Wednesday, April 18, 2012
Citation du 19 avril 2012
Wednesday, July 27, 2011
Citation du 28 juillet 2011
Il n'est pas nécessaire qu'un auteur comprenne ce qu'il écrit. Les critiques se chargeront de le lui expliquer.
Abbé Prévost (1697-1763) – Réflexions et dialogues (1)
PHILAMINTE – Faites-la sortir, quoi qu'on die: / Que de la fièvre on prenne ici les intérêts:/ N'ayez aucun égard, moquez-vous des caquets, / Faites-la sortir, quoi qu'on die. / Quoi qu'on die, quoi qu'on die. / Ce quoi qu'on die en dit beaucoup plus qu'il ne semble. / Je ne sais pas, pour moi, si chacun me ressemble; / Mais j'entends là-dessous un million de mots.
Molière – Les femmes savantes acte III, scène 2
La flèche décochée par l’abbé contre les auteurs de romans mal ficelés est une flèche à deux coups, parce qu’elle atteint aussi les critiques littéraires qui vendent leur pédanterie pour masquer leur ignorance. En témoigne cette célèbre scène des Femmes savantes, où le pédant explique le lamentable poème de Trissotin à ces dames qui se pâment devant son talent d’exégète.
Dois-je l’avouer ? Molière ne me fait pas souvent rire ; mais là oui, ça fonctionne.
Outre le pédantisme dont on se gargarise toujours (2), le commentaire à perte de vue sur des textes abscons reste un exercice très prisé, non seulement parce qu’il est bon de montrer qu’on comprend ce que les autres ne comprennent pas, mais encore parce que c’est l’obscurité qui permet justement d’inventer des interprétations au kilomètre.
Alors, c’est vrai, l’obscurité d’un poème ne signifie nullement qu’il soit nécessairement insignifiant. Mais c’est tout de même un procédé qui permet de retenir l’attention du lecteur : Valéry, à propos de la Jeune Parque déclarait : son obscurité m’a mis en lumière…
Si les papillons de nuit sont attirés par la lumière, certains esprits le sont par l’obscurité.
----------------------------------------------
(1) L’Abbé Prévost est l’auteur de L’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, autrefois bien connu de tous les lycéens.
(2) De nos jours l’habitude de s’extasier devant des nullités simplement parce qu’elles sont énoncées dans un charabia convenu entre les membres de la même chapelle est toujours aussi intense. Et je pense plus particulièrement aux lacaniens, même si dans les ouvrages de Lacan il y a quand même autre chose.
Saturday, June 27, 2009
Citation du 28 juin 2009
On m'a rapporté qu'un jour Malraux interrogea un vieux prêtre, pour savoir ce qu'il retenait de toute une vie de confesseur, quelle leçon il tirait de cette longue familiarité avec le secret des âmes... Le vieux prêtre lui répondit : "Je vous dirai deux choses : la première, c'est que les gens sont beaucoup plus malheureux qu'on ne le croit ; la seconde, c'est qu'il n'y a pas de grandes personnes." C'est beau, non ? Le secret, c'est qu'il n'y a pas de secret. Nous sommes ces petits enfants égoïstes et malheureux, pleins de peur et de colère...
Comte-Sponville – L'amour la solitude
Permettez-moi, avec mon commentaire de cette citation de me livrer à un petit jeu de miroir : car la phrase de Comte-Sponville est déjà un commentaire d’une citation de Malraux.
Peut-on commenter un commentaire ? Vouloir décrire le reflet d’un miroir, est-ce autre chose que d’ajouter un reflet supplémentaire ? Et pourquoi un de plus ?
Mais aussi fait-on jamais autre chose ? Je ne sais plus qui disait que tous les philosophes n’ont jamais rien écrit d’autre que des gloses dans les marges des ouvrages de Platon…
Toutefois, on voit dans ce petit texte que Comte-Sponville ne cherche pas à nous donner une explication de la citation de Malraux. Cela, il admet justement que ce n’en est pas la peine, que nous l’avons tous comprise aussi bien que lui. Par contre, ce qu’il veut nous communiquer, c’est la lumière qu’elle allume en lui.
Le secret, c'est qu'il n'y a pas de secret. Il n’y a pas de secret de la confession, car elle ne révèle rien qu’on ne sache déjà.
Maintenant, armés de cette vérité, libre à nous de tracer notre route : soit nous contestons sa conclusion, soit nous la tenons pour une incitation à nous éveiller à la vie adulte. En tout cas nous irons ailleurs que là où il nous a conduit, ailleurs parce qu’il nous plante là : à toi de tailler la route, mon fils.
