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Monday, March 10, 2014

Citation du 11 mars 2014



La discipline, c’est l’impossible conquis par la répétition obstinée du possible.
Frédéric Gros – Marcher, une philosophie (p. 216)
Discipline II
« l’impossible conquis par la répétition obstinée du possible. » Voilà une excellente définition – peut-être pas de la discipline – mais au moins de sa fonction.
--> L’autre jour, au concert, on joue le concerto pour violon de Tchaïkovski (1) : une jeune virtuose coréenne se jette dedans comme une folle avec un tempo infernal : l’orchestre, un peu pataud, suit comme il peut, et je me demande, éberlué : Comment peut-on faire ça avec ses doigts ?
La répétition obstinée du possible, c’est la réponse, mais bien sûr avec l’idée que le possible doit, chaque jour, être un peu plus proche de l’impossible.
Seulement voilà : pour cela il faut une discipline de fer. Que chaque jour on s’y mette, comme ces danseuses qui disent que pour elles, il n’y a pas de vacances, parce qu’alors elles reperdraient ce qu’elles ont si péniblement gagné.
Et donc c’est la discipline qui rend cela possible, et la discipline, c’est la stricte obéissance à sa volonté… ou alors à la volonté du coach ! Car comment être assuré que l’on va supporter cette obligation qui impose tant de sacrifices et parfois des souffrances ? On voit bien les nageurs faire des longueurs de bassin des heures durant, chaque jour… jusqu’au jour où ils découvrent qu’il y a autre chose dans la vie. C’est la discipline qui les maintient alors dans l’eau, et souvent elle n’est consentie que parce qu’il y a la volonté tyrannique de l’entraineur (2).
Nous voici bien loin de l’image douce de la discipline que je tentais de diffuser récemment : à bas la discipline, vive l’auto-discipline ! Hum… La tyrannie, oui : il n’y a que ça de vrai !
Toutefois, on peut aussi considérer qu’une telle contrainte peut être adoucie par l’ambiance familiale : que de champions ont été désignés au berceau par leurs propres parents – eux-mêmes sportifs – ce sans quoi ils n’auraient jamais faits les efforts nécessaires. Un autre exemple, dans le même ordre d’idée : dans les conservatoires de musique, on dit à propos des petits enfants qui viennent apprendre à jouer d’un instrument : « Si les parents ne sont pas eux-mêmes musiciens, ça ne marchera pas… »
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(1) Op. 35 en ré majeur. C’est cette œuvre qui faisait le final du film Le Concert de Radu Mihaileanu
(2) Au point que Philippe Lucas est demeuré célèbre, autant que sa championne Laure Manaudou

Wednesday, March 05, 2014

Citation du 6 mars 2014

La discipline, c’est l’impossible conquis par la répétition obstinée du possible.
Frédéric Gros – Marcher, une philosophie (p. 216)
Discipline I
Ceux qui lisent ces billets de temps à autre doivent savoir que je me proclame anarchiste, et donc ils doivent sursauter en lisant cette cita   tion de Frédéric Gros : Quoi donc ? s’interrogent-ils – Quoi donc ? Peut-on être hostile à l’autorité et faire l’éloge de la discipline ?
- Oui, bien sûr, s’il s’agit d’autodiscipline. Mais passons : l’essentiel pour aujourd’hui est ailleurs.
Si la discipline nous allège, c’est bien de l’acte de la délibération : ce que j’ai décidé de faire – c’est une fois pour toutes. Chaque jour, je ferai ce que j’ai décidé auparavant sans avoir à en délibérer : « la volonté comme destin », dit un peu  plus loin Frédéric Gros.
Par là on comprend qu’il s’agit d’un peu plus que d’une habitude : l’habitude c’est ce qu’on fait sans y penser, presque sans effort, parce qu’inconsciemment on a « pré-dosé » les efforts de la journée en fonction de cela. En revanche, la discipline c’est l’effort sans cesse subi et sans cesse consenti, même lorsqu’il suppose une mobilisation totale de notre être.
D’ailleurs pour comprendre ce qu’est cette idée il n’est que de prendre comme exemple ce dont parle ce livre: je veux dire la marche.
En randonnée, je peux me lever le matin encore douloureux des efforts de la veille ; je peux maudire l’obligation de repartir pour une étape longue, avec des dénivelés importants – bref, une étape qui promet d’être une épreuve. Oui, mais voilà : une fois parti, il faut arriver. J’en ai pris la décision au départ – sinon je serai parti en 4x4. La randonnée, ça ne pardonne pas : je n’ai pas le pouvoir de rester en chemin. Simplement, la discipline, ça a été de dire au départ : Allons ! Engagement sans le quel rien ne serait arrivé.
Sœur Emmanuelle était célèbre pour son injonction : Yalla ! Elle devait être une grande marcheuse – mais elle avait sûrement autre chose à faire…
La suite à bientôt (si vous le voulez bien)

