Showing posts with label comédien. Show all posts
Showing posts with label comédien. Show all posts

Friday, May 22, 2015

Citation du 23 mai 2015

L'art du comédien est de se ménager et de ne présenter que les apparences des choses. Il doit être froid en brûlant les planches et rester tranquille au milieu des plus grandes furies.
Théophile Gautier Le Capitaine Fracasse (1863), X, Une tête dans une lucarne

Voici une nouvelle mouture d’une distinction largement repandue : le comédien joue un personnage en simulant. L’acteur joue un rôle en tirant de sa propre vie l’expression des sentiments ressentis par son personnage. Ce qu’il exprime c’est ce qu’il a déjà vécu, et s’il peut jouer c’est seulement en se remémorant certaines circonstances de sa vie. L’acteur pleure en faisant remonter en lui un triste souvenir ; le comédien pleure en grimaçant de façon crédible. Ce qui montre qu’il est plus risqué d’être un acteur qui doit (re)vivre les émotions qu’il joue, qu’un comédien qui les mime. On a ici même déjà rappelé l’étrange descente aux enfers que Björk s’était imposée pour interpréter son rôle dans le film Dancer in the dark.

On croit qu’on est aujourd’hui devenu exclusivement des consommateurs d’acteurs, que nous n’allons au cinéma que pour voir tel acteur qui nous a plu dans des films antérieurs et dont nous supposons qu’il va nous rejouer le même personnage : c’est à dire lui-même. C’est sans doute vrai mais pas entièrement. On observe en effet que les rôles qui permettent de gagner des récompenses, Oscars ou Césars, sont souvent des rôles de composition. Qu’une jeune actrice accepte de se vieillir (1), qu’un acteur beau et viril joue les garagistes dépressifs (2), qu’un comique nous fasse pleurer (3) : voilà ce qu’on admire.
Oui, c’est plutôt réconfortant. Mais attention : ne pas abuser de la recette au risque de décevoir les spectateurs. Seuls quelques acteurs ont l’étoffe pour devenir des comédiens.
----------------------------------
(1) Ou de se « mutiler » : Marion Cotillard en cul-de-jatte dans « De rouille et d’os ».
(2) Alain Delon dans « Notre histoire » (1984)
(3) Coluche récompensé au 1984 pour son rôle dans Tchao pantin : encore un garagiste dépressif. Bizarre….

Thursday, May 21, 2015

Citation du 22 mai 2015

On est comédien lorsque l'on a sur le reste de l'humanité un avantage: c'est de s'être rendu compte que ce qui doit produire une impression de vérité ne doit pas être vrai.
Nietzsche
On peut discuter de la validité de cette définition du comédien, s’interroger sur le théâtre comme lieu du mensonge, de son immoralité, etc.
Mais il faut aussi s’arrêter sur cette idée :
- Il y a une différence entre la vérité et l’impression de vérité.
- Cette différence est de nature : l’impression n’a pas besoin d’être vraie pour être reçue comme vérité.
- On comprend aussi que les hommes ne sont pas du tout intéressés par la vérité, mais seulement par l’impression qu’ils ont de la posséder. Il faut donc que la vérité-vraie ait bien des inconvénients que l’impression-de-vérité ne possède pas.

On conviendra que cette ouverture présente un intérêt bien supérieur à l’interrogation sur le rôle et le pouvoir du théâtre. Mais aussi qu’on soulève bien des questions difficiles à résoudre.
Déjà, qu’est-ce que c’est que cette « impression de vérité » ?
Une réponse simple est que c’est une opinion, c’est à dire une affirmation qu’on sait peut être fausse, mais qu’on prend pour vraie parce qu’elle reflète notre désir de croire en son contenu. Préférer une illusion que plait à une vérité qui blesse : voilà une constante, soulignée par Nietzsche et vérifiée tous les jours par les informations que nous recevons – et que nous recherchons.
Mais alors, si tel est notre désir, si c’est là ce que nous recherchons, comment nommer les journalistes, éditorialiste, politiciens qui nous abreuvent de ces opinions si fausses et si désirables ? Des comédiens ?

Pourquoi pas ?

