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Tuesday, November 14, 2017

Citation du 15 novembre 2017

Omnes stulti, et deliberatione non utentes, omnia tentant. (Traduction : Tous les imbéciles, et ceux qui ne se servent pas de leur discernement, ont toutes les audaces.)
Thomas d’Aquin – Somme Théologique, Prima Secundae, Question 40, Article 6

Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît.
Michel Audiard – Dialogue du film Les tontons flingueurs.

S’agit-il d’un plagiat ? Michel Audiard aurait-il pillé Saint Thomas sans le dire ? Serions-nous  sans le savoir intéressés par cette formule parce que son contenu a été élaboré par un saint Père de l’Eglise – et qu’on le devinerait à je-ne-sais quelle évidence ? Car voilà une formule qui a un poids que l’on ressent même avant de l’avoir analysée : retrouvons (ici) cette signification, détaillée ici par Roger-Pol Droit : « … le « discernement », dont parle Thomas d’Aquin, est la recherche prudente des chances de réussir, l’examen du rapport de force, des aléas, des conséquences. Cette audace réfléchie, les imbéciles en sont dépourvus. Voilà pourquoi ils osent tout. »
Bref, nous qui sommes capables de « discerner » voilà  que nous échappons au clan des cons : il y a quoi plastronner !
Mais laissons là notre orgueil pour aller à l’essentiel : c’est l’ignorance résultant de l’absence de discernement qui produit cette audace qui a plus à voir avec l’inconscience qu’avec le courage. Car, pour être vraiment courageux, il faut être lucide (Cf. notre Post d’hier). D’ailleurs, les dictateurs les mieux avisés qui règnent par la violence s’emploient à supprimer toute zone d’ombre de leur menace. La répression doit être connue de tous, de sorte que personne, ignorant le sort qui l’attend ne vienne les défier : on n’étrangle pas les opposants en secret, au fond de leur cachot : on les décapite en place publique, avec charroi attelé de  15 chevaux et roulements de tambours.

Alors il y a quand même une restriction : Saint Thomas écrit : « les imbéciles et ceux qui ne se servent pas de leur discernement » : autrement dit il ne faut pas confondre avec les imbéciles ceux qui sont dans l’incapacité de discerner en raison d’une passion passagère ou de mauvais conseils : ceux-là ou bien on peut les raisonner ou bien ils reconnaitront après coup leur faute. Les cons, ce sont ceux à qui on ne peut pas demander de renoncer à leurs actes déraisonnables, parce que ces actes sont dans leur nature.

On devrait rectifier alors la répartie d’Audiard : « Les cons, ils sont cons au saut du lit et ils restent pareils toute la journée. C’est à ça qu’on les reconnaît. »

Monday, May 23, 2016

Citation du 24 mai 2016

Quand les cons sont braves /… / Ce n'est pas très grave. / Qu'ils commett'nt, / Se permett'nt / Des bêtises, / Des sottises, / Qu'ils déraisonnent, / Ils n'emmerdent personne.
Georges Brassens  - Quand les cons sont braves
(Chanté ici par Maxime Le Forestier)
- Sale con !... Pauvre con !... Connard !...
L’autre jour, sur l’Acropole, un passant s’emportait contre l’homme qui venait de le bousculer. Socrate qui se trouvait là s’est adressé à lui :
- Dis-moi, l’ami, je t’entends dire que cet homme est un con ; mais dis-moi : un con, qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qui fait que celui-là est con et pas celui-ci ? Comment définis-tu la connerie ?
- Ah ! Socrate ! Ne fais pas semblant de ne pas savoir ce qu’est un con, car tu en rencontres bien souvent. Tiens, pas plus tard qu’hier, ici même tu discutais avec quelqu'un que tu traitais de gros con
- L’ami, tu joues sur les mots – ou bien tu est sourd : il ne s’agit pas d’un gros-con – mais de Glaucon, le frère de Platon : c’est tout différent. Mais encore une fois ; comment sais-tu que cet homme est un con ?
- Tu fais l’enfant Socrate, ou bien tu te moques. La connerie, c’est quel que chose dont on ressent l’existence chez quelqu’un avec une telle évidence qu’il est vraiment inutile de la définir.
- Voilà une chose pas ordinaire, l’ami. Il semble que, comme Protagoras, tu dises que les choses soient telles qu’elles apparaissent. Mais si tel homme parait con à celui-ci et pas à celui-là, nous dirons qu’il est à la fois con et en même temps non-con ? L’homme serait dans son essence et ceci et son contraire ?
- En effet Socrate, je vois bien que ce n’est pas normal. Mais tout de même, tu ne nieras pas que les cons existent bien ?
- Oui, mon bon, ils existent. Voilà ce que j’ai entendu l’autre jour sur le marché : un aède y chantait un air de sa composition qui disait : « Quand les cons sont braves, ils n’emmerdent personne…Par malheur des crétins sectaires emmerdent tout l' monde. »