Wednesday, April 17, 2013

Citation du 18 avril 2013



Le secret d'ennuyer est celui de tout dire.
Voltaire – Mélanges
On ne nous dit pas tout !
Radio bistrot – Sketch d’Anne Roumanoff
Cette citation de Voltaire permet de distinguer la relation pédagogique de la relation maitre-disciple. Car si le pédagogue doit absolument tout dire afin que son élève puisse le suivre pas à pas, le maitre quant à lui, ne dit pas tout. Car ce qu’il veut faire, c’est permettre à ceux de ses disciples qui en ont la force et le mérite de se hisser jusqu’à lui – et tant pis pour les autres. D’où l’usage d’allusions, de symboles et de paraboles.
Seulement voilà : à tout dire on ennuie. Que les élèves s’ennuient à l’école, ce n’est vraiment pas une surprise. Mais qu’ils s’y ennuient parce que leur professeur est trop appliqué à leur expliquer par le menu ce qu’ils doivent apprendre, voilà qui est plus surprenant.
On serait alors tenté de faire sauter un maillon de l’information ou de la démonstration pour obtenir un effet de surprise : par exemple, on ne dirait pas pourquoi Napoléon a perdu la bataille de Waterloo, et on attendrait que l’élève interrompe son professeur en lui disant : « Holà ! On attendait Grouchy et ce fut Blücher : qu’est-ce qu’il a donc fabriqué Grouchy pour être en retard ? » (1)
Seulement voilà : nos jeunes élèves ont appris à avaler tout cru ce qu’on leur apprend sans jamais regarder de quoi il s’agit. Qu’il s’agisse d’apprendre par cœur ou de documenter un dossier en copiant un document sur Internet, dans tous les cas ils reprennent sans aucune critique les informations fournies, parce que …
J’hésite à le dire, mais je crains bien que ce soit parce que l’important est de fournir au prof ce qu’il a demandé et non pas d’en faire quelque chose pour soi-même.
Réciproquement, je crains aussi que le prof en question n’ait pas demandé à son élève ce qu’il comptait faire de ce qu’il lui apprenait…
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(1) Allusion au vers de Victor Hugo : Soudain, joyeux, il dit : "Grouchy !" - C'était Blücher"

Monday, July 25, 2011

Citation du 26 juillet 2011

Le manque de discipline est un mal pire que le défaut de culture, car celui-ci peut encore se réparer plus tard, tandis qu'on ne peut plus chasser la sauvagerie et corriger un défaut de discipline

Kant – Traité de pédagogie, Introduction

Il suffit de lire l’extrait (publié ici) du texte de Kant pour vérifier qu’il parle bien de la discipline au sens courant, celui qui renvoie à la « règle de conduite imposée (par qqn ou qqc.). » (TLF) Oui, Kant veut qu’on impose aux enfants dès le plus jeune âge la stricte observance des règles de vie, scolaires ou familiales.

J’ai écrit « dès le plus jeunes âge » ; j’aurais dû dire : « essentiellement au plus jeune âge », car il est essentiel de comprendre qu’il y a un âge pour apprendre à se discipliner.

Je peux apprendre la musique, le chant, le dessin, les mathématiques et la philosophie à tout âge ; il y a des universités du temps libres qui sont remplies d’Anciens. Mais apprendre qu’il y a des règles de vie et qu’on doit leur obéir avant même de savoir si elles sont bonnes ou pas, simplement parce que les adultes sont là et les imposent, voilà ce qui est impossible si on ne l’a pas appris étant jeune.

J’hésite pourtant : car si ces règles doivent être admises sans discussion ne risque-t-on pas de cautionner n’importe quelle manipulation ? On sait que les dictatures les plus féroces se sont appuyées sur les enfants, soit en les embrigadant, soit – pire encore – en les conditionnant par l’éducation comme on l’a vu en Chine à l’époque de la Révolution culturelle.

-->Peut-on faire le chemin en sens inverse, se défaire de la discipline acquise, une fois passé l’âge de l’acquérir, c’est-à-dire quand on est plus vieux ? On imagine facilement que certains au moins ne seront pas « récupérables » (1)

Et si ces règles de discipline doivent être contrôlées, par qui le seront-elles, étant entendu que les enfants n’y peuvent rien ?

Kant le sait bien : la tâche la plus difficile est de trouver des hommes indemnes des défauts de l’humain pour conduire d’autres humains (2). Mais l’idée est suffisamment importante pour qu’on essaie…

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(1) « Non récupérable » : on se rappelle que c’est le dernier mot de Hugo, le héros des Mains sales (Sartre) qu’on veut rééduquer à la suite d’un changement de ligne du Parti.

