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Wednesday, November 23, 2011

Citation du 24 novembre 2011

On fait des reproches à un amant ; mais en fait-on à un mari, quand on n'a qu'à lui reprocher de n'avoir plus d'amour ?

Madame de La Fayette

Commentaire 2.

Après nos variations sur l’homme, venons-en à l’essentiel : Madame de La Fayette nous pose cette question : un amant qui n’aime plus sa maitresse est-il encore un amant ?

--> Qu’est-ce qu’un amant sans amour ?

Le philosophe répondra en faisant référence au concept : de même disions-nous (1) qu’un couteau sans lame et sans manche n’en est plus un, parce qu’on touche à ce qui le définit – de même un amant se définit par ce fait qu’il aime, et il suffit de lui retirer cette caractéristique pour qu’il devienne … Qu’il devienne quoi au juste ?

Ceux qui ont lu mon Post d’hier répondront : l’amant sans amour n’est autre qu’un mari.

Voire… Mais admettons.

Par contre pourrons-nous aller jusqu’à la réciproque : « un mari avec amour – je veux dire : avec amour de sa femme – est un amant » ?

Chez Madame de La Fayette ça ne risquait pas d’arriver : les amants meurent avant d’avoir eu le loisir de se marier.

Chez nous, les amants certes peuvent se marier, mais on voit rapidement que le mari fait la peau à l’amant. Et si ce n’est pas le cas on est dans l’exception tellement exceptionnelle qu’on en fait une chanson.

Mais les juristes diront que les amants se définissent par le fait, justement qu’ils ne sont pas unis par contrat, ce qui est le cas des mariages.

Toutefois, cela ne signifie pas que l’amant ne s’engage pas vis-à-vis de son aimée, ainsi que nous le chante Brassens et sa non demande en mariage : « J’ai l’honneur de ne pas te demander ta main / Ne gravons pas nos noms au bas d’un parchemin ».

Voilà donc la différence spécifique entre l’amant et le mari : l’un s’engage par serment et l’autre par contrat.

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(1) Citation du 21 septembre 2007 : « « Inventaire d'une collection d'ustensiles se trouvant dans la maison de Sir H. S. : 1. Un couteau sans lame auquel manque le manche. […] » Hans Georg Lichtenberg.

Tuesday, November 22, 2011

Citation du 23 novembre 2011

On fait des reproches à un amant ; mais en fait-on à un mari, quand on n'a qu'à lui reprocher de n'avoir plus d'amour ?

Madame de La Fayette

Madame de Lafayette a une façon elliptique de s’exprimer : c’est ce qui fait son élégance et son efficacité. Comme on est loin de la lourdeur de notre pauvre langue d’époque sarkozyenne... Pour développer sa pensée, deux commentaires ne seront pas de trop.


Commentaire 1.

Les femmes au 17ème siècle avaient beaucoup de chance : elles n’avaient pas à attendre de leur mari qu’il les aime. Pour cela elles avaient leurs amants – quant au mari, il assurait l’intendance et basta !

Réciproquement, on peut facilement imaginer que les maris ne demandaient pas les mêmes choses à leurs épouses et à leurs maitresses. Cette façon de concevoir les choses a duré – et bien au-delà du siècle de madame de La Fayette : encore au 19ème siècle on voit que les maris entretenaient des liaisons extra-conjugales quand ils en avaient les moyens, ou qu’ils allaient au lupanar sans que quiconque s’en étonne : il n’aurait quand même pas fallu attendre des épouses qu’elles donnassent (1) à leur mari ce que leur maitresse leur consentait.

-->Y compris l’amour ?

Bien entendu : les bourgeois du 19ème siècle pouvaient avoir des poules pour satisfaire leur libido ; ils n’auraient pas songé à leur demander en plus de l’amour.

J’imagine que la division des rôles à l’époque de madame de La Fayette allait encore plus loin : outre le mari il y avait de la place pour deux types d’amants : l’un pour les sentiments (celui à qui on peut reprocher de n’avoir plus d’amour), et encore un autre pour la jouissance. C’est Brantôme qui nous éclaire sur ce sujet : les dames galantes n’hésitent jamais, nous dit-il, à faire cocu leur mari quand l’occasion s’en présente (2).

