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Tuesday, September 13, 2016

Citation du 14 septembre 2016

Ami(e) : Se dit d'une personne du sexe opposé qui a ce " je ne sais quoi" qui élimine toute intention de vouloir coucher avec elle.
Définition – cité ici et ici.
Bien des gens ont bien sûr repéré que l’amitié entre garçons et filles n’est pas toujours sincère – principalement du fait des garçons lorsqu’ils prétendent ne pas être demandeurs de rapprochements sensuels. Il y en aurait même qui croiraient malin, pour draguer une fille, de se faire passer pour son ami – ou mieux, son « chevalier-servant » ça fait plus sérieux.
Et vous, pensez-vous que, quand on veut séduire une jolie fille, il faut y aller sans détour et surtout pas par ceux de l’amitié ? Qu’à vouloir être sympa et serviable avec une fille, les garçons se font doubler par plus audacieux qu’eux ? Mais aussi, que dire de ces vilains garçons qui contrefont ce noble sentiment avec l’arrière pensé de « pécho la copine » ?
Car voilà ce que ça donne :




… Bien fait pour eux !
Il y a encore des gens qui généralisent et qui disent qu’entre garçons et filles, tout rapprochement débouche sur un attrait sensuel et que l’amitié est une position intermédiaire instable, sans authenticité, puisque finalement ou bien le garçon voudra tirer séduire la fille, ou bien il s’en désintéressera pour s’orienter vers une autre plus bandante séduisante.
Et pour les filles, ça marche pareil ?

Sûrement pas, mais je n’ai ici que la littérature pour décrire la scène où la jeune fille tombe dans les bras de son ami. En général, c’est toujours à l’occasion d’une grande secousse émotionnelle, qui n’a rien à voir avec l’ami qui se trouve là, mais qui récolte presque sans l’avoir cherché l’élan qui n’était destiné à personne et qui résulte d’un émoi bouillonnant.

Thursday, November 13, 2014

Citation du 14 novembre 2014

Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé
Antoine de Saint-Exupéry – Le petit prince

Antoine de Saint-Exupéry – Illustration de l’auteur

Nous lisons dans Le Courrier du sud « Le fennec est un petit renard originaire d’Afrique du nord. Le renard aux grandes oreilles, apprivoisé par le Petit Prince dans le conte d’Antoine de Saint-Exupéry, aurait été inspiré par un fennec que l’écrivain aurait apprivoisé alors qu’il était posté dans le désert du Sahara.
Le fennec est un animal qui peut être domestiqué. (…) Ceux qui souhaiteraient domestiquer un fennec pourraient toutefois éprouver certaines difficultés. En effet, le fennec est un animal nocturne qui vit la nuit et se repose le jour. » (Voir ici)


Bref : le passage peut-être le plus célèbre du Petit Prince repose sur une entière vérité : il existe de renards à longues oreilles dans le désert et on peut les apprivoiser – même si la difficulté évoquée n’est pas tant ce qui se passe pendant qu’on l’apprivoise, mais ce qui se passe après.
o-o-o
Si cette métaphore de l’amitié est restée célèbre, c’est pour deux idées :
            - la première est que l’on ne doit pas chercher l’amitié de quelqu’un si ce n’est pour lui rester toujours fidèle.
            - la deuxième est que l’amitié est juste à l’opposé du coup de foudre. Si l’amour peut surgir dans l’instant de la rencontre, l’amitié quant à elle émerge lentement : la raison pour laquelle elle dure, c’est qu’elle s’accroit avec le temps.
Elargissons maintenant : si nous sommes responsables de ceux que nous avons apprivoisés, c’est parce qu’on accède à un véritable pouvoir sur eux, pouvoir dont il s’agit de n’user qu’à bon escient. Il s’agit de la confiance que nous accordent nos amis. Le Renard du conte va peu à peu accepter que l’aviateur s’approche de lui, il va supporter qu’il le touche, voire même qu’il le prenne dans ses bras.

