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Monday, September 05, 2016

Citation du 6 septembre 2016

Depuis la fin de la guerre froide, ce sont les identités et la culture qui engendrent les conflits et les alliances entre les États, et non les idéologies politiques.
Huntington – The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order paru en 1996

Il faut le dire, j’en avais assez de voir des photos de plage, avec une pauvre dame en burkini environnée de femmes dénudées qui la regardent avec sévérité. Voici dont le symétrique avec cette photo sans doute prise dans une ville musulmane.

Non on ne va pas encore parler des voiles qui cachent les femmes, ni des prêcheurs qui déversent leur haine sur des hommes et des femmes à genoux ; prenons un peu d’altitude, parlons du choc des civilisations, par exemple des espagnols découvrant les indigènes des Antilles ou du Brésil. Et on arrive à la même la même idée : il arrive que les civilisations ne se métissent pas et qu'elles se combattent, la paix s’établissant quand l’une d’elle triomphe et s’impose à l'autre. En attendant, le mieux qu’on puisse espérer, c’est que chacune campe sur son territoire sans chercher à envahir l’adversaire.
Certes, l’antiquité nous avait habitués au contraire au mélange des cultures : la civilisation hellénistique, mélange de la Grèce et de l’Asie mineure ; les Gallo-romains qu’on ne définira pas. Et aujourd'hui, la culture hispano-américaine. - Oui, mais : pas de culture « islamo-américaine ».
– Pourquoi donc en va-t-il autrement dans ce cas ? On nous dit que c’est la faute des salafistes, adeptes d’une forme archaïque de religion, et que c’est sous leur impulsion que se développe de nos jours un islam politique en conflit avec les pays non musulmans. Et de nous rappeler que les pays qui sont de tradition « terre d’islam » sont précisément des pays où le respect des religions et des coutumes d’autres cultures a été le plus développé : au moment où il y avait en occident des pogromes contre les juifs, ceux-ci vivaient paisiblement au Maghreb musulman.

L’histoire peut-elle se répéter ? Et si oui, que répète-t-elle ? L’époque juste précédente (= islam tolérant), ou bien l’époque originelle (= salafisme) ? Ou bien faut-il dire, comme certains historiens, que l’histoire ne se répète jamais, qu’en elle, de façon souterraine, de nouvelles formes de vie humaine sont entrain de se former dans le bouillonnement de ses entrailles et jaillira un jour, comme une irruption volcanique ?

Thursday, October 22, 2015

Citation du 23 octobre 2015

L'enfance est le commencement de l'humanité.
Lacordaire – Conférence de Notre-Dame de Paris (1835)
Deux manières de lire cette citation :
- L’une, banale, consiste à dire que l’enfant qui vient de naitre commence un périple qui passe par toutes les étapes de l’hominisation : c’est comme cela qu’il va accéder finalement au statut d’être humain à part entière. On jugeait ainsi autrefois que l’enfance était une période de la vie qui se définissait par ses carences plutôt que par ses richesses spécifiques: l’enfant est un petit homme (femme) privé de raison : ne dit-on pas que 7 ans est l’âge de raison ? (1) 
- L’autre consiste à inverser les éléments de la phrase : l’humanité à son commencement était comme le petit enfant aujourd’hui. Les hommes primitifs (les chasseurs cueilleurs du paléolithique) étaient des grands enfants, et l’évolution de l’humanité passe par une succession d’étapes analogues à celles de l’adulte qui avant d’arriver à l’âge d’homme doit d’abord être adolescent, puis jeune homme, etc…

Cette croyance qui paraît simplement naïve et innocente, est liée à des préjugés antérieurs au développement de la science ; mais elle est en réalité toujours active dans la théorie des races. Sinon, pourquoi serions-nous si réactifs dès que le mot « race » apparait ?
--> C’est que l’idée de race est intimement liée à celle d’évolution différentielle de l’humanité, certaines de ces races étant considérées comme des fossiles vivants venus de périodes archaïques : les « races » jugées primitives aujourd’hui étant faites d’enfants dans un corps d’homme. Raison pour la quelle les colonisateurs devaient les gouverner comme on gouverne les enfants, avec toutefois la différence que l’enfant évolue vers l’âge adulte alors que le sauvage passé à l’âge adulte sans être sorti de l’enfance ne pourrait jamais accéder à la véritable indépendance (2)
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(1) Sur tout cela, lire le livre d’Elisabeth Badinter « L’amour en plus ». (1980)
(2) Là encore, pour mémoire, qu’on relise si on en a le courage le discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy en 2007 : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Etc. ».