J’imagine donc qu’à l’époque de madame de La Fayette, chaque femme avait besoin de trois hommes pour la satisfaire :

- un mari ;

- un amant de cœur ;

- un amant de lit.

Pensez-donc, mesdames, à la tragédie des hommes modernes, qui doivent maintenant assumer tous ces rôles à la fois (sans compter ceux de papa-poule, de plombier et de pelleteur de neige en hiver). Alors, que les féministes gémissent sur les pauvres femmes qui doivent être des épouses, des ménagères, des mères, et en plus qui doivent être des femmes d’action et faire carrières : pourquoi pas ? Mais sont-elles les seules à plaindre ?

(A suivre)

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(1) Ça, je n’ai pas pu l’éviter ; c’est l’influence de Madame de Lafayette…

(2) Le premier discours de cet ouvrage s’intitule d’ailleurs : « Sur les dames qui font l’amour et leurs maris cocus »

Thursday, June 16, 2011

Citation du 17 juin 2011

Mais la raison pour laquelle le baiser dans le cou est si doux, Amour ne veut pas, ô Delfino, que je vous la révèle à présent…

Patrizi - Du baiser (1560)

Dans notre enquête sur le baiser, arrive forcément le moment où la décence et la bienséance bloquent son évocation – le moment où l’éloquence courante devient trop étroite pour dire les choses comme elles sont.

A cet égard, nous devons l’admettre : les humanistes de la renaissance (italienne) nous donnent encore aujourd’hui un exemple d’audace et d’élégance que nous ne saurions atteindre (pas moi du moins).

Voici donc l’analyse du baiser donnée par Fabricio Patrizi (publié en 1560 et réédité dans la collection les Belles lettres). Je ne saurais faire mieux que de vous proposer de partager ce texte, même si, je le reconnais, le secret maintenu sur le baiser dans le cou est bien frustrant.

Il est vrai que j’avais cru pouvoir l’expliquer (ici) en l’assimilant au bisou dans le cou du petit enfant. Mais je vois bien que mon explication n’était pas à la hauteur de l’enjeu.

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« Patrizi – Mais j'arrive maintenant au baiser. Le baiser est doux à l'amant pour nulle autre raison que parce qu'il permet de tirer les esprits de l'aimé, qu'on lui embrasse la main, le cou, ou la poitrine, ou la joue, ou les yeux ou la bouche. Pour cette même raison, le baiser avec succion est plus doux que ne l'est celui du bout des lèvres, car non seulement il permet de recueillir les esprits expulsés par le cœur, mais, grâce à la force de la succion, d'en tirer encore beaucoup d'autres dont on se nourrit. De là vient encore que de tous les baisers avec succion, celui de la bouche est le plus doux car on tire par la bouche, qui offre un passage plus large, beaucoup plus d'esprits que par les petits trous de la peau. Comparé au baiser avec succion, celui de la langue est encore plus doux, puisque non seulement il permet de tirer autant d'esprits que le baiser avec succion, mais encore bien davantage, car il tire également ceux de la langue qui est un corps entièrement spongieux et en est continuellement remplie, et goûte également l'humeur intérieure du corps aimé. Cette humeur contient chaleurs et esprits mêlés ; les deux douceurs réunies et mêlées de l'humeur et des esprits abondants tirés du cœur aimé provoquent ces palpitations, ces alanguissements et ces essoufflements qui affaiblissent, paralysent et font défaillir en un éclair le corps d'autrui.

Delfino - Maintenant tu es quitte, maintenant je suis tout à fait satisfait, et maintenant je comprends, grâce à toi, ô esprit très courtois, ces grandes merveilles et ces secrets très doux. Mais dites-moi pour finir, ô esprit très amoureux, d'où vient encore qu'on embrasse ces autres parties que tu as rappelées ?

