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Wednesday, October 18, 2017

Citation du 19 octobre 2017

L’amour n’est pas une relation sociale. Ça ne se dit pas, ce sont des choses qui ne se disent pas. L’amour n’est traduit qu’en silence ou en cri.
Camille Laurens – Dans ces bras-là

Que l’amour soit indicible en dehors du cri, voilà ce que chacun sait pour l’avoir expérimenté. Mais que par conséquent l’amour soit exclu des relations sociales, voilà qui paraît surprenant.

- Certes, dire que l’amour est exclu des relations sociales, n’est pas nouveau. Ainsi Freud disait-il que la libido ne peut être à l’origine de la société, mais seulement du couple hermétiquement refermé sur lui-même. Il en concluait que le refoulement de la pulsion sexuelle était inévitable et avait sans doute accompagné le développement de l’espèce humaine, car dans la mesure où celle-ci nécessite la société, elle suppose aussi le refoulement.
Il est très intéressant d’observer que cette caractéristique de l’amour est restée toujours active : aujourd’hui comme autrefois, tout au fond du paléolithique (et même avant ?) l’amour n’a pas suivi la logique de la vie collective. Il n’a certes pas eu besoin de s’y opposer frontalement, car il ignore tout de la vie sociale pour une raison très simple : l’amour suit la logique du désir et le désir ignore l’autre, il est capture et consommation de l’objet qui lui manque.


Après le brame…
- Mais l’amour est-il bien ce rut bestial par le quel le mâle enfourche la femelle ? En tout cas, pour notre Auteure-du-jour l’amour est un peu plus : il n’est pas seulement a-social parce qu’il n’a pas eu besoin d’investir le langage pour y creuser son sillon ; mais plus fondamentalement il est une expérience si personnelle qu'elle en est indicible et incommunicable - donc incapable de soutenir une relation sociale.


… L’amour est bien autre chose, mes amis, vous le savez. Il est ce par quoi le « je » n’existe que dans la fusion au « tu » – ce qui fait que ce « tu » ne peut en aucun cas devenir un « nous ».

Wednesday, October 11, 2017

Citation du 12 octobre 2017

Commencer en poète et finir en gynécologue ! De toutes les conditions, la moins enviable est celle d'un amant.
Emil Cioran





Il y a des phrases qui choquent parce qu’elles détruisent des rêves auxquels nous tenions pardessus tout. Cette citation de Cioran en fait partie.
L’amant est d’abord un poète qui chante la profondeur du regard, la courbe du cou, la silhouette élancée de la Bien-Aimée. Et puis, les sentiments s’émoussant, ne restent que les élans charnels, qui petit à petit désertent  le creux du cou où se déposaient les baisers, pour se relocaliser dans l’entre-cuisse – là où le gynécologue introduit son spéculum.
Oui : suivant Cioran on ne se contentera pas de regretter les élans lyrique de la poésie ; on sera saisi d’effroi en observant cet amoureux devenu obstétricien, qui pourchasse l’excitation défaillante en déployant sous ses yeux les organes dans les quels il s’apprête à enflammer ses muqueuses. Il sonde alors du regard et des doigts l’organisme de son ex-aimée : pour lui, plus de rêve, plus de secret ; voici la réalité objective, débarrassée de ses fantasmes.

… Fantasme : le mot est lâché ; la Bien-Aimée n’existait sûrement pas telle que son amoureux la voyait, elle était enveloppée du nuage de fantasmes sans le quel l’amour ne serait pas. A présent éclairé par la lumière crue du scialytique, le spéculum chasse tous les secrets, efface les nuances et détruit toutes les frontières.
Car c’est ce mystère ombreux que le gynécologue détruit : armé de ses d’instruments il rend visible ce que la nature avait jugé opportun de cacher…


Au fond l’amoureux devenu gynécologue ne ressent plus d’amour – mais il reste le pornographe qui exige de tout voir.