Mais ce n’est pas toujours sans risque : Deleuze disait : Quand j’ai commencé à commenter Nietzsche, je voulais lui faire un enfant. Mais c’est lui qui m’en a fait un.
Est-ce plus mal ?
Wednesday, August 20, 2008
Citation du 21 août 2008
En fait d'exposition d'idées, il est un certain point de clarté au-delà duquel toute idée perd nécessairement de sa force ou de sa délicatesse. Ce point de clarté est, aux idées, ce qu'est, à certains objets, le point de distance auquel ils doivent être regardés, pour qu'ils offrent leurs beautés attachées à cette distance. Si vous approchez trop de ces objets, vous croyez l'objet rendu plus net ; il n'est rendu que plus grossier. Un auteur va-t-il au-delà du point de clarté qui convient à ses idées, il croit les rendre plus claires ; il se trompe, il prend un sens diminué pour un sens plus net.
Marivaux / Pensées sur différents sujets (1719)
Peut-on commenter un texte sans l’affaiblir ?
Marivaux dit : vouloir commenter un texte, c’est confondre intensité et netteté. Il a raison, la preuve : si je le cite, ce n’est donc point pour ajouter de la fadeur à sa clarté.
C’est parce qu’il pose très bien le problème que rencontre celui qui veut vulgariser sa pensée – ou sa science s’il en a une.
Contrairement à une idée reçue, il faut dire en effet qu’on ne doit ni tout dire, ni tout expliquer. On dira : « Selon Marivaux, c’est vrai, mais uniquement de ces pensées esthétiques – pour ne rien dire de celles qui recherchent un effet comique ou mystérieux – qui ne délivrent leur force que dans le clair-obscur de l’expression allusive. »
Certes, Marivaux vise explicitement l’esthétique : il faut pour qu’une pensée ait de la beauté, préserver l’intuition mystérieuse de son contenu, que l’explication va dissiper, et banaliser.
Mais en réalité, je crois vraiment que c’est vrai tout aussi bien des démonstrations et des analyses non seulement philosophiques, mais encore dans les sciences humaines.
Pour comprendre, il faut rattacher l’inconnu au connu, je dirai même : « l’articuler », de telle sorte que le savoir aille un peu plus loin. L’explication poussée au maximum dans sa recherche de limpidité, risque par contre d’amener à identifier l’inconnu au connu, au lieu de le relier. La méprise est alors de dire : « Ah… Je vois. C’est bien ce que j’avais déjà compris. »
Vulgariser sans détruire le contenu à transmettre, c’est savoir rendre possible la compréhension, c'est-à-dire rendre payant l’effort, l’indispensable effort pour comprendre.
Monday, December 11, 2006
Citation du 12 décembre 2006
Développer une idée m'a toujours paru indécent, c'est pourquoi j'aime l'aphorisme
Michel POLAC Journal (1980-1998)
1 - Lorsque Michel Polac dit que c’est indécent de développer, il veut dire ou bien qu’on affaiblit l’idée en l’expliquant ; ou bien que ça revient à prendre son interlocuteur pour un imbécile en lui expliquant ce qu’il a très bien compris (« Toi y en a compris ? »). N’est-ce pas ce que je viens juste de faire par ce commentaire ? N’est-ce pas ce que je fais chaque jour dans ce blog ? Ne suis-je pas entrain d’imposer mon interprétation à des lecteurs qui sont fort capables de penser sans moi ?
Je voudrais faire en sorte que ces commentaires soient plutôt une incitation à penser, et que loin de brider l’intelligence ils la mettent en mouvement. Mes « développements » ne seront pas « indécents » s’ils suscitent des réactions et même des objections. A vous de le dire.
2 - Que signifie « développer » ?
J’ai eu des élèves qui avaient entendu leur prof (de français, pas de philo. Ça non !) leur dire qu’ils ne savaient pas développer, ou que leurs devoirs n’étaient pas assez développés. Ils avaient l’impression que le développement des idées était ou bien quelque chose de très mystérieux, ou bien un délaiement qu’ils n’arrivaient pas à faire de façon valable. On dirait qu’il est très difficile pour un prof d’expliquer clairement ce qu’il demande pourtant à ses élèves de faire : développer ; analyser ; problématiser…
J’entends par développement l’acte par le quel une pensée passe de l’implicite à l’explicite, c’est à dire révèle ses articulations, explique ses présupposés, établit ses définitions… Bref, c’est très exactement l’inverse du laïus - ce qu’on appelle en rhétorique la « paraphrase ».
On voit donc que développer revient à donner aux autres une prise sur sa propre pensée. Car quoi de plus impressionnant que les pensées qui se donnent comme des prédictions de Nostradamus ?