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Monday, January 25, 2016

Citation du 26 janvier 2016

Qu'est-ce que le cambriolage d'une banque, comparé à la fondation d'une banque ?
Bertolt Brecht – L'Opéra de quat' sous (1928) – Voir texte en annexe


Jérôme Kerviel

Oui : qu'est-ce que le cambriolage d'une banque, comparé à la fondation d'une banque ? A ce titre, l’histoire de Jérôme Kerviel (le trader qui a fait perdre 5 milliards d’euros à la Société Générale) sert simplement à donner une idée de la dimension des bénéfices de cette banque – dans la mesure où elle n’a pas perdu le chemin des profits malgré cette saignée.
D’ailleurs la Société Générale qui réclame devant le tribunal que Kerviel restitue les 5 milliards perdus du fait de ses spéculations hasardeuses en tant que trader, montre sans le vouloir, que l’argent n’a pas la même signification, selon qu’on est banquier ou simple particulier. Pour la première, cet argent peut, grâce aux miracles de la spéculation apparaître ou disparaître comme ça, presque sans effort. Pour le second, l’idée de gagner une telle somme dans la durée d’une seule vie paraît grotesque ; d’ailleurs, si la Société Générale avait vraiment voulu récupérer son argent, elle n’avait qu’à rendre à Jérôme Kerviel son poste de trader. En un an – maximum – il aurait fait regagner à la S-G tout ce qu’elle avait perdu ; et peut-être même avec un bonus.
Enfin, concluons : tout se passe comme si ceux qui travaillent dans l’environnement de l’argent avaient le pouvoir d’en produire : que fait le charpentier ? Des charpentes. Que fait le banquier ? De l’argent. C’est par une illusion que l’on croit que frapper de la monnaie relève exclusivement du pouvoir régalien des Etats. Le banquier fabrique de l’argent, sans même qu’on y pense…
Comment cela ? En produisant de la dette.
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Annexe : « MAC : Mesdames et messieurs, vous voyez devant vous l'un des derniers représentants d'une classe appelée à disparaître. Nous autres, petits artisans aux méthodes désuètes, qui travaillons avec d'anodines pinces-monseigneur les tiroirs-caisses des petits boutiquiers, nous sommes étouffés par les grandes entreprises appuyées par les banques. Qu'est-ce qu'un passe-partout, comparé à une action de société anonyme ? Qu'est-ce que le cambriolage d'une banque, comparé à la fondation d'une banque ? »  Bertolt Brecht

Friday, May 17, 2013

Citation du 18 mai 2013



Un homme d'esprit de ma connaissance voudrait qu'on étudiât et qu'on enseignât l'histoire à rebours, c'est-à-dire en commençant par notre temps et remontant de là aux siècles passés; cette idée me paraît très juste et très philosophique.
d’Alembert –  Mélanges littéraires
Cette remarque de d’Alembert est non seulement pertinente mais aussi prémonitoire, puisque c’est Michel Foucault qui proposera cette démarche en la baptisant : généalogie.
Et en effet, si l’on veut faire de l’histoire pour mieux comprendre non pas le passé mais le présent, et si elle est censée non seulement nous signaler les erreurs à ne pas commettre, mais encore nous permettre d’en éviter le retour, alors la seule façon de l’apprendre est de remonter des effets présents vers leurs causes passées.
On objectera peut-être qu’à ce compte on risque bien d’avoir des programmes d’étude historique fort réduits. Par exemple, faire l’étude « généalogique » de notre crise économique en remontant au libéralisme anglo-saxon Reagan-Thatcher ; et en amont, vers le rôle de la spéculation financière dans le développement économique et sa récession – on arrivera sans peine en 1929. On peut si l’on veut être plus érudit étudier la naissance des banques à la fin du moyen-âge ainsi que leur développement… et leur ruine : exemple,  le système de Law à l’époque de Louis XV, etc…
Qu’est-ce qu’on aurait à perdre à étudier l’histoire comme ça ? On ignorerait peut-être les grands hommes et la magnificence dont ils se sont entourés qu’ont chanté les historiographes à leur solde ? Que nous importe ?
Par contre on perdrait forcément quelque chose : l’étude du fonctionnement d’une société du temps passé, par exemple la société française du 18ème siècle – ce qui permet de découvrir avec quelle naïveté elle s’est fourvoyée lors des premiers balbutiements de la finance. Ainsi : l’expérience de Law est révélatrice d’un monde qui n’a pas encore d’autres repères que les privilèges qui sont transmissibles par hérédité et pour qui l’enrichissement instantané par manipulation financière est une totale découverte. Comprendre du coup que, lorsque  Figaro fustige les nobles « qui se sont donné que le mal de naitre et voilà tout », il revendique cette mobilité sociale que le rêve américain rendra possible – et qui aboutira à la déconfiture de Fanny Mae.
Apprendre l’histoire, c’est aussi découvrir des mondes dans les quels nos cauchemars n’existaient pas encore.

