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Saturday, November 25, 2017

Citation du 26 novembre 2017

De nos jours, pour vendre un produit, il faut en offrir deux. Nous étions passés d’une société de consommation à une société de double consommation.
David Foenkinos – Le Potentiel érotique de ma Femme
Consommation I
Le Black-Friday, jour de promotions commerciales dans toutes les boutiques sur tout le territoire et dans tous les sites d’achat en ligne, constitue un phénomène remarquable : c’est le jour où consommer ne suffit plus – il faut « surconsommer ».
Inutile de se lamenter, d’incriminer une société corrompue, ou l’influence des américains d’où nous vient la coutume de cette opération commerciale. Pour que ça prenne chez nous, il faut bien que nous en soyons complice
– Complice ? Oui, mais comment ?
David Foenkinos, faute d’analyser la surconsommation, explique la double-consommation : c’est déjà ça ! Il s’agit simplement de la possibilité pour le consommateur d’avoir un rabais, une ristourne, une remise, du discount, etc. : qu’importe de quel montant il s’agit, l’essentiel est de payer moins que le juste prix. La caricature de cette tendance est figurée par l’acheteuse du premier jour des soldes qui achète non en fonction de ses besoins, mais en fonction du rabais. Que  lui importe si les vêtements qu’elle fourre dans sa valise soient à sa taille et qu’ils lui plaisent ? Il suffit de pouvoir prouver qu’ils sont à – 50% du prix normal et après elle n’a plus qu’à chercher avec qui échanger le produit.
Car c’est cela qui se dégage du succès du black-Friday : ce que nous achetons, ce n’est pas le produit, mais son prix.  « – 20% : je laisse ».  « -50% : j’achète ! »
Ceci nous permet alors de dissiper une bizarrerie de l’opération. Le naïf dirait par exemple : pour consommer, il faut avoir des besoins. Quand on « sur »-consomme, on va au-delà des besoins. Or à moins de fourrer directement à la poubelle le contenu de son panier, comment peut-on aller au-delà du consommable ?
Donc que ce que nous consommons, ce ne sont pas des marchandises, mais leur prix.
Bof… On passe d’une absurdité à une autre : car comment consommer des prix ? Ça ne se mange pas, quand même ! Mais si, les prix ça se consomme : il suffit de les afficher bien en vue lors de l’exhibition de la marchandise devant les parents et les amis.
Et où donc procéder à cette exposition ? Au pied du sapin, peut-être ?
Bingo ! Vous avez tout compris : le black-Friday tombe juste un mois avant noël, et donc tous ces achat pourront être mis bien en évidence lors de l’échange des cadeaux. Il y aura alors ceux qui ont payé les leurs au prix fort et les autres, qui sont des petits malins.
Des grincheux font encore grise mine :
- Admettons. Mais alors le black-Friday ne sert qu’à acheter des cadeaux et pas à s’équiper ou à remplacer la machine à laver ?
- Bien sûr que si ! Mais alors faites-vous à vous-même ce cadeau inespéré : remplacer votre vieux Tornado par un Dyson flambant neuf.

Quelle chance !!

Saturday, May 13, 2017

Citation du 14 mai 2017

Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation.
Debord – La société du spectacle, 1 §1

Rappelons que Guy Debord ne s’est pas comme on le croit parfois livré à une critique de la société qui nous présenterait un monde superficiel où le star système et les paillettes du Festival de Cannes constitueraient les valeurs suprêmes.
« Le concept de spectacle se réfère à un mode de reproduction de la société fondé sur la reproduction des marchandises, toujours plus nombreuses et toujours plus semblables dans leur variété » peut-on lire dans l’article de Wikipédia : autrement dit, la société du spectacle est corrélative de la société de consommation, elle en est même le stade qui lui est le plus intimement lié. Pour qu’on puisse passer sa vie à consommer, il faut que tout soit transformé en marchandise, en bien reproductible et vendable. Du coup on plonge dans le monde de l’apparence, de l’illusion – donc du « spectacle » –  et de l’aliénation.
Alors voilà le maitre mot : il ne s’agit pas de critiquer le profit et l’exploitation de la vanité humaine. Il s’agit de dénoncer l’altération de la réalité dans la mesure où celle-ci doit devenir quelque chose qui peut se vendre et d’abord se reproduire selon les besoins du marché (exemple : la pureté devient vendable si on arrive à faire croire qu’elle s’est transformée en eau qu’on peut « produire » et enfermer dans une bouteille).
On comprend que l’aliénation du « spectacle » ne concerne pas les besoins fondamentaux de l’espèce : le malheureux soudanais qui meurt de faim et qui voit ses enfants périr de malnutrition n’est pas concerné par la marchandisation, pas plus que le migrant qui grelotte de froid à nos portes

