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Saturday, July 08, 2017

Citation du 9 juillet 2017

Diplomate : Celui qui te dit d'aller te faire foutre d'une telle façon que tu as très envie de commencer le voyage.
Les définitions (lire ici)

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« C’est un honneur d’être avec vous », Donald Trump à Vladimir Poutine
« Je suis ravi de vous rencontrer et j’espère que (…) cette rencontre se soldera par un résultat positif » Réponse de Vladimir Poutine à Donald Trump


Cette définition humoristique de la diplomatie hantait mon esprit ces jours-ci, pendant qu’on évoquait les traits de caractère des deux dirigeants russe et américain, comme si le sort de la planète eut dépendu du tempérament de ces deux hommes, des traces de testostérone dans leur sang ou des l’hyperacidité de leur estomac.
Non, n’est-ce pas : la diplomatie est justement là pour que ces accidents de la vie personnelle, ces hasards de l’éducation ou de l’hérédité de deux hommes soient neutralisés au profit d’un dialogue « constructif ».
Au fond ce n’est pas qu’on ait véritablement dans tous les cas envie de « faire le voyage » avec un interlocuteur « diplomate », comme le dit notre Citation-du-jour, mais simplement de continuer à rester là, à écouter et à répondre courtoisement à un interlocuteur – même si, par ailleurs, on souhaiterait le voir pendu à un croc de boucher (1).

Au fait : la diplomatie, comment ça marche ?
- Déjà, on peut penser qu’il s’agit d’un métier : les fonctionnaires du Quai d’Orsay sont un peu tous fabriqués sur le même modèle : une voix unie, des costumes gris sur-mesure, et un vocabulaire également sur-mesure. Alors, on dira que monsieur Poutine dont le terreau originel fut le KGB, organisme peu réputé pour sa modération dans les rapports humains, et monsieur Trump dont on sait qu’il a des emportements qui le font considérer parfois comme un psychopathe, ne sont pas forcément doués pour cet exercice.
C’est vrai ; aussi est-il courant que pour ces tête-à-tête ils soient assistés de diplomates professionnels qui doivent je suppose traduire en langage diplomatique certains propos.
Car le diplomate est quelqu’un qui est persuadé que pour communiquer de façon rationnelle avec autrui il faut négliger et neutraliser les excès de la passion qui s’empare parfois des idées et de leur expression.
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(1) « Je le pendrai à un croc de boucher », disait Nicolas Sarkozy à propos de Dominique de Villepin (Voir ici)

Saturday, April 13, 2013

Citation du 14 avril 2013



Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé.
Georges Orwell – 1984
Citation rapportée par Julian Assange alors qu’il parlait des documents diplomatiques américains récemment mis en ligne sur Wikileaks


On va donc du passé vers le futur, et du présent vers le passé.
Ça fait :
Présent -->Passé --> Futur
C’est un peu embrouillé et en plus on a tendance à s’emmêler encore plus en superposant à ça les séquences des films relatant des voyages dans le temps : le mieux est de se reporter au roman d’Orwell, car c’est quand même plus simple.
On sait que le héros (Winston Smith) travaille (= Présent) au Ministère de la vérité à falsifier les archives historiques (= Passé) pour les rendre conforme à la volonté politique du régime. Le but est bien sûr de manipuler l’opinion pour lui faire admettre que les orientations (= Futur) prises par le pouvoir sont conformes à la réalité et donc les seules qui soient bonnes et efficaces.
On a donc bien un contrôle du passé (par la transformation de la mémoire des archives) en vue d’orienter les perspectives d’avenir selon les besoins des dirigeants. Mais pour y parvenir c’est par l’action dans le présent (manipulation des documents d’archives) que ce contrôle du passé est possible.
Le rapport avec l’entreprise de Wikileaks est transparent : les gouvernements cherchent à cacher le passé par la dissimulation de leurs archives diplomatiques pour éviter d’être compromis dans l’avenir. Le travail de Wikileaks consiste (à l’inverse de ce que fait le héros de 1984) à révéler ces archives.
En politique, ce qui compte, c’est l’opinion publique. Et l’opinion publique n’est pas faite de vérité mais de ce qu’elle croit être la vérité.
Et en plus nous croyons qu’on nous dit la vérité, non pas quand on nous fournit la « vérité toute nue », mais plutôt une « vérité » un peu excitante à connaitre, un peu « croustillante », un peu « craquante » (1). Et c’est ça que Wikileaks nous apporte : là où tout était normal, voici que l’on nous révèle des propos scandaleux, des actes diplomatiquement dangereux, des rencontres contre nature.
Quelque chose qui nous mette des étincelles dans les neurones pour la durée du week-end.
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(1) Une révélation « croustillante » ? En voici une : à l’occasion de la mort de Margaret Thatcher, on a rappelé l’anecdote suivante : En 1988, lors d'un sommet européen, le Premier Ministre français de l'époque, Jacques Chirac, croyant son micro coupé, dit à propos de Margaret Thatcher "Mais qu'est-ce qu'elle me veut de plus la ménagère ? Mes couilles sur un plateau ?"