(2) Kant – Idée d’une histoire universelle… 6ème proposition

Monday, November 13, 2006

Citation du 14 novembre 2006

Avant tout, il faudrait ruiner dans l'esprit de nos maîtres une certaine idée de la discipline, idée fausse qui égare: c'est l'assimilation à quelque degré de la discipline scolaire à la discipline militaire.

F. Buisson - Article Discipline du Dictionnaire de pédagogie d'instruction primaire

La discipline dans les écoles a désormais d’ardents défenseurs, jusque dans les rangs des hommes politiques de gauche, certains se proposant même de la rétablir manu militari. Ferdinand Buisson dont le nom est sans doute le plus répandu au fronton de nos écoles est un adepte de la modération : l’écolier n’est pas un enfant de troupe, la discipline doit être limitée à ce qu’il faut pour que la vie commune et le travail de chacun soit possible dans la classe. Rien de plus. Pour lui, la discipline est un mal nécessaire : mal parce qu’il s’agit de brider « la liberté, la spontanéité, la gaieté de l'enfance » ; nécessaire toutefois, parce qu’aucune société ne saurait s’en passer. Et voilà la discipline ravalée au rang de règlement de la vie collective.

Ce n’est pas parce que Ferdinand Buisson passe pour un grand pédagogue qu’il serait le seul à avoir une idée sur ce que la discipline doit être. Voyons ce qu’en dit Kant: « La discipline est simplement négative ; c’est l’acte par lequel on dépouille l’homme de son animalité. » La discipline est pour lui, par l’apprentissage du respect et de l’autorité, un moment particulièrement important dans le développement de l’enfant : celui par le quel il va sortir de la toute petite enfance pour accéder à l’apprentissage de la vie sous la conduite des adultes. Ainsi, il y a un âge pour discipliner l’enfant : admettons que ce soit l’âge de sa scolarisation. Mais surtout, selon Kant, au-delà de cet âge, il devient impossible de le faire : et voici le sauvageon

Vous voilà prévenu : il faut prendre parti. Etes-vous adepte de l’école kantienne ou de l’école « buissonière » ? (1). Le critère, à mon sens, tient dans le rapport qu’on établit entre l’école et la famille. Pour Ferdinand Buisson, la discipline est un aspect de la vie sociale qui est totalement différent de la vie familiale : ici liberté et gaieté ; là ordre et uniformité. Pour Kant, la discipline accompage un moment du développement de l’enfant : voilà pourquoi elle ne saurait être foncièrement différente à l’école et dans la famille. C’est là que la discipline cesse d’être militaire, car faut-il le rappeller, les militaires sont des adultes.

(1) On pourrait consulter aussi Durkheim que je n’ai pas ici la place d’évoquer (sa position étant assez proche de celle de Kant). Voir en particulier L’éducation morale, aux PUF (coll. Quadrige)

Monday, September 04, 2006

Citation du 5 septembre 2006

Art. 4-1 - Une note de vie scolaire est attribuée aux élèves de la classe de sixième à la classe de troisième des établissements relevant du ministère de l’éducation nationale. Cette note mesure l’assiduité de l’élève et son respect des dispositions du règlement intérieur.[…]

Bulletin Officiel du ministère de l’Education Nationale. n° 22 du 1er juin 2006

Alors voilà : le zéro de conduite est de retour. Après l’éducation civique et les leçons de morales : la notation du comportement. Quelle leçon d’humilité devant l’histoire !

Rappelez-vous. Après mai 68 on a cru que le monde ne serait plus jamais le même. Armstrong avait marché sur la lune ; les jeunes faisaient des barricades et écrivaient « Il est interdit d’interdire » sur les murs de Paris ; les pères clamaient qu’ils préfèreraient que leurs filles couchent avec n’importe qui plutôt que de s’enrôler chez les Mao… L’autorité était morte, le père avait été tué. Charles de Gaulle reculait devant la « chienlit ».

Aujourd’hui, les enfants des soixante-huitards sont confrontées aux problèmes que soulève l’éducation de leurs propres enfants. Ils plébiscitent Ségolène ou Sarko, et ils restaurent le zéro de conduite. Retour à la case départ ? L’historien contestera qu’on puisse revenir en arrière. En revanche, le sociologue durkheimien risque d’être d’avantage intéressé par cette hypothèse.

Pour lui, la disparition de l’autorité est non pas une conquête de la liberté politique, mais la preuve d’une crise de la société, incapable d’imposer ses valeurs (1). Au fond, c’est le nihilisme qui est réfuté ici : on ne peut vivre sans valeurs. Si l’on n’est pas capable de vivre sur des valeurs choisies par l’individu lui-même, alors il faut passer par des valeurs collectives. Comment des valeurs peuvent-elles être collectives ? Par l’éducation et par la contrainte. Par le dressage (Nietzsche).

Chaque enseignant aura désormais droit à une formation IUFM de dompteur.

Ça va être le cirque dans les bahuts !

(1) Voir message du 22 juillet 2006