Debord nous parle de l'aliénation qui est devenue inéluctable, parce qu'elle l'était dès le départ, ce qui nous fait comprendre que l’avenir radieux n’est pas pour demain. Je veux dire : supposez qu’Adam et Eve soient bien sagement restés dans le Jardin d’Eden : n’auraient-ils pas fini par se disputer et s’envoyer des noix de coco à la tête? Le Seigneur-Dieu n’aurait-il pas été obligé de créer Jacques Séguéla et sa force tranquille pour ramener la paix entre eux ?

Thursday, October 01, 2015

Citation du 2 octobre 2015

Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images.
Guy Debord – La société du spectacle
La société du spectacle 
Ce Post m’a été inspiré par l’usage abusif de l’expression « société du spectacle » qu’on utilise sans se soucier du sens que lui a donné Guy Debord. (1)
Exemple : quand on critique le déferlement de l’image du petit Aylan, mort noyé, et son rôle dans l’émotion planétaire, on parle systématiquement de la société du spectacle, qui scénarise et met en image des faits politiques ou sociaux pour en tirer un parti quelconque (en dernière analyse : de l’argent ou du pouvoir).
Cette interprétation n’est certes pas un contre-sens, mais c’est au moins un faux-sens, dans la mesure où la pensée de Debord se trouve tronquée et affaiblie.
Qu’on lise ceci : « Selon Debord, le spectacle est le stade achevé du capitalisme, il est un pendant concret de l'organisation de la marchandise. Le spectacle est une idéologie économique, en ce sens que la société contemporaine légitime l’universalité d’une vision unique de la vie, en l’imposant aux sens et à la conscience de tous, via une sphère de manifestations audio-visuelles, bureaucratiques, politiques et économiques, toutes solidaires les unes des autres. Ceci, afin de maintenir la reproduction du pouvoir et de l’aliénation : la perte du vivant de la vie. » (Lire ici). On comprend que Guy Debord critique la société de consommation qui procède par l’aliénation des personnes humaines transformées en individus définis de façon artificielles par des procédés multiples dont la mise en scène et en image n’est qu’un moyen parmi d’autres – bien que solidaires d’eux. Le spectacle en question est bien constitué entre autres par la publicité, les magazines et les vidéos charriées par les réseaux sociaux. Mais on dénaturerait ces vecteurs si on les considérait indépendamment des procédés d’aliénation tels que l’organisation du travail, de la consommation, des loisirs etc.
Ce que Debord ne connaissait pas à son époque (années 60), c’est l’accélération du processus de mise en scène et en image ; c’est aussi la substitution de plus en plus cyniquement évidente de la fiction à la réalité (par exemple : émission de téléréalité) ; mais tout ceci est parfaitement conforme à la théorie.
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(1) Guy Debord – La société du spectacle – Folio (1967)

Monday, May 11, 2015

Citation du 12 mai 2015

La société de consommation a besoin de ses objets pour être et plus précisément elle a besoin de les détruire.
Jean Baudrillard – La société de consommation (1978)
(1978 – Notez la date de publication de l’ouvrage de Baudrillard : 1978. C’était l’époque où l’on aimait rappeler cette définition de la société de consommation, entre autre parce que ça nourrissait notre indignation et notre soif de pureté et de retrait – là bas, au fond de la Lozère.)

