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Tuesday, February 28, 2012

Citation du 29 février 2012

Je suis François, dont il me poise / Né de Paris emprès Pontoise / Et de la corde d'une toise / Saura mon col que mon cul poise

(Je suis François et cela me pèse / Né à Paris près de Pontoise / Et de la corde d'une toise / Mon cou saura ce que mon cul pèse)

François Villon – Quatrain

On raconte que ce quatrain a été écrit par François Villon alors qu’il vient d’être condamné à la pendaison et que, n'ayant pas encore interjeté appel, il attend d’être pendu.

Que l’histoire soit vraie ou fausse, c’est ce qu’on ne saura peut-être jamais. Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’elle est suffisamment frappante pour qu’on la raconte encore aujourd’hui.

Mon cou saura ce que pèse mon cul : on est sidéré de la lucidité tranquille de l’homme qui vit ses derniers instants. Car ce qu’on trouve ici, c’est une évocation de ce que peut ressentir le pendu avant qu’il soit tout à fait mort.

Curieuse évocation. Que ressent le pendu, tant qu’il ressent quelque chose ? Etouffe-t-il ? Sent-il sa langue jaillir hors de sa bouche et son membre gonfler ? (rappelons que les (messieurs) pendus sont susceptibles d’avoir une érection (d’où les jeux dangereux des amateurs de sensations fortes). On disait même autrefois que la pendaison produisait une ultime éjaculation, qui fécondait la terrible mandragore, plante qu’on allait cueillir à proximité des gibets.)

Oui, sans doute ; mais tout cela est proprement inimaginable.

Par contre, François Villon imagine tranquillement qu’il va vivre une expérience sans précédent : expérience qui va réunir son cou et son cul, lieux du corps qui, habituellement, s’ignorent l’un l’autre.

- Mais ce qui marque le plus, c’est quand même cette indifférence devant la mort, cette tranquillité qui nous parait surhumaine.

D’ailleurs, c’est comme ça que le nom de Sorano (ou Samano) est passé à la postérité. Ecoutez son histoire (photo ci-contre) : « c’est une photo de Fortino Sámano, due à Agustin-Victor Casasola. Lieutenant de Zapata, faux-monnayeur, Fortino Sámano finit fusillé par les troupes fédérales, exigeant de garder les mains libres et les yeux sans bandeau, fumant, le dos au mur, son dernier cigare ». (Lu ici)



Friday, August 12, 2011

Citation du 13 aout 2011

La peur est ce qui gronde dans le courage ; la peur est ce qui pousse le courage au-delà du but.

Alain – Les idées et les âges

Il suffit de faire un petit tour dans une encyclopédie des citations pour se rendre compte que les rapports entre le courage et la peur y sont très fréquemment évoqués, mais à chaque fois avec une signification différente : tantôt c’est le courage qui résiste à la peur, tantôt c’est la peur qui vient freiner le courage, tantôt, comme ici, elle l'amplifie. Comment s’y retrouver ?

J’ai l’idée que ce ne serait qu’à condition de considérer la peur comme une donnée fondamentale de l’être humain, quelque chose qu’on ne pourrait éradiquer même si on la repousse par nos vertus les plus fortes – et donc qu’il faut comprendre (dans un premier temps) sans prendre en compte ses rapports avec le courage.

Ainsi Hobbes qui nous explique que les humains sont et seront toujours en guerre les uns contre les autres, parce qu’ils auront toujours peur.

Déjà, nous sommes selon Hobbes en conflit avec nos semblables parce que nous ne leurs faisons pas confiance, parce que nous croyons fermement qu’ils profiteront d’un moment d’inattention de notre part pour nous voler, nous piller, nous assassiner. C’est pourquoi, dit-il, nous fermons nos coffres parce que nous craignons nos proches, nos portes parce que nous craignons nos voisins, et nos frontières parce que nous craignons le reste de l’humanité. L’homme est un loup pour l’homme, c’est bien connu.