Thursday, July 06, 2017

Citation du 7 juillet 2017

L'amour c'est comme le Tour de France. Il faut beaucoup d'efforts pour atteindre le sommet du col.
Anonyme
L'amour c'est comme le tour de France : on l'attend longtemps et il passe vite.
Anonyme

Encore un Post évoquant le Tour de France ? N’est-ce pas excessif ? N’y aurait-il pas là un peu d’obsession ? Ou alors – mais ça on ne peut le croire – un épuisement de l’imagination, qui ferait tourner sur place la production intellectuelle ?
- Essayons de montrer qu’il n’en est rien.
Car ce qui domine ici, c’est l’étonnement devant les comparaisons choisies pour évoquer l’amour : en apparence rien n’est plus éloigné de l’amour, (« cette attirance, affective ou physique, qu'en raison d'une certaine affinité, un être éprouve pour un autre être, auquel il est uni ou qu'il cherche à s'unir par un lien généralement étroit » – lire ici), que ce spectacle organisé à des fins commerciales (= faire acheter) en mettant en scène les efforts musculaires d’athlètes (1).
Je laisserai à d’autre (les fatigués de l’imagination évoqués ci-dessus) le soin de décoder les métaphores, pour m’intéresser au choix de ce sujet.
Déjà, notons que ces comparaisons masquent en réalité une analogie : ce que l’effort pour atteindre le sommet du col est au coureur, l’entreprise de charme l’est au séducteur ; ou bien : ce que le passage des coureurs est au spectateur, la passion l’est aux amoureux.
Or, il est bien d’autres analogies, plus relevées et plus nobles pour évoquer la brièveté et la difficulté de l’amour quand on veut le susciter et le prolonger. On pourrait dire par exemple : l’amour c’est comme l’œuvre géniale : on le rencontre à condition de ne pas le chercher, un peu comme le génie produit son œuvre sans savoir comment il a fait.
Ou bien que l’amour est une métaphore de la vie : en n’en sortira pas vainqueur.
Oui, pourquoi choisir de Tour de France pour parler de l’amour ? Parce qu’on s’adresse à des gens qui le connaissent bien mieux que le Génie ou que les Angoisses Métaphysiques ?
Ou bien pour prendre le contre pied des lecteurs en les surprenants avec une comparaison décalée ?
Un peu comme lorsque votre serviteur profite du Tour de France pour choisir des citations bien ringardes, histoire de montrer qu’il est assez malin pour en faire des amorces de réflexion philosophique ?
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(1) Il n’y a d’ailleurs pas que les performances qui attirent : remarquez combien les chutes dans le peloton sont exploitées : ne sont-elles pas de ce point de vue rien que du bonus ?

Saturday, June 24, 2017

Citation du 25 juin 2017

The poor, the fool, the false, love can  / Admit, but not the busied man.  / He, which hath business, and makes love, doth do  / Such wrong, as when a married man doth woo.
John Donne
(Le pauvre, le faible d'esprit, la fripouille, l'amour peut  / Les admettre, mais pas l'homme -à-ses-affaires,  / Celui qui fait des affaires et fait l'amour, fait les deux  / mal, comme l'homme marié qui court la prétentaine.
Version française par Gilles de Seze

Commentaire John Donne III
(Finalement je ne donnerai pas un 3ème commentaire de « l’homme n’est pas une île », attiré que je suis par cet autre poème de Donne. J’espère qu’on ne m’en tiendra pas rigueur.)

Le riche peut-il aimer ? Je veux dire : aimer d’amour comme Roméo aime Juliette – tout en étant malgré tout un homme-à-ses-affaires ?
Les amateurs de revues people se soucient de la chose: il n’est à ce propos que de voir les commentaires sur le couple Arnaud Lagardère / Jade Forest, présenté comme un couple idéal où l’on voit un top-modèle formant un couple-d’amour avec un milliardaire. On a ironisé là dessus et puis le temps passant, la famille se développant, on a bien dû se dire qu’un milliardaire est un monsieur comme un autre, qui peut tomber amoureux comme n’importe qui, et fonder un foyer (1).
Seulement, John Donne insiste : cet homme ne peut être en même temps et du même mouvement et amoureux et faire son business. L’un polluant l’autre, chacun perdra sa force et sa nature.
L’idée est en effet qu’il s’agit de contamination.
- Je ne sais si c’était là l’idée véritable de Donne : reste qu’elle me paraît significative. Imaginez un milliardaire qui au moment d’engranger ses milliards, serait pris par la tendresse et l’émotion où l’amour le confit.


