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Monday, September 25, 2017

Citation du 26 septembre 2017

Vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte : "Eli, Eli, lema sabachtani? " c'est-à-dire " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? "
Quelques-uns de ceux qui étaient là, l'ayant entendu, disaient: " Il appelle Elie. "
Et aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il imbiba de vinaigre, et, l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui présenta à boire.
Évangile selon Matthieu, 27:48




BlasphèmeSubst. masc. Parole ou discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré. (Le blasphème est à distinguer du sacrilège : le premier consiste en paroles, le second en actes.) (Larousse)

Si blasphémer est devenu délicat dans un monde comme le notre qui tolère à l’avance tout ce qui peut outrager une religion quelle qu’elle soit, il reste quand même quelques rares occasions où des propos ou des images peuvent blesser violemment les fidèles.
Ainsi de cette image qui montre un acteur (sans doute pour une procession ou pour une représentation théâtrale) grimé en Jésus dans une situation diamétralement opposée à la scène évoquée – d’ailleurs pour reprendre la distinction opérée par Larousse, on se demande si plus que le blasphème on n’aurait pas plutôt affaire à un outrage : auquel cas on serait en présence d’un délit.
En effet : supposons que cette scène apparaisse comme une représentation de la réalité. On y voit le Sauveur au moment même de la Passion (cf. la couronne d’épine et le sang qui en coule) rire en buvant un soda. Du coup voilà la Bible non seulement profanée avec cette scène de bar insérée dans le cours de la crucifixion mais encore détournée : Jésus faisant de la pub pour Coca-Cola. 

Les religieux demandent que de telles atteintes à la foi religieuse soient interdites et condamnées devant les tribunaux. Les laïques affirment que ce sont là des libertés fondamentales. On se rappelle que lors des attentats contre Charlie-Hebdo le débat a fait rage, certains refusant de dire : « Je suis Charlie » en raison de ses dessins blasphématoires.
Il n’est pas facile de résoudre ce problème posé par la liberté de blasphémer. Je me bornerai à dire que, même si la liberté de blasphémer est un droit fondamental, l’usage de ce droit est soumis à des obligations morales – obligations qui ne relèvent certes pas du Code civil, mais bien du respect de l’être humain. Je peux par des propos cruels blesser mon prochain et lui faire très mal sans jamais outrepasser ce que la loi m’autorise. Mais est-ce une raison pour que je me l’autorise ?

Monday, June 29, 2015

Citation du 30 juin 2015

Évidemment, réclamer la liberté d'expression n'est pas réclamer une liberté absolue. Il faudra toujours, ou du moins il y aura toujours, tant qu'existeront des sociétés organisées, une certaine forme de censure. Mais la liberté, comme disait Rosa Luxemburg, c'est la liberté pour celui qui pense différemment. Voltaire exprimait le même principe avec sa fameuse formule : Je déteste ce que vous dites ; je défendrai jusqu'à la mort votre droit de le dire. (1)
George Orwell – La Ferme des animaux (Préface inédite)

