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Tuesday, November 07, 2017

Citation du 8 novembre 2017

Vous avez raison. Il faut s’aimer, et puis il faut se le dire, et puis il faut se l’écrire, et puis il faut se baiser sur la bouche, sur les yeux et ailleurs.
Victor Hugo, à Juliette Drouet, le 7 mars 1833



 Juliette Drouet by Alphonse-Léon Noël, 1832

Oui, cette lettre de Victor Hugo adressée à Juliette Drouet a tout ce qu’il faut pour se réchauffer le cœur en ces temps de frimas. D’ailleurs il n’est que de lire cet extrait (cf. infra) pour comprendre que Victor s’échauffait lui-même tout en écrivant ce billet qu’il concluait par cette exclamation : « Baisez-moi, belle Juju ! ».
Mais permettez qu’on retienne de la lettre de Victor Hugo autre chose, qui est cette progression qu’il introduit dans le comportement amoureux. Car enfin, quand on est amoureux que se passe-t-il ? On dira : Ça dépend selon qu’on est avec ou sans l’objet aimé.
Pas du tout ! Vous n’y êtes pas du tout. Il fau, qu’on soit proche ou lointain, respecter une phase liminaire qui est celle du langage : Il faut s’aimer, et puis il faut se le dire, et puis il faut se l’écrire.
- S’aimer passe d’abord par les mots et puis par les phrases. D’ailleurs, rien ne dit que le passage du langage verbal au langage écrit dépende de l’éloignement. On peut parfaitement écrire à sa voisine qu’on l’aime, parce qu’alors on dira les choses autrement. Relisez encore une fois le billet de Victor Hugo en annexe : croyez-vous qu’il aurait pris la peine de développer sa comparaison entre la Bien-aimée et le soleil ? Vous même, ça ne vous arrive pas d’envoyer à votre Dulcinée un petit SMS « bisou-dans-le-cou » ?
- Mais ensuite, l’amour passe par des rencontres du corps avec le corps. Et c’est par les baisers que ça se produit. En admettant qu’il y ait une progression, l’amour après s’être dit, peut se vivre par le baiser, d’abord sur le visage (la bouche, les yeux), puis sur le reste du corps. La bouche et les yeux ayant des fonctions symboliques, je renvoie à l’abondante littérature du baiser qu’on trouvera ici même pour l’exégèse du lieu du baiser. Et nulle exégèse supplémentaire n’est nécessaire pour imaginer les autres endroits où déposer un baiser qu’on on est avec la femme qu’on désire.
Mais reste quand même l’essentiel : c’est que l’amour est échange, un baiser donné pour mille de rendu « Baisez-moi, belle Juju ! » 
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« Je vous aime, mon pauvre ange, vous le savez bien, et pourtant vous voulez que je vous l’écrive. Vous avez raison.
Il faut s’aimer, et puis il faut se le dire, et puis il faut se l’écrire, et puis il faut se baiser sur la bouche, sur les yeux, et ailleurs. Vous êtes ma Juliette bien-aimée.
Quand je suis triste, je pense à vous, comme l’hiver on pense au soleil, et quand je suis gai, je pense à vous, comme en plein soleil on pense à l’ombre. Vous voyez bien, Juliette, que je vous aime de toute mon âme.
Vous avez l’air jeune comme une enfant, et l’air sage comme une mère, aussi je vous enveloppe de tous ces amours à la fois.
Baisez-moi, belle Juju ! » - Victor Hugo , à Juliette Drouet, le 7 mars 1833

Wednesday, April 26, 2017

Citation du 27 avril 2017

- Pour le baiser nos narines et nos yeux sont aussi mal placés que nos lèvres mal faites.
Marcel Proust - Le Côté de Guermantes (cité le 9/11/2006)
- Emotion, grand frisson, sur la bouche. / Attention, sur la bouche, embrassez-vous / Encore, encore, encore, encore. / Stop ! / Big Bisou Big Bisou !
Carlos – Big Bisous


Emmanuel et Brigitte Macron le 23 avril, au soir du premier tour de l’élection présidentielle

De tous les baisers, celui donné sur la bouche est de loin le plus expressif, même quand, comme ici, la bouche reste fermée. Toutefois il faut avouer que c’est quand même bien embarrassant que d’avoir un nez en cette occasion. Alors que Rodin avait, comme n’importe quel couple trouvé la parade en faisant incliner la tête de ses embrasseurs (cf. le Post cité), ici on voit les Macron affronter gaillardement le conflit des nez, au grand détriment de celui de Monsieur tout à fait écrasé dans cette affaire.
Et alors ? direz-vous. Quelle importance ? Qu’ils fassent comment ils veulent et passons à autre chose. Ici, on n’est pas chez Gala quand même ! Certes – toutefois je voudrais observer que cette embrassade si peu photogénique semble avoir été improvisée et pour le dire, un peu rapidement expédiée.