Patrizi - L'amoureux embrasse en mordant, non pas pour tirer vers lui plus d'esprits qu'avec le baiser de la succion, mais parce que, se souvenant qu'il se consume d'amour pour cette personne et qu'elle l'a offensé dans son cœur, poussé par un désir soudain de vengeance envers celle qui le possède, il adopte ces armes comme les premières qui s'offrent à lui. Mais se souvenant que c'est également elle qui le maintient en vie, vite repenti, il transforme cette vengeance en un doux moyen de nourrir ses flammes. On embrasse les mains parce qu'elles sont les ministres des pensées du cœur aimé. On embrasse la poitrine parce qu'elle en est l'auberge. Mais la raison pour laquelle le baiser dans le cou est si doux, Amour ne veut pas, ô Delfino, que je vous la révèle à présent, mais priez-le dévotement que dans l'avenir au moins il daigne vous dévoiler ce secret ainsi qu'un autre qui concerne ce même baiser et qui est qu'on éprouve une douceur bien plus grande en embrassant la partie gauche qu'en embrassant la droite. En outre, on embrasse la joue parce qu'elle est l'auberge véritable de la beauté du visage, car elle est le véritable siège des couleurs qui la forment et de la douceur des lumières. On embrasse les yeux parce qu’ils sont la cause première et toute puissante des flammes et de la joie d'autrui. On embrasse la bouche enfin, parce qu'elle est la bouche de l'âme et du cœur et le siège principal des esprits de l'aimé qui s'y rencontrent plus nombreux qu'ailleurs. Et le baiser de la poitrine est plus doux que celui des mains, parce que les esprits, dont on se nourrit, arrivent de plus près et plus neufs du cœur producteur. La douceur des joues est en partie une illusion de l'amant qui croit se nourrir ainsi de la beauté aimée toute entière. Vous avez désormais compris pleinement l'origine du baiser et de sa douceur. Celle des yeux surpasse la douceur des autres parties hormis la bouche, car l'amant, blessé par leurs flèches très douces et suaves, panse, en les baisant, ses plaies et se repaît, grâce aux nouveaux esprits, d'une nouvelle douceur. Mais celle du cou, Amour ne veut pas que je vous l'explique tant que vous ne lui aurez fait un sacrifice digne de lui. »

Thursday, July 29, 2010

Citation du 29 juillet 2010

14 - Jardin fermé, ma soeur-fiancée, onde fermée, source scellée !

15 - Tes effluves, un paradis de grenades, avec le fruit des succulences, hennés avec nards;

16 - nard, safran, canne et cinnamome avec tous les bois d'oliban; myrrhe, aloès, avec toutes les têtes d'aromates !

17 - Source des jardins, puits, eaux vives, liquides du Lebanôn !

18 - Éveille-toi, aquilon ! Viens, simoun, gonfle mon jardin !

Que ses aromates ruissellent !

Mon amant est venu dans son jardin; il mange le fruit de ses succulences.

Cantique des cantiques 4, 14-18 (Traduction d’André Chouraqui)

Cantique des cantiques – 2

Mon amant est venu dans son jardin; il mange le fruit de ses succulences.

La sensualité du cantique des cantiques vient disions-nous hier de ce que la totalité des sens se trouve mobilisée pour évoquer les jouissances de l’amour. Et si le « prurit du sexe » (pour parler comme l’Eglise) n’est pas présent dans ce texte, c’est qu’il n’a pas plus de force que le plaisir de humer l’odeur de l’amant, de savourer le goût de sa peau et le soyeux de ses cheveux, etc…

Hier donc, l’amant était une senteur de myrrhe entre les seins de sa belle. Aujourd’hui, c’est cette belle fiancée (1) qui s’offre à la dévoration de son amant.

Car la progression est sensible ici : certes ce sont les senteurs du jardin qui symbolisent de corps féminin ; mais aussi ces senteurs ne sont pas seulement dégagées par des fleurs ou des arbres odoriférants. Ce sont aussi des senteurs de fruits – de fruits qu’on va mordre à belles dents.

Ce passage du Cantique nous permet de préciser ce que signifie de décloisonnement dont nous parlions hier. Si les sensations ne sont jamais isolées les unes des autres c’est parce que – par exemple – un parfum est différent selon qu’il se trouve enfermé dans un flacon ou exhalé par une fleur du jardin. Et de même l’odeur de rose ne saurait être confondue avec celle de la pèche, parce que l’odeur de pèche est toujours en même temps saveur d’un fruit qu’on pourrait mordre.