- Ce chant est beau, Socrate ; mais que veut-il dire ?
- Par Zeus, l’ami, la chose est claire. Les cons sont partout et si on n’a pas besoin de les définir, c’est qu’il n’y a nulle limite à leur présence : là où est l’homme, là aussi est la connerie. Seulement vois-tu, il faut faire la différence entre le con qui ne nuit à personne : en général, c’est celui qui n’a pas le pouvoir de le faire ; et puis le con qui emmerde tout le monde : c’est le sophiste chef de parti, le stratège de l’armée ; bref celui qui, en t’obligeant à lui obéir te considère comme un rien du tout – comme celui qui vient de te bousculer.
- Mais Socrate, ce que tu dis là concerne les salauds, pas les cons ! (1)
- Mais, mon bon, personne n’a dit que les cons n’étaient pas aussi des salauds.
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(1) Notre homme anticipe : il faudra attendre 2500 ans pour que Sartre théorise le concept de salaud.

Tuesday, April 19, 2016

Citation du 20 avril 2016

Moi, je suis con, hein. Mais putain, j'aime ça... 
Coluche
Voilà : l’autre  jour vous vous êtes fait traiter de con (ou de conne). Vous avez répondu, du tac au tac : Moi, je suis con, hein. Mais putain, j'aime ça... 
Maintenant il est temps de vous demander qu’est-ce que vous avez voulu dire ?
o-o-o
Je prendrai au sérieux cette affirmation, même si on devine qu’elle n’est là que pour susciter la sympathie. Plusieurs observations :
1 – On peut savoir exactement ce que c’est que la connerie et cela, avec tellement de certitude, qu’on peut se l’attribuer à soi-même.
2 – On peut aimer être con. Même si cette même connerie est détestable chez les autres elle est appréciable pour soi-même.
3 – On peut être con et ne pas en avoir honte, en assumant même les sarcasmes dont on va être l’objet.

Sur le premier point j’avoue être un peu sceptique. La « connerie » est un concept (appelons ça comme ça) tellement vaste, il a des applications tellement variées, qu’on ne peut la définir que comme un signe « moins » placé devant une attitude.  Ce qui revient à dire qu’assumer la connerie comme une attitude suffisamment positive pour en être heureux, c’est la détruire tout à fait. « Suis-je con ? Oui, mais non - puisque je le reconnais ! »
Sur le second, je contesterai que la connerie soit individualisante. Le con marche toujours en bande (« Bande de c… ! ») ; on pourrait même songer qu’attribuer cette épithète à quelqu’un c’est toujours le rattacher à un groupe donné – d’où son caractère empathique (1). La connerie assumée instaure une solidarité qui suffit à constituer son caractère positif, et à expliquer qu’on s’y complaise.
Irons-nous jusqu’à faire de la connerie une caractéristique communautaire, quelque chose qui marque l’appartenance à un groupe ? Moyennant quoi la connerie ne serait rien d’autre que ce qui déclenche le rejet de cette communauté par les autres – ceux qui ne lui appartiennent pas ? Sans doute. Moyennant quoi on est toujours con pour les autres, et le signe annonciateur de cette connerie n’est que le comportement caractéristique d’un certain groupe.
Par exemple la connerie de l’Académicien-philosophe réac’ a pour écho la connerie des jeunes qui passent la Nuit Débout.
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(1) Empathie ne signifie pas adhésion, mais seulement intuition d’un état propre à l’autre.

(2) On aura reconnu dans cette réplique sans concession la répartie d’Alain Finkielkraut pris à parti par les jeunes qui tiennent chaque nuit une AG anti-système Place de la République à Paris