Saturday, August 11, 2012
Citation du 12 août 2012
Wednesday, October 21, 2009
Citation du 22 octobre 2009
La complexité c’est quand le petit interagit avec le grand.
Sébastien Balibar (Physicien au CNRS) (1)
Voilà ce qu’il y a de bien avec les physiciens : c’est qu’ils disent les choses exactement comme elles sont et non pas comme on imagine couramment qu’elles sont.
Parce qu’on imaginerait plutôt que la complexité, c’est quand le grand interagit avec le petit. Comme quand je pense que, pour qu’il pleuve chez moi, il faut que des masses d’air extraordinaires se soient ébranlées depuis le pôle jusqu’à l’équateur et que de proche en proche, j’en reçoive des vaguelettes. J’aurais ainsi une prévisibilité relativement simple des micro-évènements qui constituent mon petit monde environnant : il suffirait de connaître les lois de l’univers et la situation des forces qui le constituent (2).
Sur le plan philosophique, ce serait une vision stoïcienne de la nature, celle qui nous dit que nous ne pouvons que la subir et qu’il est inutile de se rebeller contre elle, car nous ferions alors, nous pauvres humains, comme le plus petit rouage de la machine qui voudrait dans son fol orgueil se mettre à tourner en sens inverse pour renverser le mouvement du tout…
En résumé, ça, ce n’est pas la complexité, parce qu’il suffit de connaître le mécanisme du gros ressort pour deviner ce que va faire le petit rouage. En revanche, s’il advenait que – petite cause, grands effets – le petit rouage puisse modifier la grosse machine, alors comme il y a beaucoup de petits rouages, ça va devenir très compliqué.
Maintenant me direz-vous, ce n’est pas parce que c’est compliqué que ça existe nécessairement.
Pour sûr. Mais dites-moi, quand vous fermez le robinet en vous lavant les dents, ou quand vous rapportez vos piles usagées pour qu’elle soient recyclées : à quoi croyez-vous ?
(1) Sébastien Balibar (à ne pas confondre avec Etienne) parlait à la radio de son ami Sempé, qui fait des dessins où l’on voit une foultitude de petits détails dont l’un finit par faire sens.
(2) C’est ce qu’on appelle le déterminisme au sens classique : voir ici.
Wednesday, April 29, 2009
Citation du 30 avril 2009
Le "déterministe" nous jure que si l'on savait tout, l'on saurait aussi déduire et prédire la conduite de chacun en toute circonstance, ce qui est assez évident. Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.
Paul Valéry – Regards sur le monde actuel
Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux.
Laplace - Théorie analytique des probabilités. (1812) (1)
…rien ne serait incertain pour elle [l’intelligence omnisciente], l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux.
Selon le déterminisme, le passé, le présent et le futur sont solidaires parce que déterminés par des lois constantes qui gouvernent tout dans l’univers ; ils coexisteront aussi longtemps que les phénomènes, eux-mêmes.
Voilà donc ce qu’on attend de la science : qu’elle nous prédise ce qui va arriver, aussi sûrement qu’on pourrait prédire les mouvements d’un robot dont on aurait maîtrisé totalement la programmation.
C’est ainsi qu’on attend des spécialistes qu’ils nous disent quand et comment la crise va se résoudre, et si il vaut mieux investir dans la pierre maintenant ou dans 6 mois.
Autrement dit, on fait comme si on pouvait tout connaître. Et comme si « tout » était connaissable.
Valéry nous en avertit : « tout savoir » n’a aucun sens. Notre robot de tout à l’heure, admettons qu’il ait deux mouvements précis de possible – et deux seulement. Supposons maintenant que ces mouvements se déclenchent dans des situations bien spécifiques, mais que chacune de ces situations survienne de façon totalement aléatoire : pourrions nous prédire ce que va faire notre robot ? Nous n’essayerions même pas de le deviner, et nous estimerions ridicule de le faire.
On peut proposer d’aller plus loin : si l’avenir est inconnaissable, ce n’est pas parce qu’il est chaotique, c’est parce qu’il n’existe pas. Et ce qui sera, mais qui n’existe pas aujourd’hui, c’est très exactement ce qui dépend de notre liberté.
Et si la crise financière-économique-sociale-politique (ouf!) que nous traversons faisait partie de ces phénomènes dont l’avenir ne peut être prédit, parce qu’il n’existe pas?
Et si cela signifiait que cet avenir dépendait de nous ? Qu’il sera ce que nous en ferons ?
Ce serait intéressant si c’était vrai : parce qu’alors notre liberté étant proportionnelle à l’indétermination de l’avenir, notre responsabilité (issue des actes de notre liberté) serait proportionnelle à notre ignorance.
(1) Voir aussi Post du 5 juin 2007
Tuesday, January 08, 2008
Citation du 9 janvier 2008
Nous devons croire que tout a une cause, comme l'araignée tisse sa toile afin d'attraper des mouches, et le fait bien avant de savoir qu'en ce monde il existe des mouches.
Georg Christoph Lichtenberg - Le miroir de l'âme
Pas claire la citation de Lichtenberg…
Proposons une paraphrase : Nous devons croire que tout a une cause, comme [nous croyons que] l'araignée tisse sa toile afin d'attraper des mouches, [ même si, en réalité elle] le fait bien avant de savoir qu'en ce monde il existe des mouches.
