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Sunday, October 26, 2014

Citation du 27 octobre 2014



L'homme est un animal politique plus que n'importe quelle abeille et que n'importe quel animal grégaire.
Aristote Les Politiques (trad. Pierre Pellegrin), 1252b
L'homme n'était pas destiné à faire partie d'un troupeau comme un animal domestique, mais d'une ruche comme les abeilles.
Kant – Anthropologie du point de vue pragmatique
Peut-être Kant se rappelle-t-il de cette phrase d’Aristote ; en tout cas, comme lui, il estime que la vie collective s’organise selon deux schémas possibles :
- Soit comme dans un troupeau où chaque individu est en relation non avec les autres, mais avec le berger.
- Soit, comme dans une ruche, en composant un être collectif donc chaque individu est comme une cellule dans un tissu biologique.
Nous avons donc deux possibilités : soit exister pour un maitre ; soit exister pour la collectivité. Mais en tout cas exister-pour.
Avons-nous encore la même opinion ? Notre époque qui cultive si fort l’individualisme devrait choisir une autre métaphore : au lieu du modèle de l’abeille nous devrions opter pour la guêpe solitaire. Quelle est donc l’originalité de la guêpe solitaire ? Lisons la page Internet qui lui est consacrée : « Les guêpes solitaires vivent et travaillent seules : la plupart ne construisent pas de nids (c’est d’ailleurs ce point qui les distingue des guêpes sociales) ».
Du coup, on voit bien ce qui change par rapport au modèle d’Aristote : les individus solitaires travaillent seuls et pour eux-mêmes uniquement. Et nous ? N’est-ce pas aussi uniquement pour nous-mêmes que nous travaillons ? En produisant pour autrui, nous n’agissons que poussés par l’intérêt personnel (1). Si le boulanger n’avait pas souci de son profit, nous n’aurions pas de pain. Nous pouvons à présent lire de façon plus claire ces métaphores animales :
- Dans le troupeau chaque individu travaille pour le bénéfice du berger.
- Dans la ruche, chaque abeille travaille pour le bien de tous.
- Dans la nature, l’individu travaille pour lui-même uniquement, même s’il est contraint à travailler de concert avec les autres.
L’homme est le seul qui soit obligé de travailler pour les autres afin de satisfaire son intérêt égoïste.
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(1) C’est d’ailleurs ce que montrait la Fables des abeilles de Mandeville. Voir ce commentaire

Saturday, September 29, 2012

Citation du 30 septembre 2012



La diligente abeille n’a pas de temps pour la tristesse.
William Blake
L’homme doit être occupé de telle manière qu’il soit rempli par le but qu’il a devant les yeux, si bien qu’il ne se sente plus lui-même et que le meilleur repos soit pour lui celui qui suit le travail.
E. Kant – Réflexions sur l’éducation
Métaphore de l’abeille (suite)
Après l’abeille alchimiste (ici) et l’abeille productiviste (), voici l’abeille joyeuse – du moins, l’abeille qui n’a pas de temps pour la tristesse. L’abeille nous enseigne donc comment faire pour éviter la dépression et l’amertume : travailler sans relâche.
- Vous êtes chômeur et on vous plaint : non pas que vous soyez menacé de crever de faim, vous, votre femme et vos enfants – après tout il est toujours possible d’aller aux Restos du cœur.
On vous plaint parce que, de toute la journée vous n’avez rien qui vous détourne du souci de vous-même et vous évite les ruminations mentales.
--> Tentez le bénévolat : ça ne vous enrichira pas, mais au moins vous serez occupé – et éventuellement utile aux autres.
- Vous êtes retraité, et vous déprimez dur : vous vous sentez inutile, et les quelques occupations de la journée sont devenues des rituels dérisoires. Vous en êtes même à regretter vos anciens collègues et le manager-crétin que vous deviez supporter ?
--> Là aussi il vous faut, comme l’abeille industrieuse, retrouver le chemin du travail, prendre une activité complémentaire (ça va arrondir votre pension maigrelette) – ou bien vous aussi tentez le bénévolat : vous porterez les boites de petits pois aux Restos du Cœur : vous y rencontrerez des chômeurs et vous serez content de voir des gens plus malheureux que vous.
- Vous êtes prisonnier, désœuvré dans une cellule de 12 m2 avec trois autres détenus qui sentent des pieds et une vieille télé toute pourrie qui diffuse TF1 à longueur de journée. Ah… Si seulement on vous donnait un travail… Mais non : c’est justement ça votre punition.

