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Sunday, September 24, 2017

Citation du 25 septembre 2017

Trois éléments, ou si vous voulez, trois principes fondamentaux constituent les conditions essentielles de tout développement humain, tant collectif qu'individuel dans l'histoire :
            1° l'animalité humaine;
            2° la pensée;
            3° la révolte.
A la première correspond proprement l'économie sociale et privée; à la seconde, la science; à la troisième, la liberté.
Bakounine
Qu’est-ce qui distingue un anarchiste de tout autre penseur ? Pas le fait qu’il place la satisfaction de l’animalité humaine grâce à la science économique  parmi les conditions du développement humain. Pas non plus qu’il estime que le développement de la pensée scientifique soit une autre de ces conditions. Mais bien sûr qu’il ajoute aussitôt : la révolte – condition de la liberté. Car si le développement de l’humanité résulte de cette lutte, alors c’est qu’on ne peut se développer que contre les exploiteurs et contre l’Etat. C’est à travers ces luttes que la liberté devient possible : de l’enfant qui en grandissant accède à son indépendance, à la femme qui conquiert son autonomie par rapport aux hommes, et puis au travailleur qui arrache au patron un salaire qui lui permette de vivre dignement, en passant par le chercheur qui doit réduire au silence la censure religieuse. Rien de pacifique ne peut y conduire 


Cette lutte peut-elle malgré tout prendre fin ?  Bakounine le pense parce que dit-il, c’est l’Etat qui concentre le pouvoir entre ses mains : l’Etat est toujours totalitaire car la souveraineté ne se partage pas. On a aujourd’hui une conception du pouvoir un peu différente, un peu moins optimiste, parce qu’elle considère le pouvoir oppresseur comme une force obscure possédant de multiples foyers, disparaissant ici pour mieux ressurgir là. Du médecin qui impose un régime au gardien d’immeuble qui colporte des révélations sur votre vie intime, nul besoin d’uniformes ou de képis : l’oppression est partout. La révolte sera donc sans fin, et surtout sans lieux : inutile d’aller incendier le commissariat du coin, car de l’entraineur de l’équipe de foot au contremaitre du chantier, tous ceux qui ont la moindre autorité vous empêcheront d’exprimer votre liberté.

Tuesday, February 28, 2017

Citation du 1er mars 2017

L'uniformité c'est la mort, la diversité c'est la vie.
Mikhaïl Bakounine –  La Liberté
« La diversité c'est la vie ». Voilà une formule chère aux anarchistes, parce qu’elle est une conséquence de leurs principes. Les hommes libres n’obéissent qu’à eux-mêmes et ils se façonnent selon leur propre volonté dont on peut croire qu’elle ne sera jamais exactement la même que celle du voisin. En revanche, le moule imposé par l’Etat élimine toutes ces différences pour ne garder que les éléments communs. On dira : « Qu’importe si ces éléments sont les plus importants ? » Mais rien n’autorise à croire que le Gouvernement tyrannique s’intéresse au meilleur de l’humain ; il peut aussi gommer les différences les plus précieuses pour ne garder que le dérisoire.

Passons maintenant à la suite du jugement de Bakounine :
« L’uniformité c’est la mort ». Oui, n’est-ce pas, une fois mort, nous nous ressemblons tous, seuls nos ADN peuvent encore nous différencier, et nous savons que les variantes génétiques ne portent que sur des éléments mineurs du génome, comme par exemple d’avoir des cheveux blonds ou bruns. Du coup agir tous comme un seul homme, c’est cela être mort dans la vie même. Car être vivant, ce n’est pas être un pantin mû par son ADN ; c’est vouloir par soi-même et faire ce que veut notre volonté.
Reste que toutes ces libertés livrées à elles mêmes risquent de faire bien du désordre incompatible avec nos civilisations si bien organisées. Au point qu’on nous coordonne en douceur avec nos réseaux sociaux qui nous disent quoi penser tous-pareils et tous-en-même-temps.
Mais les anarchistes sont des vieux idéalistes ; ils délaissent réseaux et Smartphones et ils disent que la nature humaine, si on la laisse libre de toute contrainte produit des individus qui vont spontanément se reconnaître les uns les autres et se coordonner. On y perdra peut-être en efficacité dans le travail et en richesse, mais on y gagnera à ne plus ressembler à ça :

