Showing posts with label devoir. Show all posts
Showing posts with label devoir. Show all posts

Sunday, July 11, 2010

Citation du 12 juillet 2010

Il faut avoir des amis et des ennemis ; des amis pour nous apprendre notre devoir, et des ennemis pour nous obliger à le faire.

Plutarque

Quiconque a le courage de paraître ce qu’il est, deviendra tôt ou tard ce qu’il doit être.

Rousseau - Lettre à Sophie d'Houdetot (cité le 24-6-2006)

Plutarque et Rousseau : ce n’est pas de trop de ces deux grands hommes pour nous rappeler que devenir vertueux n’est pas un devoir auquel on se plie avec enthousiasme. Il nous faut une contrainte.

Pour Rousseau, la transparence, en nous livrant aux yeux de tous tels que nous sommes, nous force à devenir irréprochables pour éviter la honte de l’opprobre.

Quant à Plutarque, il imagine sans doute que cette transparence étant peu fréquente, mieux vaut s’en remettre à l’examen tatillon et soupçonneux de nos ennemis.

Bref : faute d’avoir le courage dont parle Rousseau, tâchons de nous faire des ennemis fidèles.

Oui, mais : pourquoi diable faudrait-il en arriver là ? La vertu et le devoir sont-ils si rebutants qu’on ne puisse s’y conformer sans contrainte ? Faut-il donc évoquer la corruption du péché originel pour comprendre que notre nature répugne à ce point à vivre moralement ?

Beaucoup de moralistes l’on cru : « Choisissez, disent-ils, le chemin le plus dur, le plus escarpé, celui qui va vous écorcher les pieds et harasser vos muscles. Là est le devoir, là est le bien. »

On est alors dans la morale de l’obligation, de la contrainte – celle dont Bergson disait qu’elle est une morale « close ».

Mais il existe aussi une morale « ouverte », celle qui suscite une aspiration au dépassement de soi, celle qui est éveillée par « l’appel du héros ».

Ici, point de devoir, point de contrainte, tout effort est consenti dans la légèreté – consenti parce que c’est à l’appel du héros ou du saint qu’on répond. Un peu comme quand Jésus dit à son disciple Thomas : Je suis le chemin, la vérité, et la vie (1).

Reste qu’il vaut mieux ne pas se tromper de saint ou de héros.


(1) Jésus lui dit: Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. Jean, 14-6

Sunday, May 03, 2009

Citation du 4 mai 2009

La conscience ne vous interdit pas de faire ce que vous ne devriez pas, elle vous empêche de vous en réjouir.

Cleveland Amory


Curieuse citation : on aimerait la réécrire – La conscience même si elle ne peut empêcher qu’on fasse le mal, nous empêche néanmoins qu’on s’en réjouisse.

Admettons. Ça ne résout pas tout.

La conscience – entendons : la conscience morale – n’aurait aucun pouvoir sur ce qui nous détermine à agir ? Elle n’interviendrait qu’après coup, quand vient le temps des remords – ou des regrets.

- Mais alors, qu’est-ce donc alors qui nous empêche de mal faire ? La conscience morale, et les valeurs qu’elle réactive en nous n’aurait donc aucune fonction là dedans ? On serait honnête uniquement par peur du châtiment ? Ou parce qu’il y aurait un plus grand plaisir à faire le bien que le mal ? Ne serait-ce pas plutôt tout simplement l’amour ? Nous n’irions tout de même pas faire du mal à ceux que nous aimons ?

Voilà : il suffit donc d’aimer l’humanité en général, et le mal disparaît. Aimez-vous les uns les autres. Point-barre.

- Si c’est à ça que vous pensez, alors vous avez un besoin urgent de faire un petit tour du côté de la morale kantienne, c’est moi qui vous le dis…

Pour Kant, une action morale est une action qu’on accomplit par devoir et non par plaisir (1) ou par besoin, ou par tout sentiment qu’il soit de pitié, d’amour ou ce que vous voudrez. La conscience morale est la conscience du devoir qui m’est fait de respecter les valeurs de la raison, et rien d’autre.

- Et l’amour ? Qu’est-ce qu’il en fait de l’amour, Kant ? N’aurait-il aucune valeur ?

- Mais si, justement : à condition toutefois que ce soit l’amour pratique, celui qui seul a une valeur en morale et qui est en fait l'autre nom donné au devoir.

- Pratique ? Ça a quoi de « pratique » l’amour ?

- « L’amour comme inclination ne peut se commander ; mais faire le bien précisément par devoir, alors qu’il n’y a pas d’inclination pour nous y pousser, et même qu’une aversion naturelle et invincible s’y oppose, c’est là un amour pratique et non pathologique, qui réside dans la volonté et non dans le penchant de la sensibilité ; or cet amour est le seul qui puisse être commandé. » Kant – Fondements de la métaphysique des mœurs, I


(1) Comme on va le voir dans le texte cité plus bas, ce qui se fait par devoir obéit à un impératif pratique, alors que ce qu’on fait par sentiment résulte d’un penchant pathologique (ce terme n’ayant chez Kant aucune connotation péjorative : il s’agit seulement de ce qui est de l’ordre du pathos, c'est-à-dire de la sensibilité)

Friday, September 15, 2006

Citation du 16 septembre 2006

Nul ne possède d'autre droit que celui de toujours faire son devoir

Auguste Comte, Système de politique positive - tome 1

Brrrrr !... Si Auguste Comte prend le pouvoir, moi je prends le maquis ! Heureusement ce programme répond à l’état positif de la société, autrement dit on est dans l’utopie.

Reste que Comte justifie son point de vue. Et voici comment :

- Le droit est fondé sur des valeurs qui dépassent les individus. Mêmes les droits de l’individu (= droits de l’homme) supposent l’autorité d’un Etre Supérieur : l’humanité. Je ne peux réclamer un droit qu’à condition de reconnaître cette transcendance et de m’y soumettre. Or, dans l’état positif, plus aucune transcendance, plus de « titres célestes ». Donc : plus de droit.

- Les devoirs : Chacun a des devoirs, et envers tous ; on est dans le cadre d’un contrat social tout simplement : pour que la justice soit, il faut et il suffit qu’il n’y ait pas de privilèges. Les garanties individuelles résultent donc seulement de cette universelle réciprocité d'obligations.

- Le contenu de ces devoirs peut être défini par leur universalité. Je n’accepterai en effet comme devoirs réciproques que ce que je peux souhaiter pour moi-même. On est donc dans la morale ou la justice sociale : « fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fasse ». Et il n’y a pas à souhaiter une autre forme de justice.

- Bilan : avoir des devoirs sans avoir de droit, c’est simplement être protégé des abus des Grands Prêtres et des Gourous de toute sorte.

Alors qu’est-ce qui fait qu’on a peur dès qu’on pense à cette éventualité ? C’est tout bête : « toujours faire son devoir » : ça n’arrive jamais s’il n’y a pas la contrainte d’un pouvoir au-dessus des individus (donc un exécutif, donc un Etat). Depuis Montesquieu (au moins !), on sait qu’il est dans la nature du pouvoir d’abuser. Et donc qu’il faut qu’il y ait un pouvoir au-dessus de l’exécutif lui-même.

Il faut donc que les individus aient des droits garantis.