Friday, September 28, 2012

Citation du 29 septembre 2012



De Démocrite : les gens parcimonieux (= avares) connaissent le sort misérable des abeilles : ils travaillent comme s’ils allaient vivre toujours.
Stobée - Florilège, III, XVI, 17)
Métaphore de l’abeille (suite)
Il appartenait à l’antiquité grecque de déprécier le travail de l’abeille en le comparant au travail d’un être vicieux et  absurde : l’avare.
Qu’est-ce que l’abeille et l’avare ont en commun ? De travailler comme s’ils devaient vivre éternellement. Tous deux amassent par leur travail beaucoup plus qu’ils ne devraient pour satisfaire simplement leurs besoins. 
Et c’est vrai : pourquoi les abeilles font-elles tant de miel ? Je veux dire que si nous pouvons leur en prendre tant – et nous ne sommes pas les seuls : les ours le font depuis la nuit des temps – c’est bien parce qu’elles en ont fabriqué beaucoup plus qu’il n’en fallait pour se nourrir.
C’est un mystère pour moi qui ne suis ni entomologiste ni apiculteur ; et c’est un mystère également pour la pensée grecque pour laquelle les insectes n’agissent que poussés par la nature. Or, comme le disait Aristote : « la nature ne fait rien en vain » : donc pas de travail qui ne soit justifié ; et quelle justification pour le travail sinon les besoins à satisfaire ?
Travailler sans besoin, ou au-delà des besoins, sans y être contraint comme l’esclave, c’est aller contre une loi de la nature, et c’est donc bien une perversion.
On voit que Rousseau se trompait qui considérait que seul l’homme peut être un animal dépravé (1) : l’abeille l’est également et ici la métaphore éclairante s’inverse : c’est l’homme (= l’avare) qui éclaire la nature de l’abeille et non le contraire.
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(1) « L’homme qui médite est un animal dépravé. »  – Discours sur l’origine de l’inégalité

Thursday, September 27, 2012

Citation du 28 septembre 2012



L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.
Henryk Sienkiewicz – Sans dogme (1891)
Métaphore de l’abeille.
On attribue aux abeilles toutes sortes de vertus, comme ici de transmuter l’amertume en sucre.
Belle histoire mais qui est fausse et surtout qui nous fait perdre de vue l’essentiel : les fleurs fabriquent du nectar qui ne leur sert à rien (directement), mais qui attire les abeilles, qui vont les féconder. Les abeilles fécondent les fleurs en y pénétrant  ce qui ne leur sert à rien non plus sauf qu’elles font cela pour récolter le nectar (1).
--> La métaphore utile est donc celle-ci : les échanges doivent être gagnant-gagnant et pour cela il faut accepter de faire aussi ce qui ne nous est pas directement utile. On ne peut tout gagner et ne jamais rien perdre, et l’art de la négociation doit forcément intégrer ce paramètre.
On voit qu’il s’agit d’une situation qui fait la part belle à la théorie des jeux – sauf que contrairement au postulat de la théorie des jeux (2), ni la fleur, ni l’abeille ne calculent leur profit. Et pourtant ça marche : la fleur en fabriquant le nectar produit ce qui ne lui sert à rien dans le processus de reproduction – du moins directement : le nectar n’est pas une étamine, et il n’est pas non plus un pistil. Mais comme tout cela  ne fonctionne qu’à condition d’être fécondé, alors il faut bien que quelqu’un s’en charge, et c’est l’abeille qui va faire le petit facteur en portant le pollen mâle dans le pistil femelle. D’où le profit de la plante : c’est une partie de billard à trois bandes. Et c’est le même schéma qui explique comment l’abeille, en butinant pour son propre bénéfice, fournit à la fleur ce qu’elle attendait.
La métaphore de Sienkiewicz bien qu’elle soit en toute rigueur fausse n’en n’est pas moins riche d’une intuition importante : le miel est un produit que la fleur ne contenait pas, qui est élaboré par l’abeille au cours d’un processus fait d’ingurgitation et de régurgitation successifs, afin de le mêler à des sucs digestifs variés.
… Reste que si mon âme doit faire la même chose pour transfigurer ses états d’amertume en pensées lumineuses, moi j’hésite. Rien qu’à savoir ce que l’abeille doit faire pour fabriquer du miel, je sens que mes tartines de miel ne passent pas.
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(1) Bien sûr, c’est la même chose qui se passe pour la sexualité humaine.
(2) « La théorie des jeux est un ensemble d'outils pour analyser les situations dans lesquelles ce qu'il est optimal de faire pour un agent (personne physique, entreprise, animal, ...) dépend des anticipations qu'il forme sur ce qu'un ou plusieurs autres agents vont faire » Wikipédia

