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Wednesday, September 28, 2016

Citation du 29 septembre 2016

C’est Dieu qui tue.
Eric-Emmanuel Schmitt – L’homme qui voyait à travers les visages. (Page 162)

« Et le lauréat du prix Friedrich Nietzsche de l’Athéisme (1) pour 2016 est … Eric-Emmanuel Schmitt pour son dernier roman, l’homme qui voyait à travers les visages ! »
- Monsieur Schmitt, comment expliquez-vous votre succès, alors que la concurrence était cette année particulièrement élevée, en raison de l’ouverture du concours aux dessinateurs de presse ?


Couverture de Charlie Hebdo un an après le carnage de janvier 2015
- Eh bien voyez-vous j’ai osé dire que les athées étaient des dangereux idéalistes qui faisaient fi de la réalité. Moi, j’ai rétabli la vérité dans mon livre et c’est pour cela que j’ai été récompensé.
- Vous pourriez nous en dire un peu plus ?
- Selon les incroyants Dieu n’existe pas et les religions sont des systèmes d’aliénation mis en place pour manipuler les hommes et déchainer leur violence dans l’intérêt des prêtres. Or la réalité est toute autre.
Dieu existe, et c’est lui qui déchaine la violence contre les hommes qu’il a créés sans doute pour avoir un peuple à tourmenter. Pour le vérifier il n’est que de penser à toutes les cruautés de Dieu que nous conte la Bible : Adam et Eve chassés du Paradis terrestre, Sodome et Gomorrhe vitrifiés par le feu céleste, tous ces pays dévastés, ces peuples écrasés par la violence voulue par Lui ; et puis Son Fils crucifié selon Sa volonté… Et n’oublions pas l’Apocalypse et ses 4 cavaliers qui partent ravager le monde.
Toutes les religions sans exceptions ne sont que l’expression de la volonté de Dieu de détruire. Mieux vaudrait qu’il n’existe pas !
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(1) Nietzsche est celui dont le cri « Dieu est mort » retentit encore aujourd’hui.

Monday, May 02, 2016

Citation du 3 mai 2016

La seule manière de parler de rien est d'en parler comme si c'était quelque chose, tout comme la seule manière de parler de Dieu est d'en parler comme s'Il était un homme.
Beckett – Watt
1 – La seule manière de parler de Dieu est d'en parler comme s'Il était un homme… Sacrilège ! Abomination !...
Et pourtant comment échapper à cette évidence ? Comment parler d’un être infini et absolu sans le rapporter d’une manière ou d’une autre à ce que nous savons de l’homme ? Alors on dira : oui, mais on en parle en affirmant que Dieu est bien au-delà des limites et des impuretés qui affectent l’homme : immortel au lieu de mortel, infini alors que l’homme est fini, pur alors que nous sommes impurs. Seuls les mystiques peuvent dans un élan silencieux avoir une intuition directe et pleine de Dieu – mais justement : eux, ils ne parlent pas.
2 – La seule manière de parler de rien est d'en parler comme si c'était quelque chose, tout comme la seule manière de parler de Dieu… Ah !... Le voilà le véritable sacrilège : car lorsqu’il se demande comment parler de rien, le seul exemple qui vienne à l’esprit de Beckett, c’est Dieu. Vous m’avez compris : Dieu = rien.
o-o-o
Je passerai sur cet aveu d’athéisme pour m’attacher à ce que contient cette citation. Si on ne peut parler de rien, sauf à l’identifier comme étant quelque chose, alors le problème est celui de l’imagination : n’a-t-elle pas le pouvoir d’inventer, de créer de toute pièce quelque chose qui n’a jamais existé, jamais vu, jamais entendu ? A l’époque classique (disons 17ème siècle) certains philosophes affirmaient que l’imagination ne pouvait être autre chose que le montage nouveau d’éléments prélevés sur la réalité et enregistrées réellement dans la mémoire. Toute invention est alors un peu comme celle des chimères, monstres imaginaires ayant une tête de lion, un corps de chèvre et une queue de serpent.


Là dessus, on ne peut rien répondre puisque pour toute objection il est facile de répliquer qu’on fera toujours des dessins avec des couleurs réelles, de la musique avec des sons déjà entendus et que rien de tout cela n’est inventé.

Méfions-nous quand même des philosophes qui ont toujours raison, et préférons-leur ceux qui, comme les scientifiques, nous donnent le moyen de les réfuter.

Sunday, October 25, 2015

Citation du 26 octobre 2015

La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi, et en ce sens l'athéisme est une purification.
Simone Weil – Cahier II
On se dit que cette phrase sur la religion (« obstacle à la véritable foi ») et l’athéisme (= « une purification »), c’est « du grand n’importe quoi », et que celle qui l’a écrite ou bien ne savait plus ce qu’elle faisait, ou bien s’ingéniait à prendre à rebours le bon sens pour se faire remarquer.
Pourtant, ne dit-on pas aussi que le vraie religion n’est atteinte qu’après bien des tâtonnements, que les saints ont du vaincre la tentation du démon, et chasser de leur âme les débauches de la jeunesse (cf. Les Confessions de saint Augustin, sans rien dire des tentations de saint Antoine) ? Oui, Simone Weil a simplement donné un tour absolu et donc paradoxal à une révélation contenue dans la vie exemplaire des plus grands saints. Elle a insisté sur la première partie de ce cheminement, l’athéisme, qui apparaît du coup comme un moyen et non comme une fin – comme une étape et non comme le but situé à l’arrivée. Plutôt que la consolation d’une religion dont il suffirait de respecter les obligations (quiétisme), choisissons l’inconfort de l’athée qui doit se mesurer aux défis de la vie morale sans Dieu.