Oui, à l’époque on s’indignait d’entendre qu’on nous fournissait des choses dont le seul intérêt était d’être destructible. Que dis-je ? De devoir être détruits. Que dans notre société consommer n’avait que cet intérêt, et rien d’autre. Du coup on s’indignait d’être manipulés par d’odieux commerciaux, comme les vendeurs de Coca-Colas.
Voyez comme les choses ont changé : aujourd’hui, personne ne s’indigne de devoir jeter avec l’emballage une part importante du produit qu’on vient d’acheter. Qu’il y ait deux parts dans ce produit : celle qu’on jette immédiatement (l’emballage), pour pouvoir accéder à celle qu’on détruira un peu plus tard (le consommable), quoi de plus ordinaire ?
Et en même temps, quoi de plus jouissif ? Car nous avons besoin de détruire.
Coca-Cola : le meilleur avec ce produit est dans le geste qui écrase la canette et qui la flanque à la poubelle : du moment que c’est dans les recyclables, tout va bien !
Tout ça pour dire que nous sommes devenus plus purs ou plus naïfs qu’autre fois. Il ne s’agit plus pour nous de soupçonner que des capitalistes cyniques profitent de nous en nous forçant (pour leur plus grand profit) à consommer ce dont nous n’avons nul besoin. Nous, ce qui nous préoccupe c’est seulement de sauvegarder l’intégrité de la planète : que la canette de Coca soit en matière biodégradable – rêvons un peu : qu’elle soit faite d’un engrais qui va fertiliser le sol où nous la jetterons – et alors nous serons heureux.

Et en plus nous aurons toujours le plaisir de l’écraser dans notre main, exactement le même plaisir que lorsque, enfant, nous allions piétiner le château de sable que notre papa venait de nous faire.

Tuesday, July 17, 2012

Citation du 18 juillet 2012


Les Grecs étaient précisément ce que sont aujourd'hui les Helvétiens, qui louent leur service et leur courage aux princes leurs voisins, mais pour une somme trois fois plus modique que n'était la solde des Grecs
Voltaire – Dictionnaire philosophique  (Article : Xénophon – La retraite des Dix-mille)
Soldats en soldes ! (1)
L’an dernier, à pareille époque, je partais en guerre contre les soldes.
Aujourd’hui, non seulement je considère que mon attaque a fait pschitt, mais encore que l’usage que j’y faisais de l’ironie socratique est devenu du plus mauvais gout.
Car alors j’imaginais Socrate clamant son indifférence devant la consommation de ces marchandises. Qu’en diraient les grecs d’aujourd’hui ? Ne seraient-ils pas bien heureux de pouvoir acheter ces marchandises qu’on étale devant eux et dont ils ont besoin ? Malheureusement même en solde elles sont encore beaucoup trop chères pour eux.
Voltaire pointait en son siècle le fait que les hommes eux-mêmes pouvaient solder leurs services. Il évoquait alors les mercenaires suisses, dont l’extraordinaire succès résultait du fait qu’ils coutaient trois fois moins chers que les mercenaires grecs.
On dit qu’aujourd’hui la Grèce a pour malheur de n’avoir rien à vendre que son ciel bleu et sa mer faute de production industrielle. Un député britannique proposait que, pour rembourser sa dette, la Grèce vendît quelques iles de la mer Egée ; d’autres ont suggéré de mettre le Parthénon à l’encan.
Mais on voit bien en lisant Voltaire et Xénophon que la Grèce a encore quelque chose à vendre : ses hommes. Qu’ils se fassent soldats pour guerroyer –  par exemple à la place des américains, eux qui ont les dollars nécessaires.
Le bénéfice serait que  non seulement cela rapporterait des devises bien nécessaires enrichir les banquiers qui détiennent de la dette grecque et éventuellement pour nourrir le pays ; mais encore, la guerre ayant pour coutume de faire des morts, cela ferait d’autant moins de bouches à nourrir.
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(1) Voltaire prend le mot « solde » au féminin (Solde : subst. fém : Somme d'argent versée à un militaire)
- et nous au masculin (Solde : subst. masc : excédent ou reliquat de marchandises, vendues au rabais)
--> La chalenge est de confondre les deux.