Friday, May 02, 2014

Citation du 3 mai 2014



Tous les hommes sont comédiens. Sauf peut-être quelques acteurs.
Sacha Guitry
On a dit que les comédiens n'avaient aucun caractère, parce qu'en les jouant tous ils perdaient celui que la nature leur avait donné, qu'ils devenaient faux, comme le médecin, le chirurgien et le boucher deviennent durs.
Denis Diderot – Paradoxe sur le comédien (1773-1780)
Comédien – Voici un mot qui disparait peu à peu de notre langage : on sait encore ce qu’il signifie mais on l’emploie de moins en moins. Plus de comédien, seulement des acteurs.
Je doute fort que Guitry ait voulu jouer sur le contraste entre ces deux mots. Sans doute a-t-il simplement voulu souligner que l’art de la simulation qui était à la portée de tout le monde semblait être en ignoré de certains acteurs tant ils jouaient mal la comédie.
On retrouve quand même un élément de cette distinction chez Diderot : le comédien imite, l’acteur se content de prêter sa personne, sa silhouette, sa voix réels au metteur en scène. L’acteur de cinéma, disait Robert Mitchum c’est quelqu’un qui peut se mouvoir dans le décor sans se cogner aux meubles.
N’importe quel producteur vous le dira : si certains acteurs sont bankables, c’est bien parce que le public sans même savoir quel rôle ils vont jouer, viennent les voir tels qu’ils sont – ou ont été – dans leurs films précédents. Ils vont voir Delon, Depardieu, Deneuve etc. simplement comme on va voir ou revoir un personnage connu et aimé. Au point que certains d’entre eux se lassent de jouer le rôle du film et se contentent de se montrer tels que le public espère les voir. On leur reproche parfois de cabotiner : c’est injuste, car ils font ce pour quoi ils ont été payés.
Alors du coup, non seulement on ne sait plus ce qu’est un comédien, mais on ne comprend plus le reproche de mensonge et de duplicité qu’on lui adresse. C’est qu’on est persuadé que cet homme, cette femme qu’on voit sur l’écran est exactement ce qu’il est dans la réalité. Nul mensonge, nulle dissimulation, nulle fausseté – ou alors : toujours la même.

Wednesday, July 07, 2010

Citation du 8 juillet 2010

Qui saura peser ce qu'il entre du comédien dans tout homme public toujours en vue ?

Alfred de Vigny – Servitude et grandeur militaires


Encore une occasion de souligner combien certains évènements d’actualité qui nous étonnent et nous indignent ne sont des surprises que pour les naïfs qui n’ont pas lu ce qu’écrivaient nos ancêtres.

Il en va ainsi d’une certaine peopolisation des politiques, comme si le métier d’acteur ne faisait pas partie – et depuis longtemps si on en croit Vigny – de celui de gouvernant.

Un exemple emblématique ? Ronald Reagan.


Le cas de Ronald Reagan est intéressant parce qu’il permet de poser la bonne question : étant donné qu’on n’a pas à se demander si un homme politique doit ou non être aussi un acteur, il ne s’agit plus que de savoir s’il est plus facile de faire un acteur avec un homme politique ou bien si à l’inverse, il est plus facile de faire un homme politique avec un acteur. Ce qu’on fit avec Ronald Reagan, initialement communicant du parti républicain et qui, grâce à son charisme d’acteur, réussit à grimper tous les échelons du pouvoir, sans que quiconque ne s’en indigne. Après tout disait-on, Truman avait bien été marchand de cravates…

En France, jusqu’à une époque récente, notre culture élitiste nous poussait à choisir un politicien à crâne d’œuf – sortant de l’ENS et diplômé de l’ENA. Mais les choses ont bien changé depuis quelques décennies : sur les banc de l’Assemblée Nationale les avocats ont remplacé les professeurs et si les meilleurs d’entre eux accèdent aux plus hautes fonctions, ils le doivent bien souvent à leur aptitude à séduire devant les caméras – donc : pourquoi un acteur ne tenterait pas sa chance aux élections ?

--> Petit jeu pour animer les chaudes soirées d’été avec les amis, à l’heure du barbecue : désigner l’acteur qui pourrait être élu Président de la France.

Moi, je sais qui je choisirais : Dany Boon.

Tuesday, July 06, 2010

Citation du 7 juillet 2010

Les hommes aux pensées profondes, dans leurs rapports avec les autres hommes, ont toujours l'impression d'être des comédiens, parce qu'ils sont forcés, pour être compris, de simuler une superficie.

Nietzsche

Le comédien est celui qui donne une évidence au fait qu’en tout homme il fait faire la différence entre son apparence extérieure et sa réalité intérieure.

Le comédien est également celui qui simule les sentiments comme s’il les éprouvait réellement : c’est ce qui le distingue de l’acteur de cinéma qui ne parvient à jouer son rôle qu’à condition d’éprouver dans sa chair, dans son âme tout ce qu’il doit jouer.