Car, relisons les paroles de la chanson de Carlos : le Big bisou doit durer tant qu’on peut, tant qu’on veut et ne pas apparaître comme ici comme un baiser furtif, entre deux portes – ou au coin de la rue. Un baiser sur la bouche, c’est du sérieux, ça se prépare et ça se fait proprement. Voyez le célèbre baiser de François Hollande et de Valérie à la Bastille le soir de l’élection du Président :


Voilà le travail : on y croit quand même un peu plus.

Quoique : ne serait-ce pas un baiser superficiel, donné sur le coin des lèvres, juste pour la galerie ? Même s’il est plus esthétique que celui des Macron peut-être est-il moins sincère ?

Sunday, April 02, 2017

Citation du 3 avril 2017

Marie, baisez-moi ; non, ne me baisez pas, / Mais tirez-moi le cœur de votre douce haleine; / Non, ne le tirez pas, mais hors de chaque veine / Sucez-moi toute l'âme éparse entre vos bras; (…) /
Non, ne la sucez pas ; car après le trépas / Que serais-je sinon une semblance vaine, / Sans corps, dessus la rive, où l'amour ne démène / (Pardonne-moi, Pluton) qu'en feintes ses ébats ?
Ronsard – Second livre des Amours Marie, baisez-moi

La vie quotidienne de Pierre Ronsard 4
Rappel : nous nous étions quittés hier sur la question : comment selon Ronsard le baiser peut-il se substituer aux autres éteintes plus … sexuelles ?
Conformément aux explications maintes fois données ici, il y a toutes sortes de baisers : avec les lèvres, c’est le baiser qui effleure la peau ; avec la langue, il peut lécher avec gourmandise ; avec les dents il peut mordre et dévorer. Avec la bouche il peut insuffler la vie, comme la baiser mystique, mais il peut aussi l’aspirer. C’est de ce dernier genre que nous parle Ronsard : le baiser qui, à l’inverse du baiser mystique n’insuffle pas, mais suce qui aspire l’âme.

Car baiser, c’est baiser non seulement la chair, mais aussi l’âme. Sucez-moi toute l'âme éparse entre vos bras dit Ronsard, ce qui signifie que l’âme est partout dans le corps, et pas seulement dans les parties habituellement sensibles – comprenons que l’érotisation est si générale que la moindre parcelle de peau serait déjà sensible aux baisers de l’amante.
Mais alors, le baiser ne donnerait-il pas un orgasme généralisé, l’orgasme du corps entier ? Si cela était, alors son comprendrait qu’il puisse remplacer avantageusement l’étreinte sexuelle.
Mais Pierre Ronsard ne veut pas aller jusque là : Marie, tout à coup se transformerait en vampire : son baiser pourrait sucer, aspirer, il serait si fort qu’on pourrait craindre d’en être vidé de soi plus encore que par un écoulement séminal. Oui, le baiser peut sucer l’âme et Ronsard redoute la femme castratrice, celle qui prive l’homme de sa force et qui fait de Hercule une sorte de mouton.

Faites-vous embrasser, mais ne vous faites pas sucer… l’âme (qu’alliez-vous imaginer ?)

Saturday, April 01, 2017

Citation du 2 avril 2017

Quant à moi, seulement je leur baise la main, / Les yeux, le front, le col, les lèvres et le sein, / Et rien que ces biens-là d'elles je ne demande.
Ronsard –  Second livre des Amours. Je ne suis seulement amoureux
La vie quotidienne de Pierre Ronsard 3
Comment vivait-on au 16ème siècle ? Peut-être vivait-on dans les chaumières de pain sec et d’une cruche d’eau ? Ou dans les châteaux de petits oiseaux rôtis et de tartines de miel ?
Mais très vite on devine que quant à nous nous pourrions espérer vivre comme et comme Ronsard – eux, en tout cas nous donnent les détails pour nous y repérer.
- Voici le soir, c’est maintenant le temps des confidences – Ronsard nous l’avoue : il est amoureux de Marie, mais aussi d’Anne, et encore de Délie… Comment prétendre honorer toutes ces jeunes femmes à la fois ? En satisfaire une seule chaque jour serait déjà une tâche à plein temps !
Le poète nous donne la solution : aimer oui, mais en se satisfaisant de baisers. Au lieu d’étreintes épuisantes, multiplier les endroits du corps à honorer, mais n’en jouir que de baisers.
Jouir de baisers… Est-ce suffisant ? Oui, mais à la condition de les multiplier : la main, les yeux, le front, le cou, les lèvres, les seins… Et pas seulement une fois, mais au moins trois fois chaque jour - et avec trois femmes différentes …
Ah ! Ça, c’est fort ! Voilà donc ce que la Renaissance aurait à nous apprendre : ne pas chercher la performance, ne pas chercher la jouissance qui laisse le corps épuisé et l’esprit ramolli. En revanche, savoir jouir de stimulations avec une variété de compagnes qui serait dignes d’un sultan visitant son harem.
On sent pourtant une curiosité : comment ce jouisseur de Ronsard peut-il se contenter de cela ? Qu’est-ce qu’il appelle « baiser » ? Les poètes de la Renaissance ont-ils un secret pour embrasser leurs amoureuses ?

Vous les aurez demain en lisant la suite des aventures amoureuses de Pierre Ronsard.