Merleau-Ponty disait que le rouge du tapis était toujours le rouge laineux du tapis.

La parfum de la belle est celui de la grenade, parce qu’on peux la mordre, la sucer, la mâchonner…



Pardon, je n’égare…


(1) Même la traduction Segond donne : 12 - Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée

Faute de références je ne saurais dire s’il y a une invitation à l’amour incestueux, ou bien si on est dans une métaphore « pharaonique ».

Tuesday, July 27, 2010

Citation du 28 juillet 2010

Mon amant est pour moi un sachet de myrrhe; il nuite entre mes seins.

Cantique des cantiques 1, 13 (Traduction d’André Chouraqui (1) – Illustration de Marianne Clouzot)

Elle ne porte rien / D’autre qu’un peu / D’essence de Guerlain / Dans les cheveux…

Serge Gainsbourg – The initials B.B.

Cantique des cantiques – 1

Voilà l’été, les vacances, la tiédeur des longues soirées au parfum de chèvrefeuille – et des siestes volets clos, raies de lumière sur les murs chaulés de la chambre, couvre-lit froissé sur le parquet……

Bref, c’est la saison des amours.

La Citation du jour, fidèle à sa mission culturelle ne pouvait laisser passer cette saison sans la célébrer de la façon la plus poétique et la plus spiritualisée possible. Le Cantique des cantiques (2) sera j’en suis sûr apprécié de ce point de vue.

Qui de vous, messieurs, ne rêve – s’il ne le fait pas régulièrement – de nuiter entre les seins de sa belle ? Raison pour la quelle le fantasme de la femme à trois seins ne saurait satisfaire réellement les hommes : trois seins signifie plus de place où se nicher (3).

Soyons sérieux… Notons plutôt qu’ici ce n’est pas l’amant qui parle, mais c’est la belle fiancée, et qu’elle compare le ravissement de l’amour à celui que lui procurent les senteurs de la myrrhe.

Si la sensualité dégagée par le Cantique des cantiques est incomparable c’est parce qu’il n’évoque jamais le sexe. Les jouissances qui sont évoquées sont celle du goût, du toucher, de la vue – et donc de l’odorat. C'est exactement la même inspiration que dans la chanson de Gainsbourg : Elle ne porte rien / D’autre qu’un peu / D’essence de Guerlain / Dans les cheveux…

Comprenons-nous bien : je ne dis pas qu’il faut « contourner » le sexe pour évoquer les jouissances de l’amour. Non. Mais que ce qui est le plus fort, c’est d’évoquer ces plaisirs comme embrasant l’être entier et donc le corps entier, au travers de ses différents organes et de ses différentes sensations.

C’est une affaire de décloisonnement.

(1) Une version autre version de ce texte est donné dans la traduction de Louis Segond (1880) ici

(2) La traduction d’André Chouraqui donne comme titre : Poème des Poèmes.

(3) Comme le disait notre citation de l’an dernier : les seins… un c’est pas assez, trois c’est trop.

Tuesday, September 25, 2007

Citation du 26 septembre 2007

N'est-ce pas une chose bien bizarre que le songe n'offre presque jamais à mon imagination que l'espace étroit et nécessaire à la volupté ? Rien autour de cela ; un étui de chair et puis c'est tout.

Diderot - Lettre à Sophie Volland

Qu’est-ce qu’une femme ? Un étui de chair et puis c'est tout.

Avant de mépriser Diderot et de le considérer comme un adolescent qui trouverait ses draps pollués chaque matin, relisez je vous prie cette citation. Si l’espace ouvert par le songe a l’étroitesse nécessaire à la volupté, il est néanmoins trop étroit pour l’imagination.

Diderot, ce libertin, qui affirmait aussi (à Grimm) : « Il y a un peu de testicule au fond de nos sentiments les plus sublimes et de notre tendresse la plus épurée. », aurait-il regretté ce petit peu de testicule qui venait réduire le champ de son imagination ? Sans doute, et voici pourquoi.

Une rumeur dit que Sophie Volland n’était pas la plus belle des femmes, mais que c’était la plus gaie, celle dont l’éclat de rire du matin mettait la journée sur le chemin du bonheur. Mais surtout, Sophie est l’amante à qui on écrit plus souvent qu’on ne la baise (1).

