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Sunday, July 22, 2012

Citation du 23 juillet 2012

La vérité est une bulle de champagne, elle remonte toujours à la surface.
Gilles Martin-Chauffier – Une vraie parisienne

La vérité remonte toujours à la surface… où elle disparait sans laisser de trace.
Ah ! Si seulement elle était comme la femme nue qui jaillit du puits (voir la belle sur mon Blog ici)…
Que dire de ces métaphores, que dire de ce qu’elles révèlent sans qu’on y pense ?
– Les bulles qui remontent à la surface d’un liquide manifestent cette étrange capacité de la vérité de ne jamais rester éternellement sous le boisseau (autre image). Mais ce surgissement inopiné aurait pu être évoqué à partir des bulles de méthane qui montent à la surface de la mare.
Or, voilà : ce sont des bulles de champagne ! C’est un peu plus excitant.
- Excitant, oui, comme la femme nue qui sort du puits. Déjà, qu’est-ce qu’elle faisait là ? Qui donc l’y avait jetée ? Personne ne se le demande : on prend l’image et on part avec, sans demander de compte.
--> Ce que ces deux images révèlent, c’est que la vérité est quelque chose de désirable – quelque chose qui apparait comme une jouissance : jouissance de la bulle de champagne qui éclate en saveurs subtiles sur les papilles de la langue ; jouissance de la nudité féminine qui éveille notre sensualité.
Comme par ailleurs ces images sont toutes deux  des évocations d’une vérité cachée et qui surgit malgré tout, on comprend que cette jouissance est transgressive, comme l’est celle du plaisir interdit – et pour cela bien meilleur.
Bref : ce que nous révèlent ces images, c’est que le péché originel – qui est de gouter au fruit défendu, celui de l’arbre de la science – nous travaille toujours un peu.

Saturday, July 21, 2012

Citation du 22 juillet 2012

Les historiens arrivent à tirer plusieurs volumes d'un personnage dont on ne sait pas grand-chose. C'est une manière de contempler l'univers dans une bulle de savon.
Prosper Mérimée
 [Reflet sur une bulle de savon - Voir ici.]
Les bulles de savon sont des symboles du néant qui nous environne sans qu’on s’en doute : nous croyons à la réalité dans laquelle nous vivons – et puis voilà une guerre, un tremblement de terre, une épidémie : pfuittt ! Plus rien. Ces innombrables générations d’hommes qui se sont succédées là même où j’habite, qui ont contemplé le même paysage, humé le même air, ont disparu sans laisser de traces ; on les ignore sans même s’en douter : rien ne nous  manque de ne pas les avoir connus.
Comment se fait-il que nous ne soyons pas alertés de cette inanité des choses humaines par les récits historiques ?
C’est que l’histoire s’est construite justement pour nous faire oublier notre oubli ; rappelez-vous, nous dit-elle, ces Hommes illustres qui nous ont précédés. Votre vie ne serait pas la même s’ils n’avaient pas été. Dès son origine, l’histoire a été, un récit de la vie des Grands hommes et de leurs actes mémorables.
Seulement comme l’histoire est un peu plus que les Chroniques de Rois de France, il a fallu que ces récits de la vie des Grands hommes nous fassent en même temps vivre ce monde que la plèbe était incapable de maintenir à la surface du souvenir ; qu’ils soient comme des reflets permettant de contempler l’Univers.
Sauf que ces Grands hommes, ces Rois, ces généraux intrépides sont eux-mêmes comme des bulles de savon. Leur renommée ne les a pas empêchés de périr, eux et le monde qu’ils ont reflété. Raconter leur vie, c'est une manière de contempler l'univers – oui, mais dans une bulle de savon.

