontrez-moi ça – et pas simplement à l’aide de préceptes religieux ou d’exemples issus de l’histoire : on n’admettra que ce qui est observable et actuel – mais ce ne sera pas suffisant. Comment faire ? La logique nous propose bien des procédés de réfutations qui sont d’une application très simple. Par exemple : le modus tollens qui est une règle affirmant que « si B implique Q, et si Q est fausse, alors B l’est également ». Si donc je dis « S’il pleut, alors je n’irai pas au parc ; et si je vais au parc, alors il est faux de dire qu’il pleut ». Donc, admettons le même procédé avec (par exemple) l’inégalité hommes-femmes « Si les femmes sont uniquement destinées à élever des enfants, alors il leur est impossible de jouer un rôle en politique. Mais s’il y a des femmes chefs d’Etats qui remplissent parfaitement ce rôle, alors le principe est faux. »
Voyez les anglais : il sont à la recherche de leur « nouvelle Maggy » : preuve que l’autre – la vraie – leur a laissé un bon souvenir !

La suite à demain, si vous le voulez bien.
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(1) Modus tollens     (logique)   règle affirmant que si B implique Q, et si Q est fausse, alors B l’est également. (Voir ici)

Sunday, November 13, 2011

Citation du 14 novembre 2011

La vraie science est une ignorance qui se sait.
Montaigne – Essais
Le beaucoup savoir apporte l'occasion de plus douter.
Montaigne – Essais
Que vaut la science ? Je veux dire : que valent, non pas ses applications, mais les connaissances qu’elle apporte ?
On peut en effet obtenir toute sorte d’effets utiles en mettant en œuvre des connaissances complètement erronées. Sans vouloir me fâcher avec les chinois dont je respecte énormément la Civilisation, la médecine chinoise (et l’acuponcture en est un exemple) me parait, en tant que science, des plus fantaisistes – même si elle guérit ses malades.
Donc, si on écarte les succès techniques, reste que la science doit d’abord nous apporter des certitudes. Or, voilà que Montaigne nous dit : Le beaucoup savoir apporte l'occasion de plus douter.
Et d’évoquer sans le dire Socrate qui se vantait de son non-savoir : Je suis le plus savant des Athéniens parce que moi, je sais que je ne sais pas.
La docte ignorance (1) est donc ignorance qui se sait, une ignorance consciente d’elle-même. On peut en effet ignorer sans le savoir : ignorer ce qui se passe à l’autre bout de l’Univers ; on peut encore ignorer ce qu’on croit dur comme fer savoir. En revanche comment savoir qu’on ne sait pas ?
--> En touchant les limites de notre savoir : je sais que je sais jusque-là et pas plus loin. Ce qui renvoie aux frontières du savoir – ou aux trous qui le percent.
--> Mais aussi en doutant de notre science, en sachant que notre savoir est peut-être provisoire, qu’il est une vérité admise jusqu’à maintenant, mais qu’une nouvelle expérience risque bien de le remettre en cause demain.
Moyennant quoi, la vérité, comme dit Popper, n’est jamais que « verisimilitude ». D’ailleurs le terme est de Montaigne, justement (Apologie de Raymond Sebond – cité ici)
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(1) J’emprunte l’expression de Nicolas de Cues sans prétendre en évoquer le contenu spécifique.

Wednesday, February 02, 2011

Citation du 3 février 2011


Le doute est un poison pour la conviction et un aliment pour la foi.
Gustave Thibon - L'ignorance étoilée (1974)
Foi - Croire sans preuve et même contre les preuves.
Alain (voir ici)
Credo quia absurdum.
Attribué à saint Augustin
Gustave Thibon fut un « Philosophe-paysan », catholique, monarchiste et autodidacte… n’en jetez plus, la cour est pleine comme disait ma grand-mère. (1)
Oui, mais : à qui demander ce qu’est la foi, sinon à un catholique ?
Donc Thibon, comme Alain, affirme que la foi et la conviction « scientifique » ne suivent pas le même chemin, même si elles arrivent au même lieu, à savoir la vérité.
On dirait même que ces deux chemins s’éloignent l’un de l’autre, puisque que la foi consiste à croire « contre les preuves » et qu’elle s’alimente du doute. D’autre diront même « credo quia absurdum » (attribué à saint Augustin).
Pour autant, on ne voit peut-être pas tout à fait quel est le mode d’existence de cette vérité de la foi. Examinons un exemple :
- si je dis : « c’est vrai comme 2 et 2 font 4 », je comprends bien que ma vérité a une existence strictement logique, qu’elle découle de définitions établies avec clarté et que l’enchainement des propositions qui la démontrent est strictement vérifiable.
- Par contre si je dis : « Selon la trinité chrétienne, 1=3 », alors, je peux bien recourir à des analyses théologiques savantes pour comprendre les implications de ce « mystère ». Pour autant sans la foi, je n’aurai aucune certitude de sa vérité.
Et qu’est-ce que la foi va me donner, qui sans cela me manquerait pour admettre la vérité de la Trinité ? Simplement le contact avec l’Etre qui se manifeste ici. La vérité est alors une propriété de la chose ou de l’être, un peu comme chez Platon, les prisonniers de la caverne ne peuvent accéder à la vérité parce qu’ils n’ont pas la vision des choses réelles.
On comprendra alors que la vérité scientifique ne repose pas sur les mêmes bases que les vérités de la foi.
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(1) D’ailleurs je suis toujours surpris de cette expression « philosophe-paysan », qui ressemble étrangement à un oxymore, tant l’histoire de la philosophie reste marquée par Socrate, le philosophe-citadin qui, sauf à quelques exceptions, ne sortit jamais d’Athènes.
Plus personnellement, je suppose le paysan « taiseux » alors que j’imagine le philosophe toujours bavard.