Corée du nord

Friday, February 19, 2016

Citation du 20 février 2016

Cette immodération, cette désobéissance, cette révolte de l'esprit humain contre toute limite imposée soit au nom du Bon Dieu, soit au nom de la science, constituent son honneur, le secret de sa puissance et de sa liberté.
Bakounine – L'empire knouto-germanique (Lire le texte ici)
Le refus des limites, qu’elles soient imposées par Dieu ou par l’homme est trop connu chez Bakounine pour qu’il soit nécessaire d’y revenir.
Toutefois, voilà qu’en relisant sa phrase on sursaute : même la limite imposée par la science doit être refusée au nom de la liberté et de l’honneur d’être un homme. Y a-t-il des limites que la science nous imposerait et que nous pourrions espérer franchir ? La limite de la vitesse de la lumière ? Celle de la connaissance de l’instant qui précède le big-bang ? Ou plus simplement de connaître simultanément la position et la vitesse d’une particule ? Ou encore de savoir si le chat de Schrödinger est vivant ou mort ?
Il y a un principe que Comte a posé et qu’à ma connaissance aucun scientifique n’a jamais mis en cause, c’est qu’il y a des questions auxquelles un savant doit savoir renoncer. La première de toute est la question « Pourquoi ? », dévolue à la religion ou à la métaphysique. Oui, si nous restons sur le terrain scientifique, nous ne pouvons pas demander pourquoi la vie est apparue sur terre ; on nous dira peut-être : « La vie est apparue sur terre parce qu’elle était possible ». Oui, mais ce savoir, s’il est scientifique, doit obéir à des lois ; ce savoir n’est donc pas un savoir du possible, mais du nécessaire. Plus simplement encore, la question que doit refuser la science est celle de la finalité : Pourquoi = à quoi ça sert ? "A quoi ça sert qu’il y ait des hommes plutôt que pas d’hommes du tout ?" n’est pas une question scientifique.
Alors il est vrai qu’il n’y a pas de limites imposées à la science par  un pouvoir quelconque, qu’il soit religieux, philosophique ou politique. C’est à la science de dire quelles sont ses limites, sachant qu’il s’agit de limites de la théorie et non de celles de la pratique. Je veux dire : dès lors que le savoir inclut un pouvoir, les limites de l’un et de l’autre ne se recouvrent pas forcément. Par exemple : la biologie nous enseigne ce que sont les gènes et comment notre génome est organisé. Du coup nous avons le pouvoir de le modifier. Nulle science ne nous dira si l’on a le droit de le faire. On est même persuadé que, dès lors qu’on sait le faire, alors on le fera tôt ou tard.

On fera quoi ? Des hommes à quatre bras ? A deux têtes ? Ou avec mille milliards de neurones en moins, parce que pour faire des ouvriers ça suffira bien – vous savez, pour organiser les castes, comme dans Le Meilleur des mondes

Monday, May 06, 2013

Citation du 7 mai 2013



Dans une société de troc, celui qui n'aura ni compétence ni produit de son cerveau ou de ses mains à échanger contre les fruits du labeur des autres ne pourra subsister. Les parasites, alors identifiés, disparaîtront d'eux-mêmes.
Maurice Denuzière – Et pourtant elle tourne... (Chroniques)
Comment survivent les parasites sociaux ? En faisant travailler les autres pour eux.
Comment font-ils pour obtenir qu’ils travaillent pour eux ? En les privant de leurs moyens de subsistance en-dehors de la rétribution de leur labeur dans les propriétés des riches.
Comment éviter cet abus exorbitant ? En établissant la répartition équitable des moyens de subsister et donc en court-circuitant les réseaux de la propriété privée.
Comment devraient être répartis ces moyens de subsistance ? Cette répartition équitable est déjà faite par la nature qui nous a tous dotés d’un esprit pour réfléchir et de bras pour travailler et produire
Rétablir le troc des produits de notre travail, là est donc le seul moyen réaliste d’accéder aux idéaux de l’anarchie : je travaillerai non pour un maître mais pour échanger avec mon voisin.
Du coup, privés de leurs moyens de profit, les grands propriétaires devraient ou aller chercher leurs bénéfices ailleurs, ou bien – qui sait ? – produire eux-mêmes, à moins qu’ils périssent  de désespoir ou d’inanition.
- Telle est la leçon donnée par les argentins en 2001/2002, lors de la grande crise économique et financière du peso (1), quand des cercles d’échange se sont formés (le plus souvent dans des quartiers, donc en proximité) et qu’ils ont pratiqué entre eux le troc des produits alimentaires et des services. Les citoyens abandonnant tout espoir dans le pouvoir politique se sont organisés entre eux pour subsister.
C’est cela en effet l’espoir véritable dans l’anarchie : non pas prendre les armes ni fabriquer des bombes et tout faire péter. Mais s’insinuer dans les failles du pouvoir et prospérer tant bien que mal – mais de toute façon mieux que soumis à l’Ordre politique et financier.
C’est à portée de main, à condition d’avoir quelque chose à proposer aux concitoyens. Moi, par exemple, qu’ai-je à échanger ? Qui donc voudrait se dessaisir d’une denrée vitale pour quelques idées déjà cuites ?
Mieux vaudrait pour moi de cultiver des patates dans mon jardin.
Mais hélas ! je suis très mauvais jardinier…
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(1) Sur cet aspect de la crise argentine, voir ici.