Saturday, February 25, 2012

Citation du 26 février 2012

De la fleur, lure lurette, / Le bedon est dobedondon, / La musette, mire lurette, / Le rebec, zobe zon zon, / et le cornet tron tron trompoit, / Din din, din, les clochettes, / et la violle ze, ze, ze, zex / Devant Marionnettes.
La Fleur des noëls, 1535. Transcrit par Jean Babelon, Revue des livres anciens. Dictionnaire des onomatopées. Pierre Enckell – Pierre Rézeau (PUF)
Viens petite fille dans mon comic strip / Viens faire des bull's, viens faire des WIP ! / Des CLIP ! CRAP ! des BANG ! des VLOP ! et des ZIP ! / SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ !
Serge Gainsbourg – Comic Strip
Allez c’est dimanche… Chez nous, le dimanche n’est pas comme à Bamako, jour de mariage – mais c’est quand même l’occasion de souffler un peu avant le lundi. (1)
Oui, mais comment s’amuser sans que ça coute une fortune et sans être obligé de faire toutes les brocantes du pays pour trouver l’accessoire miraculeusement fun ?
Eh bien, rien n’est plus simple : amusez-vous avec votre bouche – et puis c’est tout.
Il s’agit d’inventer des mots, des sons, qui réjouissent les oreilles, qui chatouillent la glotte et qui font rire. Les petits enfants savent très bien faire ça, mais il semblerait qu’on l’ait oublié, nous les adultes : pour y arriver, nous avons besoin des onomatopées.
On me dira que les onomatopées ne sont pas spécialement un libre jeu, qu’il s’agit de sonorités codifiées dans la langue, et qu’elles ont pour fonction d’imiter les bruits et non de chatouiller les oreilles. Ce qui est déjà douteux si on lit le poème/chanson cité, puisque si on peut admettre que la clochette fait din din, par contre on ne dira pas que la fleur fait lure lurette. En plus il suffit de se reporter aux tableaux qui permettent de comparer les onomatopées dans les différentes langues pour constater que bien sûr elles obéissent aux règles phonologiques de chacune, mais pas seulement. Elles reflètent aussi une véritable liberté, celle du jeu avec les sons (2).
En cas de panne d’imagination, reportez-vous à vos BD favorites. Sinon remettez Gainsbourg.
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(1) Le lundi, allez voir Frankie : elle vous remettra sur pied pour la semaine.
(2) Voir ici.

Monday, December 20, 2010

Citation du 21 décembre 2010

J'ai mis ma vie à la gomme / Dans des guitares bubble-gum
Papa, Maman c'est votre enfant / Ce ballon gonflé, cette bulle de papier doré / Maman, Papa ne risque-t-elle pas / Cette bulle qu'on zoom un jour de faire boum.
Alain Souchon – Laurent Vouzy– Bubble Star (Chanson – 1978)
Bulles (suite)
Nous avions il y a quelques mois réalisé une enquête forte érudite sur les bulles. Du moins, c’est ce que je croyais, avant de prendre conscience que j’avais oublié les bulles du Pape, les bulles boursières et … les bulles Bubble-gum.
On peut considérer que le Bubble-gum est un symbole facile de la célébrité. C’est ainsi qu’Alain Souchon et Laurent Voulzy se décrivent en stars prêtes à péter dans le néant au moindre revirement du public.
Du coup, la bulle de chewing-gum présente assez peu d’intérêt : exit son aspect insolent quand on la gonfle en réponse à une admonestation ; plus d’effet comique quand elle pète au nez de celui qui l’a gonflée. Elle n’est plus rien qu’une bulle de savon comestible. Et c’est bien peu.
J’en étais là de mes réflexions quand je suis tombé sur ça.
Avouez que ça va quand même un peu plus loin.

Wednesday, December 01, 2010

Citation du 2 décembre 2010

Les femmes : bulles de savon ; l'argent : bulles de savon ; la renommée : bulles de savon. Les reflets sur les bulles de savon sont le monde dans lequel nous vivons.

