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Saturday, October 03, 2015

Citation du 4 octobre 2015

Ma foi Colette est un morceau de roi. / Si tu savais ce que vaut cette fille ! / J'en ai bien vu; mais de telle, entre nous, / Il n'en est point. C'est bien le cuir plus doux, / Le corps mieux fait, la taille plus gentille; / Et des tétons ! je ne te dis pas tout. / Quoi qu'il en soit, avant que être au bout / Gaillardement six postes se sont faites; / Six de bon compte, et ce ne sont sornettes.
Jean de La Fontaine – Les Contes : Le Berceau

Philibert-Joseph Le Roux – Dictionnaire comique satyrique critique (1750)

- Commençons en louant Internet de nous permettre d’apprécier des classiques comme ces contes de La Fontaine sans avoir à courir les bibliothèques et les vieux grimoires pour goûter la saveur de ces expressions désuètes et pourtant si vigoureuses : « Gaillardement six postes se sont faites ». Que veut dire notre conteur-fabuliste ? Qu’est-ce donc qu’une « poste » ? Et voici qu’apparaît, grâce en soit rendue à Google, ce dictionnaire de Philibert-Joseph Le Roux : « En terme de débauché, Faire une poste c’est f… un coup ».

- Ensuite, apprécions le sens de la peinture de la beauté féminine présent dans ce bref passage :
            1 – ça commence par le cuir : on ne saurait en effet apprécier le corps d’une femme sans faire référence à sa peau, donc aux caresses qui permettent de l’apprécier.
            2 – Ensuite le corps et la taille : on comprend que c’est la silhouette, marquée par le pincement de la taille : là encore, l’amant qui enlace est à la manœuvre.
            3 – Enfin, on met un terme aux généralités, et avec les tétons commence la revue de détail. Notez là encore quelle place est laissée à l’imagination : le talent de La Fontaine est tel que ces tétons, il saurait bien nous les faire contempler s’il le voulait. Mais voilà : plutôt que de fixer notre imagination, il lui laisse libre cours.
            4 – D’autant que précisément cette revue de détail finit à peine commencée par des sortes de points de suspension. De toute façon pour qu’un « débauché f… gaillardement six postes » à une demoiselle dans la même nuit il faut qu’elle en vaille … le coup !

Tuesday, February 24, 2015

Citation du 25 février 2015

L'amour humain ne se distingue du rut stupide des animaux que par deux fonctions divines : la caresse et le baiser.
Pierre Louÿs – Aphrodite
Réduire l’être humain à l’animalité est la suprême humiliation : ainsi de celui qui est contraint de manger comme un animal, directement dans la gamelle ; ainsi de celui qui serait obligé de déféquer dans un coin sous le regard des autres ; ainsi de celui qui copule comme la bête en rut.
L’actualité judiciaire a suscité l’indignation en révélant ce décalage lors du procès de cet homme riche et puissant, qui semblait parvenu au sommet de la civilisation et qui lors de « parties fines » soumettait les femmes à son désir brutal : quel dégoût !

Et pourtant, inutile de le cacher : la nature parle en nous, hommes ou femmes, et elle fait entendre sa voix : nous devons libérer nos pulsions sexuelles. Mais comment le faire sans que ce soit bestial et honteux ? Comment libérer la sexualité sans libérer l’animalité ? Peut-on faire l’amour sans que notre corps soit présent ? Devons-nous le cacher comme lorsqu’on fait l’amour dans le noir pour ne pas voir ; ou bien faut-il que la demoiselle garde une culotte fendue pour que son amoureux ne voit pas ses parties intimes ? 
Ancienne Culotte Fendue de grand’mère appelée Pisse-Droit

Oublier le corps ? Non bien sûr, mais le sublimer en l’effleurant d’un baiser ou d’une caresse. On le comprend : Pierre Louÿs ne distingue ces deux approches du rut qu’en supposant qu’on frôle la peau d’une caresse ou qu’on dépose un chaste baiser sur le visage de l’aimée.
Oui, mais : comment faire l’amour en effleurant seulement ? Hein ?

Evidemment, c’est impossible… Pour échapper à la bestialité il ne vous reste qu’une solution : chantez des cantiques en même temps que vous copulez.

Monday, January 12, 2015

Citation du 13 janvier 2015

Il était impensable que le souffle animant ce corps incomparable ne fût pas, lui aussi, d’une qualité unique et exceptionnelle. Pourquoi la nature aurait-elle fabriqué un tel corps, sinon pour en faire l’écrin d’un trésor encore plus précieux ?
J.K. Rowling – Une place à prendre (p. 273)
La nature ne fait rien en vain.
Aristote – Traité de l'âme, III, 12.
Comment la métaphysique s’enseigne-t-elle ? A quelle expérience faire appel pour aider les adolescents à élever un peu leur âme ?
C’est à  cette question que répond le jeune Andrew (16 ans), imaginé par J.K. Rowling dans le roman qu’elle écrivit au sortir de la saga Harry Potter.

Andrew est tombé raide amoureux de sa voisine de classe, la belle Gaia. Cet amour, elle n’a rien fait pour le susciter : elle s’est contentée d’apparaître, d’exister. On dira que c’est un coup de foudre, mais il ne faut pas se débarrasser trop vite de cet événement en le baptisant de façon convenue : ce que  ressent Andrew pour Gaia ne peut s’expliquer par son aspect physique. Certes elle est très jolie (elle est même bandante dirait notre auteure qui se lâche bien depuis qu’elle n’est plus responsable de Harry Potter), mais il y a quelque chose qui se dégage de cette jeune fille qui ne s’explique pas seulement par son corps. Ce qu’il ressent dépasse le simple instinct sexuel ; ce qui se révèle ainsi, c’est quelque chose de plus grand, quelque chose d’indicible, quelque chose d’irréductible à la réalité physique. Bref : appelons ça comme on voudra, mais il y a une force non matérielle qui émane de cette jeune fille.

