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Sunday, January 29, 2017

Citation du 30 janvier 2017

Moi dictateur, je forcerais chaque enfant à traverser la France à pied.
Sylvain Tesson – Sur les chemins noirs. (p. 136)
C’est un gimmick fort courant sur les radios ces jours-ci : demander à des gens plus ou moins connus de reprendre la célèbre anaphore du candidat Hollande lors de son débat avec Nicolas Sarkozy en 2012 : « Moi, Président, je ferais… Moi, Président, je ne ferais pas… etc » en l’adaptant à leurs convictions personnelles.
Or donc, si on veut imaginer un jeu à l’heure de l’apéritif avec des amis, pourquoi ne pas reprendre ça en le déplaçant un peu : et si on se supposait dictateur et non président ? Qu’est-ce que ça changerait ? Bien sûr on ne devrait pas répondre n’importe quoi, mais trouver des obligations qu’on pourrait justifier comme ne pouvant venir que d’un dictateur.
Par exemple :
            - Moi, dictateur, je rétablirais le droit de cuissage.
--> Car, comme le dit Platon au livre 9  de la République, le tyran est bien sûr soumis à ses désirs effrénés mais il veut, non seulement en jouir sans fin, mais en faire une loi universelle de la Cité.
            - Moi, dictateur, je réformerais la langue française, et en particulier son orthographe.
--> Je décrèterai pas exemple qu’on soit obligé d’écrire « mes genous sont mous ». Il faut être un Néron (1) pour arriver à faire ça : car toutes les tentatives pour réformer la langue française se heurtent à de multiples objections qui empêchent la décision de s’imposer démocratiquement.
            - Moi, dictateur, je déchoirais de la nationalité française plusieurs animateurs-amuseurs de la télé (dont je tairai le nom en attendant d’être intronisé despote à vie).

Oui, mais : obliger des enfants à traverser la France à pied, qu’est-ce que ça a de tyrannique ?
Il y a un siècle et demi, Le tour de France de deux enfants, ouvrage de pédagogie publié en 1877 a bien annoncé l’aurore de la France républicaine. Quoi de tyrannique là-dedans ?
--> Il faut lire Tesson pour le savoir : traverser la France à pied, pour lui ça veut dire sans GPS, sans console, sans smartphone. Et ça, seule une abominable dictature pourrait l’imposer.
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(1) Ou peut-être un Caligula : voir ici le « Top ten » des tyrans de l’histoire

Thursday, September 18, 2014

Citation du 19 septembre 2014



L'unique garantie des citoyens contre l'arbitraire, c'est la publicité.
Benjamin Constant – Observations sur le discours prononcé
par S.E. le ministre de l'intérieur - 20 Août 1814
Benjamin Constant commente l’actualité. 1
 [Publicité – Pris ici au sens de : Action de rendre public, et non de : fait de promouvoir la vente d'un produit.]
Si Benjamin Constant revenait aujourd’hui, 2 siècles exactement après avoir écrit cette phrase, il serait sans doute comblé d’aise.
Car, s’il suffit de publicité pour lutter contre l’arbitraire, nous avons Internet, les réseaux  sociaux, l’information en ligne, les chaines d’info 24/24 etc… Bref : si l’arbitraire existe encore chez nous, c’est qu’il a une autre source que le défaut de « publicité ».
[Arbitraire : Qui dépend uniquement d'une décision individuelle, non d'un ordre préétabli, ou d'une raison valable pour tous.]
On voit bien qu’il s’agit là d’un acte despotique, contraire à ce qu’une démocratie doit réaliser. Toutefois, à l’encontre de ce que pense Constant, on s’aperçoit aujourd’hui que les décisions les plus arbitraires sont parfois les mieux connues, parce qu’elles sont les plus désirées.
Car, c’est cela qu’ignore Constant : les actes despotiques ne sont pas seulement ceux qui visent la peuple. Ce sont aussi parfois ceux qui sont faits au nom du peuple et même à sa demande – par exemple contre une minorité. Quand Hitler a promulgué les lois antisémites, en Allemagne tout le monde était au courant et beaucoup étaient d’accord. J’entends bien qu’il y a contradiction entre le fait qu’il s’agisse de lois populaires « = voulues par tous » et en même temps arbitraires « voulu par un seul ». Reste que les lois antisémites étaient établies sans raisons valables pour tous.
o-o-o
J’ajouterai encore que la « publicité » (toujours au sens indiqué ci-dessus) peut avoir des effets désastreux pour ceux qu’elle intoxique. On le voit quotidiennement : la répétition de l’information en déforme la portée, on finit par croire qu’elle a dans la réalité autant de place qu’elle en a dans la durée des programmes d’information. Qu’on parle de la même chose 24 heures sur 24, et voilà ce qui va devenir une obsession dans le cerveau des citoyens.
La contrepartie de cela c’est que ce souci peut alors disparaitre aussi vite qu’il est arrivé.
Un exemple ? Voyez les scandales judiciaires qui font tâche sur la réputation de nos hommes politiques. Il suffit qu’on attende un peu pour que la page soit tournée et qu’on les laisse leur demande de revenir au pouvoir.