Friday, June 29, 2012

Citation du 29 juin 2012


Faute d'argent, c'est douleur non pareille.
François Rabelais – Pantagruel (1532), 16
Rabelais présente ici Panurge, éternel étudiant, éternel fauché, éternel inventeur de procédés pour s’en procurer (voir le texte sur ce site).
De nos jours les étudiants souffrent  toujours de la maladie des désargentés. Pourtant, ils ne font pas usage des même remèdes que du temps de Rabelais (dont le moindre était le larcin).
Et, que font nos étudiants pour trouver les moyens de financer leurs études ?
1 – Obtenir une bourse d’étude : à condition d’avoir des parents bénéficiaires de RSA, ça peut marcher…
2 – Décrocher des petits jobs, tel que vendeur chez Mc Do – ce qui bien sûr risque de pénaliser leurs chances de réussite en accaparant leur temps et leur forces (1).
--> D’où l’autre solution :
3 – Emprunter à son banquier et rembourser au terme des études : «Vous avez jusqu’à 9 ans pour rembourser votre prêt, avec une possibilité de différé. » nous dit la Société générale !
Toutefois, pas d’illusion : « on vous prêtera davantage si vous êtes inscrit dans une grande école plutôt qu'en fac de sciences humaines. De même obtiendrez-vous une somme plus importante en master qu’en 1ère année de licence... » précise la revue l’Etudiant.
Bref : n’ayant pas moi-même à trouver un tel financement, je laisserai mes lecteurs mener l’enquête si le cœur leur en dit.
Toutefois, je me demande si depuis Rabelais les rôles ne se sont pas inversés : les voleurs aujourd’hui, ce ne sont plus les étudiants… mais leurs banquiers – Du moins si l’on s’en tient à ce qui se passe aux USA, où après avoir vendu et sur-vendu du prêt étudiant, maintenant que, leur diplôme en poche, ces pauvres jeunes gens arrivent sur la marché du travail, on ne leur propose aucun emploi, et il ne reste plus qu’à les jeter sur le pavé et à faire rendre gorge à leur caution…
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(1) à propos vous connaissez la blague qu’on raconte en Grèce (et peut-être ailleurs) : « A l’étranger, les étudiants travaillent chez Mc Donald pour poursuivre leurs études ; en Grèce, ils poursuivent leurs études pour pouvoir travailler chez Mc Donald. »

Thursday, December 29, 2011

Citation du 29 décembre 2011

Moi, quand je vois certains [fonds de pensions] qui demandent une rentabilité à 20, 25 pourcents et avec une fellation quasi nulle, et cela en période de crise, ça veut dire qu’on casse des entreprises.

Rachida Dati – Interview télévisée par Anne-Sophie Lapix dans Dimanche Plus (26 septembre 2010)


Non, La Citation du jour ne fait pas dans le Bêtisier, elle ne se donne pas non plus pour tâche de vous faire pouffer à bon compte avec les lapsus de nos ministres.

