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Monday, October 24, 2016

Citation du 25 octobre 2016

Je t’ai déjà dit que je t’aimais bien, en gros et en détail. – Alors, détaille, murmura Chloé, en se laissant aller dans les bras de Colin, câline comme couleuvre.
Boris Vian – L'Ecume des jours (1947)
Quand on aime, qu’est-ce qu’on aime ? Le charme peut-il se détailler ? S’analyser ? Ce mouvement de tête pour remonter une mèche, ce geste de la main pour fouiller au fond du sac, ces lèvres qui font la moue… Alors que l’amant devient aveugle parce qu’il s’est crevé les yeux en approchant de trop près le corsage de l’aimée (1) – elle, petite narcisse insatiable exige qu’on détaille ses charmes pour en jouir davantage :
« - Tu vois mes pieds dans la glace ? .....Oui
- Tu les trouves jolis ? - Oui, très !
- Et mes chevilles, tu les aimes ? - Oui .....
- Tu les aimes mes genoux aussi ?
- Oui, j’aime beaucoup tes genoux
- Et mes cuisses ? - Aussi !
- Tu vois mon derrière dans la glace ? - Oui
- Tu les trouves jolies mes fesses ? - Oui, très ! -
- Je me mets à genoux ? - Non, ça va ..
- Et mes seins tu les aimes ? - Oui, énormément !
- Doucement, pas si fort ! - Pardon ! -
- Qu’est ce que tu préfères mes seins ou la pointe de mes seins - Je sais pas ; c’est pareil
- Et mes épaules tu les aimes ? - Oui - Je trouve qu’elles sont pas assez rondes - Et mes bras ? Et mon visage ? - Aussi ! - Tout ? Ma bouche, mes yeux, mon nez, mes oreilles ?
- Oui, tout !
- Donc tu m’aimes totalement
- Oui, je t’aime totalement, tendrement, tragiquement
- Moi aussi Paul ! » (Dialogue Bardot-Piccoli extrait du film Le mépris de Jean-Luc Godard)



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(1) On aura reconnu la chanson de Brassens.

Sunday, March 16, 2014

Citation du 17 mars 2014


La beauté rehaussée de naïveté est ineffable, et rien n'est adorable comme une innocente éblouissante qui marche tenant en main, sans le savoir, la clef d'un paradis.
Victor Hugo – Les Misérables (1862)
« …une innocente éblouissante tenant en main, la clef d'un paradis ».
Hé-Hé… Quand on sait que Victor Hugo jouissait d’un tempérament de feu, on imagine facilement quel était le paradis possédé par cette belle innocente – et à quelle porte il cognait pour entrer.
- Mais, bon, ne perdons pas de vue l’essentiel : la beauté se trouve rehaussée par la naïveté. Sachant que la naïveté désigne ce qui est naturel, premier ou initial, on devine qu’il s’agit d’une belle jeune fille dont la beauté est à la fois candide et inconsciente d’elle-même. Ce qu’on reproche aux femmes, ce n’est certes pas leur beauté ; c’est leur vanité représentée dans les tableaux d’autrefois par une femme qui se contemple dans un miroir.

- La beauté pour exister nécessite un jaillissement naturel qui exclut le retour sur soi de l’auto-admiration.
C’est en ce sens qu’on parle aussi de la beauté animale dont jouissent parfois les humains : c’est une beauté qui ne se regarde pas elle-même – mieux : elle ne se « machine » pas en fonction d’un regard extérieur sur elle-même.
Et pour le spectateur ? Pour celui qui, comme Victor, regarde passer dans un éblouissement la jeune fille qui tient la clef du paradis ? Eh bien, il  ne peut que contempler, sans rien dire.
--> C’est ce qu’on appelle le charme, ce à quoi on succombe sans un mot : car un mot quel qu’il soit serait déjà de trop.
Le charme, c’est ce qui s’évanouit et se brise pour un rien.
Devant la beauté de cette belle fille qui émeut Victor Hugo, la seule attitude possible, c’est la contemplation silencieuse.