A partir de là : le corps ne fait pas tout, certes, mais il  existe. Andrew s’interroge : comment comprendre l’extraordinaire perfection de ce corps, sinon en pensant qu’il est là justement pour servir d’écrin à cette âme dont il ressent l’attraction ? Si la nature agit selon une nécessité que nous pouvons deviner, alors il faut supposer que la perfection des formes de Gaia est l’indice de celle de son âme. On parlera selon les cas de beauté, d’harmonie, voire même de magnétisme.


Alors ? Je ne suis pas sûr que nos profs de philo fassent appel à ce genre d’expérience pour discuter le dualisme platonicien. Mais ils le devraient bien.

Monday, November 11, 2013

Citation du 12 novembre 2013



La santé est la vie dans le silence des organes.
René Leriche (1937)
La plus grande partie du corps ne parle que pour souffrir. Tout organe qui se fait connaître est déjà suspect de désordre. Silence bienheureux des machines qui marchent bien.
Paul Valéry –  Cahiers I
[Ces deux citations sont reprises du Post du 19 septembre 2012]
Il s’agit de relier l’extérieur de notre corps – du moins ce que nous considérons comme tel, par exemple quand nous disons que celui-ci ou celle-là a un « beau corps » – à son l’intérieur : à savoir tout ce qui est enveloppé/caché sous notre peau. En fait, rien de ce qui se passe en dessous ne nous intéresse – mieux même : pour nous, ça n’existe pas. Du moins quand on est en bonne santé puisque la santé est la vie dans le silence des organes.
Néanmoins, certains organes n’affleurent-ils pas ici ou là, comme nos yeux et nos oreilles ? Et d’autres sont bien évidemment reliés à tout un tas de machins à l’intérieur de nous : comme notre bouche, notre anus (beurk !) – et nos organes génitaux.
Nos organes génitaux : nous sommes en admiration devant ces splendeurs de notre corps – surtout nous, les messieurs ! – et nous voulons croire qu’ils se suffisent à eux-mêmes. Certains – toujours les messieurs – donnent un petit nom affectueux à leur grand et majestueux phallus ! Quant au sexe des dames, nous – toujours les messieurs !!! – leurs donnons des noms plus poétiques les uns que les autres, comme Aragon pour Irène (1).
Seulement voilà : ces merveilles de la nature ne fonctionneraient pas sans plein de trucs compliqués et peut-être pas très appétissants qui en sont, tapis dans le secret de l’abdomen, le prolongement … à moins que ce soient nos organes génitaux extérieurs qui en soient l’aboutissement ?
Qu’on examine cette belle illustration (due à un auteur dont j’ai perdu le nom – qu’il veuille bien m’en excuser) : on voit bien le mal qu’il faut se donner pour rendre tout ce bazar esthétique !
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(1) « Et maintenant, salut à toi, palais rose, écrin pâle, alcôve un peu défaite par la joie grave de l’amour, vulve dans son ampleur à l’instant apparue. Sous le satin griffé de l’aurore, la couleur de l’été quand on ferme les yeux. » Louis Aragon – Le con d’Irène

Monday, March 25, 2013

Citation du 26 mars 2013



Tout se dévoile et se vêt de grâce. La nudité est le vêtement du roi. Naître est peut-être cette mutation du voilé en ce vêtement de transparence plus dense que dix mille oripeaux.
Jacques Renaud – Clandestine(s), ou, La tradition du couchant
Commentaire II
Naître est peut-être cette mutation du voilé en ce vêtement de transparence plus dense que dix mille oripeaux… La naissance conçue non pas comme le passage de la protection maternelle à la menace du monde extérieur dangereux pour le petit enfant, mais comme passage du voilé au transparent, c’est-à-dire du caché au manifeste
Et la transparence non pas comme étant constituée par un voile arachnéen, mais comme ce qui constitue une densité plus grande que 10000 vêtements superposés…
Que les contradictions se bousculent peut résulter d’un procédé rhétorique. Mais que la pensée soit du coup mise en mouvement, voilà qui  est plus intéressant.
D’abord évacuons une difficulté qui ne parait pas essentielle : celle qui résulte de l’identification de la nudité à la transparence. Est transparent ce qui voile tout en laissant apparaître. La femme nue et Salomé avec ses sept voiles : en principe ça n’est pas la même chose.
On oubliera donc la prime à l’érotisme constituée par la transparence du 7ème voile, mais ce que nous retiendrons en revanche, c’est la densité accordée à la nudité. C’est la densité du corps qui est notre vérité ; il ne s’agit plus du corps-tombeau de l’âme, comme chez Platon, ni du corps excitant-du-péché comme chez les chrétiens. Non : c’est le corps-mouvement qui, comme dans la danse, exalte la légèreté et la grâce (il faut en  effet être bien ignorant de l’art de la danse pour imaginer que la danse de Salomé fut un banal strip-tease). C’est aussi la culture du corps qui réalise la santé de l’âme (qu’on pense aux gymnastiques chinoises).
Reste que notre attitude vis-à-vis de la nudité est forcément quelque chose de culturel : non pas que ce soit la culture qui nous fasse admirer la grâce de Salomé encore vêtue et nous excite dès qu’elle est nue. Mais la recherche et la valorisation de l’un ou de l’autre dépend surtout de notre éducation – j’allais dire : de notre civilisation.