Quoi ! Encore la liberté d’expression ? Liberté de blasphémer, de critiquer, d’injurier peut-être ! Encore deux minutes et on va nous demander si nous aussi, « nous sommes Charlie » ! Marre !
- Marre, peut-être. Mais quand même : pourquoi quelqu’un comme Orwell (et comme beaucoup d’autres) n’affronte-t-il pas l’objection : si on ne nous permet pas de tout dire, alors à quoi sert le droit de dire autre chose ? Et puis, c’est quoi donc cette « certaine forme de censure » ? Bref :
            1 – La liberté admet-elle une limite ?
            2 – Si oui, comment la situer ?
            3 – Avec quelle conséquence ?
Vous reconnaissez peut-être ici le point où les débats sur le Blasphème capotent.
1 – La liberté civile admet une limite, celle qui assure à chacun de pouvoir jouir de la même liberté que les autres citoyens. Il est clair que si ma liberté consiste à tester le fil de mon couteau en coupant l’oreille de mon voisin, alors non : je n’aurai pas cette liberté, puisqu’elle nuit à l’intégrité physique d’autrui. Alors blasphémer le Prophète (d’un musulman), n’est-ce pas comme lui couper l’oreille (au musulman) ?
Réponse : peut-être, si la loi le dit. Car ça dépend d’elle : celle de la République française dit que non, ce n’est décidément pas la même chose.
2 – Car c’est le peuple qui établit la loi qui limite la liberté civile. On comprend que le propre des religions soit de fixer cette limite autrement – selon leurs propres dogmes. Par exemple, si vous voulez interdire le blasphème, il faudra demander aux prêtres et à leurs Livres Saints de dire en quoi il consiste. Si, entre la loi de la République et celle de Dieu il y a un « conflit des limites », il faut le trancher en établissant soit une hiérarchie des systèmes de référence (ex. : dans un Etat religieux, à la différence de ce qui se fait dans un Etat laïque, ce sont les lois saintes qui sont au-dessus des lois civiles). Soit en délimitant les zones ou les lieux où ces lois sont reconnues. Par exemple, dans un espace public (comme la rue) qui ne connait que la loi civile, je peux librement blasphémer – par contre dans un Eglise, ce ne le sera pas.
Il me semble que le débat est clos.
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 (1) Cette citation de Voltaire est jugée apocryphe, mais puisqu’elle fait partie de la citation d’Orwell, on s’en contentera.

Wednesday, January 28, 2015

Citation du 29 janvier 2015

Les allemands ont le nihilisme ; nous, nous avons la blague.
Paul Bourget
Ce qui tuera l'ancienne société, ce ne sera ni la philosophie, ni la science. Elle ne périra pas par les grandes et nobles attaques de la pensée, mais tout bonnement par le bas poison, le sublimé corrosif de l'esprit français : la blague.
Edmond et Jules de Goncourt – Journal 30 juin 1868 (cité le 3-2-12)

J’avais développé il y a déjà 3 ans cette citation des Goncourt : pour eux, comme pour Flaubert – et donc comme pour Paul Bourget – la blague est cette vacuité qui détruit les valeurs les plus sacrées en faisant croire qu’elle ne valent pas plus … qu’une blague. Tout devient n’importe quoi.

Que le drame de Charlie Hebdo soit advenu pour des caricatures du Prophète dans un journal satirique, cela donne à penser.
Certes, la satire a un but : elle veut corriger l’erreur ; son bras est armé d’un fouet. Mais combien il est facile de la confondre avec la blague ! Les dessinateurs (survivants) de Charlie sont comme ça : ils nous expliquent qu’avec ces caricatures, il s’agissait de faire quelque chose d’un peu drôle, que sinon ça n’en valait pas la peine. Est-ce que tout ça vaut une rafale de kalachnikov ?
Seulement voilà : en matière de blasphème, il y a des gens qui n’ont vraiment pas le sens de l’humour. Ils disent : un blasphème est un blasphème, il vise – exactement comme le déni nihiliste – à détruire le sacré, ou du moins à offenser Dieu (1).
On dit : pourquoi ces fondamentalistes ne répliquent-ils pas avec les mêmes armes que les gens de Charlie ? Pourquoi n’ont-ils pas publié des dessins, des textes, ridiculisant ces blasphémateurs ?
C’est que pour faire ça, il faut se contenter de nier – ou de corriger – symboliquement. Là est la différence : pour les Islamistes, tout doit être réel : le blasphème est réel ; la kalachnikov aussi est réelle.
Charlie, fais attention – et réfléchis un peu avant de rigoler : On ne court jamais aussi vite qu’une balle de kalach ! (2)
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(1) J’ai expliqué ici que je finissais par croire que la Blasphème était une formule magique, qu’il suffisait de le prononcer – et peu importe l’intention – pour qu’instantanément il soit constitué.

(2) Rappelez-vous : c’est ce que disait Amin Dada.

