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Wednesday, September 07, 2011

Citation du 8 septembre 2011

Aujourd’hui, tout s’est vilainement déréglé, tout a changé, même le climat et, à ce rythme, l’Allemagne va devenir une autre Italie, et Valladolid, une autre Cordoue.

Baltasar Gracian – Le Criticon, 3ème partie – Crise VI (Traduction Pelegrin, p. 396)

Ce texte date de … 1657, et sans doute restez-vous incrédule devant cette date. Mais si on se réfère aux historiens (voir l’Histoire du climat de Leroy-Ladurie), ces changements climatiques ont été régulièrement observés au cours des temps – même préhistoriques.

Deux observations :

- D’abord, je remarque que le climat est investi de la fonction de règle-déréglable, si l’on peut dire ainsi.

Car, l’ordre "réglé" peut être immuable, tel celui des étoiles dans le ciel. Les comètes sont source de troubles, mais elles ne bouleversent absolument pas l’ordre du cosmos (1). Par contre, ce qui dépend du climat est certes ordonné (cycle des saisons – succession des travaux des champs – paysages différenciés, de l’Allemagne et de l’Italie…), mais peut se dérégler. On peut dire que les phénomènes climatiques aberrants sont l’exemple même de ce qui, apparaissant hors saison, hors mesure, devient monstrueux.

- Ensuite, ce dérèglement est toujours investi d’un sens qui va bien au-delà de ses effets observables.

Par exemple dans mon jeune temps (années 50-60) l’opinion courante était que ces dérèglements étaient dus aux essais nucléaires : « Avec leur saloperie de bombe, le temps est tout détraqué… ». Chacun sait aujourd'hui qu'il s'agit du CO2 - oui, mais demain ?

On a fait aussi des phénomènes météorologiques la conséquence parfois surnaturelle d’actes naturels : Dieu avertit les hommes de sa colère avec des pluies de sang ou crapauds ; et puis quand la coupe déborde, il envoie le Déluge.

- Concluons : les changements climatiques font peur, alors qu’ils pourraient aussi bien apparaître comme une chance (ce que je soulignais plaisamment ici)

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(1) Rappelons que « kosmos » en grec signifie ordre, justement.

Monday, September 07, 2009

Citation du 8 septembre 2009

Il n'existe pas de problèmes dans la nature, mais seulement des solutions car l'état naturel est un état adaptatif donnant naissance à un système cohérent.

René Dubos – Courtisons la terre

Dans le débat qui fait rage en ce moment sur la taxe carbone et la nécessité – ou pas – de modifier nos comportements producteurs de CO2, La citation du jour se devait de prendre parti : faut-il oui ou non laisser le 4x4 au garage et renoncer aux voyages qu’on ferait autrement qu’en vélo ?

L’idée qu’il faut protéger la planète et que nous avons un devoir exaltant, celui de prendre en charge son destin – et remarquez que grâce à nous la terre à un destin : avant elle roulait dans le cosmos, sans histoire et sans même de conscience – cette idée donc est devenue un poncif qu’il faudrait quand même interroger pour voir ce qu’il vaut.

Tentons de l’opposer à son contraire histoire de voir où ça va.
Je ne dirais pas comme certains que l’homme n’est pas responsable des changements climatiques, ou bien même qu’il n’est pas certain du tout qu’ils se produiront.

Non. Disons plutôt que la plasticité de la nature est telle que les réponses au réchauffement climatique existent bel et bien, qu’elles se sont sans doute déjà déployées dans le passé, puisque l'état naturel est un état adaptatif.

Mais il faut encore ajouter que nous n’avons rien à craindre d’une telle évolution puisqu'elle donne naissance à un système cohérent.

Combien de petites fleurs si parfumées, combien de beaux animaux à fourrure, combien de paysages merveilleux sont nés de cataclysmes effroyables qui ont englouti d’autres plantes, d’autres animaux, d’autres paysages ? Réjouissons-nous plutôt de ce que notre belle planète va changer, puisqu’elle donnera forcément naissance à des nouveautés qui nous désennuieront de ses sempiternelles banalités.


L'homme lui-même est capable de plasticité, il a su survivre en chassant le rêne aux confins des glaciers, là-bas, du côté de Lyon.

Il saura d’adapter au réchauffement de la planète, même si ça fait la désolation des fabricants de textile


Tuesday, December 11, 2007

Citation du 12 décembre 2007

Noël est là, / Ce joyeux Noël, des cadeaux plein les bras, / Qui réchauffe nos coeurs et apporte la joie, / Jour des plus beaux souvenirs, /Plus beau jour de l'année.

Washington Irving

Chers petits enfants,

C’est moi : le Père Noël ! Si je vous écris comme l’an dernier, ce n’est pas pour répondre à vos lettres. Sachez que la seule réponse que je vous ferai sera le 25 décembre à 0h 00 lorsque je déposerai vos cadeaux dans vos petits souliers.

Je viens de lire ce poème de ce monsieur américain que je ne connais pas. Il est très gentil, mais il oublie simplement que moi, le Père Noël, je vis toute l’année, et que je continue donc de vivre après le 25 décembre.