Car, ce qui nous intéresse voyez-vous, ce n’est pas la fellation-inflation de Rachida Dati ; c’est le fait que le public se soit intéressé à cette déclaration seulement parce qu’il y avait un « gros mot » là où on n’aurait pas dû le trouver.

Alors, on peut dire que le bon public est resté enfantin et qu’il s’excite avec les mots qui bravent l’interdit : comme les petits enfants de la maternelle avec leur pipi-caca.

Pourquoi pas ? Mais il y a bien plus choquant : on n’entend rien de la déclaration de Rachida Dati, et on ne retient surtout pas la dénonciation des méfaits de la finance, de l’économie virtuelle qui ruine l’économie réelle et les pauvres gens qui en vivaient jusqu’à présent. Comme si cela ne concernait personne. Comme si le « gros mot » de Rachida était bien plus important que les usines qu’on ferme et les cadence de travail qu’on impose…

Il y a mieux : on dénonce encore en septembre 2010 les fonds de pensions et les méchants traders qui vont avec.

Mais rien des banquiers, qui sont pourtant aujourd’hui au cœur des dénonciations.

Non, tout ce qu’on a à reprocher à nos banquiers, c’est de vouloir nous piquer nos économies pour faire du profit avec. Au fond on en était encore à se méfier des banquiers cyniques de la pub BNP (1974-1980).

Notre innocence a coulé à pic avec la crise de la dette souveraine. On sait maintenant que les banques font du profit avec l’endettement, et que si notre argent les intéresse, c’est surtout celui qu’on n’a pas et qu’on va leur emprunter. (1)

Le gentil banquier d’aujourd’hui ne nous dit plus : « Votre argent m’intéresse ». Il nous dit : « Vos projets m’intéressent »… sous-entendu : « parce que vous allez devoir vous endetter pour le réaliser ».

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(1) Une série de vidéo sidérantes qui commencent ici pour faire le tour de la question. Même si l’origine de ces vidéos reste opaque, leur contenu est vérifiable.

Thursday, October 13, 2011

Citation du 14 octobre 2011

Comment hésiterions-nous à confier notre argent à des banques qui mettent des petites chaînes à leurs stylos à bille.

Louise de Vilmorin

Ce qui est bien avec les citations, c’est qu’elles nous donnent parfois un instantané d’une époque qui n’est plus : comme celle où dans les banques on mettait des petites chaînes aux stylos à bille.

Car notre époque est celle de la dématérialisation. Quand on entend ce mot, on pense d’abord à la musique enregistrée, et puis aux photos, et puis aux relations avec les amis…

Relation humaine : nous y voilà. La banque est désormais un service en ligne, et le comptoir avec son stylobille et sa chainette ne sont plus qu’un souvenir. De même que l’employé qui était derrière, et le bruit crissant des billets de banques qu’il nous comptait de ses doigts agiles… Tout cela a vécu, parce que tout cela est trop cher.

Mais voilà : était-ce trop cher payé ? Si Louise de Villemorin avait confiance dans la banque qui protégeait ses stylo à billes, n’était-ce pas que justement elle avait besoin de signes concrètement humains pour cela ? D’ailleurs, toutes ces publicité pour les banques (ici Fortuneo, mais idem avec LCL)

qui sont filmées en caméra subjective du point de vue de l’employé de banque justement. Faudrait-il croire que cette caméra n’est en réalité qu’une caméra de surveillance ?

Oui, n’est-ce pas : Fortuneo, la banque en ligne n’a justement pas de personnel à mettre en face de ses clients.

Wednesday, October 12, 2011

Citation du 13 octobre 2011

Si vous devez cent dollars à la banque, c'est votre problème. Si vous devez cent millions de dollars à la banque, c'est le problème de la banque.