Bref : le petit fennec apprivoisé finit par faire ce qu’on nous conseille constamment : il « lâche prise ». Devons-nous en faire autant ? Peut-être, mais pourquoi et avec qui ? La réponse on le voit est toute simple : c’est en présence d’un ami que nous le pouvons,  car lui seul a su nous donner confiance en l’homme.

Monday, April 21, 2014

Citation du 22 avril 2014


On ne peut pas dire pourquoi. La raison de l'amour, c'est l'amour. La raison de l'amour, c'est qu'on aime.
Vladimir Jankélévitch – Qui suis-je ?
Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi.»
Montaigne, Essais, I, 28 (La citation complète en annexe)
Deux remarques :
            - La première consiste à observer que l’amour est au-delà du discours sur l’amour. Aucun commentaire ne peut en rendre compte, sans doute parce que, comme pour l’amitié entre Montaigne et La Boétie, il consiste en une fusion entre deux âmes (1), ce qui efface toute possibilité de langage. En effet : c’est du sein de la conscience, là où le Je est juste en train de surgir, que l’amour se trouve ; et là, le langage n’est encore qu’intention de signifier.
            - La seconde se trouve énoncée par Jankélévitch : La raison de l'amour, c'est qu'on aime.
Autrement dit, en langage philosophique, l’amour est cause première – ou si l’on préfère, cause incausée. Si vous voulez dire encore autrement, l’amour est comme Dieu : il ne s’explique que par lui-même, ce qui le rend en réalité absolument opaque à l’entendement – et donc indicible autrement que par le poète.
On dira peut-être que l’amour est plus fort que tout, qu’il est – comme le croyaient les grecs à propos d’Eros – le Dieu qui a créé les autres Dieux. Ce n’est peut-être pas tout à fait vrai. Toutefois, comme le dit Montaigne (à propos de l’amitié) : Nous nous cherchions avant que de nous être vus. L’amitié comme l’amour est cause première simplement en ce sens qu’elle vient avant toutes les autres. C’est ce qu’on appelle la prédestination.

Alors, les psychanalystes vont ricaner : bien sûr que les amants qui s’étreignent pour la première fois (que ce ne soit que la main ou dans un corps à corps charnel) chavirent de bonheur parce que leurs rêves secrets, ceux qu’ils portent depuis leur petite enfance se trouvent enfin réalisés. C’est que leur amoureux n’est qu’un support pour leurs fantasmes.
- Ricanez tant que vous voudrez, messieurs les Psys-. Vous vous croyez forts parce que vous découpez le monde  en deux: celui des rêves et celui de la réalité.
Mais les amoureux,  quant  à eux, le bien savent bien : il n’y en  a qu’un.
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(1) Comme on le voit dans notre citation (en Annexe) la différence entre l’amitié et l’amour est que cette fusion est lente dans le premier cas, et instantanée dans l’amour-coup-de-foudre.
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Annexe
« Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi. »