Thursday, May 31, 2012

Citation du 1er juin 2012


Elles [les aubépines] m'offraient indéfiniment le même charme avec une profusion inépuisable, mais sans me laisser approfondir davantage, comme ces mélodies qu'on rejoue cent fois de suite sans descendre plus avant dans leur secret.
Proust – Du côté de chez Swann
La musique révèle le sens du sens, qui est charme, en le soustrayant. Telle est cette divine éternité d'un quart d'heure qui s'appelle la Ballade en Fa dièse de Gabriel Fauré; (...) : de cette œuvre de charme et d'inexistence, de ce sortilège bergamasque (...), de ce presque-rien surnaturel, en « balbutiant », ...
Jankélévitch – Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien

Charme – Définition II
Ici le romancier et le philosophe sont d’accord : le charme n’est pas le secret ; simplement il protège – ou recouvre – un secret.
Mais, s’ils sont d’accord, c’est parce qu’ils pensent à la même chose : c’est de la musique qu’émane le charme.
Entre l’aubépine et la mélodie (peut-être la sonate de Vinteuil) le narrateur suggère que le charme, qu’il soit celui d’un parfum ou de la musique, nous retient sur le bord du secret, à moins que ce ne soit ce même charme qui en dessine les contours. Je ne sais – d’ailleurs il ne faut pas en savoir plus : la musique agit sur notre sensibilité par accès direct, sans passer par « l’interface » de l’intelligence et du langage. C’est pour cela que certains se méfient de la musique : c’est une traitresse parce qu’elle nous foudroie d’émotion avant même qu’on ait pu y consentir, un peu comme ces airs d’accordéons, canailles et populos qui nous mettent en larmes alors même qu’on hausse les épaules devant leur vulgarité.
Mais c’est à notre philosophe musicien qu’il revient de dire complètement les choses : si le charme est le sens de la musique, c’est parce qu’il se manifeste en évinçant le sens « verbalisable ». Dites un peu ce qui vous vient à l’esprit en écoutant la ballade en fa dièse majeur de Fauré (1) : en même temps que vous le faites, vous avez la certitude qu’il y a, derrière ça, une foultitude d’autres histoires à raconter, dont certaines surgiront la prochaine fois – et les autres plus tard … ou jamais !.
Le charme de la musique, c’est ce qui reste quand on a donné congé au sens – ou du moins à tous les autres sens.
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(1) A écouter ici : ça dure 10’50, mais à coup sûr, après l’avoir écouté vous saurez que vous n’aviez rien de plus important à faire (même si la prise de son est mauvaise). Au fait, Janké dit que ça dure un quart d’heure, alors que Yuja Wang boucle l’affaire en 10’50. Il y a un mystère en plus du secret…
P.S. On peut préférer la version de Jean Doyen, mais elle n’est pas complète.

Wednesday, May 30, 2012

Citation du 31 mai 2012


Elle avait serré ses charmes dans un corset majestueux.
P.J. Jouve – La Scène capitale
Jupiter [dans le tableau du Titien], qui a pris les oreilles et les pieds du satyre, lève le voile de la dormeuse [Antiope] et en contemple les charmes d'un œil avide.
Théophile Gautier – Guide de l'amateur au Musée du Louvre, 1872
Charme – Définition I
Le mot « charme » appliqué aux femmes peut être dit au singulier – le charme féminin ; ou bien il peut s’entendre au pluriel : les charmes de Josette (ou de qui vous voudrez)
Subtilité de la langue française : au singulier il est indéfinissable. Au pluriel il désigne les attraits physiques d'une femme (TLF). Simple.
Quoique… Prenons donc l’exemple de Jupiter transformé en Satyre (histoire de bien montrer quelles sont ses intentions) qui soulève le voile d’Antiope endormie pour contempler ses charmes. A quelle partie du corps féminin ces charmes font-ils allusion ?
S’agit-il de ceux-ci ?