Cela nous l’avions déjà signalé (1) grâce à Diderot qui a parfaitement élucidé ce point dans Le Paradoxe du comédien.

Nietzsche aborde la question sous un angle plus « ontologique » : il s’agit du rapport entre l’être et le paraître.

Mon apparence peut existe sans que j’aie à le vouloir, sans même que j’en sois conscient. Je suis gai ou triste, en colère ou amoureux, et à chaque fois mon visage à des expressions révélatrices, mon corps à une attitude spécifique, etc. Elle est alors un affleurement de mon être profond.

Mais, parce que l’apparence n’est pas seulement cela, mais qu’elle résulte aussi de mécanismes physiologiques, tels le rire ou les larmes, je peux la modifier et même la produire sans qu’elle exprime une réalité authentique ; en bref, je peux manipuler mon apparence. Bien entendu, si elle n’est pas significative pour moi, en revanche elle l’est pour les autres qui la croient authentique ; d’où l’accusation de mensonge qui a longtemps justifié l’excommunication des comédiens.

Tout cela est bien connu, nous n’y insisterons pas. Par contre l’élément intéressant dans cette phrase de Nietzsche, c’est que ce jeu avec les apparences peut-être nécessaire pour être compris (2). Nous pouvons avoir à dissimuler nos sentiments, cacher nos émotions pour rendre plus claire notre pensée ; mais nous pouvons aussi avoir à surjouer certains sentiments pour en faire comprendre l’importance. C’est le rôle des pleureuses dont les lamentations accompagnent dans certaines civilisations les deuils.


(1) Voir ici

(2) Je ne développe pas le fait que dans ce passage Nietzsche suppose que les hommes profonds sont ceux qui n’ont pas de superficie – donc pas d’apparence. On y reviendra sans doute

Sunday, July 02, 2006

Citation du 3 juillet 2006

« … j’en exige [= du comédien], par conséquent, de la pénétration et nulle sensibilité, l’art de tout imiter, ou, ce qui revient au même, une égale aptitude à toutes sortes de caractères et de rôles. »

Diderot - Paradoxe sur le comédien

Cette citation prend sa place au XVIIIème siècle dans un débat entre ceux qui pensent que le comédien est un spécialiste de la déclamation, et que tout son art est oratoire ; et ceux qui affirment qu’il doit vivre les sentiments qu’il joue sur la scène, par exemple éprouver de la colère lorsqu’il joue un personnage en colère. Pour Diderot, le paradoxe du comédien, est qu’il donne à vivre des sentiments qu’il ne vit pas. Il reste admis aujourd’hui qu’on distingue entre le comédien qui est un artiste capable de jouer toutes sortes de rôles donc de les composer ; et l’acteur qui joue un rôle en fonction de sa propre personnalité et de son physique. Il peut même se faire qu’il soit obligé de transformer son aspect physique (en prenant du poids par exemple) et qu’il fasse un effort de métamorphose psychologique pour entrer dans le personnage (on se rappelle les épreuves que Björk s’est imposée pour son rôle dans Dancer in the dark).

Diderot quant à lui pensait que le comédien devait être un « artiste », c’est à dire qu’il devait apporter quelque chose que la nature ne lui fournit pas. L’art est artifice, et si on devait n’être sur la scène que ce qu’on est à la ville, alors le théâtre serait limité au spectacle de la vie quotidienne. Le comédien est l’homme qui cesse d’être celui qu’il a été sur la scène dès que le rideau est tombé. Il serait même rigoureux de dire qu’il ne l’a jamais été.

On peut dire alors que plus un spectacle comporte d’art, plus les comédiens doivent composer, et moins leur réalité « naturelle » n’a d’importance. Voyez l’exemple de la Walkyrie. C’est une guerrière qu’on imagine galopant les cheveux dans le vent en poussant des cris ; on sait que les cantatrices capables de tenir le rôle sont en général fort opulentes et on imagine le percheron capable de supporter leur poids hors d’état de mener une charge héroïque. Oui, mais les cris de la Walkyrie sont les appels mélodieux que Wagner fait retentir dans son opéra : voilà qui rattrape tout.

Le mythe de l’acteur aujourd’hui vient de ce qu’on le confond avec le personnage qu’il incarne à l’écran ; héros ou traître, il est possible que l’homme qui joue ce rôle s’efface derrière ce masque pour ne jamais en ressortir. Ce malentendu a lancé bien des carrières, mais il en a brisé aussi beaucoup d’autres.