Mais il y a plus. Aucun traité de paix, aucune alliance ne saurait pacifier l’humanité, parce qu’une seconde peur nous tenaille en permanence : la peur de manquer. Oui, quand nos coffres et nos greniers regorgent d’or et de grains, quand nos besoins sont comblés et que l’avenir semble assuré, nous restons encore inquiets de l’avenir : nous n’avons jamais assez pour nous tranquilliser. Il nous faut donc prendre à nos voisins ce que nous n’avons pas encore, et trembler qu’ils ne le fassent à notre encontre : la peur des autres est réactivée par la peur de manquer.

Concluons : Alain nous dit que, dans l’affrontement, le courage est une donnée raisonnable et donc mesurée, la peur est une passion qui déclenche le même comportement que le courage, mais qui en revanche exclut toute limite – seul le pacifisme pourrait nous protéger.

Hobbes explique alors que l’affrontement est perpétuel et que, là aussi, la peur joue un rôle essentiel.

Friday, November 20, 2009

Citation du 21 novembre 2009

Il faut d'abord savoir ce que l'on veut, il faut ensuite avoir le courage de le dire, il faut ensuite l'énergie de le faire.

Georges Clemenceau

Savoir, et puis avoir le courage de dire, et enfin mobiliser son énergie pour faire : trois préalables à l’action, trois conditions sans les quelles elle ne pourrait pas exister. Et on dit que l’homme d’action se reconnaît à ce qu’il agit sans délai…

Bon, passons. Reste quand même quelque chose qui étonne : qu’il faille savoir ce qu’on veut faire pour agir, oui, évidemment ; qu’il faille une certaine énergie pour le faire, ça peut arriver. Mais pourquoi diable faudrait-il en plus le dire ?

Imaginons : vous avez coincé votre ennemi intime dans un fond de couloir obscur sans témoin.

1 - Vous savez au moins une chose : votre souhait le plus cher, c’est de le supprimer.

2 - Alors vous lui dites : Je vais te crever, salaud !

3 - Et enfin vous sortez votre couteau de votre chaussette, et vous lui enfoncez dans le ventre.

Est-ce que vous croyez que c’est à ce genre d’exemple que songeait Clemenceau ? Moi je ne le crois pas.

Je crois en fait que sa phrase ne prend son sens que dans le cas de l’action politique. Oui, c’est l’homme d’Etat qui doit, avant d’agir, savoir clairement où il veut aller et avoir l’énergie de déployer son action. Mais surtout il doit dire à ses électeurs ce qu’il veut faire et comment il va l’obtenir, et ça peut sans doute demander du courage. Car s’il a été élu, ce n’est pas pour agir selon son bon vouloir, sans ça la démocratie ne serait qu’un despotisme électif. Non, les électeurs l’ont élu sur un certain programme, et ils doivent s’assurer que leurs dirigeants agissent conformément à celui-ci ; qu’ils agissent comme eux-mêmes agiraient s’ils étaient à sa place. Et donc le chef politique doit leur expliquer le rapport qu’il y a entre les mesures qu’il compte prendre, surtout si elles sont impopulaires, et ce pour quoi il a été élu.

- Mes chers concitoyens, vous m’avez élu pour préserver la Grandeur de la France. Voilà pour quoi je vais augmenter vos impôts…

Le dévoiement de la politique actuelle nous amène à nous méfier de la communication gouvernementale (« De la Com’ », dit-on avec dédain). Mais rappelons-nous que la communication est un moment essentiel de la démocratie. Sans elle, ce que nous perdons, c’est le moment du consensus.

D’ailleurs, un simple rappel : Aristote affirmait que si l’homme possède le langage, c’est parce qu’il est un animal politique (1)


(1) « Mais le langage existe en vue de manifester l'avantageux et le nuisible, et par suite aussi le juste et l'injuste » Aristote – Les politiques (livre I, ch 2, 1253a) Lire le passage ici

Thursday, January 04, 2007

Citation du 5 janvier 2007

Aucun homme ne court plus vite qu'une balle de fusil.

Idi Amin Dada

Si vous avez oublié qui était Amin Dada, cliquez ici. Sachez aussi, qu’on racontait que les crocodiles du marigot de son palais présidentiel étaient les crocodiles les mieux nourris d’Afrique : autant dire qu’il n’y avait pas grand monde dans les prisons.

