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Friday, December 10, 2010

Citation du 11 décembre 2010

Il perd, celui qui sait ce qu'il va faire s'il gagne. Il gagne, celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd.

Machiavel

Modernité des classiques 3 –

Je supposerai que Machiavel a voulu dire : Il perd, celui qui ne sait rien d’autre que ce qu'il va faire s'il gagne. Il gagne, celui qui sait aussi ce qu'il va faire s'il perd.

Pourquoi ne l’a-t-il pas écrit alors ? D’ailleurs, a-t-il seulement écrit cette phrase ?

Sans doute, mais je dois l’avouer : j’ai trouvé cette citation de Machiavel sur la page d’un site boursier où elle apparaissait comme une maxime de prudence – ce qui n’est pas forcément une garantie d’authenticité.

On pensera sans doute que Jérôme Kerviel aurait évité bien des tracas s’il avait gardé en mémoire ce sage conseil. Mais il serait réducteur de ne considérer Machiavel que comme celui qui, du fond de son 16ème siècle, a su anticiper le trading. Les messages de Machiavel sont toujours aussi des messages politiques – ou plutôt : des messages aux politiques.

Une anecdote que ne connaissent pas nécessairement ceux qui lisent ce Post en dehors de nos frontières. Quand François Fillon (notre actuel premier ministre) fut éjecté par le Président Chirac du gouvernement en juin 2005, il déclara : « Jacques Chirac a fait de moi un directeur de la campagne [de Nicolas Sarkozy] avant l'heure ». Faut-il rappeler que Sarkozy était alors l’ennemi politique des chiraquiens ?

Si Fillon savait aussi bien ce qu’il allait faire après son échec (à rester au gouvernement), ne doutons pas que tous les ministres qui ont été récemment éjectés du pouvoir l’ont également anticipé.

Les moins dangereux d’entre eux se sont faits avocats d’affaire et recyclent leur carnet d’adresse dans des activités de lobbying. Les autres sont en train de fonder leur club politique pour pourrir la vie de Notre-Président ...

Thursday, December 09, 2010

Citation du 10 décembre 2010

La volonté du souverain est le souverain lui-même.

Montesquieu

Dans toute magistrature, il faut compenser la grandeur de la puissance par la brièveté de sa durée.

Montesquieu ̶ De l'esprit des lois

Modernité des classiques 2

Deux citations pour montrer qu’aujourd’hui encore la culture classique nous aide à comprendre notre époque – voire même à en anticiper les évolutions.

1 - La volonté du souverain est le souverain lui-même. On répond ainsi à la question typiquement philosophique : quel est le mode d’existence du pouvoir souverain ? – ou plutôt : que doit faire celui qui possède le pouvoir souverain pour rendre manifeste qu’il le détient effectivement.

Seul l’exercice du pouvoir est le pouvoir. Et rien d’autre.

Peut-être faudrait-il quand même mettre un bémol à cette affirmation : Montesquieu parle de la volonté du souverain et non de l’exercice du pouvoir.

Si l’on admet que le souverain n’est pas Dieu chez qui vouloir et faire sont une seule et même chose, alors on pourrait dire que la puissance souveraine se manifeste déjà dans le simple énoncé de son vouloir. C’est d’ailleurs ce qu’on appelle l’autorité.

On peut appliquer ça à notre expérience de la vie politique : à part le Général de Gaulle, dont on célèbre ces jours-ci l’anniversaire de la mort, je ne vois pas qui, parmi Nos-Présidents mériterait d’être appelé Souverain.

2 – Dans toute magistrature, il faut compenser la grandeur de la puissance par la brièveté de sa durée.

Bon : pas besoin de commenter, n’est-ce pas ? Un quinquennat, c’est déjà bien long ! Alors laisser entendre qu’on va le renouveler, ça ne serait supportable qu’à la condition que celui qui l’exercerait fût alors déchargé (j’allais dire déchu) de sa puissance…

Wednesday, December 08, 2010

Citation du 9 décembre 2010


Toute révélation d'un secret est la faute de celui qui l'a confié.
La Bruyère – Caractères
Quand tu sauras mon crime, et le sort qui m'accable, / Je n'en mourrai pas moins, j'en mourrai plus coupable.
Racine - Phèdre, Acte I, scène 3 (voir ici)
Modernité des classiques 1
La Bruyère et Racine nous parlent aujourd’hui de l’affaire Wikileaks… Allez prétendre après ça que la culture classique ne sert à rien… (1)
1 – Racine souligne un point qui a beaucoup surpris quand on a réalisé que les révélations divulguées par Wikileaks étaient déjà connues de certaines personnes (en nombre certes restreint), mais que ce qui était gênant, c’était que cela soit mis sur la place publique, au vu et au su de tout le monde. Phèdre nous l’a expliqué : le nombre de personnes à connaître une faute la démultiplient d’autant. Mais je n’en dirai pas plus, m’étant déjà épanché sur ce sujet.
2 - Toute révélation d'un secret est la faute de celui qui l'a confié, ajoute La Bruyère. Voilà encore quelque chose qui nous a surpris – pour ne pas dire scandalisés – dans la manière dont nos dirigeants ont réagi à l’affaire qui nous occupe : ils ont tiré à boulet rouge sur l’équipe de Wikileaks, ainsi que sur Bradley Manning, le traitre qui a détourné les messages confidentiels, qui est dénoncé comme le vrai responsable des fuites issues du Pentagone. Autrement dit, que les super-spécialistes de la sécurité des réseaux du Pentagone aient été incapables d’empêcher ces informations de fuiter n’a pas spécialement retenu l’attention des responsables politiques, à commencer par Hillary Clinton.
Heureusement, La Bruyère est là pour nous ramener à l’essentiel : s’il y a bien dans cette affaire des fautes en cascades, la première de toute incombe quand même à ceux qui ont laissé fuir les secrets. Qu’on nous dise ensuite que c’est tel odieux individu qui en soit la cause, ou encore que la technologie Internet soit responsable, c’est de l’ « enfumage » (pour parler la langue de nos brillants politiciens…)
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(1) Ce qui compte avec la culture (classique ou pas) c’est ce n’est pas tant ce qu’on en sait que ce qu’on en fait. Voilà ce qui se révèle dans la diatribe présidentielle anti-Princesse de Clèves : Notre-Président n’a jamais su quelle utilité pourrait avoir pour lui la lecture du chef d’œuvre de madame de La Fayette…