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Thursday, January 09, 2014

Citation du 10 janvier 2014



L’antisémitisme n’entre pas dans la catégorie de pensée que protège le Droit de libre opinion.
Jean-Paul Sartre - Réflexions sur la question juive
La liberté d’expression est aujourd’hui encore au centre d’un débat très engagé entre ceux qui soutiennent que le spectacle de l’Humoriste Dieudonné doit avoir lieu, et ceux qui, comme le ministre de l’Intérieur, souhaitent l’interdire.
J’avais il y a maintenant presque 8 ans abordé la question avec le commentaire de cette phrase de Sartre, l’une des plus connue de ce petit livre. Je me bornerai à conseiller de s’y reporter pour ce qui est de la notion d’opinion – et d’opinion raciste ou antisémite en particulier.
Par contre il est un point qui fait débat plus particulièrement aujourd’hui : c’est la notion de liberté – et en particulier de liberté d’expression, que certains souhaitent voir reconnue indépendamment du contenu exprimé.
C’est un peu comme si on disait que la liberté ne supporte pas les limites, que (comme le disait Bakounine) le méchant petit placard interdit à la femme de Barbe-Bleue était le lieu où gisait toute sa liberté, justement parce qu’il lui était interdit. Qu’importait le vaste château avec sa salle de bal et son parc immense ? C’est dans ce réduit minuscule qu’elle devait entrer pour être libre.
Entendre un homme dire publiquement que les chambres à gaz ont été fermées trop tôt parce qu’il y a encore du monde (qui s’appelle Cohen) qui devrait y passer : voilà – c’est dans cette petite phrase que se trouve toute la liberté de certains citoyens français.
Et les dits-citoyens de manifester au cri de Liberté d’expression !
Et les citoyens (toujours les mêmes) de crier contre le « système » qui en interdit la formulation publique.
Voilà des gens qui sont « anti-système » et qui tentent de sauver leur pauvre quenelle comme manifestation de leur volonté de libération.
Sans penser que ceux qui autoriseraient cette liberté de vouer les juifs aux chambres gaz seraient au service d’un autre système – qu’on ne préfère pas voir revenir.
o-o-o
Maintenant quant à  ceux qui, d’accord sur le principe de poursuivre de tels propos, s’opposent pourtant à l’interdiction a priori de ces spectacles, je pense qu’on a là affaire à une nouvelle opposition entre l’éthique de la responsabilité et de l’éthique de la conviction (voir ici).
-->Autant dire que le débat n’est pas près d’être clôt et qu’il nous faudra choisir notre camp bien avant – c’est-à-dire maintenant !

Monday, November 23, 2009

Citation du 24 novembre 2009

Des jeunes gens antisémites, ça existe donc, cela ? Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ? Quelle tristesse, quelle inquiétude, pour le vingtième siècle qui va s'ouvrir !

Emile Zola – Lettre à la jeunesse

Quelle tristesse, quelle inquiétude, pour le vingtième siècle qui va s'ouvrir ! Hélas…

Mettez vingt et unième siècle et ça marchera aussi bien…

S’agit-il encore d’une de nos leçons de pessimisme ? (1)

Parce que l’idée est bien que l’humanité ne progresse pas dans ses haines et son désir d’exclure. Nulle « humanité » dans l’humanité ; nulle pitié, nulle charité, rien que de la haine toujours et partout – toujours la même depuis le meurtre fratricide de Caïn…

Toujours pareil… en pire, parce que si la haine est la même, les moyens de l’assouvir eux ne cessent de progresser. On croyait avoir fait le plein avec les armes de destructions massives. Mais non : parce que, pour ce qui est de la destruction ciblée, on en cesse de progresser. Je ne pense pas aux frappes chirurgicales ; je pense aux moyens de détecter, de cataloguer, de retrouver ceux qu’on s’acharne à détruire. Hannah Arendt souligne que sans le Consistoire juif, les nazis n’auraient pas pu si facilement localiser les millions de juifs qu’ils ont envoyé à la mort. Mais voyez aujourd’hui, avec tous les fichiers informatisés, qui fichent les hommes par des quantités de paramètre – y compris des paramètres ethniques, on sait que ça a été sur le point de se faire chez nous (voir ici) – comme la chose serait facile…

On me parle de sans-papiers qui sont regroupés dans un centre de rétention, tous avec le bout des doigts brûlés afin de détruire leurs empreintes enregistrées dans les fichiers et qui permettent de les identifier. Attendez qu’on les identifie, comme on sait le faire aussi, par l’image de leur rétine.

Alors les jeunes, qu’est-ce que vous en dites ? Expliquez au vieux Zola que la prochaine génération aura mieux à faire qu’à occire des peuples entiers.

Faites l’amour, pas des massacres !


(1) Voir les leçons de pessimismes du 25, 26 et 27 octobre 2008

Monday, March 06, 2006

Citation du 7 mars 2006

« L’antisémitisme n’entre pas dans la catégorie de pensée que protège le Droit de libre opinion. »

Jean-Paul Sartre - Réflexions sur la question juive

C’est plutôt étonnant : beaucoup de gens - sincères et surtout pas antisémites - ne comprennent pas que l’opinion antisémite soit un délit (ce qu’elle n’était pas encore lorsque Sartre a écrit ces lignes). Après tout disent-ils, la liberté d’opinion couvre toutes les opinions, qu’elles soient religieuses, politiques, morales, artistiques, que sais-je encore ? Pourquoi, alors que je peux tenir des propos sur la religion de mon voisin qu’il va d’ailleurs peut-être juger offensants pour ses convictions, serais-je tenu pour pénalement condamnable si je dis du mal des juifs (ou d’autres races, ou des homosexuels…).

En fait il faut être naïf - comme moi - pour s’en étonner, car dans leur forme ces estimations sont toutes équivalents : elles énoncent un jugement de valeur, une préférence, une répugnance. Seulement, voilà, dit Sartre, ce n’est pas la même chose de dire, par exemple « Je n’aime pas la tarte aux pommes », ou «Je suis contre la politique vinicole du gouvernement (1947) », et dire « Dehors les Juifs » voire même « mort aux Juifs ».

L’opinion est un état d’esprit consistant à affirmer ce que l’on croit vrai tout en sachant qu’on peut se tromper. Dans un sens plus restreint elle désigne ces idées qui expriment ou impliquent notre personnalité (opinion personnelle). Ceux qui revendiquent un droit de libre opinion songent souvent à ce second sens : j’ai le droit d’être comme je suis (sans avoir à me justifier), j’ai donc le droit de penser ce que je veux (et qui est la conséquence de ma personnalité).

Seulement, voilà. Appeler au meurtre ou simplement à la haine, à l’exclusion, ce n’est pas une opinion ; c’est un acte. Je ne formule pas simplement ma vision philosophique du monde, je m’implique dans un effort pour exclure mes semblables de leur droits, je leur refuse ce que pourtant je réclame pour moi : la liberté d’exister et de jouir des droits fondamentaux de l’homme. Qu’ils soient Juifs, arabes, homosexuels ou ce qu’on voudra.

Exactement comme la diffamation, l’opinion antisémite ou raciste n’a d’opinion que le nom : c’est un crime perpétré par la pensée.