Friday, June 25, 2010

Citation du 26 juin 2010

Ce que les hommes veulent en fait, ce n'est pas la connaissance, c'est la certitude.

Bertrand Russell

... Eh quoi ? notre besoin de connaître n'est-il pas justement notre besoin de familier ? le désir de trouver, parmi tout ce qui nous est étranger, inhabituel, énigmatique, quelque chose qui ne nous inquiète plus ? Ne serait-ce pas l'instinct de la peur qui nous commanderait de connaître ? Le ravissement qui accompagne l'acquisition de la connaissance ne serait-il pas la volupté de la sécurité retrouvée ?..."

NIETZSCHE – Le gai savoir [Aph. 355]

Retour sur un paradoxe qui nous avait déjà un peu occupé dans un Post de l’an dernier (ici) : l’extraordinaire crédulité des hommes, qui les pousse à admettre les plus grosses bêtises comme certitudes sans aucune discussion. Pourquoi en effet affirmer une chose comme étant vraie, alors même qu’on se soucie comme d’une guigne de son authenticité ?

Selon nos auteurs du jour, cette contradiction s’expliquerait par le fait que la vérité difficilement découverte nous importe moins que la sécurité de la certitude immédiate.

Il y a deux formes d’attachement à la certitude qui n’impliquent pas nécessairement la vérité :

1 - L’une est liée au désir : devant le malheur, l’illusion du bonheur vaut mieux que la lucidité. Qu’importe l’erreur, si seulement elle m’apporte du plaisir… ou m’épargne une souffrance. C’est ainsi que le mari trompé ne veut justement pas être détrompé.

--> Ce n’est pas cette forme qui nous occupe ici.

2 - L’autre origine de la crédulité vient de la peur du doute et de l’incertitude qui créent l'insécurité source d’inquiétude et de souffrance.

C’est comme cela que s’est créé un énorme malentendu à propos de la philosophie : on veut croire qu’il y a comme ça des hommes (des sages, des philosophes) qui possèdent la vérité sur tout et qu’il suffit de consulter pour être à l’abri du doute (1).

Alors, oui, il y a bien des systèmes philosophiques qui énoncent des vérités démontrées – ou du moins argumentées. Mais en même temps aucune de ces vérité ne peut être tenue pour utile tant qu’on n'a pas fait soi-même le chemin qui y mène. Voyez Descartes qui vous demande – dans ses Méditations métaphysiques (2) – de refaire pour votre propre compte en 6 jours (pas un de moins) de chemin qui va du doute à la certitude.

- Dis, René, c’est encore loin la Vérité ?

- Tais-toi et cherche !


(1) C’est comme cela que j’ai titré mon autre Blog « Docteur-Philo », en espérant que chacun lira l’autodérision sous la couche bien épaisse de suffisance.

(2) Méditations métaphysiques, sous titrées : Méditations touchant la première philosophie dans les quelles l’existence de Dieu et la distinction entre l’âme et le corps de l’homme sont démontrées.

Wednesday, March 15, 2006

Citation du 16 mars 2006

« Pour examiner la vérité, il est besoin, une fois dans sa vie, de mettre toutes choses en doute autant qu'il se peut. »

René Descartes - Règles pour la direction de l'esprit

Quatre points dans cette citation retiennent l’attention :

1 - Il s’agit d’examiner la vérité, donc de vérifier qu’elle mérite d’être considérée comme telle

2 - Qu’on doit le faire une fois dans sa vie

3 - Que ce doute doit affecter toutes choses (= toute connaissance) quelle qu’elles soient.

4 - Qu’on ne peut douter qu’autant qu’il se peut, autrement dit que le doute n’est pas une attitude mais la conséquence de solides raisons.

En cette période de regret et de débat sur l’affaire d’Outreau, l’évocation de la « culture du doute », nous convie à réfléchir au second point de cette citation.

« Une fois dans sa vie » : pas deux, pas trois, une et puis c’est fini. Le doute, il faut en sortir, sinon on est paralysé par l’hésitation, l’incertitude. Est-ce cela qu’on veut dire quand on parle de culture du doute ? Probablement, car comment des juges dont la fonction est de dire la loi pourraient-ils rester dans l’incertitude qu’ils ont pour métier de dissiper ? Imagine-t-on Salomon disant : « J’ai comme un doute, alors je vais couper l’enfant en deux parce que je ne sais pas à qui le rendre.». Bien sûr Salomon ne savait pas à qui le rendre, mais son célèbre jugement n’était qu’une ruse pour forcer la vérité à se dévoiler, autrement dit pour sortir du doute.

Douter, c’est douter d’abord de l’évidence, voilà ce que Descartes nous enseigne. On doute tant qu’on peut, tant qu’une preuve irréfutable ne nous oblige pas à y renoncer. On doute donc pour prouver.

Prouver, c’est prouver les preuves et, comme on le sait, en matière judiciaire les aveux ne sont pas preuves (sans quoi la torture serait toujours d’actualité). Quand sait-on qu’on a rencontré la preuve qui n’a plus besoins d’être prouvée ? Quand elle résiste au doute, car la vérité, c’est ce qui s’impose à qui ne veut pas la croire. Dans les affaires criminelles les preuves matérielles jouent à peu près ce rôle tant qu’elles existent ; et puis après, … on retrouve l’intime conviction des magistrats. Est-elle probante ?

Descartes quant à lui, avait cru nécessaire d’en appeler à l’infinie bonté divine pour éclairer le chemin de la vérité. Il sera difficile de faire mieux.