Vu ici
Impensable n’est-ce pas ? Maintenant, imaginez la position symétrique : au creux des bras de la bien-aimée, le galant redevient homme d’affaire et négocie avec elle le petit câlin bien chaud et bien intime.
Quel gâchis !
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(1) Quand Jade a été maman, elle n’a pas allaité au sein son bébé. On lui a demandé pourquoi ?
« Gala : Pourquoi ne pas l’avoir allaitée?
J. F. : J’ai longuement hésité, mais Arnaud voulait participer. On a opté pour le biberon. Du coup, on peut lui donner tous les deux. »

Wednesday, May 31, 2017

Citation du 1er juin 2017

Ce qui rend malheureux en amour, c'est moins de ne pas être aimé quand on aime, que d'être encore aimé quand on n'aime plus.
Alexandre Dumas –  Mademoiselle de Belle-Isle


(On aura reconnu dans cette photo le moment où Melania Trump refuse la main que son mari veut lui donner en descendant d’« Air force one » à l’arrivée en Israël)

- Chérie-amour, donne moi ta main !
… Qu’est-ce qui arrive, Chérie-Amour ? Tu ne veux pas ?
- Attends un peu, ce n’est pas le moment, on nous regarde ! On va être ridicules !
- Mais… Qu’est-ce qui se passe, Chérie-Amour ? Tu te rappelles, quand on s’est connu ? Un simple frôlement de ta main sur la mienne suffisait à remplir de soleil ma journée.
- Oui, et la mienne aussi. Mais cela, c’était il y a longtemps. Tu ne crois pas que nous avons changé depuis ?
- Mais non ! Je t’aime toujours autant, moi. Mes sentiments, mes élans de joie quand tu apparaît, mes émotions justement quand ta main prend la mienne : tout cela … Tout cela c’est toujours le même printemps !
- Et voilà la malheur : je suis missionnée pour être ton éternel printemps. Et si mon soleil avait tourné ? S’il allait éclairer d’autres lieux que les tiens ?
- Un malheur, dis-tu ? Ah… Oui, c’est un malheur que de ne plus être aimé !

- Tu te trompes, Donald : Ce qui rend malheureux en amour, c'est moins de ne pas être aimé quand on aime, que d'être encore aimé quand on n'aime plus.

Tuesday, May 02, 2017

Citation du 3 mai 2017

L’amour est une joie accompagnée de l’idée d’une cause extérieure
Spinoza – Ethique, III proposition 13, Scolie

Aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi.
Alain – Eléments de philosophie

Ce qui surprend quand on retrouve Alain après de longs détours chez les philosophes contemporains, c’est cette liberté qu’il prend d’émettre un avis sur à peu près tout, y compris sur ces sentiments de la vie quotidienne que l’on abandonne habituellement aux psychologues et aux coaches en développement personnel (1). C’est ainsi que cette citation serait attendue écrite sur fond de mains enlacées et de ciel bleu-bleu. Comme ici :


Heureusement, nous savons qu’Alain est tout sauf un gourou à la petite cervelle ; et aussi que Spinoza est sans doute derrière cette citation, comme on peut s’en apercevoir avec cet extrait de l’Ethique, livre 3.
Ne nous méprenons pas sur la pensée de Spinoza : l’amour est d’abord une joie (2) qui, cherchant une cause à son existence, trouve celle-ci dans un objet extérieur – bien sûr sans aucune garantie d’objectivité, et là est tout le tragique de l’amour passion qui idolâtre ce qui ne le mérite pas. Car voilà : si la joie est éprouvée comme amour lorsqu’elle est accompagnée de la représentation d’une cause extérieure, cette concomitance est peut-être accidentelle, comme dans l’histoire de la tortue et du missionnaire (3).