Sunday, January 18, 2015

Citation du 19 janvier 2015

Le blasphème n'est scandaleux qu'aux yeux de celui qui vénère la réalité blasphémée.
Pierre Bayle / 1647-1706
Blasphème… Religion… Laïcité… (suite)
Quelles sont les conditions de possibilités du blasphème ?
Suffit-il de proférer une parole outrageante, quelle qu’elle soit et surtout quelque soit celui qui la profère ? Si un perroquet proférait une telle parole (et on peut fort bien le dresser à le faire) serait-il blasphémateur ? Celui qui profère un juron blasphématoire en se donnant un coup de marteau sur le doigt est-il coupable ?
Au contraire doit-on estimer que l’intention d’offenser Dieu et de souiller le sacré est déterminante ?
Plus encore : le blasphème est-il constitué dès lors que celui qui le prononce n’est pas un fidèle de la religion agressée. Les caricatures de Mahomet dès lors que ceux qui les ont produites étaient des infidèles devaient-elles inquiéter la communauté musulmane, puisque ce n’était pas un musulman qui les avait produites ?
On le voit, selon Bayle ce dernier point est acquis : l’infidèle – ou l’athée – n’est pas coupable s’il offense la divinité d’une autre religion, tout simplement parce qu’il ne reconnait pas son existence. On peut si on est fanatique lui reprocher de ne pas croire en Dieu, celui de la Vraie Religion. Mais on ne peut lui reprocher de blasphémer, étant donné qu’il ne peut chercher à nuire à une entité qui pour lui n’a pas d’existence. Faudrait-il donc imaginer les dessinateurs de Charlie Hebdo persuadés que Mahomet existe bel et bien et qu’il est fâché de se voir caricaturé ?

Risible. Sauf que les Intégristes de tout poil ne l’entendent pas de cette oreille-là. Pour eux le Blasphème est constitué dès lors que l’acte (oral, ou bien écrit, mais pas seulement : reportez-vous à l’histoire de Chevalier de la Barre contée hier) est perpétré. Même dans le cas du Perroquet, même dans le cas de la machine à reproduire les paroles, le seul fait que ce soit proféré suffit : il y a derrière ça une conception magique du verbe, qui agit du simple fait qu’il soit énoncé.

Saturday, January 17, 2015

Citation du 18 janvier 2015

Celui qui blasphémera le nom de l'Éternel sera puni de mort : toute l'assemblée le lapidera. Qu'il soit étranger ou indigène, il mourra, pour avoir blasphémé le nom de Dieu.
La Bible – Lévitique 24:16



Le Blasphémateur lapidé, Gérard Hoet et Abraham de Blois,
Figures de la Bible, P. de Hondt éditeur, La Haye, 1728.

Blasphème… Religion… Laïcité…
On fait grief aux islamistes de massacrer les gens qui ont proféré quelque blasphème : quels sauvages ! Nulle part le Coran n’évoque pareille sanction ! Le Prophète a dit qu’il fallait tolérer ces attaques comme lui-même les avait tolérées. Et si les théologiens de l’Islam étaient plus rigoureux avec leurs textes, de telles choses n’arriveraient pas.

Moi qui ne suis pas théologien, je me réjouis de pareilles affirmations mais en même temps je me dis que les textes n’y peuvent rien : comme le dit très crument le Lévitique, la mise à mort des blasphémateurs est une règle imprescriptible, elle est inscrite au cœur même des religions : pas de religion sans châtiment des blasphémateurs. Et peu importe que celui-ci ne soit pas membre de la religion : même lui, l’Infidèle, est tenu de respecter Dieu, car sa parole souille le sacré et le divin.
Blasphémer, c’est profaner.
C’est difficile à croire, mais je le crois vrai : blasphémer ce n’est pas seulement blesser la foi des fidèles (comme semble le croire le pape François), c’est profaner Dieu, c’est l’altérer. Sa Puissance ne peut rien en face d’un tel assaut, et le châtiment de ce crime ne peut-être que la mort. Qu’on se reporte au cas du Chevalier de la Barre supplicié pour avoir déposé des immondices sur une statue du Christ (fait qu’il nia mais on trouva chez lui un exemplaire de Dictionnaire philosophique de Voltaire – ça suffisait amplement). Le supplice qu’il subit avant d’être décapité a soulevé d’horreur le public, soutenu énergiquement par Voltaire.
Alors, qu’en est-il ? Les religions doivent-elles châtier les blasphémateur ou bien les tolérer, quelle que soit la souffrance endurée ?