Tuesday, December 17, 2013

Citation du 18 décembre 2013


Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre.

Même les colosses peuvent tomber…
D’où vient le pouvoir du tyran ? Qu’est-ce qui fait sa force ? Poser la question est souvent déjà un crime passible de la mort. Si la question est coupable, c’est parce que la réponse est trop évidente : c’est la complicité du peuple qui en est l’origine.
Je sais bien ce qu’on répond à l’argument de La Boétie : qu’il oublie l’armée, les milices et les espions qui terrorisent les civils, les vexations infligées, les hommes qui disparaissent, les maisons qui brûlent, les femmes qui sont violées par on sait trop qui…
Oui, la terreur existe, elle est féroce et elle marche à tous les coups. Mais quoiqu’il en soit, le tyran a une autre faiblesse : il est toujours seul parce qu’il ne saurait partager le pouvoir avec qui que ce soit : on a vu récemment l’oncle de Kim Jong-un, le numéro 2 du régime nord-Coréen arrêté en pleine réunion de dignitaires et exécute le lendemain.
Reste encore une autre source du pouvoir tyrannique : si le tyran a besoin de mises en scène comme l’arrestation en pleine assemblée  de l’oncle Jang Song-Thaek c’est parce que sa force est aussi d’ordre psychologique, qu’il a besoin d’être craint sans avoir à tuer, d’être admiré sans avoir à se montrer, et d’être aimé comme Cher leader
Et c’est la raison pour laquelle il se statufie en colosse - qui finira pourtant par tomber un jour




Tuesday, November 26, 2013

Citation du 27 novembre 2013

Le pouvoir n'est pas un moyen, il est une fin. On n'établit pas une dictature pour sauvegarder une révolution. On fait une révolution pour établir une dictature. La persécution a pour objet la persécution. La torture a pour objet la torture. Le pouvoir a pour objet le pouvoir.
G. Orwell – 1984

--> La leçon du jour de Georges Orwell :
Le pouvoir, sous toutes ses formes, est à lui-même sa propre fin : le pouvoir a pour objet le pouvoir.
- La persécution a pour objet la persécution
- La torture a pour objet la torture
Bon – Ça, c’est banal. Ce qui l’est moins c’est de dire que c’est justement comme ça qu’on l’aime. C’est-à-dire qu’on fait une révolution pour établir une dictature.
o-o-o
C’est assez clair comme ça ? Le problème c’est qu’on résiste à un tel déferlement d’évidences.
--> Eh quoi ! Tous ces soulèvements, tous ces indignés, ces intellectuels, ces travailleurs qui descendent dans la rue : iraient-ils chercher autre chose que du pain et des libertés ? Tous ces persécutés d’un pouvoir ignoble, ne cherchent-ils pas le moyen d’échapper définitivement à ces misères ? Marx lui-même ne disait-il pas qu’il appartenait au prolétariat de libérer la société de toutes ses chaines parce qu’il était justement victime de toutes les oppressions ?
Oui, je sais. Maintenant, regardez ce que l’histoire nous enseigne :
            - Les fiers sans-culottes ont engendré la Terreur qui a laissé place à la dictature de l’Empire.
            - Les révolutions populaires de 1830 et 1848 ont elles aussi débouché sur de nouvelles monarchies
            - Tout comme les révolutions arabes
            - J’ai gardé le pire pour la fin : les victimes des massacres de masse qu’ont été les juifs ont mis en place dans l’Etat d’Israël une police qui sait bien faire avouer et emprisonner les opposants…
Alors, on met en cause les inévitables violences – nécessaires pour se débarrasser d’un pouvoir dictatorial, et du coup on assimile ses ratées à l’incapacité à les maintenir dans les limites voulues.
Et si c’était Orwell qui avait raison ?
[D’autant qu’il ne fait que reprendre ce qu’on sait depuis La Boétie et son Discours de la servitude volontaire : c’est le peuple lui-même qui se cherche un maître.]

