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Friday, July 25, 2014

Citation du 26 juillet 2014



Le seul moyen de se délivrer d'une tentation, c'est d'y céder. Résistez et votre âme se rend malade à force de languir ce qu'elle s'interdit.
Oscar Wilde – Le Portrait de Dorian Gray
Cette citation est devenue un classique – au même titre que « Je résiste à tout sauf à la tentation » - au point que je croyais l’avoir déjà évoquée.
Toutefois, ce « classique » est souvent tronqué, et on oublie la justification qui suit : Résistez et votre âme se rend malade à force de languir ce qu'elle s'interdit. 
Car on pourrait dire : si vous succombez à la tentation, elle va prendre possession de votre âme, et comme une drogue, s’y installer et vous demander de lui accorder toujours plus. Mais voilà : selon Oscar Wilde, ce qui importe, ce n’est pas tant l’effet de la tentation que celui de l’interdiction qu’on s’inflige.
--> Ce n’est pas seulement ce qui se passe quand on s’autorise à consommer ce qu’on s’était interdit qui importe ; ce qui compte aussi, c’est quel est le prix à payer pour avoir voulu résister. Ne risquons-vous pas d’être obsédé par l’objet de notre désir interdit, au point de ne plus pouvoir penser à autre chose ?
On a fait il est vrai l’éloge de l’interdit : c’est lui qui fortifie notre âme, il est le rempart de notre personnalité, il nous guide, nous oriente et nous permet de progresser dans le bon chemin. Mais s’il arrive qu’il nous bloque et nous empêche de vivre normalement ?

- Voyez plutôt les célèbres tentations de Saint Antoine : vivant en ermite dans le désert, le voici assailli par le démon qui lui donne des visions obscènes, telles que celle-ci :


Félicien Rops – La tentation de Saint-Antoine (1)
On voit qu’Oscar Wilde est bien en dessous de la vérité quand il parle d’âme qui se languit. C’est  à la folie que l’abstinence nous conduit. Et je suppose même que les plus respectables de nos religieux ont un jour ou  l’autre quitté la voie de l’ascétisme sexuel – comme notre cher Abbé Pierre – et cela non par lubricité, mais pour pouvoir continuer leur œuvre sainte.
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(1) J’avais déjà évoqué cette œuvre dans l’examen de crucifixions blasphématoires (ici et )

Sunday, August 25, 2013

Citation du 26 août 2013


Il y a fort à parier que si l’acte sexuel dépendait de l’excitation et du plaisir de la femme comme il dépend de ceux de l’homme, l’espèce humaine aurait depuis longtemps disparu de la planète.
Isabelle Sorente – L
Il serait très injuste de limiter notre emprunt à Isabelle Sorente à cette citation. Nous y reviendrons prochainement.
Il suffit de voir l’accouplement des animaux – en particulier des félins – pour songer comme Isabelle Sorente que c’est le mâle qui l’impose à la femelle. Transposé chez l’homme, certains en feront une expression de l’égoïsme du mâle qui prend son plaisir sans se soucier de celui de sa partenaire. C’est vrai mais insuffisant : si le l’homme est par sa nature physique plus fort que la femme, si chez lui la sexualité est couplée avec l’agressivité, c’est pour que l’acte fécondateur soit découplé des aléas de l’entente entre un homme et une femme. Qu’un soudard viole une femme, la nature n’y voit aucun inconvénient, du moment que ça peut produire un enfant.
Du coup voici que l’acte sexuel est rabattu sur sa fonction reproductrice ; on le considère (ainsi que le faisait Schopenhauer) comme l’irruption d’une exigence de l’espèce dans la vie individuelle. Coûte que coûte, il faut se reproduire pour que l’espèce survive.
Et le désir féminin, n’existe-t-il donc pas ? N’est-il donc pas naturel lui aussi ? Certes, mais il n’est alors qu’une ruse de plus de l’espèce pour faciliter la réalisation de son but : comme le nectar de la fleur ne sert qu’à attirer l’insecte fécondateur, l’excitation et le plaisir féminin vont faciliter l’acte reproducteur, en particulier quand le mâle est petit, maigrichon et mal foutu – bref, pas de taille à s’imposer.
- Et le sentiment amoureux alors ? Peut-on croire que l’espèce y trouve son compte ?  On sait bien que les hommes vont être amoureux des femmes aux gros nichons – favorables imagine-t-on à l’allaitement du petit. Y a-t-il  donc chez l’homme quelque chose qui déclenche l’amour féminin, quelque chose qui ait à voir avec la reproduction de l’espèce ? Les enquêteurs qui se sont penchés sur la question ont conclu que ce qui séduit les femmes, ce qu’elles regardent en premier chez l’homme, ce sont ses fesses, parce que ce sont elles qui vont donner de la force au coup de rein fécondateur – Je n’en crois rien.
Je retiens plutôt cette idée que l’amour est subversif : il est ce par quoi l’individu se libère de l’emprise de la nature. On le proclame aveugle parce qu’il est irrationnel eu égard aux exigences de la reproduction. Oui et tant mieux : car si on s’en tient à la logique de la Nature, il n’y a pas de différence entre Roméo qui fait l’amour avec Juliette et le soudard qui viole une femme.
… Oui, mais : Juliette est morte vierge. La virginité est le triomphe de l’amour : le seul moyen de l’emporter sur le déterminisme de l’espèce, c’est de refuser l’acte sexuel (1). Les vrais amoureux sont ceux qui se tiennent par la main, et qui, les yeux dans les yeux s’abstiennent fureter sous les vêtements de leur bien-aimé(e).
L’abstinence est le triomphe de l’individu. Elle est résistance à l’appel de la nature.
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(1) Et la pilule donc ? Oui en effet, vue comme ça elle est un acte éminemment subversif.