Tuesday, September 17, 2013

Citation du 18 septembre 2013



Dans le monde, vous avez trois sortes d’amis : vos amis qui vous aiment, vos amis qui ne se soucient pas de vous, et vos amis qui vous haïssent.
Chamfort – Maximes et pensées
Bonjour chers amis de Facebook (1) ! Je ne vous connais pas, mais votre présence dans les marges de mon mur (à côté des annonces cochonnes qui me proposent des réjouissances interlopes) me réchauffe le cœur.
J’avoue que j’ai souvent critiqué l’usage du terme « amis » dans ce cas. Mais j’avais tort, je le vois bien aujourd’hui. Car Chamfort (2) nous l’apprend, il y a des amis qui ne se soucient pas de nous, comme le sont forcément ces gens que nous ne connaissons que par la grâce de la virtualité numérique.
En quoi cette formule «un  ami qui  ne se soucie pas de nous » n’est-elle pas une contradiction insupportable ? Chamfort ne nous le dit pas mais le fait qu’il se soit, lui, le poète et le moraliste si connu encore aujourd’hui, intéressé à cette idée nous invite à nous creuser un peu la tête.
Si certains amis se désintéressent de nous – une chance car certains autres nous haïssent – c’est probablement parce que le mot « ami » admet des sens complètement différents : ce mot correspond à ce qu’Aristote appelait des homonymes, un seul signifiant pour plusieurs signifiés.
Mais ce que ne nous dit pas Aristote, c’est que, pour que ce soit tolérable, il faut bien que ce mot ait un usage générique, qui admet ces significations contradictoires. En d’autre terme, un ami, c’est d’abord quelqu’un qui se déclare l’être. Et ensuite peu importe ce que ça veut dire dans la réalité.
Dirons-nous que l’ami c’est quelqu’un qui nous veut du bien? Mais comme, selon Chamfort, un ami c’est peut-être quelqu’un qui nous hait, ça ne marche pas. Plus probablement, un ami c’est quelqu’un qui a simplement déclaré qu’il l’était. Quelqu’un qui, comme avec Facebook a cliqué dans telle case plutôt que dans telle autre.
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(1) Ouiiiiiiiiiiiiiiii ! La citation du jour a son site Facebook – et plein d’amis pour la conforter dans ses ambitions de développement…
(2) Une fois pour toutes, nous parlons du poète 18ème siècle et non du chanteur. Voir ici.

Sunday, November 20, 2011

Citation du 21 novembre 2011

Lorsque j'étais enfant, j'aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche (= qui louchait); au moyen de quoi, l'impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui s'y faisait aussi pour émouvoir la passion de l'amour, que longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu'à en aimer d'autres, pour cela seul qu'elles avaient ce défaut; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour cela. Au contraire, depuis que j'y ai fait réflexion, et que j'ai reconnu que c'était un défaut, je n'en ai plus été ému.

René Descartes, lettre à Chanut (6 juin 1647) (lire ici)

On est toujours content quand les gens qui nous aiment relèvent nos travers comme des raisons supplémentaires de nous aimer.

Emmanuel Carrère – D’autres vies que la mienne (Folio, p.130)

Au contraire, depuis que j'y ai fait réflexion, et que j'ai reconnu que c'était un défaut, je n'en ai plus été ému. Je n’ai pas pu isoler cette phrase de Descartes du début de son texte, et on comprend pourquoi : si Descartes s’y raconte sur le mode de la confidence c’est que ce procédé est indispensable pour comprendre de quoi il s’agit.

On ne va pas chicaner notre philosophe et ironiser (comme le font sans vergogne les profs de philo qui lisent cette lettre avec leurs élèves) sur les attraits pas les quels les jeunes filles éveillent habituellement la passion chez les garçons : ce n’est sûrement pas avec leurs yeux égarés… D’ailleurs, quand Descartes parle de passion il ne pense pas aux sentiments, encore moins à l’Amour, le grand AAAmour – avec un Triple A.

Par contre on peut réévaluer son jugement sur les défauts des autres tels qu’ils sont perçus dans l’amour – sinon dans l’amitié.

On le disait ici même : un ami c’est quel qu’un qui nous aime, bien qu’il connaisse nos défauts.

Emmanuel Carrère en rajoute une couche : en plus c’est, selon lui, une occasion supplémentaire d’apprécier nos amis – ou nos amantes. Que René la Taupe aime le petit ventre rond de son ami(e) ; que nous aimions (comme Descartes) les filles qui louchent un peu – oh, juste un peu, qu’elles n’aient qu’une « coquetterie dans l’œil » – quoi de plus ordinaire ?

Mais ici, ça va plus loin : si mon défaut est un travers, il doit quand même pénaliser vraiment l’intérêt que je suscite. Et pourtant, ce travers est tellement constitutif de moi, il est pris et enchevêtré de façon si inextricable dans mon être, que je dois dire : il est moi.

Impossible de m’aimer sans aimer aussi mes défauts.