Tuesday, September 04, 2012

Citation du 5 septembre 2012


La diplomatie est l’art de faire durer indéfiniment les carreaux fêlés !
Charles de Gaulle
Pactes sans sabres, ne sont que palabres. [Covenants, without the sword, are but words]
Hobbes - Léviathan,II, XVII (cité le 26 avril 2006)
Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre.
Winston Churchill – Le Times du 7 novembre 1938

Charles de Gaulle était un soldat et c’est en soldat qu’il parle de la diplomatie. D’accord en cela avec Hobbes, il considère que la diplomatie ne peut rien construire de valable et de solide dans les relations internationales, et – pire encore – qu’elle maintient des situations qu’il vaudrait mieux voir disparaitre. Mieux vaut casser les carreaux que d’avoir à supporter indéfiniment leur fêlure.
Qu’est-ce que la diplomatie ? L’art de la représentation des intérêts d’un pays auprès d’un pays étranger nous dit le dictionnaire. Bien sûr, mais ce que vise le Général ici, c’est plutôt un art de la négociation, de celles du moins qui pérennisent une situation de conflit en mettant sous le tapis la crise qui en résulte, sans rien changer du tout quant au fonds. S’il s’agissait d’éviter la guerre on peut dire que le gain risque de n’être que momentané, et que les inconvénients des accords conclus par les diplomates n’empêcheront pas, qu’un jour ou l’autre, se déclenche une guerre : les carreaux fêlés finiront par voler en éclat sous l’impact des balles. On peut supposer que de Gaulle visait les accords de Munich de 1938, mais on a aussi l’exemple de la division de l’Allemagne entre l’Est et l’Ouest – ou bien aujourd’hui les tentatives d’accord sur les armements nucléaires avec Téhéran.
Oui, Charles de Gaulle parle en soldat de la diplomatie. Mais nous, qu’en dirions-nous ? Nous qui n’avons ni tanks, ni avions, ni le bouton rouge de la force-de-dissuasion : préfèrerions-nous une « bonne guerre » à un mauvais accord ? Je veux dire : un accord qui pérenniserait une situation bancale, et non pas un accord qui nous garantit et le déshonneur et la guerre ?
Et quand bien même on risquerait aussi la guerre, mais un peu plus tard ? Ne serions-nous pas comme madame du Barry suppliant au pied de l’échafaud : De grâce, monsieur le bourreau, encore un petit moment. (Voir ici)

Monday, November 28, 2011

Citation du 29 novembre 2011


Les nationalistes algériens ont peut-être perdu toutes les batailles sur le terrain, ils ont gagné la guerre, puisque le gouvernement français a reconnu que leur revendication était juste…
Raymond Aron – Mémoires (p. 385)
Aron cite ici, dans ses Mémoires, un texte qu’il écrivit sans doute en 1961, peu avant les accords d’Evian accordant à l’Algérie son indépendance.
On songe que le général de Gaulle, alors Président de la République, aurait pu, reprenant l’Appel du 18 juin, formuler cet aphorisme : le FLN a perdu toutes ses batailles, mais il a gagné la guerre
On se demande du coup : qu’est-ce que c’est qu’une guerre, si ce n’est pas une somme de batailles ? Et puis, aussi : dans ce cas ne pourrait-on pas faire l’économie de la guerre ? Déclarons d’entrée de jeu qu’on est prêt à perdre toutes les batailles, mais que pour autant on estime avoir gagné la guerre…
Reportons-nous à la « tragédie algérienne » : en 1961 la « pacification » avait réussi et l’armée française avait gagné la guerre sur le terrain.
Toutefois, des intellectuels comme Raymond Aron avaient affirmé dès 1957 (1) que non seulement l’Etat algérien indépendant verrait le jour inexorablement, mais même que le retour en France continentale des français d’Algérie serait inévitable. Au point qu’il suggérait (il s’agissait alors d’un rapport confidentiel à l’intention de Guy Mollet – nous sommes en 1956 !) de consacrer les crédits prévus pour la « pacification » aux dispositions à prendre pour accueillir les Pied-noirs de retour en France.
Qu’une guerre, même gagnée sur le terrain soit en réalité perdue en dit long sur sa nature.
Car, même si la réalité du peuple algérien, sa culture, sa religion, sa démographies, etc. condamnaient d’avance toutes les solutions envisagées pour garder l’Algérie dans la France, on ne doit pas oublier qu’il y avait aussi les pressions internationales et les condamnations de l’ONU.
On demandait plus haut : qu’est-ce que la guerre si ce n’est pas simplement une somme de batailles ? On doit répondre ici : comme Clausewitz on doit dire que la guerre est la continuation de la diplomatie par d’autres moyens. Mais on ne doit pas oublier que la réciproque est vraie : la diplomatie est un élément de « pilotage » de la guerre ; il doit y avoir circulation entre les deux champs – le champ de bataille et celui des négociations.
En 1961, le France avait gagné la guerre sur le champ de bataille, mais elle l’avait perdue sur le terrain diplomatique.
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(1) Raymond ARON - La Tragédie algérienne, ouvrage qui fit scandale lors de sa publication en 1957 – Le chapitre concernant l’issue de la guerre reprend un rapport de 1956.