Titien – Jupiter et Antiope
Ou bien de ceux-là ?

Marinali – Jupiter et Antiope
On comprend mieux pourquoi la définition du mot charme, même au pluriel est si imprécise : c’est qu’il s’agit d’évoquer ce qui n’existe qu’en fantasme – et ça, ça ne se codifie pas.
Au cas où vous en douteriez, demandez-vous, si vous étiez Jupiter, quel coin du voile d’Antiope vous auriez soulevé – et demandez à vos amis s’ils partagent votre choix.

Thursday, October 14, 2010

Citation du 15 octobre 2010

Une fois rien, c'est rien ; deux fois rien, ce n'est pas beaucoup, mais pour trois fois rien, on peut déjà s'acheter quelque chose…

Raymond Devos – Parler pour ne rien dire

Béni soit donc le je-ne-sais-quoi qui fait de la lettre morte un esprit vivant ; béni le presque-rien qui fait quelque chose de rien ; et béni enfin le charme sans lequel les choses ne seraient pas ce qu'elles sont.

Vladimir Jankélévitch

Cette citation me sert à introduire la vidéo de Jankélévitch sur le plateau d’Apostrophe le 18 janvier 1980.

On a dit et re-dit que l’émission de Bernard Pivot serait impossible à faire en « prime time » maintenant. Voyez cette vidéo d’archive, et dites moi si on trouverait encore aujourd’hui une émission de télé où on donnerait à quelqu’un comme Jankélévitch le temps de répondre ne serait-ce qu’à une seule des questions qu’on lui pose ?

Occasion aussi de revoir celui qu’on appelait familièrement Janké, et dont il faut entendre la voix pour mieux apprécier les écrits.

Le je-ne-sais-quoi : ce qui existe et dont on ne peut rien dire – comme le charme par exemple (ce je-ne-sais-quoi de la femme charmante).

Le presque-rien : ce qui arrache au néant ce qui semblait y être enfoncé.

Pour trois fois rien… Raymond Devos à son tour entre dans la logique un peu folle (parce qu’à la limite de la rationalité) de l’impondérable-indicible. Mais surtout il fait fonctionner le système.

Pourtant on hésite un peu : avec trois fois rien, ou avec presque rien, peut-on faire quelque chose ? S’agit-il d’une affirmation sérieuse ? N’avons-nous pas affaire à un jeu de langage, ou bien à des formules rhétoriques, brillantes, mais creuses ? Bref : le philosophe a-t-il quelque chose de plus à dire que l’amuseur ?

En vérité, tout cela n’a de sens que si on se souvient que Jankélévitch est un disciple de Bergson, et que la philosophie bergsonienne est une philosophie du devenir. Tout est en mouvement, le présent est lié au passé et à l’avenir avec les quels il forme une nappe continue. Ce que j’appelle le « rien » ou le « presque-rien » est au minimum un pont qui relie passé et avenir. C’est un moment – un « instant » - qui n’existe comme tel que par une illusion d’optique qui me fait prendre ce qui est en devenir pour quelque chose d’isolé et d’immobile.

Exemple ? La graine n’est un presque-rien que si j’oublie qu’elle est porteuse des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches (1).

Et le charme direz-vous ? N’est-il pas tout entier dans l’instant ? Qu’est-ce donc que ce presque-rien qu’on ne saurait dire et qui pourtant nous ravit ?

Là, je crois que c’est au portraitiste qu’il faut demander la solution : le charme n’est pas dans la durée mais dans l’espace, ou si vous préférez dans la profondeur de l’existence qui affleure dans la carnation d’une peau, de la personnalité qui sous-tend l’expression d’un visage.

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(1)…Et voici mon cœur qui ne bat que pour vous… Oui, je sais : mais ça vous ne le direz que si vous offrez vos petites graines à une dame.

Sacré Verlaine !