Saturday, February 16, 2013

Citation du 17 février 2013



Chasteté. Celle qui la pratique possède une armure d'acier.
John Milton (1608-1674)
Pour commenter une citation, il ne faut pas la redire avec d’autres mots : ça, c’est paraphraser.
Non – Commenter, c’est lire entre les lignes ou entre les mots pour combler les vides qu’on y trouve. Parfois il suffit même de montrer qu’il y en a.
Ainsi de cette citation, qu’on peut lire de deux façons différentes :
- L’une, de façon parodique : une femme ne peut rester chaste que si elle porte une armure d’acier. Pas de chasteté sans ceinture de chasteté.
- L’autre, de façon morale : la pratique de la chasteté produit une résistance analogue à celle que procure une armure véritable.
Oui, mais – Résistance à quoi ?
Le voilà le trou à combler. Après l’avoir dégagé, employons-nous à le remblayer.
L’idée c’est que l’abstinence sexuelle (on admettra que la chasteté signifie cela) renforce de façon extraordinaire la résistance de l’être humain. Même les guerriers ont besoin de s’éloigner des femmes avant de courir à l’exploit. Quant aux guerrières on sait que les Walkyries étaient vierges.
Autrement dit, Freud n’aurait fait que rabâcher ce qu’on sait depuis très longtemps : il n’y a qu’une source d’énergie dans l’être humain, c’est l’énergie sexuelle. Tout effort, qu’il soit physique ou moral est prélevé sur cette source.
- Le héros saura la détourner vers son œuvre héroïque, et pour cela il se préservera de tout ce qui peut la gaspiller en jouissance.
-  Le débauché se reconnaitra à ce qu’en-dehors de la luxure il n’a aucune énergie pour quoique ce soit.
- Et nous ? Qu’en pensons-nous ? Après l’amour, la mollesse nous envahit-elle ? Nos bras, nos jambes, notre cerveau même, sont-ils aussi flaccide que notre Organe ? (1)
Regardez Siegfried : quand il se précipite dans le feu pour délivrer d’un baiser Brünnhilde (une Walkyrie, justement) : quelle force, quel courage ! Aurait-il le même élan après une nuit de folie entre ses bras ?
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(1) On dira que les femmes ne subissent pas la même chute de potentiel que les hommes, et donc que la chasteté chez elles n’a pas les mêmes effets. C’est un sujet sur lequel je reviendrai un jour prochain – peut-être.