L'athéisme est /donc/ une purification. Bon – Mais quand même : de quelle purification parlons nous ? Peut-être de celle de la créature perdue dans les ténèbres que ses yeux ne peuvent percer et qui reconnaît que son orgueil la mène à sa perte ? Ou celle de Woody Allen (cf. ici), gémissant devant l’inanité d’une vie sans au-delà ?
A moins que… cet athée soit le Surhomme nietzschéen qui découvre qu’il est possible, une fois surmontés son amour des vieux Dieux et des idoles, d’avoir foi en lui même et de devenir le vrai créateur de ses valeurs.
A n’en pas douter, notre époque est confrontée à ce choix. Non pas celui qui nous ferait hésiter entre « être religieux » ou « pas religieux » (1) ; mais nous sommes plutôt à la bifurcation entre devenir un surhomme ou adorer des idoles.
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(1) Cf. Malraux et sa prophétie « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas » : quand on voit le résultat, on se dit qu’il vaudrait mieux qu’il ne le soit pas.

Sunday, February 22, 2015

Citation du 23 février 2015

Celui qui veut les empêcher (les prêtres de dire la messe) est plus fanatique que celui qui dit la messe...
L'athéisme est aristocratique ; l'idée d'un grand Être, qui veille sur l'innocence opprimée, et qui punit le crime triomphant, est toute populaire... Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
Robespierre – 1er Frimaire an II (21 novembre 1793) (1)

En pleine Révolution, il suffit d’attribuer à une idée au camp adverse (ici : l’aristocratie) pour la disqualifier. On devine le sort qui attend l’athée qualifié d’aristocratique…
Plus tard avec d’autres révolutions, on dira que c’est le langage des ennemis du peuple, celui de la bourgeoisie, etc.
o-o-o
Toutefois, on peut quand même prendre au sérieux le propos.
L’athéisme est aristocratique dans la mesure où c’est l’attitude de l’homme qui n’a pas besoin de la promesse d’un autre monde pour compenser les injustices et les souffrances dont est affligé l’homme du peuple. L’athée est un individualiste et l’athéisme est déliaison, anomie comme le dira Durkheim. A son opposé, l’homme religieux recherche le réconfort de la promesse d’un avenir meilleur, conforté par sa foi qu’il partage avec une communauté de fidèles. C’est exactement la même idée que Marx développera en disant que la religion est l’opium du peuple. On a besoin non de Dieu, mais de l’idée de Dieu (voir ici). D’ailleurs, voyez aujourd’hui où les aristocrates ont été remplacés par les patrons du Cac 40 : rêvent-ils de Dieu ? Seulement d’un paradis… fiscal !
Il ne s’agit donc pas seulement comme on le croit naïvement en lisant l’histoire ce cette période, de faire de la tolérance un sommet de la démocratie, un marqueur de la civilisation. Il s’agit simplement de constater que l’intérêt de l’action politique est de respecter le besoin de vie religieuse, parce que le bon citoyen est un citoyen consolé.
Seul un Etat qui serait capable de prendre en charge les besoins du peuple pourrait dispenser la société de la religion.
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(1) Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. (Voltaire) Oui, c’est bien Voltaire qui a dit cela, et Robespierre reprend à son compte cette citation.  Le commentaire de cette citation de Voltaire étant déjà fait (voir ici) je préfère m’en tenir à celui de Robespierre.

Voir le récit donné par le site dicoperso de l’épisode en question.

Sunday, October 06, 2013

Citation du 7 octobre 2013



Dieu est mort, mais l'homme n'est pas, pour autant, devenu athée. Ce silence du transcendant, joint à la permanence du besoin religieux chez l'homme moderne, voilà la grande affaire aujourd'hui comme hier.
Jean-Paul Sartre – Situations
Athéisme – 3
On sait que les cieux vides sont la source de l’absurdité camusienne.
Mais Sartre l’a dit et répété : l’existentialisme n’est pas une philosophie de l’absurde – et pourtant, pour lui aussi, les cieux sont vides ; et le silence du transcendant est véritablement la grande affaire de l’homme moderne.
Comment expliquer cela, sinon en admettant que le désir de la transcendance dont parle Sartre ne doit pas être confondu avec la recherche de Dieu (Camus) : Dieu et la transcendance ne sont pas forcément la même chose. Du coup, il y aurait plusieurs variétés d’hommes « religieux » : les uns cherchant un Dieu personnel à prier ou à maudire ; les autres cherchant « quelque chose » au-delà de l’horizon.
« Dieu est mort », c’est le mot de Nietzsche, et pour ceux qui sont capable de l’entendre, c’est le signe que la voie est libre pour s’élancer vers le surhomme. Car, pour Nietzsche, l’homme est « ce qui doit être dépassé ».
-  Sartre, c’est Nietzsche, mais un cran en dessous : finie la transcendance verticale, fini cet homme obligé de se hisser sur ses propres épaules pour se dépasser lui-même. Place à la transcendance « horizontale », celle de la conquête de l’essence qui se construit au cours de l’existence. (1)
Plus besoin de s’arracher à la coquille de la nature humaine qui nous opprime pour devenir Zarathoustra. La liberté sartrienne n’est pas à conquérir, elle est là, d’emblée, et même quand on y renonce, c’est encore un acte libre.
De même qu’il y a plusieurs variétés d’hommes religieux, il y a plusieurs variétés d’athées.
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(1) « qui se construit au cours de l’existence » et non au sein d’un mouvement historique. La transcendance horizontale peut en effet être aussi celle de l’homme qui advient au cours de l’histoire, comme nature en évolution ou comme espèce-sociale (= chez Marx)