Saturday, March 17, 2007

Citation du 18 mars 2007

Ce qui n'est point utile à l'essaim, n'est point utile à l'abeille.
Montesquieu
Est-ce que c’est la ruche qui vit pour l’abeille ou l’abeille qui vit pour la ruche ? Faut-il penser aux autres - à tous les autres - avant de penser à soi-même ?
Mandeville (1) pense que c’est l’individu, poursuivant ses intérêts propres, qui fait la prospérité de la société. Dans la Fable des abeilles (2) il imagine la société sous la forme d’une ruche, dont les abeilles, vicieuse et corrompues assurent pourtant, par leur activité destinée à satisfaire leurs vices, la richesse de la ruche. Lorsque Jupiter, outré par tant de débauche, les transforme en abeilles vertueuses, alors l’essaim périclite. Vices privés, bien publiqueprivate vices, publick benefits »), tel est le sous-titre de cette fable dont la publication en 1714 a fait un énorme scandale, et dont Montesquieu se rappelle peut-être dans cette citation (3).
La question du rapport entre les intérêts individuels et la politique a été réactivée avec la démocratie participative de la candidate socialiste. La démocratie participative consiste à demander aux « vrais gens » de décrire leurs « vrais problèmes ».
Ecoutons-les.
- Moi, je ne trouve pas de crèche pour mon bébé, et je dois reprendre mon travail dans 1 mois. Faites plus de crèches SVP.
- Merci Maya, ce que vous me dites est très important. Si je suis élue présidente, je ferai une grande loi sur la famille, intégrant le doublement du nombre de places dans les crèches et un vrai salaire maternel pour les femmes qui choisiront de se consacrer à leur enfant.
- Attention à ne par oublier les seniors ! Bientôt, les retraites ne suivront plus la hausse du coût de la vie ; si on ne peut pas tout financer, il faut être au moins être juste avec les anciens sans qui les nouveaux n’existeraient pas !
- Doucement ! On ne va pas déclencher un conflit dans la ruche : il faut que chacun y trouve son compte. Ce sont des réformes gagnant-gagnant que je veux. Plus de vieux riches, ça veut dire plus de consommateurs donc plus de producteurs et plus de travail. Plus d’enfant ça veut dire l’espoir d’avoir plus tard plus de cotisants pour les caisses de retraites.
Voilà : quant à moi, je ne cherche pas ici à savoir si c’est sérieux ou bien si c’est un discours pour endormir les électeurs. Ce que je dis, c’est qu’aujourd’hui, contrairement à ce qu’avait cru Rousseau, ce n’est pas la considération du bien public qui motive le citoyen, mais la revendication de la satisfaction de ses désirs égoïstes : Mandeville avait vu juste. Ce n’est pas avec des promesses vertueuses sur le bien public qu’on va faire marcher la société. Car ce qui compte, c’est qu’on est près à faire n’importe quoi pour avoir une jouissance, et c’est là qu’on nous attend pour nous faire contribuer au bien être des autres : taxes ! Sur le tabac, sur l’alcool, sur les jeux…
… et s’il n’y en a pas sur la fornication, c’est qu’on n’a pas su comment faire.
(1) Sur Mandeville, voir c eci
(2) A lire ici la traduction française
(3) Toutefois, il suit ici le chemin inverse : il va de l’essaim à l’abeille et non pas de l’abeille à l’essaim.