Mishima – Le Pavillon d'or

Reflet 1

Les bulles de savons ont déjà préoccupé notre excellent alias Docteur-Philo. Lui, qui est un métaphysicien aguerri, n’avait pas hésité à faire de ces phénomènes fugaces un symbole du néant qui environne l’être humain, néant dont il sort et où il ne tardera pas à replonger… On peut aussi y voir une image de l’illusion dans la quelle nous nous complaisons, un voile de maya sous lequel nous nous blottissons.

Mais il y a pire : le monde n’est même pas une bulle de savon ; il est un reflet sur la bulle de savon.

Que le monde ne soit pas une réalité bien stable, qu’il ne tienne à l’existence que par le concours de Dieu (Descartes), et donc qu’il partage le destin des bulles de savon, tout ça on le savait déjà.

L’idée même qu’il ne soit qu’un reflet, on pourrait l’extrapoler de Platon (Allégorie de la caverne) où les ombres représentent ce que nous prenons pour la réalité.

Mais Mishima nous fait franchir un cran de plus : additionnons nous dit-il l’irréalité du reflet à l’éphémérité du support. Nous aurons quelque chose comme une illusion, tenace peut-être mais surtout fugace. Et en plus quelque chose qui, comme une bulle de savon peut disparaitre sans prévenir ; quelque chose qu’on ne voit pas vieillir ni s’amenuiser progressivement. En pleine splendeur, sans même faire de bruit, d’un seul coup, il n’y a plus rien.

- Tenez, le mieux c’est de faire l’expérience : regardez cette superbe photo (1). Vous voyez la maison qui se reflète dans la bulle du premier plan ? Non ? Agrandissez l’image. Bon.

Maintenant regardez votre maison (ou ce que vous voudrez : votre voiture, votre main, votre chien…) et essayez de vous dire que ce ne sont que des sensations qu’il ne vous appartient pas de prolonger, autrement dit que ça n’a pas plus de réalité que le reflet sur la bulle.

Voilà une expérience philosophique très intéressante à ajouter à la liste de celles qui vous suggère l’ouvrage de Roger-Pol Droit.

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(1) Photo publiée ici – auteur : « cerveauvide » (je vous jure que je ne l’ai pas inventé)

Monday, June 21, 2010

Citation du 22 juin 2010


Définition (TLF) :

Bulle - IMPR. Courbe entourant les paroles prononcées par les personnages de bandes dessinées


Greg – Les insolences d’Achille Talon

Bulle 3

Je ne pouvais quitter le domaine de la Bulle sans évoquer celles de la bande dessinée.

La bande dessinée est née selon moi avec la bulle qui insère du texte dans l’image. Autrement dit, je me refuse à considérer des planches dessinées comme celle du Sapeur Camember comme étant une bande dessinée.

De ce point de vue, il me semble que la série des Achille Talon constitue un sommet. Non seulement le langage d’Achille Talon sent bon son 18ème siècle, mais encore les dialogues sont rythmés par un système de bulles – des bulles à fragmentation – qui introduisent du sens qu’un texte platement écrit ne saurait nous dire. Essayez donc d’imaginer le contenu de ces bulles ramenées dans un cartouche en bas de l’image comme chez le Sapeur ; et voyez tout ce qu’on y perd.

On a vitupéré contre la bande dessinée en pensant qu’elle était une rivale du livre – de littérature – et que la jeunesse y perdait le goût de la « vraie » lecture. Que ceux qui ont prétendu ça aient été des vieux schocks, ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais aussi ce sont des gens qui n’ont jamais lu une bande dessinée, sinon ils auraient compris que le texte y avait un rôle au moins aussi important que l’image, et qu’en plus ce rôle tenait dans la mise en page – j’allais dire « la mise en image ».