Jean-Paul Getty

Getty est bien renseigné, mais il a simplement oublié l’étape suivante : Si vous devez 100 milliards de dollars à la banque, c’est n’est plus le problème de la banque mais c’est celui de l’Etat – autrement dit de nous tous.

Pour ceux qui seraient dubitatifs, je rappelle que nous autres citoyens belges et français, nous découvrons d’un seul coup que nous sommes actionnaires de la banque Dexia. Oui, en effet : les actionnaires sont ceux qui doivent renflouer les compte de l’entreprise, fut-elle une banque internationale, fussions-nous totalement étranger à sa gestion : il va falloir banquer !

Nous autres français nous avons une bonne expérience de la chose avec le Crédit Lyonnais (que les anglo-saxons avaient rebaptisé the Crazy lyonnais), tellement discrédité qu’il a dû ensuite changer de nom : Le Crédit Lyonnais est devenu LCL : c’est un peu hypocrite, mais enfin… ça se comprend.

Bref, il est urgent pour nous autres citoyens de réfléchir à la stratégie qu’il convient d’adopter en face de cette situation.

- Faut-il comme le demandent certains partis de gauche nationaliser les banques ? Peut-être, puisque de toutes façon on va payer leurs erreurs, comme ça on pourra peut-être profiter de leur prospérité (?).

- Mais surtout j’entends les projets du gouvernement : limiter la taille des banques pour que leur faillite ne devienne pas une affaire d’Etat. Donc qu’en raison de leur dimension on ne puisse jamais leur devoir plus de cent millions de dollars.

--> Le pragmatisme, c’est ça.

Tuesday, October 11, 2011

Citation du 12 octobre 2011



Quant à la Banque, elle jette au débiteur, du haut de ses comptoirs, cette parole pleine de raison: - Pourquoi n'êtes-vous pas en mesure? à laquelle malheureusement on ne peut rien répondre.

Honoré de Balzac - Illusions perdues

- BANQUEROUTE, subst. fém.

A. Impossibilité déclarée de faire face à ses engagements et de payer ce qu'on doit.

Empr. à l'ital. bancarotta littéralement « banc rompu » parce qu'au Moy. Âge on cassait le comptoir du banquier en faillite (TLF)

Toujours dans la perspective de la suppléance de nos instituteurs absents (voir Post du 8 octobre), voici un joli coloriage destiné aux élèves dépourvus d’enseignants.

Cette citation de Balzac pour nous rappeler que la vision habituelle de la banque et du banquier, est celle de l’ « homme aux écus » (Marx), celui qui toise ses semblables du haut de sa montagne d’or et qui les écrase de son arrogance.

C’est cette représentation que vient perturber la crise financière qui secoue les banques aujourd’hui : qu’après Lehman Brother ce soit au tour de Dexia de plonger dans le néant, que de nombreuses banques – et pas seulement grecques – soient menacées d’en faire autant, et ce sont nos repères habituels qui vacillent. Qu’il faille secourir les autres banques, celles qui surnagent encore, et c’est le soupçon de complot pour enrichir les riches sur le dos des pauvres qui renait. Les banques ne peuvent être que riches, les crises ne peuvent servir qu’à les enrichir encore. Picsou réduit à la mendicité, on n’en trouve aucune représentation, pas un dessin n’a jamais été fait pour le montrer (1).

Bref, il est temps de rectifier les idées.

1 – D’abord, l’étymologie du mot banqueroute, tel que le rapporte le TLF (voir ci-dessus), est là pour rappeler que ce mot a été inventé à propos des banques justement. Il devait être à l’origine suffisamment courant de les voir faire faillite pour qu’on désigne leur défaillance par un acte symbolique, tel que de briser leurs comptoirs (on pense à la cérémonie dégradant Dreyfus)

2 – Ensuite, en 1929 l’Empire state building a été réputé pour être l’endroit d’où se jetaient dans le vide les financier ruinés.

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(1) Si, tout de même, j’ai trouvé ça. Mais c’est sûrement un faux.