C’est pourquoi je voudrais vous montrer ma maison, là où je vis tant que je ne suis pas entrain de vous distribuer vos joujoux.

Vous me voyez sur cette photo déjà assez ancienne, prise au mois de juillet je crois. Que remarquez vous ? De la neige. Partout. Ce n’est pas un hasard si je vis en Laponie : sans le froid et la neige, comment croyez-vous que je puisse supporter ce manteau, ces bottes, et même cette barbe ?

Et mes rennes ? Hein, comment ils feraient mes rennes dans la chaleurs de l’été ?

Alors, si je vous écris, c’est parce qu’avec le réchauffement climatique, tout ça va disparaître. Vous, les enfants, vous n’aurez plus personne pour vous apporter des joujoux. Parce que, le Père Noël en maillot de bain, avec un traîneau tiré par des dromadaires, ça n’existera jamais.

Or, quand j’entends les discours qui se font à Bali, avec ces gens qui vont se faire dorer sur la plage le dimanche quand les négociations font relâche, je constate que personne ne pense à moi. On pense aux ours blancs, aux pingouins, aux esquimaux, que sais-je encore ? Mais jamais on ne se soucie du Père Noël.

C’est vous, mes chers petits enfants, vous seuls qui pouvez y faire quelque chose.

Menacez vos parents de quelque faire quelque chose de terrible s’ils ne font rien pour m’aider en luttant contre le réchauffement de la planète.

Dites-leur que s’ils ne bazardent pas le 4X4, s’ils n’installent pas des panneaux solaires, s’ils ne recyclent pas l’eau de vaisselle, alors vous allez faire pipi au lit.

Je les connais : ils ne résisteront pas.

Monday, November 12, 2007

Citation du 13 novembre 2007

Le progrès et la catastrophe sont l'avers et le revers d'une même médaille.
Hannah Arendt
- Tu m’as vu dans ma Cayenne, achetée avec mes primes de fin d’années ?
- C’est pour faire les course à Carrefour que t’as acheté ça ? Ou bien pour aller jouer au Casino en laissant les clefs au portier ? Et puis tu pourrais me dire combien de CO2 ça rejette une bête comme ça ? Parce que quand je regarde la fiche technique, je trouve qu’elle fait le 0-100 km/h en 6,8 s., mais pas l’indice de pollution.
- Mais tu sais, dans mon métier, je n’ai pas le choix. Si je veux être reçu par les clients, il faut que je me pointe avec une Porsche, sinon j’ai perdu d’avance. Oh, et puis zut ! J’en ai marre de tous ces gens qui nous accusent de polluer, de faire monter les océans, de faire crever les ours blancs… Et les pandas, hein ? C’est nous peut-être ?
- Revenons à Hannah Arendt : sa thèse est que la catastrophe est liée intimement au progrès, qu’on ne peut l’en dissocier, pas plus qu’on ne peut séparer les deux faces de la médaille.
- Oui, bien sûr… Mais on peut dire aussi que, si un progrès engendre des inconvénients, un progrès suivant les effacera. Ma Cayenne pollue ? Attendons l’énergie propre avec le moteur à fission atomique. Tu dis que l’atome n’est jamais propre ? Attends que le génie génétique nous bricole des bactéries mangeuses de radioactivité. Ce n’est pas pour demain ? Hé bien, en attendant on mettra les déchets radioactifs dans des containers qu’on enverra s’enfouir dans l’anneau de Saturne.
- Seulement, voilà : Hannah Arendt nous parle bien de catastrophe. Et une catastrophe, c’est ce qu’on ne voit pas arriver : ça va trop vite. Une catastrophe, c’est une rupture, quelque chose comme une crise, qu’on peut prédire, mais qui nous surprendra toujours. Quand ça arrive, alors il est trop tard pour mettre en place une parade quelconque.
- Mais alors, tous nos savants, ils se trompent peut-être en disant que le climat va changer de façon significative dans - disons 50 ans - et pas avant ?
- Admettons que leurs prédictions soient un scénario parmi d’autres. Le scénario catastrophe en représente justement un autre.
Rappelle-toi. Il y a de ça un peu plus de 10 ans, ce qui était à la mode dans le domaine de la prévision, c’était la théorie des catastrophes : même que René Thom, inventeur de cette modélisation mathématique, était édité en livre de poche (1). J’en dirais bien des choses intéressantes si ma nullité pathologique en mathématiques ne me l’interdisait.
Reste qu’au cœur de la théorie des catastrophes, tu as la notion de bifurcation : quand on accroît régulièrement un paramètre dans un processus, il y a un moment où se produit une discontinuité totale, telle que la chaudière dont la pression augmente régulièrement et qui explose soudainement. C’est ça qu’on appelle la bifurcation.
Et qu’est-ce qui dit qu’on n’est pas entrain de bifurquer au plan climatique ?
- Bon, si c’est comme ça, je n’ai plus à hésiter : ma Cayenne n’y changera plus rien.
(1) Paraboles et catastrophes (Ed. Champs Flammarion). Voir ici un entretien de René Thom avec Jacques Nimier. Thom y définit sa théorie comme « générateur de modèles » applicables à toutes sortes de sciences. Y compris - pourquoi pas - la climatologie.