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Monday, June 01, 2015

Citation du 2 juin 2015

Oublions ces examens qui agissent comme des aimants pernicieux en orientant les efforts vers la « réussite ».
Albert Jacquard / Petite Philosophie à l'usage des non-philosophes
Hier nous avons pris en compte l’inquiétude des candidats au bac. Aujourd’hui, prenant un peu d’altitude, nous considérerons l’esprit de compétition dont cet examen fait partie.

Oui, nous dit Albert Jacquard, oublions l’obsession de la réussite qui se manifeste lors du passage des examens qui jalonnent la vie scolaire et universitaire de nos jeunes : ce ne sont que des aimants pernicieux.
Mais là nous sursautons : si nos efforts ne sont pas tendus vers la réussite, vers quoi le seront-ils ? A quoi bon faire effort, si ce n’est pas pour réussir ? Ridicule, n’est-ce pas !
On devine sans peine que Jacquard s’en prend à la conception de la vie qui la soumet entièrement à des normes et qui la polarisent vers une réussite socialement convenue. Quelque chose du genre « Si à 50 ans on n’a pas une Rollex, on a quand même raté sa vie ! » (cf. ici)
On comprend alors ce qu’Albert Jacquard veut nous dire : l’important dans la vie, ce vers quoi il est bon de faire effort, ce n’est pas ce qui passe pour une preuve de la réussite (sociale), mais ce que la vie – notre vie –  exige de nous pour être pleinement vécue.
Banal ? Certes. Mais ce qui l’est moins, c’est lorsqu’Albert Jacquard nous fait entendre que passer et réussir des examens fait partie de cette course pernicieuse à la réussite ; et donc que l’important n’est pas de courir après, mais … mais de chercher à atteindre ce qui peut l’être quand on a 20 ans. L’amour et la beauté, l’exploit du corps, la capacité de voyager et de rencontrer, de s’extasier, de comprendre ce que veulent dire le mot nature et le mot humanité.
Alors, ce n’est pas avec tout ça qu’on va réussir à décrocher l’emploi avantageux réservé aux grosses têtes– ni à obtenir la rémunération qui va avec. C’est vrai, mais c’est injuste.


Vous, les jeunes qui avez rafraichi notre vie publique avec vos manif d’indignés, qu’est-ce que vous attendez pour redescendre dans les rues, pour manifester, pour exiger que les meilleures places dans la société soient réservées à ceux qui auront un CurriculumVitae  qui signifierait : Preuve de vie.

Saturday, May 31, 2014

Citation du 1er juin 2014


Lui cependant méprise une telle victoire ; / Tient la gageure à peu de gloire ; / Croit qu'il y va de son honneur / De partir tard.
La Fontaine. Le lièvre et la tortue (Fables – Livre VI,  10)
Dispense ma valeur d'un combat inégal ; / Trop peu d'honneur pour moi suivrait cette victoire: / À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. / On te croirait toujours abattu sans effort ; / Et j'aurais seulement le regret de ta mort.
Corneille – Le Cid (Acte II, scène 2)
Deux citations pour dire que les plus modernes théories de l’évolution ne font que réactiver ce qu’on sait – ce qu’on dit – depuis fort longtemps. Il en va ainsi de la moderne théorie du handicap, illustrée ici par La Fontaine et Pierre Corneille.
Il y a deux sortes de handicaps :
            - celui qui est imposé aux compétiteurs pour égaliser les chances : comme dans les courses hippiques nommées justement « handicaps » où l’on modifie le poids porté par le cheval en fonction de ses performances.
            - celui que le compétiteur s’impose à lui-même à titre d’affichage de sa force. Il s’agit d’un signe pénalisant, que l’individu s’impose non pour égaliser les chances mais bien au contraire pour montrer qu’il est tellement fort, que même dans ce cas il est sûr de l’emporter.
--> Telle est la théorie du handicap. L’intérêt de cette théorie est d’expliquer certaines caractéristiques animales incompréhensibles en termes d’évolution. Ainsi de la queue du paon : elle sert dans la parade sexuelle et le reste du temps est, vu son poids, un handicap pour l’animal. Le message adressé à la femelle serait donc :
- Vois ma belle queue : je suis assez fort pour vivre normalement malgré son poids écrasant ! Je suis donc digne de m’accoupler avec toi.
o-o-o
… J’en entends qui se raclent la gorge avec gêne : Quoi donc ! Ce Blog si distingué nous a mené jusqu’ici pour nous expliquer que l’homme est comme le paon, à la seule différence qu’il ne fait pas la roue avec sa queue ? Fi donc !
Tiens ? Je n’y avais même pas pensé. Je pensais plutôt aux dames aux gros nichons : le message est aussi celui du handicap :  
- Bien que je sois obligée de trimbaler tout ce bazar, je réussis quand même à faire tout ce qu’une femme doit faire – aller chercher l’eau pour la lessive et le bois pour le feu ; ramasser les souris et les gros vers de terre pour le repas du soir, etc…

Monday, February 25, 2013

Citation du 26 février 2013



On ne joue pas en assistant à un jeu.
Proverbe baoulé
Commentaire 1
Effectivement, comme le montre Cézanne, ceux qui assistent à un jeu ne font rien – ou du moins, ils ne jouent pas eux-mêmes.