Saturday, July 22, 2006

Citation du 23 juillet 2006

La guerre est le prolongement de la politique par d'autres moyens.

Carl von Clausewitz

Que la guerre soit un moyen, qui donc en douterait ? On ne fait pas la guerre par plaisir (même si elle fait plaisir), mais pour obtenir ou pour conserver un avantage précis. Mais qu’elle soit une alternative à la diplomatie, un détour sur le chemin de la paix et de l’entente avec les autres peuples, voilà qui étonne et qui peut même scandaliser.

Cherchons un exemple. Le conflit Israélo-palestinien peut nous servir. Grosso modo (je simplifie sans doute abusivement), il s’agit pour Israël de faire reconnaître par les Palestiniens et par la communauté internationale sa souveraineté sur un territoire défini par cette même communauté et redéfini par différents conflits.

La thèse d’Israël est qu'aujourd'hui son existence et la sécurité de ses citoyens est menacée par le Hezbollah basé sur le territoire libanais. Le conflit armé actuel a donc pour but de faire aboutir une exigence politique, qui aurait dû être obtenue par une conférence internationale, si la volonté de paix l’avait emporté sur la volonté de détruire les juifs (ou : l'Etat juif). On est bien dans le cas défini pas Clausewitz.

Que disent les opposants à Israël ? Que cette guerre est une guerre injuste, qui non seulement frappe des civils innocents, mais qui de surcroît est un acte d’agression en temps de paix contre un Etat souverain. La continuité du politique et du militaire dans ce cas n’est plus assurée, parce que le règne du droit est exclu, que l’on est dans celui du rapport de force, un peu comme avec les bandits de grands chemin imaginés par Rousseau, qui prétendraient avoir un droit sur ma bourse parce qu’ils ont une arme et que je n’en ai point (1). « Convenons donc - écrit-il dans le même passage - que force ne fait pas droit, et qu’on n’est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes… » : la guerre n’est le prolongement de la politique que si elle est le point de départ d’une légitimité nouvelle. Sinon, elle amorce et entretient un cycle de violences indéfinies.

Autrement dit, pour que la guerre soit la continuation de la politique, il faudrait que le vaincu reconnaisse qu’il est totalement engagé par le traité de paix qui suit, et qu’il reconnaisse donc le droit de son vainqueur ; le rapport de force ne serait alors que le moyen de la reprise et de l’aboutissement de négociations loyales.

Si la guerre est politique, ce n’est donc que dans la mesure où elle ramène à la politique.

(1) Du droit du plus fort - Contrat social, I-3.

Tuesday, April 25, 2006

Citation du 26 avril 2006

« Pactes sans sabres, ne sont que palabres » [Covenants, without the sword, are but words]

Hobbes - Léviathan,II, XVII

Autrement dit, la diplomatie ne sert à peu près à rien, sauf à mettre au point les Traités qui seront de toute façon imposés par la force. Mais alors, à quoi bon négocier, si à l’arrivée on voit le plus fort imposer sa volonté par la force justement ? On serait dans le cas d’un procès stalinien où l’accusé ne peut que s’imposer à lui-même la sentence que le Tribunal va prononcer contre lui.

Notons toutefois que Hobbes ne dit pas que la force doit être toute du même côté ; on peut admettre que chaque signataire impose à l’autre par la force le respect de sa signature. Dans ce cas c’est l’équilibre de la terreur qui va garantir la paix, comme on l’a bien vu pendant la Guerre Froide : chaque partie n’agit que conformément à son intérêt bien pesé, et respecte sa signature lorsqu’elle considère qu’il y a plus d’inconvénients que d’avantage à violer le pacte.

En revanche Hobbes montre à quel point la morale (le respect de la parole donnée) est étrangère à la politique internationale (et nationale ?). Seul le résultat immédiat est garanti, car il est estimé par chaque partie pour ce qu’il vaut au moment où il est signé. Exemple : le pacte Germano-Soviétique, qui permet aux nazis d’envahir la Pologne sans crainte d’être attaqués par les soviétiques, les quels sont assurés en retour, par une clause secrète, de recevoir une partie du territoire de celle-ci. La clause de non-agression durant 10 ans restera soumise, quant à elle, à la règle énoncée ici : elle n’est que palabre dès lors que l’un des deux signataire à intérêt à la violer.

Epargnons-nous les discussions stériles sur la moralité des Etats - et cessons de parler d’« Etats voyous » - car ce qui vaut pour les rapports entre les individus ne vaut pas entre les Etats. Qu’est-ce donc qu’un Etat, s’il n’est pas un individu comme vous et moi ? Là encore, c’est Hobbes qui répond. L’Etat, dit-il est un « Dieu mortel » (« auquel nous devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre protection. »).