Tuesday, October 29, 2013

Citation du 30 octobre 2013


Insurrection. Révolution qui a échoué. Tentative infructueuse pour substituer le désordre à un mauvais gouvernement.
Ambrose Bierce – Le dictionnaire du Diable
On a beaucoup parlé des insurrections arabes lors du printemps du même nom. On en a parlé, et puis… Plus rien ! Comme si le soulèvement populaire n’avait eu d’autre projet que de chasser le dictateur sans demander en plus qu’il soit remplacé par un meilleur gouvernement.
La définition d’Ambrose Bierce nous donne une première clef  pour analyser cette situation : l’insurrection est une révolution qui resterait au milieu du gué. Partie pour chasser le mauvais gouvernement, elle n’arrive nulle part parce qu’elle ne sait pas quoi mettre à la place. Un peu comme on fuit une douleur sans chercher à trouver une guérison durable.
Toutefois, j’avoue que la seconde clef de Bierce me laisse perplexe. Car il ajoute : Tentative infructueuse pour substituer le désordre à un mauvais gouvernement. Comme si l’insurrection avait eu pour objectif de créer du désordre là où régnait un ordre honni. Comme si un désordre quel qu’il soit était préférable à l’ordre tyrannique.
On ne reviendra pas sur l’idée que la dictature est toujours préférable à l’anarchie : je l’évoquais il y a peu (1).
Par contre, on pense à Kant dont on répète qu’il était très attaché au triomphe des Lumières qu’il a cru assuré par la révolution française. C’est oublier que Kant estimait que l’insurrection populaire contre un gouvernement, si explicable qu’elle soit du fait de son injustice, ne peut en aucun cas fonder un ordre politique légitime, car la loi ne peut être fondée sur la violence. Donc l’insurrection ne peut réussir à autre chose qu’à reproduire l’illégitimité du mauvais gouvernement qu’elle a cru chasser.
Bon – Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
On attend que le dictateur tombe tout seul. Comme Franco (à 83 ans) ; comme Salazar (à 79 ans) ; comme Pinochet (à 91 ans)… Au fait, rappelez-moi : quel âge il a Bachar ?
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(1) C’était le 14 octobre 2013 – Occasion pour rectifier une lacune : dans ce Post, j’ai oublié de dire que si l’ordre est apprécié à l’extérieur, la tyrannie est subie à l’intérieur.
Cacher ça, c’est pas bien… Mais quand même : chacun le sait bien !

Sunday, October 13, 2013

Citation du 14 octobre 2013

Ma nature est ainsi : j'aime mieux commettre une injustice que tolérer le désordre.
            Goethe
La justice est sujette à dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n'a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu'elle était injuste, et a dit que c'était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste.
Pascal – Pensées Frg. 298
Je crois bien être revenu souvent sur ce thème, parce qu’il choque beaucoup les esprits mais qu’il est parfaitement toléré dans la réalité. Comprenons qu’entre les principes sur lesquels nous ne transigeons pas, et la réalité, il peut y avoir un écart qui ne trouble pas notre bonne conscience.
Si j’y reviens aujourd’hui c’est que certains de nos politiques disent cette fois assez fort pour qu’on les entende qu’ils regrettent la chute des dictateurs arabes suite au printemps du même nom (1) : plutôt que de devoir mobiliser une escadre de guerre pour décourager les nouveaux boat-people, admirons les méthodes musclées des dictateurs qui, du temps de leur splendeur n’avaient aucune difficulté pour bloquer le départ de ces pouilleux.
Oui, vous avez bien lu : qu’importe l’injustice de tels régimes, si seulement ils nous protègent du désordre. Et c’est ça que l’on regrette ? Les cyniques vont ricaner : « Comment, vont-ils dire, vous attendiez autre chose de la corruption et de l’égoïsme humain ? Naïf que vous êtes ! »
Evidemment… Mais c’est encore pire que ça : nous avons en plus des références pour justifier une telle attitude. Elles se nomment Blaise Pascal et Goethe. Et elles sont au sommet de la Civilisation.
Petit rappel : quand Valéry, parlant de la grande Guerre écrivait  « Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anéantir tant de villes en si peu de temps; mais il a fallu non moins de qualités morales. » (2), c’est bien à cela qu’il pensait. Une Grande, une Lumineuse Civilisation n’a jamais protégé de la barbarie. Encore heureux quand elle ne l’a pas encouragée.
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(1) Il s’agit de Philippe Mariani, sénateur UMP – voir ici.
(2) Cité ici