Certains poètes nous montrent également le rôle essentiel joué par la typographie de dans la production du sens. On pensera à Apollinaire (Les Calligrammes), à Mallarmé, à Claudel, et à d’autres encore étudiés dans le passionnant article de Marthe Gonneville – Poésie et typographie(s) (à consulter ici)

Sunday, June 20, 2010

Citation du 21 juin 2010

Regardez bien au fond du flacon d'où est sortie la bulle Internet : vous verrez qu'il y reste encore beaucoup de savon !

Jean-Pierre Raffarin – Discours Sur la société d'information - 11 Novembre 2002

Bulles 2

Après les bulles de savon, les bulles boursières! Moins jolies, plus dangereuses, mais pas plus solides.

Comment pouvons-nous nous passer de Jean-Pierre Raffarin ? Sa bonhomie, ses tirades frappées au coin du bon sens, ses lapalissades, tout cela nous manque et quand il sort de sa réserve c’est toujours pour notre plus grand bonheur.

Je ne me moque pas, je parle sérieusement : voyez comme cette mise garde contre les désordres de la spéculation boursière en 2002 anticipait la grande crise des subprimes et de tout ce qui s’ensuit encore aujourd’hui. Que ne l’avons-nous écouté ?

En fait ce qui nous importe ici c’est que J-P Raffarin ne nous signale pas seulement que la bulle Internet ne pouvait que crever parce que c’est une bulle. Il nous invite aussi à prendre garde au fait que les bulles boursières supposent surtout un flacon – le marché – et du savon, c'est-à-dire de la matière ad hoc – les fonds spéculatifs

Les bulles ne sont pas inessentielles et accessoires. Ce n’est pas parce qu’elles crèvent sans laisser de traces (du moins pas celle de leur matière propre) qu’elles n’ont pas d’importance. Elles doivent être regardées comme des indices, des marqueurs des mécanismes (ici financiers) plus durables, plus profonds.

Par exemple ici, comme nous le dit J-P Raffarin, elles montrent qu' il ne suffit pas de retirer le savon qui traîne encore au fond du flacon. Il faut aussi le casser ce flacon !

Et hop ! Voilà Jean-Pierre enrôlé dans la clique des dangereux anarchistes, altermondialistes etc ?

Saturday, June 19, 2010

Citation du 20 juin 2010

Les mots c'est comme des bulles d'air. C'est brillant, c'est doux quand ça passe et après, vous cherchez et y a rien.

Claudette Lawrence – Les Solitudes d'automne

Bulles 1


Oui, je sais…. Cette photo,a déjà employée chez Docteur philo. Mais voilà : j’ai un faible pour elle, parce qu’au moment même où je l’ai prise, j’ai senti qu’elle contenait quelque chose d’important

Les citations sur les bulles concernent souvent des bulles de savon et mettent l’accent sur le fait qu’elles symbolisent le néant des choses humaines. On est dans la bienpensance chrétienne – Sachez, Ô mes frères, vous voir tels que vous êtes et prosternez-vous devant Dieu…

Pourtant, rien de tel dans cette citation : il s’agit de dire combien les bulles – d’air et non de savon d’ailleurs – sont belles et séduisantes, et combien elles disparaissent sans laisser de trace. Et ça c’est fort !

Cette beauté-là, c’est quelque chose qui apparaît sans crier gare et qui disparaît sans laisser de traces. La beauté n’est immortelle que dans la mesure où elle est pleine de vie. Elle peut aussi cesser d’être, et alors elle laisse la place nette pour une autre belle chose qui remplira à son tour l’espace.

C’est en cela que l’art moderne me ravit : il a mis au rancart le concept d’œuvre immortelle, on a cessé de sculpter dans le marbre pour modeler avec du sable. L’éphémère est solidaire de la beauté, ou du moins – car la beauté est devenu un concept suspect aux yeux de bon nombre d’artistes aujourd’hui – de la création.

Et si ce n’est pas l’éphémère, ce sera le bref : comme ce Post qui s’achève avant que vous n’en soyez fatigué.

Small is beautyful !