Paul Cézanne – Les joueurs de cartes (Fondation Barnes) (1)
Ceci nous interpelle quant à l’action des joueurs, car à bien scruter les personnages  de Cézanne, on ne voit guère de différence entre les joueurs de cartes et les deux autres personnages qui les regardent : même attitude, même concentration sur les cartes à jouer.
Si on ne joue pas en assistant à un jeu, alors que font ceux qui jouent ?
Si nous suivons Roger Caillois (2), nous remarquerons que nos joueurs de cartes sont engagés dans une compétition : ce que chacun veut c’est gagner, et leur effort de concentration est l’expression de cette volonté. Par contre et quel que soit leur degré d’implication, les spectateurs du jeu, ne sont nullement dans une telle compétition : ils ne seront ni gagnants ni perdants.
Ceci nous rappelle que pour jouer (et même pour passer le temps) il est essentiel de compter les points et qu’il y ait un gagnant et des perdants ; il faut que la compétition s’engage pour que le jeu existe. Au tennis, on voit bien la différence entre les joueurs qui échangent des balles à l’échauffement, et les mêmes quand la partie commence.
Jouer c’est entrer dans un monde où la compétition est possible avec des règles qui lui sont propres et qu’on ne rencontre pas exactement identiques dans le monde véritable. On objectera que le Monopoly s’inspire de la réalité du capitalisme financier. Il n’est pourtant qu’un jeu, puisqu’on ne voit jamais le joueur perdant aller se suicider comme si il avait été ruiné pour de bon.
Le suicide, justement – La preuve de ce caractère si particulier de la compétition « ludique », c’est que le suicide de joueurs n’intervient que dans le cas où le jeu a cessé d’en être un ; comme les jeux de casino – ou la ruine n’est pas fictive, ou dans les jeux de rôles quand, oubliant qu’il ne s’agit que de fiction, le joueur ne survit pas à la destruction de son personnage.
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(1) Paul Cézanne a réalisé plusieurs tableaux mettant en scène des joueurs de cartes : à deux, à trois ou à quatre personnages comme ici. Voir l’article Wikipédia
(2) Voir ce lumineux commentaire de Marguerite Yourcenar.
(Comme ce Discours est très long, voici l'extrait qui nous concerne ici :
" Caillois nous présente l’édifice du jeu sous ses quatre faces, auxquelles il donne des noms. L’Agon, compétitif sous tous ses aspects, qu’il s’agisse des exercices athlétiques de l’ancienne Grèce, du joueur de football, dépensant tous deux le maximum de forces physiques, ou au contraire du joueur d’échecs immobile devant ses cases noires et blanches : en fait, de tous les jeux dont décident la vigueur, l’agilité, l’endurance, ou l’intelligence des concurrents, ou une combinaison de celles-ci, même lorsque l’homme joue seul et cherche à battre son propre record.")

Monday, April 02, 2012

Citation du 3 avril 2012

La « lutte pour la vie ». (Struggle for life)

Ch. Darwin (1809-1882) – L'Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle

On admet que le darwinisme repose sur deux principes : la variation des organismes vivants par mutations aléatoires des caractères héréditaires ; la sélection naturelle des variations ainsi produites par leur mise en compétition dans le milieu.

Aujourd’hui encore le premier de ces principes est contesté, en particulier par les créationnistes. En revanche, qui donc proteste contre le second ? Est-il scientifiquement mieux démontré que le premier ? L’immense queue du paon qui lui sert dans la parade nuptiale n’est-elle pas un handicap majeur pour un oiseau en alourdissant son vol ? Dans la préhistoire, les femmes qui ont été fécondées n’étaient-elles pas justement celles qui courraient le moins vite pour fuir l’approche du mâle ?

Sérieusement, on devrait quand même être plus attentif à nos réactions aux thèses qui éclairent notre vie. En effet, si nous vomissons les créationnistes, nous admettons sans broncher celles des ultra-libéraux qui affirment que, dans la société, l’assistance aux plus faibles est nocive parce qu’elle permet aux moins bien doués de survivre et de se reproduire.

… Là, je sens quand même que mes lecteurs sursautent : ces idées sont propres à l’eugénisme et au fascisme. Ces thèmes n’ont plus cours aujourd’hui, et rien de sert de secouer Darwin pour réveiller ces vieux démons.

Très bien – mais quand même : ces idées, si elles ne sont plus admises concernant les hommes, le sont parfaitement à propos des entreprises. Et dites-moi : les entreprises ne sont-elles pas aussi des hommes, des travailleurs qui en tirent leur subsistance ?