En un mot, les amours de Denis et de Sophie ayant été découverts par la mère de la demoiselle (38 ans quand même…), les amants séparés n’ont plus que le page blanche et leur imagination pour se rencontrer (2). Si les songes sont étroitement utilitaires (jouir point final), l’imagination quant à elle ouvre grande les portes de la création. Là où des amants lassés des jouissances répétées auraient été déçus l’un par l’autre, les amants séparés vivent avec l’image de l’autre, c’est à cette image qu’ils destinent leurs récits, c’est avec leur sensibilité, leur intelligence, leurs désirs qu’ils dialoguent en attribuant tout cela à l’autre. Comme en seraient ils déçus ?

Mesdames, si votre compagnon vous ignore - sauf le samedi soir après avoir éteint la Télé, partez en vacance sans lui. Et voyez combien vous lui manquez, et tout ce qu’il va trouver à vous raconter en vous téléphonant chaque soir.

Quoi ? Ça tiendrait dans un SMS ?

C’est un goujat : changez d’homme.

(1) Permettez que moi aussi j’adapte mon style à l’esprit de Diderot qui rôde autour de moi ce matin.

(2) Il y avait quand même de temps à autre des lacunes dans la vigilance de madame Mère, de quoi rallumer la flamme charnelle.

Tuesday, August 14, 2007

Citation du 15 août 2007

Cats know how to obtain food without labor, shelter without confinement, and love without penalties.

Walter Lionel George 1882-1926

Ça, je ne traduis pas, parce que ça serait moins bien. Trouvez plein de citations et d'images sur les chats à cette l’adresse. J’aurai l’occasion d’y revenir

Les chats, nos maîtres en art de vivre. On le savait déjà pour ce qui est de la relaxation, de l’aptitude à dormir, et même pour la capacité à jouir des plaisirs de l’amour… Nous évoquerons aujourd’hui son aptitude à obtenir des humains le maximum d’avantages avec le minimum de concessions.

- how to obtain food without labor : le chat n’a pas été frappé par la malédiction divine (« Tu gagneras ton pain etc… ») : sans doute parce qu’il n’a pas péché ( ?).

- how to obtain shelter without confinement : ça c’est fort ! L’indépendance du chat va avec l’édredon du lit que nous lui réservons ; on voudrait en obtenir autant des puissances qui nous protègent.

- how to obtain love without penalties : j’aime mon chat mais je ne lui fais pas de scènes quand il m’est infidèle et qu’il va ronronner sur d’autres genoux. Mais comment fait-il ? Comment l’amour peut-il faire l’économie de la jalousie ?

Pour la nourriture et pour l’abri, je ne sais pas. Mais pour l’amour, je sais : c’est un chat, il ne me doit rien, parce qu’il ne s’est engagé à rien tout.

Il applique en quelque sorte la règle que les Grecs imposaient aux relations amoureuses (1) entre le maître et son élève : l’élève demande au maître de l’autoriser à l’aimer ; le maître concède - s’il le veut bien - ce droit. Il accepte d’être objet d’amour mais c’est là tout ce à quoi il s’engage (2).

Il est l’aimé, l’élève est l’amant : relation asymétrique par nature, qui exclut la jalousie (3). Bien entendu, tant que l’aimé accorde à l’amant le droit de l’aimer, il peut tout aussi bien accorder ce droit à qui il veut sans que l’amant se sente désobligé : la jalousie n’a pas lieu d’être ici.

… et c’est comme ça que le chat évite les penalties.

Mais tout ça n’empêche pas le chat d’avoir un point faible : il est narcissique.

(1) Il s’agit évidemment d’une certaine forme de pédérastie, criminelle pour nous, acceptée et ritualisée chez les athéniens.

(2) Sur tout cela, voir la présentation du Banquet de Platon par Luc Brisson, dans sa traduction éditée chez G.F.

(3) Je n’oublie pas la scène de jalousie d’Alcibiade qui découvre Socrate étendu « auprès du plus bel homme de la compagnie » (= Agathon - Banquet 213c) : Alcibiade, malgré ses déclarations, n’est pas exactement un paidos ! (=élève)