Le décor est planté. Maintenant il est possible de dire que le dictateur ougandais montre par cette citation l’inutilité de la performance humaine, donc de l’héroïsme, face au moyen de destructions mécaniques. Hector et Achille, dont la vaillance se montrait dans la force de leur bras armé, qu’auraient ils valu en présence du 357 Magnum d’Amin Dada ?

L’erreur serait de croire qu’il a fallu attendre l’ère industrielle et les armes de destruction massives pour découvrir l’injuste domination de la matière sur l’esprit. L’Arioste, dans son roman de chevalerie - Roland furieux - montre son héros détruisant l’arme qui rendait inutile l’exploit chevaleresque : l’arbalète (on est au début du 16ème siècle) ; aucun homme ne court plus vite qu’un carreau d’arbalète (1).

Maintenant, allons au cœur du sujet : si l’homme qui l’emporte n’est pas le plus courageux ni le plus intelligent mais celui qui est le mieux armé, alors il faut armer les valeureux, de sorte qu’ils l’emportent sur les généraux dictateurs.

Si vis pacem, para bellum disait la sagesse politique des romains. Quant à nous, nous dirions volontiers : « si tu veux que la sage gouverne, apprends lui le maniement des armes. Il est plus facile de faire un général avec un sage que de faire un sage avec un général ».

Quoique… (2)

(1) A toutes fins utiles rappelons que le carreau d’arbalète parvenait à percer les cuirasses des chevaliers, ce que les flèches ne pouvaient faire - les rendant aussi vulnérables que la piétaille.

(2) Je veux dire : c’est peut-être aussi difficile (qu’alliez-vous imaginer ?)

Tuesday, August 15, 2006

Citation du 16 août 2006

Se révolter, c'est courir à sa perte, car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l'intérieur du groupe, la révolte seule, aboutit rapidement à la soumission du révolté... Il ne reste plus que la fuite."

Henri Laborit - Éloge de la fuite

Courage, fuyons… La stratégie de l’affrontement ainsi disqualifiée, Laborit ferait-il l’apologie de la lâcheté ? Car même si vous trouvez un mot un peu plus présentable pour nommer cette attitude, le fait de laisser le champ libre à l’agresseur reste une attitude d’abandon et de capitulation. Quant à ceux qui appelleront la non-violence de Gandhi à la rescousse (1) je dirai qu’elle relève de la révolte (=résistance) que Laborit refuse ; de plus elle est périlleuse, et la thèse est que justement c’est la vie qui est la valeur suprême ici.

C’est la difficulté du pacifisme, et j’en donnerai trois exemples :

- Garcin, le « héros » que Sartre met en scène dans Huis clos : est-il un pacifiste qui fuit sa patrie en guerre pour témoigner de la nécessité de la lutte pacifique, ou bien un déserteur, fuyant lâchement son devoir et qui a mérité son sort : 12 balles dans la peau ?

- C’est aussi le thème de la chanson de Brassens (2) : «Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente ».

- Et, pour ceux qui se rappellent la Guerre froide, et le slogan pacifiste des jeunes allemands de l’ouest : « Plutôt rouge que mort ! ».

Bref : mieux vaut être un lâche vivant qu’un courageux héros mort. « La vie, dit Brassens, est notre seul luxe » ; rien ne peut justifier de la sacrifier.

Supposons que cette attitude soit généralisée à l’espèce ; selon la loi darwinienne de la lutte pour la vie, n’auront survécu que les lâches qui ont su protéger leur existence et qui ont de ce fait pu se reproduire ; les braves, quand à eux, périssent au champ d’honneur avant d'avoir pu assurer leur descendance. Nous sommes donc, vous et moi, des fils et des filles de fuyards…

Peut-on condamner la fuite si la nature elle-même la choisit pour propager l’espèce ?

(1) Avez-vous constaté comme moi que personne n’en parle plus aujourd’hui ; pourquoi donc ? Ce ne sont pourtant pas les conflits qui manquent.

(2) Mourir pour des idées : à retrouver par exemple à http://www.paroles.net/chansons/18810.htm