J’abrège ma conclusion : et si l’intolérance était un indice de la vigueur des religions ? Serait-ce un blasphème de plus que de dire ça ?

La suite à demain, si vous le voulez bien.

Friday, January 16, 2015

Citation du 17 janvier 2015

Imagine qu'il n'y a aucun pays, / Ce n'est pas dur à faire, / Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir, / Aucune religion non plus, / Imagine tous les gens, / Vivant leurs vies en paix...
(Imagine there's no countries / It isn't hard to do / Nothing to kill or die for / And no religion too / Imagine all the people / Living life in peace...)
John Lennon – Imagine (1971)
Chanson à lire ici – A écouter ici
Blasphème… Religion… Laïcité…
Ces mots, parmi d’autres, saturent notre espace d’information et de réflexion. Que dire qui n’ait été dit et répété ? Ceux qui croient en Dieu estiment qu’Il devrait être respecté en tout lieu, et d’abord dans l’espace public. Ceux qui défendent la laïcité sont souvent mal compris et d’ailleurs ils ne se comprennent pas toujours entre eux : laïcité = tolérance de toutes les religions avec leurs manifestations spécifiques, ou bien = effacement des religions de la vie publique ?
Laissons cela de côté et allons au plus urgent : une religion vaut-elle qu’on perde sa vie pour elle ? Mais pour répondre, il faut d'abord savoir comment évaluer la religion ?
J’imagine que vous sursautez : comment évaluer la religion ? S’agit-il d’un blasphème de plus ? Ou bien d’une scandaleuse prétention à se placer en surplomb du divin, point de vue indispensable pour prétendre l’évaluer ?
« Etre en surplomb des religions ». Ridicule fatuité de mécréant ? Peut-être, mais une solution consiste à faire de la religion un simple cas parmi d’autres façons de régler les rapports sociaux. C’est ce que fait la chanson de John Lennon.
Enumérons avec lui les causes de conflits entre les hommes :
            - les frontières qui séparent et opposent les peuples et qui leur donnent des envies de conquête ; l’herbe est toujours plus verte de l’autre côté.
            - la transcendance des valeurs qui en dominant les hommes, en donnant le sens de leur vie les conduisent paradoxalement à la sacrifier – la leur bien entendu, mais aussi la vie de ceux qui refusent de s’incliner devant leur Souverain Bien.
            - la religion – pas celle qui rassemble les hommes parce qu’elle est au singulier, mais plutôt les religions qui, devenues plurielles, leur donnent l’occasion d’étriper les Infidèles.

Nous nous étripons les uns les autres au nom de la Patrie, de la Morale, de la Religion – admettons que ces trois réponses n’en fassent qu’une et que ce soit la transcendance qui les regroupe ; crions « A bas la transcendance ! Refusons de succomber à cette chimère ! Vivons dans l’immanence ! »
Immanence ? Est-ce que c’est autre chose que la jouissance des biens matériels, des plaisirs futiles de la vie, etc. ? Du coup, ne risquons-nous pas de tomber dans un autre travers qui serait de vivre comme des pourceaux parce que rien ne nous ferait sortir notre groin de notre bauge ? (1)
Certes, mais on peut aussi croire qu’il y a d’autres sources de valeurs qui correspondraient à une transcendance « horizontale » (Luc ferry) qu’on aurait à chercher dans l’histoire de l’humanité ou dans un idéal de loyauté envers autrui. Mais même si cette croyance n’avait aucun poids en face des perversions de la consommation et l’avidité du profit, au moins ça ne conduirait pas à massacrer les voisins à coup de kalachnikov… Après tout, le commerce international pourrait bien garantir la paix mieux que n’importe quel traité. C’est en tout cas ce que pensait Kant.
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(1) C’est ce qu’affirmait le Discours du Latran du Président Sarkozy, en violation de la laïcité qu’il était censé représenter ; mais ça c’était du temps où il était chanoine de Latran (voir ici)