Alors l’image que nous reproduisons a bien quelque chose d’émouvant avec ces doigts qui se croisent et se retiennent – mais sans effort, avec une fragilité que démentent les ancres de marines tatouées sur les doigts enlacés. La force de l’amour, dirait-on vient de l’intérieur des amoureux et pas d’une contrainte extérieure.
Certes ; mais ce qu’on voudrait savoir c’est si l’autre qu’on aime est bien la cause de la joie que nous éprouvons à être avec lui. Et ça, pour Spinoza, l’intuition ne suffira pas : ça demande à être vérifié !
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(1) Ajoutons que cette citation provient des Eléments de philosophie et non des Propos.
(2) Rappelons que pour Spinoza, la Joie est « le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection » (III, 2) Sur l’amour chez Spinoza on peut lire ceci.
(3) Une légende raconte qu’un jour une tortue fut capturée par des villageois d’Afrique qui en étaient très friands – et que ce même jour un missionnaire débarqua dans le même village. Du coup les habitants conçurent l’idée que ces deux évènements étaient liés et attendirent impatiemment la venue d’un nouveau missionnaire dans l’espoir de pourvoir capturer de nouveau une tortue. C’est un exemple d’induction hâtive.

Wednesday, January 04, 2017

Citation du 5 janvier 2017

…Mes petits enfants, (…) je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres
Evangile de Jean 13, v. 33-34
Nous n’arrivons pas à l’humanité par étapes, en traversant la famille et la nation. Il faut que, d’un bond, nous nous soyons transportés plus loin qu’elle et que nous l’ayons atteinte sans l’avoir prise pour fin, en la dépassant. Qu’on parle d’ailleurs le langage de la religion ou celui de la philosophie, qu’il s’agisse d’amour ou de respect, c’est une autre morale, un autre genre d’obligation.
Bergson – les deux sources de la morale et de la religion.

1 – Peut-on aimer sur commande ?
« Aimez-vous les uns les autres » : ce commandement peut quand même surprendre, car il s’agit d’un commandement d’aimer : peut-on aimer sur commande ? Même Kant reconnaît que le devoir d’aimer son prochain nous invite non pas à l’aimer d’un amour de sentiment – charité d’affection – mais à pratiquer envers tout être humain une charité d’action : rendre le bien pour le mal, faire du bien aux autres, un tel amour a sa source non pas dans la sensibilité mais dans la volonté (1).
2 – Pourquoi obéir à ce commandement ?
L’idée simple est que ce commandement émane de Dieu qui est le fondement de toute valeur : il suffit que Dieu existe pour qu’on n’ait pas à se poser la question du « pourquoi ».
- Reste que Jésus ajoute à ce commandement l’invitation à suivre son exemple, celui de sa vie : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ». Et on peut dire qu’il nous montre ce que c’est qu’aimer les hommes : c’est se sacrifier comme il le fait pour eux tous quels qu’ils soient. Mais, philosophiquement son rôle ne s’arrête pas là : il est un exemple qui nous pousse vers lui, ou plutôt qui nous attire et nous donne la passion de le suivre, passion dont la morale ouverte de Bergson a besoin pour exister (2). Tel est le rôle du « héros » dont l’appel résonne en nous de façon impérative : qu’il soit Jésus ou Socrate, il nous invite à voir en tout être humain, un homme pourvu des qualités de l’humanité, puisqu’il est un enfant de Dieu ou être doué de raison.
3 – Dans quelle mesure l’humanité est-elle digne de respect ?
On peut donc considérer que ce devoir repose sur la reconnaissance de l’autre comme membre de l’humanité dont il partage en totalité la nature. Le croyant qui aime son Dieu aime donc également les hommes qui sont ses créatures. Le philosophe aime les qualités humaines, qu’elles soient incarnées par la raison ou par la sensibilité humaniste. Simplement pour parvenir à voir en chaque humain si cruel ou débauché soit-il un enfant de Dieu et de la Raison, il faut d’abord avoir pris conscience que l’humanité est la valeur suprême, intuition que ne résulte pas d’une addition des individus mais bien que, d’un bond, nous l’ayons atteinte sans l’avoir prise pour fin, en la dépassant.
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(1) Le texte de Kant (Critique de la raison pratique), assorti d’un commentaire éclairé est cité ici. (Blog de Simone Manon)

(2) Sur la morale ouverte on peut poursuivre la lecture de  ce commentaire également de Simone Manon. N’oublions pas, soit dit en passant, la religion ouverte.