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Wednesday, October 20, 2010

Citation du 21 octobre 2010

Ce que je suis, je ne le sais pas ; et ce que je sais, je ne le suis pas

Angelus Silesius

Ce que je suis, je ne le sais pas ; et ce que je sais, je ne le suis pas : belle formule, mais dès qu’on se demande ce qu’elle veut dire, on est un peu embarrassé.

Déjà, la formule rhétorique du chiasme (1) articule les deux moments de cette proposition comme s’ils n’allaient pas l’un sans l’autre, comme si l’un était la condition de l’autre. Ce qui est en réalité moins une évidence qu’un problème à résoudre.

--> Analysons :

1 – Ce que je suis, je ne le sais pas : il y a bien des thèses qui se profilent derrière cette affirmation. Je retiendrai pour ma part celle de la conscience dont la nature est d’être toujours un jaillissement primitif, toujours en deçà de la connaissance objective. Alors même que je recueille mes souvenirs pour découvrir qui je suis, son flot bouillonnant continue de jaillir sans que je puisse le recueillir à ce moment même pour l’observer. Ce qu’il faudrait dire alors c’est : c'est seulement ce que j’étais que je sais.

- Il ne reste plus qu’à dire que ma réalité la plus authentique est du coté de ce jaillissement et non des états refroidis et solidifiés de mon passé. Ce qui fait que ma connaissance ne peut rien embrasser de ma nature profonde.

2 – Ce que je sais, je ne le suis pas : si on admet qu’en effet la connaissance suppose la mise à distance de l’objet étudié, et son indépendance par rapport au désir ou à la sensibilité de celui qui l’étudie, alors bien sûr, je ne puis m’identifier à quoi que ce soit de connu par moi.

--> Il y a dès lors deux possibilités :

a – Ou bien je suis inconnaissable, puisqu’en perpétuel changement.

b – Ou bien je suis connaissable, mes changements ne sont qu’un peu d’écume qui recouvre le socle permanent de ma réalité profonde et qui constitue cela seul qui mérite d’être connu. Seulement, ce n’est pas à moi qu’il revient de me connaître. Mais alors, à qui faut-il le demander ? : A L’ami ? Au psy ? Au sociologue, ou au médecin ?

… ou au curé ???

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(1) chiasme : figure de style qui consiste à inverser l’ordre des termes qui s’opposent (on a toujours une disposition croisée du type A/B-B/A).
Exemple : «Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger» (Molière)

Sunday, September 10, 2006

Citation du 11 septembre 2006

Comprendre, c’est toujours comprendre la chose la plus simple du monde.

Alain - « Le Culte de la Raison comme fondement de la République » (Conférence populaire)

Alain est un optimiste rationnel. Il est un professeur heureux, qui pense que chaque homme est capable d’apprendre et de comprendre à condition qu’on fasse appel à sa raison. Alain, c’est l’homme qui a fait sienne la devise cartésienne : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » (1)

Comme ni Alain, ni - a fortiori - Descartes ne connaissaient l’IUFM, nous devrions être capable de comprendre leurs principes pédagogiques. Je crois que tout sera résumé par l’idée d’analyse. Qu’est-ce que la chose la plus simple du monde? Réponse : la chose qu’on ne peut plus subdiviser. La « chose », ou plutôt la connaissance, le jugement, l’idée. Car il faut comprendre qu’on n’est pas du tout dans le domaine de l’examen du réel, mais dans celui de la connaissance. Et dans ce domaine, ce qui est difficile, c’est ce qui est complexe, et ce qui est complexe c’est ce qui n’a pas été encore complètement analysé. (2)

Comment devons-nous diviser les difficultés ? En utilisant la raison pour trouver les articulations qui passent entre les idées, « claires et distinctes », c’est à dire absolument vraies et absolument indécomposables (3). On butte en effet nécessairement sur des vérités premières, évidentes par elles-mêmes (du genre : deux droites ne peuvent enclore un espace). La chose la plus simple du monde a donc les caractéristiques de l’axiome ou de la définition en mathématiques : sa vérité s’impose à nous, elle élimine le doute, et nulle obscurité ne subsiste plus.

Toutefois, comprendre, c’est « prendre ensemble » : après l’analyse, vient la synthèse. La synthèse peut, elle aussi, être « simple ». Pour cela, il faut, après avoir découvert la chose la plus simple du monde, enchaîner ces vérités élémentaires, dans une raisonnement qui assure leur articulation de façon parfaitement logique. Exactement comme dans la démonstration d’un problème de géométrie. Et ces articulations logiques sont par elles-mêmes la chose la plus simple du monde.

C.Q.F.D.

(1) Cf. commentaire de la Citation du 24 mars 2006

(2) Un exemple ? (2+2=4) se décompose en {(1+1)+(1+1)=(1+1+1+1)}

(3) Les amateurs de Michel Houellebecq se reporteront aux Particules élémentaires, auteur cartésien s’il en fut.