Sunday, August 19, 2012

Citation du 20 août 2012


Le maître ne nous apprend rien d'autre que ceci, qu'il faut que chacun soit son propre maître, ce qui fait tous les hommes égaux.
Alain –  Propos du 24 juin 1933
Ce Propos d’Alain (à lire ici) parait confondant de naïveté : comment pouvait-on en 1933 parler du  triomphe  de l’amour universel ? Mais ce n’est pas cela qui nous retiendra aujourd’hui : c’est ce principe que la maitrise suffit à établir l’égalité.
Que n’a-t-on dit sur l’exigence de l’égalité Républicaine ! Qu’elle impliquait que tous soient identiques : danger ! Qu’on voulait en l’établissant gommer les inégalités naturelles : utopie !
Pour Alain, seuls les maitres sont égaux entre eux ; il pose un principe qui à première vue n’est autre que celui de l’Anarchie : Ni Dieu ni Maitre – ou bien alors que chacun soit son propre maitre. Avec pour conséquence celle-ci, que l’Anarchie là encore nous enseigne : l’individu est l’alpha et l’oméga de la société, et donc celle-ci ne peut jamais être plus qu’une association d’individus libres et égaux en droit et en pouvoir.
Dans son Propos du 24 juin 1933, Alain n’ajoute rien de plus à ce principe. Libre à nous de rappeler que chez lui le moraliste cartésien n’est jamais bien loin.
--> Etre son propre maitre, ce n’est pas seulement être indépendant de la volonté d’autrui ;  c’est aussi être maitre de soi, et donc avoir dompté la bête qui est en nous. Non pas la bête « bestiale » mais la bête qui bondit, qui sursaute, qui tremble à l’occasion : Tu trembles, carcasse ! C’est de notre propre corps qu’il s’agit.
On dira qu’on ne peut pas dompter notre corps et que, quand il souffre, on ne peut l’oublier  - Montaigne en témoigne ; et quand il est en colère, on est comme Achille en fureur sous sa tente. En réalité, être son propre maitre suppose qu’on ait établi une cloison suffisamment étanche entre ce que fait notre esprit et ce qui se passe dans notre corps : que nos passions ne soient plus les passions « de l’âme », mais simplement des sursauts du corps. C’est le message du stoïcisme.
J’avoue ne pas être absolument fan de cette conception, qui, en établissant une muraille de Chine entre nos passions et nous, prétend désincarner notre esprit, faire que nos élans affectifs soient filtrés, sinon écartés de notre chemin. C’est trop souvent la leçon que nous donnons aux autres mais que nous ne suivons pas nous-mêmes.
Et puis, sans l’élan de la passion – de l’amour ou de la haine – ferions-nous seulement quelque chose ?

Sunday, September 25, 2011

Citation du 26 septembre 2011

Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est sous prétexte d'utilité publique et au nom de l'intérêt général être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné (1), pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !

Proudhon – Idée générale de la révolution au XIXe siècle (1848)

Il est rare qu’une citation aussi longue et utilisant le procédé de la définition par l’énumération de termes (2) ait un tel succès. Et pourtant il n’est que de lancer une recherche sur Google pour s’en assurer : cette citation, on la retrouve in extenso dans de nombreuses occurrences (on peut la lire ici sur le site d’anarchistes québécois). Je suppose qu’on apprécie ce débordement verbal exprimant parce qu’il exprime une insupportable réalité : l’Etat qui nous gouverne nous accable de son contrôle tatillon et soupçonneux. Il est partout, et il contrôle tout.