- Le premier problème, c’est que Lichtenberg semble viser les causes finales - qui supposent la représentation d’un but ou d’une fonction - pour expliquer un phénomène. Depuis Descartes - au moins - la science refuse de genre de présupposé. Bien entendu aucun entomologiste n’acceptera d’entrer dans le raisonnement de Lichtenberg : tout ce qu’on reconnaît, c’est
1 - que l’araignée sait tisser sa toile ; et
2 - que cette toile permet d’attraper des mouches. Et enfin,
3 - que l’on ne se demande par pourquoi l’araignée tisse une toile, mais comment elle s’y prend.
- Le second problème, qui est sans doute plus intéressant, c’est la raison pour la quelle nous devons « croire » que tout a une cause - même non finale - avant même de « savoir ». Pour Lichtenberg, la question reste en suspens.
Mais, pour Claude Bernard (1), c’est tout simplement la condition de possibilité de la recherche scientifique : si on cherche, c’est parce qu’on croit qu’il y a quelque chose à trouver. Et ce quelque chose, c’est la cause des phénomènes.
- La question est alors : comprendrons-nous mieux les phénomènes lorsque nous aurons déterminé leur cause ?
Sans recourir aux mystères bien profonds de la physique quantique, admettons que quand nous aurons expliqué un comportement par la génétique ou même par la physiologie, nous n’y aurons pas compris grand chose de plus. Prenez la physiologie des passions : savoir que vous aimez votre bonne amie parce que de la testostérone circule dans vos veines au moment où vous la voyez, et que la testostérone existait bien avant que vous sachiez qu’elle - votre astre radieux - allait se lever sur votre horizon, ça vous aide pas forcément…
(1) Il faut croire à la science, c'est-à-dire au déterminisme, au rapport absolu et nécessaire des choses - Claude Bernard in Introduction à l'étude de la médecine expérimental Ch.II § III
Sur le déterminisme, voir post du 5 juin 2007
Monday, June 04, 2007
Citation du 5 juin 2007
Le «déterminisme» est la seule manière de se représenter le monde. Et l'indéterminisme, la seule manière d'y exister.
Paul Valéry - Cahiers I, Philosophie
Encore de la « grosse philosophie », de celle qui nous met les neurones en surtension, au risque de les faire péter ? Et si ça n’est pas ça, alors c’est de la « grosse physique » qu’on se dit qu’il faut être un peu fou pour y comprendre quelque chose ?
Du calme, voyons ! Je laisserai le chat de Schrödinger à son peu enviable sort : on ne va pas se démoraliser avec une histoire de mort-vivant (pour les casse-cou : voyez ceci).
Raisonnons plutôt avec Paul Valéry : le «déterminisme» rend l’avenir totalement prévisible, comme si la totalité du temps était le fil d’une pelote enroulé sur lui-même. Il est donc - selon Valéry - « la seule manière de se représenter le monde », entendez la seule façon de le rendre intelligible (1). Ça veut dire que je peux connaître le monde, et faire des projets parce que je peux prendre appui sur ces prévisions (exemple : j’achète une maison parce que j’ai la certitude de pouvoir la payer compte tenu de mon plan de carrière prévisible).
Ça va là ? Bon, alors je continue. L'«indéterminisme », disons pour faire vite que c’est la part d’imprévisibilité du monde. Lorsque des phénomènes qui ne sont pas déterminés par des lois se produisent, c’est de façon totalement aléatoire. Exemple : les boules du Loto ont un comportement totalement imprévisible, ce qui fait qu’elles pourraient bien sortir 10 fois de suite les mêmes chiffres si ça leur chantait.
Or, dit Valéry, « l'indéterminisme, [c’est] la seule manière d'exister [dans ce monde] ». Autrement dit, nous devons considérer qu’il y a des lois, mais que le monde n’est pas entièrement quadrillé par elles, et qu’on va pouvoir y vivre, c’est à dire y agir, espérer y réaliser nos rêves, nos désirs. Autrement dit, il faut qu’il y ait des « trous » dans le déterminisme naturel pour que nous puissions avoir de l’espoir
Au fond, c’est là l’intérêt de cette citation : déterminisme et indéterminisme, il faut qu’il y ait un peu des deux. Je pourrais me dire : j’espère que les lois de la biologie sont rigoureusement à l’œuvre dans mon organisme, de sorte que si je suis malade la médecine puisse agit sur mon corps comme elle agit sur celui des autres. Ça, c’est le déterminisme. Mais comment croire que les lois du monde ont prévu mes fantasmes et mes désirs ? Et si je veux produire l’objet de mes désirs, comment y parvenir si le monde produit imperturbablement toujours les mêmes choses ? J’ai donc besoin d’indéterminisme.
D’ailleurs, ne vous en faites pas : avec la pollution, les rayonnements de toutes sortes, on va vous l’indéterminer la nature. Vite fait même.
(1) Allez, une définition du déterminisme, c’est cadeau : « Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux. » Laplace - Théorie analytique des probabilités. (1812)