Et toujours pour mémoire qu’on se rappelle que tout cela est pompé dans Hegel : « L'Afrique n'est pas une partie historique du monde. Elle n'a pas de mouvements, de développements à montrer, de mouvements historiques en elle. C'est-à-dire que sa partie septentrionale appartient au monde européen ou asiatique ; ce que nous entendons précisément par l'Afrique est l'esprit ahistorique, l'esprit non développé, encore enveloppé dans des conditions de naturel et qui doit être présenté ici seulement comme au seuil de l'histoire du monde. » Hegel, Leçon sur la philosophie de l’histoire (1822-1823)

Friday, September 11, 2015

Citation du 12 septembre 2015

- Soit le dilemme d’Omar, cousin de Mahomet, à propos de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie : ou bien ces livres sont conformes au Coran, ou ils lui sont contraires. S’ils lui sont conformes, ils sont inutiles et encombrants. S’ils lui sont contraires, ils sont dangereux. Donc, dans les deux cas, il faut les brûler.
A. Bottequin – Subtilités et délicatesses de langage, p.111 (Cité par Robert – Dictionnaire de la langue française, art. Dilemme)
Destruction d’antiquités du musée de Mossoul par les djihadistes de Daech.
Peut-on comprendre les djihadistes qui ont détruit les sites archéologiques d’Irak ou les mausolées de Tombouctou ?
Comprendre c’est se mettre à la place des autres, non pour les accepter, encore moins pour les excuser, mais pour savoir « d’où ils parlent ou agissent ». Par exemple, les iconoclastes de Daech sont-ils des barbares, c’est à dire dénués de toute culture ou civilisation, ou bien ont-il une culture qui accepte, et même impose, la destruction des vestiges d’anciennes civilisations – quelle qu’en soit la valeur esthétique ou historique ?
On devine la réponse : oui, une civilisation peut commander de détruire d’autres civilisations – les objets et les hommes qui la composent ; c’est d’ailleurs une constante, même à notre époque « moderne. » (1). On dira qu’on a vu les nazis s’emparer d’œuvres d’art, non pour les détruire mais pour en faire commerce ; reste que leurs autodafés détruisant les œuvres de l’art dit « dégénéré » sont encore dans les mémoires.
Toutefois, les Nazis, c’est sûr, sont des gens qui n’ont créé aucune culture, qui ne participent d’aucune civilisation. Ce sont des sauvages et des barbares – point à la ligne.
Admettons. – Mais que dire de Daech ? Eux sans problème ils se rattachent à une culture bien établie. L’iconoclasme est un mouvement pluriculturel, il a transité des romains aux byzantins, puis aux protestants de la renaissance pour aller (et pour finir ?) jusqu’aux révolutionnaires de 89. Quant aux musulmans, la destruction des images est inscrite dans leur tradition, même si…
… Même s’il est vrai que l’islam a évolué, qu’il sait s’adapter aux mœurs modernes et qu’il est réceptif aux œuvres de l’esprit humain, même si elles ne sont pas imprégnées de la foi.
C’est bien ce que les musulmans acceptent, sauf ceux qui se réclament de la « pureté » de ses premiers commencements de leur religion.
Un peu comme nos pentecôtistes (2).
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(1) On se souviendra de la terrible phrase de Paul Valéry, parlant des ravages de la Grande Guerre : « Tant d’horreurs n’auraient pas été possibles sans tant de vertus. Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anéantir tant de villes en si peu de temps »

(2) « Pour les pentecôtistes, il s’agit de revenir aux sources de l’Église primitive et de revivre l’expérience des temps apostoliques et plus particulièrement du jour de la Pentecôte. ». Lire ici.