Mais… S’il le peut, n’est-ce pas, comme le supposait La Boétie que nous aimons ça ?

--> Pour le savoir je me suis interrogé sur l’attitude qui est la nôtre en présence des pays où l’Etat est moins puissant que chez nous.

Je laisserais de côté, le cas de la Belgique – pourtant intéressant : plus d’un an sans gouvernement et toujours debout !

C’est que l’actualité nous tourne plutôt vers la Grèce et son « laxisme » fiscal, conséquence de l’impuissance de son gouvernement et de ses fonctionnaires à faire rentrer l’impôt et à percevoir les taxes : ce dont s’effarouchent le FMI et la BCE. Voilà un pays où l’on n’est pas «à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé… »

Et vous savez quoi ? Au lieu de les envier et de les féliciter, nous les méprisons et les accusons de faiblesse, quand ce n’est pas d’abominables tricheries !

J’aimerais croire que c’est de la jalousie.

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(1) Mot du jour – Concussionné : être victime de la concussion.

Concussion : Malversation d'un fonctionnaire qui ordonne de percevoir ou perçoit sciemment des fonds par abus de l'autorité que lui donne sa charge. (TLF)

(2) Enumération, ou accumulation, ou inventaire ? J’ai consulté mon Gradus (Bernard Dupriez) et je pencherais finalement plutôt pour accumulation – mais sans certitude

Wednesday, November 17, 2010

Citation du 18 novembre 2010

Lorsqu'une association s'est cristallisée en société, elle a cessé d'être une association, vu que l'association est un acte continuel de réassociation. Elle est devenue une association à l'état d'arrêt, elle s'est figée. [...] Elle n'est plus que le cadavre de l'association ; en un mot, elle est devenue société communauté.

Max Stirner - L'Unique et sa propriété - 1845

A bas la société ! Vive l’association !

Qu’est-ce que c’est que ce galimatias ?

En vérité, il faut dire que le compromis est difficile à concevoir : comment être, comme Stirner, individualiste, et en même temps admettre que l’association de ces individus soit possible sans concession grave ? Cette question est également posée à l’anarchie en général, et ceux-ci la résolvent par le postulat qu’il existe une nature humaine bienfaisante qui harmonise sans qu’on ait à y toucher les humains dans leur groupe de coopération.

Seulement voilà : on ne peut pas, si on s’appelle Max Stirner, à la fois refuser le concept d’humanité (1) et croire à la nature humaine : ce serait incohérent. Comment l’individu (= l’Unique) pourrait-il se définir à partir d’un genre commun ?

Pourtant il faut bien aussi vivre en groupe, s’associer avec d’autres hommes : c’est la loi de l’espèce, et rien – aucune philosophie, aucune religion – ne peut l’empêcher.

Solution de Stirner : l'association est un acte continuel de réassociation. On ne peut rien concéder aux autres qui ne soit l’effet de notre volonté et de ce fait on ne peut éviter de s’engager. Seulement pour que cet engagement ne soit pas en contradiction avec ma liberté et avec celle des autres, il faut qu’il soit lié à un projet précis et donc limité dans le temps. Ce qui ne veut pas dire qu’on devra renoncer ensuite à toute association ; mais bien qu’il faudra se réassocier avec d’autres – ou pourquoi pas, avec les mêmes – par un nouveau pacte souverain. Nouveau et aussi limité que le précédent.

Voilà. Est-ce pensable dans une société aussi organisée et aussi hiérarchisée que la nôtre ? J’en doute.

Mais je me sens un peu fleur bleue ce matin : je me plais à imaginer Stirner se réveillant auprès de sa blonde et lui disant :

- Ma chérie, jamais je ne t’ai juré aide et fidélité pour la vie. Mais ce matin et jusqu’à ce soir, oui : je me veux unis à toi pour le meilleur et pour le pire.

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Nota bene: Certains voudront lire dans cette citation de Stirner une allusion au remaniement ministériel au quel vient de procéder Notre-Président. Certes il reprend (presque) les mêmes et il leur fait (re)jurer fidélité et obéissance : ne serait-ce pas une réassociation ? Oui, sans doute.

Mais si vous voulez me faire croire que Nicolas Sarkozy est un adepte de Stirner, là, vous aurez du mal.

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(1) Voir ici