Wednesday, May 23, 2012

Citation du 24 mai 2012


Aujourd'hui encore je n'attends rien que de ma seule disponibilité, que de cette soif d'errer à la rencontre de tout, dont je m'assure qu'elle me maintient en communication mystérieuse avec les autres êtres disponibles, comme si nous étions appelés à nous réunir soudain. J'aimerais que ma vie ne laissât après elle d'autre murmure que celui d'une chanson de guetteur, d'une chanson pour tromper l'attente.
Indépendamment de ce qui arrive, n'arrive pas, c'est l'attente qui est magnifique.
André Breton – L'Amour fou

Indépendamment de ce qui arrive, n'arrive pas, c'est l'attente qui est magnifique.
J’ai failli m’en tenir à cette seule phrase, mais je n’ai pu m’y résoudre : les volutes de la pensée de Breton ont bloqué ma souris au moment de cliquer sur « Delete »…
Si cette pensée me ravit c’est que j’y vois comme une métaphore de mon vagabondage sur le Net, à la recherche d’on ne sait quoi, mais qui est tellement précis que je sais que je l’ai trouvé dès que je le rencontre.
Ami(e)s blogeurs-blogeuses, n’est-ce pas cette errance-là qui vous pousse comme moi à rechercher ici ou là, comme en musardant, le message qui va sembler vous être destiné – à vous et à personne d’autre ? Et, au-delà des messages, les rencontres (même virtuelles) avec les messagers ne sont-elles pas la récompense de vos efforts ? Quel réconfort ! À force de les désirer, enfin, elles arrivent…
Mais André Breton remonte un cran plus haut : c’est qu’avant la communication réelle, il y a l’attente, qui crée une communication mystérieuse avec les autres – communication non pas virtuelle, mais « super-virtuelle » - et c’est elle qui rend la vie magnifique. Que ma vie soit remplie par la chanson de guetteur,  voilà ce qui devrait me suffire.
Comment comprendre cela sinon en affirmant que seul le désir est grand, bien plus que son assouvissement ? Breton c’est l’homme qui disait, dans Nadja, que la beauté est convulsive, comme une locomotive qui bondirait sur place dans la gare de … (j’ai oublié son nom).
On comprend ici qu’il ne faut pas interpréter cette image comme un fantasme orgasmique, mais bien comme ce qui annonce littéralement le voyage : ce qui est magnifique, c’est l’attente du voyage et non le voyage lui-même.
L’attente, comme le désir est un concentré d’énergie ; c’est pour cela qu’elle rend belle la vie.
Héhé… Mais dites donc : ne serait-ce pas un éloge de l’abstinence ça ?

Monday, January 09, 2012

Citation du 10 janvier 2012

…il est également vrai de dire que, toutes choses égales, ceux qui savent manger, sont comparativement de dix ans plus jeunes que ceux à qui cette science est étrangère. Les peintres et les sculpteurs sont bien pénétrés de cette vérité, car jamais ils ne représentent ceux qui font abstinence par choix ou par devoir, comme les avares et les anachorètes, sans leur donner la pâleur de la maladie, la maigreur de la misère et les rides de la décrépitude.
Brillat-Savarin – Physiologie du goût, 1825, p. 146.
Il y a peu (5/1/2012), nous désespérions les amateurs de bonne chair en leur suggérant que peut-être ça les allait les priver d’ardeur sexuelle.
Aujourd’hui, donnons la parole à la défense de la bonne chair – Brillat-Savarin (LA référence en matière de gastronomie) : l’abstinence est mauvaise pour la santé ; en particulier pour ceux qui suivent une règle impliquant des privations alimentaires.
Donc, si bien manger mène à la santé, alors ne doutons pas que ceux qui ont, grâce à ça, du bon sang rouge dans les veines, ne crachent pas sur la bagatelle.
--> Les peintres dit Brillat-Savarin représentent ceux qui font abstinence, comme les avares et les anachorètes, avec la pâleur de la maladie, la maigreur de la misère et les rides de la décrépitude. Brrr…
Vérifions :


Millet – La tentation de Saint Antoine.
Alors, c’est vrai : la Tentatrice est apparemment en meilleure santé que le Saint, qu’on prendrait facilement pour un moribond. D’ailleurs, je ne peux reproduire ici les tableaux illustrant cette Tentation, parce qu’ils sont trop nombreux, mais généralement Saint Antoine est représenté comme un vieillard dont on n’imagine pas qu’il puisse avoir de pareils fantasmes. Dans le cas de Saint Antoine, le miracle, ce n’est pas de résister à la tentation, c’est d’en être le siège.
Revenons à l’abstinence entendue comme refus de tout plaisir du corps. Pourquoi se priver de quelque chose qui apporte du plaisir ? Réponse : pour accéder à une plus grande moralité, où au salut de l’âme (1).
C’est donc un choix, qui suppose qu’à un moment on ait pris la balance et qu’on ait mis dans un plateau le tournedos Rossini (2), et dans l’autre, non pas une partie de pattes en l’air, mais le salut de son âme. Y pas photo, n’est-ce pas ?
Oui, mais ; si maintenant il s’agit de mettre dans un plateau la partie de patte en l’air et dans l’autre le salut de l’âme : si vous vous appelez Don Juan, vous savez déjà de quel côté la balance va pencher.
Ce qui prouve la supériorité du bas-ventre par rapport au le ventre.
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(1) Abstinence – Dans le domaine de la mor. ou de la relig. Action ou disposition permanente de la volonté consistant à se priver de certains biens ou plaisirs dans une intention de perfection mor. ou spirituelle. (TLF)
(2) Ici encore, voir post du 5 janvier

