Thursday, January 19, 2017
Citation du 20 janvier 2017
Saturday, November 19, 2016
Citation du 20 novembre 2016
Sunday, February 16, 2014
Citation du 17 février 2014
Le travail de deuil consiste à tuer le mort
Wednesday, May 25, 2011
Citation du 26 mai 2011
Mon Dieu, qu'il est grand ! Il paraît même plus grand mort que vivant !
Henri III (lors de l’assassinat du Duc de Guise)
Cette phrase est sans doute aussi dans l’esprit de tous ceux qui ont eu un deuil dans leur famille ou chez leurs amis. Autant dire qu’il s’agit probablement d’une vérité universelle.
Car ce qu’elle exprime, c’est la modification psychologique qui s’opère dans les sentiments après la mort d’un proche, d’un ami, d’un parent.
Comment se fait-il que celui qui est mort nous préoccupe plus que du temps de son vivant ?
- Alors bien sûr, cette question n’a pas de sens quand il s’agit d’un être très proche et très cher. La mort d’une épouse, la mort d’un enfant sont des deuils qui n’ajoutent que de la douleur à l’image que nous en avions quand ils étaient en vie. Leur taille était déjà telle qu’ils ne pouvaient plus grandir, même par la mort. Mais je persiste : dans les autres cas, il arrive que nous pensions à celui qui n’est plus, plus souvent que quand il était de ce côté-ci de la vie.
Cet effet de la mort ne s’explique apparemment pas par l’effet du deuil, du moins pas comme Freud l’a analysé ; pour lui, le deuil se caractérise par un changement de notre rapport au monde, par une perte de l’attrait que nous éprouvions pour lui. La mort des autres produit un état dépressif, qui doit peu à peu être comblé par le travail de deuil.
Mais nulle référence à cette place prise par les disparus dans notre mémoire et dans notre conscience.
Sans doute des psychologues ont-ils déjà expliqué la chose sans que j’en aie connaissance. Je sais simplement que Marie de Hennezel a écrit un livre pour dire qu’il est très important d’accompagner les mourants et de faire la paix avec eux – si tant est qu’on le puisse – concernant les conflits passés, même lointains. Parce que ce sont eux qui refont surface après – et après, c’est trop tard.
Friday, August 20, 2010
Citation du 20 août 2010
Patrick Chamoiseau – Texaco (Folio, p.249)
Voir le texte en annexe
Mais ce n’est pas une raison pour passer à côté. Car nous savons bien qu’elle est vraie, même si elle nous choque d’abord et nous attriste ensuite…
Qui donc n’a jamais ressenti le deuil comme une perte non seulement de l’être aimé, mais encore de toutes les occasions de vivre cet amour avec lui ? Combien nous regrettons de ne pas avoir dit à nos parents, à nos enfants, à nos amis disparus qu’on les aimait, et expliqué que nos différends ne sont rien au regard de ce que leur vie nous a apportés…
Si Chamoiseau nous conseille d’abuser de l’amour des autres c’est parce qu’il sait qu’on ne pourra jamais remplir notre vie de l’amour qui nous manquera quand l’autre ne sera plus.
- Un tel manque apparaît lors des funérailles telles qu’on les pratique aujourd’hui – je veux parler de la cérémonie des adieux (la formule est de Sartre). A ce moment, chacun des amis, des parents, vient à la tribune pour lire un texte, raconter une anecdotes, qui permettent de faire, l’espace d’un instant, revivre le défunt et surtout de dire combien sa vie était importante pour ceux qui sont là.
Bien sûr, c’est très émouvant et c’est quelque chose qui doit être fait. Mais on a envie de demander à ceux qui parlent : As-tu dit à celui qu’on enterre aujourd’hui tout le bien que tu pensais de lui ? Lui as-tu donné tout ce que tu pouvais ?
Mais surtout : lui as-tu pris tout ce qu’il était prêt à te donner ?
Car, c’est comme ça qu’il faut abuser de ceux qu’on aime.
------------------------
Voici le contexte du passage cité
« Ô manman... te perdre me révéla combien nous sommes fermés à ceux que nous aimons, comment nous sommes inaptes à nous rassasier d'eux, de leur présence, de leur voix, de leur mémoire, comment jamais assez ne les embrassons... jamais assez. […] Ô Oiseau de Cham, abuse de ceux que tu aimes... » [Oiseau de Cham : il s’agit d’un jeu de mot sur le nom de l’écrivain]