Sunday, February 03, 2013

Citation du 4 février 2013

Ce n’est pas parce que Dieu n’existe pas qu’il ne faut pas s’en débarrasser.
Sébastien Faure – Les 12 preuves de l’inexistence de Dieu (Préface de l’Editeur)
Voilà une sentence bien digne des anarchistes libertaires : à la fois lapidaire et malgré tout capable de commenter la devise Ni Dieu – Ni maitre !
Car pour s’émanciper, il ne suffit  pas de ne pas avoir de Dieu : encore faut-il ne pas avoir de religion. « Se débarrasser de Dieu même quand il n’existe pas », c’est supprimer les religions : Dieu est une idée (ou : émotion et sentiment) – la religion est une réalité sociale.
Maintenant on voudrait savoir si ce n’est quand même pas la même chose : si je ne crois pas en Dieu, je ne pratique ni ne révère aucune religion. A quoi bon renchérir en disant qu’il faut malgré tout s’en affranchir ?
L’histoire du XXème siècle, de Staline Mao Zedong nous a abondamment montré en quoi une religion sans Dieu consiste : c’est le culte de la personnalité, tel qu’on peut encore aujourd’hui le voir en Corée du Nord :

Statue de Kim Il-sung à Pyongyang (Mandsudea Hill) – Hauteur : 20 mètres

Le pire, c’est que le Maître qu’on révère ainsi n’est pas simplement une statue dans un sanctuaire. Les autels qu’on lui dresse sous forme de tribunes lors des cérémonies du régime ne sont rien comparées aux diktats de sa volonté exécutés par sa police. Car ce que la religion révère alors n’est pas une simple abstraction, mais un homme réel, vivant, capable de faire appliquer les pires fantaisies de sa volonté.
Toutefois, l’exemple des islamistes de Tombouctou nous ont montré qu’avec une religion au sens courant ça ne marchait pas trop mal non plus…

Sunday, May 27, 2012

Citation du 28 mai 2012


Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans tout son territoire, selon la date dont il s'était soigneusement enquis auprès des mages. Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par le prophèteJérémie..." (1)
Évangile selon Matthieu, chap. 2, versets 16-18

Nicolas Poussin – Le massacre des innocents (1625-1629 – Musée Condé de Chantilly)

A l’heure où l’armée et la police de Bachar el-Assad torturent et tuent des enfants, nous reviennent les images terribles illustrant l’épisode du Massacre des innocents relaté dans l’Evangile de Matthieu.
Ces tableaux montrent habituellement des soldats poignardant des petits enfants que leur mère tente de protéger en le serrant contre leur poitrine. Mais Nicolas Poussin choisit de nous montrer le soldat levant son épée sur un petit – encore un nourrisson – qu’il coince au sol sous son pied : rien d’aussi horrible n’a jamais été imaginé.
Mais alors que le tableau de Poussin focalise l’attention sur la mère dont le visage occupe le centre de la composition (cf. l’analyse l’œuvre ici), notre émotion devant les atrocités syriennes est avant tout due à l’image d’un petit enfant, innocent et sans défense qu’on va tuer comme ça, alors que rien ne permet de dire qu’il représente le moindre danger.
Hélas ! Il y a pire : tout comme les soldats de Hérode, les SS nazis ont tués des nourrissons ; mais la police syrienne ne s’en contente pas : elle va jusqu’à torturer des enfants de 10 ans. Ça, au cours de l’histoire, aucun tableau, aucune gravure n’a jamais fixé une telle scène. Non pas qu’on ne sache pas le faire : les représentations de l’enfer et des supplices réservés aux damnés sont bien éloquentes. Mais les tortures des enfants, ça c’est strictement inimaginable. Seuls nos cauchemars les plus épouvantable nous l’ont donné à voir.
Vous en avez cauchemardé ?  Bachar l’a fait.
Reste que le sous-sol Syrien ne contient pas de pétrole : dommage pour les petits enfants de là-bas. On ne bougera donc pas.
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(1) Dans le livre de Jérémie (31:15), on trouve : "Ainsi parle l'Éternel : On entend des cris à Rama, des lamentations, des larmes amères ; Rachel pleure ses enfants ; elle refuse d'être consolée sur ses enfants, car ils ne sont plus." (lire ici)