Saturday, October 29, 2011

Citation du 30 octobre 2011


Après la jouissance vient la tristesse (Post coitum omne animal tristis est)

Voilà un fait qui pourrait en surprendre quelques-uns : le blues post-coïtal était parfaitement connu de Spinoza, au point que la formule si célèbre « Post coitum animal triste » lui est due. Comme quoi, la philosophie a des ressources inespérées.
En réalité, Spinoza a écrit : Sed post illius fruitionem (= jouissance) summa sequitur tristitia (1). Donc, pas de coitum ? Pas d’animal triste ?
Si fait : Spinoza parle ici de volupté (libidinem), et on comprend bien de quoi il s’agit. Ainsi donc, l’esprit de cette citation (sinon sa lettre), est bien que le coït aboutit à un paroxysme qui introduit à la tristesse.
Tristesse : en terme spinoziste, ça veut dire que l’on perd en un instant tout ce qu’on avait gagné – ou cru gagner – immédiatement avant.
--> Et qu’est-ce qu’on avait gagné et qu’on perd immédiatement après l’orgasme ? Les messieurs répondront : une forme avantageuse, ce qui veut dire que le retour de la flaccidité est source de tristesse. Quant aux dames, j’ai lu quelque part qu’elles étaient indifférentes au processus de « blues post-coïtal », sauf quelques australiennes, ce qui mettrait en causes l’éducation… ou les hormones (voir ici). (2)
Bref : voilà un avertissement qui doit faire réfléchir : la sexualité au moment même où elle s’accomplit le plus parfaitement est source de tristesse et non de joie.
Mais quoi ? Spinoza était peut-être triste après l’amour mais est-ce une raison pour s’en passer ? Non, car si on doit rechercher le bien de l’âme ailleurs que là, ça ne veut pas dire qu’on n’en ait pas besoin pour la satisfaction de notre esprit – ou pour sa tranquillité.
Voilà l’idée : si on veut parvenir à une parfaite spiritualité, peut-être faut-il avoir déjà évacué certaines pulsions, et connu donc certaines tristesses – du reste fort temporaires.
Regardez ce qui est arrivé à saint Antoine ; voyez les effroyables hallucinations dont il a été victime du fait de son abstinence – n’aurait-il pas mieux fait de coïter un tout petit peu ? (3)
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(1) Citation complète : Nam quod ad libidinem attinet, ea adeo suspenditur animus, ac si in aliquo bono quiesceret ; quo maxime impeditur, ne de alio cogitet. Sed post illius fruitionem summa sequitur tristitia, quae si non suspendit mentem, tamen perturbat et hebetat. Honores ac divitias prosequendo non parum etiam distrahitur mens, praesertim ubi hae non nisi propter se quaeruntur, quia tum supponuntur summum esse bonum.
[Traduction : La volupté surtout enchaîne l'âme avec tant de puissance qu'elle s'y repose comme en un bien véritable, et c'est ce qui contribue le plus à éloigner d'elle toute autre pensée ; mais après la jouissance vient la tristesse, et si l'âme n'en est pas possédée tout entière, elle en est du moins troublée et comme émoussée. La poursuite des richesses ne divertit pas moins l’esprit, surtout quand on recherche les richesses pour elles-mêmes, car elle fait alors figure de souverain bien.]
(2) Si vous prenez la peine de lire le passage cité de Spinoza (§4) en entier (cf note 1) vous verrez que la poursuite des richesses est presque plus sûre pour atteindre le bien – sauf que le §5 vous avertit que la déception vous guette et qu’alors la tristesse est au rendez-vous. Post krachum, animal triste.
(3) Voir également ici