Showing posts with label angoisse. Show all posts
Showing posts with label angoisse. Show all posts

Saturday, January 14, 2017

Citation du 15 janvier 2017

L’angoisse semble-t-il, constitue l’humanité: ce n’est pas l’angoisse seule, mais l'angoisse dépassée, mais le dépassement de l’angoisse. La vie est en son essence un excès, elle est la prodigalité de la vie.
Georges Bataille – L'Erotisme (1957)
Quand l’angoisse nous prend, que doit-on faire ?
Prendre un tranquillisant ? Se contenter d’une petite fumette ?  Ou bien se dire que c’est le moment de tenter l’aventure prônée par Georges Bataille, qui consiste à dépasser l’angoisse.
Bon : ça, on veut bien, mais c’est quand même un peu difficile, parce que l’angoisse, ça ne se commande pas : quand ça vous prend, la gorge nouée, la poitrine bloquée, il ne sert à rien de dire « Stop ! Respirons un grand coup et pensons à autre chose ! » Ou plutôt on peut bien faire ça, mais ce n’est pas cela qui permettra de dépasser l’angoisse.
Relisons Bataille : ce qu’il recommande, c’est de vivre avec tout ce que cela comporte de risque, d’excès, de dépassement des limites, car vivre c’est ça : respirer un air peut être plein de germes mortels, monter dans un avion qui risque de se crasher, faire l’amour avec une belle femme qui a peut-être caché un pic à glace sous le lit. Oui, pour vivre il faut oublier tout ça, passer par dessus, prendre son élan et sauter.

The fallling man – Word Trade center 11-09-2001

Cette photo d’un homme qui s’est jeté dans le vide depuis le haut du Word Trade center qui était en flammes lors de l’attentat du 11 septembre a bouleversé tout le monde : cette attitude élégante et paisible d’un homme qui sait inévitablement que sa mort va survenir dans la seconde qui suit : « Il est dans les mains de Dieu » a-t-on dit. Mais peut-être aussi cette posture ne serait pas possible sans cette disposition à dépasser l’angoisse : car si l’angoisse est bien constitutive de l’humanité des hommes, c’est dans la mesure où elle apporte avec elle ce dépassement, ou plutôt ce désir de la laisser derrière soi, cette urgence à prendre son élan pour sauter.

Sunday, July 01, 2007

Citation du 2 juillet 2007

Dès qu'un humain vient à la vie, il est déjà assez vieux pour mourir.

Martin Heidegger - Etre et temps

Angoisse existentielle : l’expérience intime de la contingence de mon être. Je suis ; mais je pourrais aussi bien ne pas être. Depuis que la métaphysique existe, elle a pris appui là dessus : je ne me suis pas donné à moi-même l’existence dont je jouis. Il ne dépend donc pas de moi de la conserver indéfiniment.

Il peut être intéressant de montrer la place de cette angoisse dans la représentation de la vie.

Pour Heidegger, comme pour Kierkegaard, la vision de la mort est en même temps l’expérience de la finitude de l’existence, ce qui a des conséquences essentielles pour le vie elle-même. Ça débouche sur le « souci de soi » de Heidegger, ou sur la recherche du « sérieux » dans l’existence chez Kierkegaard. Dans tous les cas, l’angoisse est quelque chose de positif. Oui, quiconque oublierait cela (cf. le divertissement pascalien) perdrait une dimension essentielle de l’existence, il lui manquerait quelque chose à vivre, parce qu’il lui manquerait la représentation de sa mortalité.

Alors, sans insister sur les critiques de la morbidité d’une telle conception (d’Epicure à Sartre, pour qui on meurt toujours « par-dessus le marché »), c’est la positivité de l’angoisse qui peut nous retenir.

Aujourd’hui, l’angoisse, ça se soigne. Je n’insisterai pas sur les effets secondaires indésirables des médicaments prescrits à cet effet. J’insisterai sur le fait que nous considérons l’angoisse comme une pathologie, alors que nos ancêtres y voyaient une expérience salvatrice. Sans aller jusqu’à rappeler la contre-réforme (1), Sartre - encore lui - considéraient l’angoisse comme le vertige de la liberté.

Alors, si en vous levant ce matin vous avec « les boules », dites-vous que vous faites une expérience dont il ne vous reste plus qu’à rechercher le sens.

Excellent exercice.

(1) Au 17ème siècle, les prêtres multipliaient à l’envie les avertissements sur l’imminence de la mort. « Tu te nourris pour nourrir les vers qui te mangerons, disaient-ils ». Et ils ajoutaient : « Cadaver, signife : caro-data-vermibus ». Je vous laisse traduire.

Friday, October 06, 2006

Citation du 7 octobre 2006

Habile est le mari qui garde le silence, car le silence angoisse les femmes.
Madame Necker - Réflexions sur le divorce
- Allo, Mylène, comment tu vas ?
- Pas très bien…
- Qu’est-ce qui se passe Mylène ?
- C’est Gérard. Tu sais il rentre tard tous les soirs… Il me raconte qu’il a des dîners d’affaire, mais je trouve ça bizarre. Il a un drôle d’air, il ne me répond pas quand je lui demande comment ça s’est passé. En plus je trouve un drôle de parfum qui flotte autour de lui.
- Tu crois qu’il te trompe ?
- J’en ai bien peur.
- Tu sais, les hommes ils font ça des fois sans y penser, simplement parce qu’il savent pas se retenir. Mais une fois l’envie passée, ils n’y pensent même plus à leur greluche.
- Je sais, oui… Mais ce qui m’angoisse c’est ce que je ne sais pas. Pourquoi il me dit rien ? J’imagine un tas de choses, moi. Qu’il y a une pétasse qui lui a vraiment mis le grappin, ou bien que son patron est entrain de le virer, peut-être même que c’est déjà fait. Je l’imagine qui part le matin comme s’il allait travailler alors qu’il fait semblant et qu’il traîne toute la journée… Mais alors qu’est-ce qu’il fait le soir ?
- Dis-moi, Mylène ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ?
- Ça fait sept ans.
- Sept ans ? C’est bien ce que je pensais. Sept ans c’est l’époque où les couples commencent à se lasser et à regarder ailleurs si c’est pas mieux. Mais je crois que Gérard il peut pas trouver mieux ailleurs, parce qu’il est encore très amoureux de toi. Alors il a trouvé ça pour que tu t’intéresses d’avantage à lui.
- Comment ça ? Il a trouvé quoi ?
- Le silence ! Parce que, pour que tu t’interroges sur ce qu’il fait, sur son amour pour toi, il lui suffisait de te rendre jalouse. Mais ça, ça ne lui suffit pas. Il veut en plus que tu angoisses en imaginant des tas de choses abominables.
- Mais alors c’est un salaud Gérard !
- Pas forcément. Gérard, il veut que tu aies besoin de lui, que tu lui dises « Mon Gérard, je t’aime, j’ai besoin de toi. Quand tu n’es pas là je suis comme une gosse perdue ». Et pour ça il lui suffit de te flanquer les boules, comme ça, pour rien, et alors il arrive comme Zorro sur son cheval blanc et il te dit : « Oui, toi tu es ma gosse. Et quand je suis là tu n’as rien à craindre. »
Habile, le mari !