Thursday, July 09, 2015

Citation du 10 juillet 2015

En vingt-cinq ans, Charlie est passé de la gauche à la droite. Plus les années s’écoulent, plus je me rends compte que dessiner ne sert à rien. Mieux vaut s’armer d’une kalachnikov. Si je n’avais pas été dessinateur, j’aurais été kamikaze.
Stéphane Charbonnier, dit Charb
Article paru dans Paris Match le 15 décembre 2004



Dessiner ne sert à rien. Mieux vaut s’armer d’une kalachnikov. Signé Charb.
Il a fallu, on s’en doute, bien des vérifications pour admettre que cette phrase ait été effectivement prononcée par Charb, le directeur-martyr de Charlie.
On le comprend : ce qui choque, ce n’est pas seulement cette étrange prémonition. C’est que Charb semble donner raison à ses futurs assassins : si c’était à refaire, la kalach’ plutôt que le crayon. Et rien ne sert de dire que dessiner est assez fort en menace pour qu’un kamikaze  s’occupe de vous, puisque de toute façon, dans un face à face, la mitraillette l’emportera toujours sur le crayon.

Bien sûr, on objectera que ce dépit s’exprime 5 ans avant que Charb devienne directeur de la publication, mais justement : en 2004 il pouvait conserver l’espoir d’influer sur le déclin politique et éditorial de la revue, et pourtant le voilà qui désespère. Déprime passagère ? Peut-être.
Mais le malaise que produit cette citation ne se dissipe pas si facilement. C’est qu’on se rend compte que Charb n’a pas tout à fait tort : notre monde reste dominé par la force, la force brutale, la force armée. En plus, nous sommes hypersensibles à l’éventualité de l’acte terroriste : n’importe quel crime avec décapitation met le pays en émoi et la police en alerte.
Dans l’affrontement entre la barbarie et la civilisation, c’est cette dernière qui a perdu. Rangez vos crayons et sortez la kalach’. (1)
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(1) Affrontement barbarie/civilisation : on reproche à Manuel Valls d’avoir parlé récemment d’une guerre de civilisation. Certains y voient l’incitation à une nouvelle croisade contre l’Islam, ennemi de la civilisation /chrétienne/, donc de la Civilisation tout court. Je pense sincèrement que cela repose sur un contresens.
Car, venant de ranger les assassins islamistes dans le camp de la barbarie, c’est tout naturellement que Manuel Valls en vient à parler du conflit de civilisation : les barbares étant par définition étrangers à toute civilisation (barbares = sauvages), c’est tout naturellement que les civilisations – toutes les civilisations – doivent se ranger dans le camp des ennemis de la barbarie.

« Toutes les civilisations » - Faut-il le dire ? Y compris la civilisation de l’Islam.

Tuesday, April 14, 2015

Citation du 15 avril 2015

J'aime les ragoûts littéraires fortement épicés, les œuvres de décadence où une sorte de sensibilité maladive remplace la santé plantureuse des époques classiques. Je suis de mon âge.
Emile Zola – Mes Haines (1866)
La décadence ne se caractérise pas essentiellement  par l’excès de sensualité mais d’abord, par celui des excitants : il faut plus d’épices dans le ragoût, parce que les consommateurs, maladifs et usés n’ont plus de sensations autrement. On comprend ainsi que c’est cette dégénérescence qui fait la décadence et non la sensualité débridée. Le décadent est imaginé les jambes maigres, le ventre trop gros surmonté d’une poitrine creuse. Par contre l’homme de l’époque classique est grand, athlétique, avec des pectoraux et des abdos de statue. Mais la décadence, quant à elle, est d’abord une affaire d’époque : les hommes décadents sont en réalité des hommes qui vivent des époques décadentes.

Et nous ? Si nous admettons que seule l’usure de la société peut nous caractériser comme décadents, vivons-nous un telle époque ? Et d’ailleurs, à la mesure de l’histoire, qu’est-ce que ça voudrait dire « époque décadente » ? Je suppose qu’on n’évoque pas une époque qui ouvre sur le néant. La décadence historique, nous l’imaginons volontiers illustrée par l’Empire romain : une décadence qui débouche sur la barbarie avant de parvenir à de nouveaux sommets de civilisation.
Les Islamistes – ou les intégristes religieux de tout poil – nous disent : vous êtes décadents, donc c’est nous les vrais civilisés : disparaissez ! Notre réponse consiste à dire que c’est l’inverse : ils sont les barbares et c’est nous qui sommes encore civilisés.
Mais de nos jours, comment s’exprime cette décadence ? Par des excès d’épices ? Pas seulement n’est-ce pas. Nous avons en plus des instruments prétendus capables de faire progresser la Civilisation.
Comme ça :



Sur la frontière entre l’Arabie Saoudite et le Yémen, le 9 avril 2015