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Friday, October 21, 2016

Citation du 22 octobre 2016

Je sais que la vie vaut la peine d'être vécue, que le bonheur est accessible, qu'il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner à ce qu'on aime avec un abandon total de soi.
Romain Gary
« Abandonner » quelqu’un est une expression qui prend sens dans un contexte objectif.
En revanche, « s’abandonner à » quelqu’un a une valeur située aux confins de la psychologie et de la morale : « Quand on s'abandonne, on ne souffre pas. Quand on s'abandonne même à la tristesse, on ne souffre plus. » dit Saint-Exupéry (Cf. citation du 27 juin 2008).

On aura reconnu l’attitude si souvent vantée de nos jours sous le vocable du « lâcher prise ».
Pour « lâcher prise » il faut accepter de rejeter la survalorisation du moi, l’effort pour le mener et le maintenir au premier rang dans la compétition des egos, et ne plus chercher à se valoriser par rapport aux autres. Lâcher prise c’est se fondre dans le monde, un peu comme avec les philosophies orientales qui prônent l’oubli de soi et l’effacement de ses limites (1).
J’ai toujours eu des réticences avec cette recette de bonne vie : comment admettre qu’il vaille mieux renoncer que lutter ? Et puis, n’est-ce pas une resucée de stoïcisme sans la philosophie de la nature qui va avec ? En réalité, je veux bien lâcher prise, m’abandonner, mais pas n’importe quand ni avec n’importe qui.
« Se donner à ce qu'on aime avec un abandon total de soi. » dit Romain Gary, soulignant qu’on ne peut faire cela qu’avec amour et même que cet abandon est le signe de l’amour.
Là, je suis plutôt d’accord : c’est l’amour qui donne la confiance nécessaire pour s’endormir aux côtés d’un amant. La pire trahison n’est-elle d’être abandonné pendant notre sommeil ? Le pire n’est-il pas d’être délaissé par celui auprès du quel nous nous sommes abandonnés ? Telle est la force prise par cette publicité où l’on voit un beau marin quitter le lit où gît le corps ensommeillé de la femme avec la quelle il vient de passer la nuit. Il part sans même se retourner – cruelle trahison. (2)
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(1) Eventuellement on pourra consulter ceci.

(2). Il s’agit de la pub pour « Le Mâle » – Eau de toilette signée Jean-Paul Gaultier. Un classique de la pub ! Voir ici

Wednesday, August 04, 2010

Citation du 5 août 2010

Dieu veut être cherché pour lui-même. En ce sens il est jaloux, il vous veut tout entier ; mais quand vous vous êtes donnés à lui, jamais il ne vous abandonne...

Balzac – Seraphita

Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous lâcher.

Cioran – De l'inconvénient d'être né

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné !

Evangile (Matthieu – 27,46 ; Marc – 15, 34.)

Voir aussi Psaume 22,2

Dieu n’abandonne jamais ceux qui se sont donnés à lui… mais il en a le pouvoir.

Nous avons là une des problématiques la mieux connue de la théologie : comment en Dieu, qui est infiniment bon et infiniment puissant, puissance et bonté peuvent elles coexister sans se détruire ? Car, n’est-ce pas, être infiniment puissant, c’est pouvoir tout faire, même ce qui contredit à l’infinie bonté.

… D’ailleurs, qu’est-ce qui dit que Dieu n’abandonne pas ceux qui l’ont trouvé ? D’où Balzac tire-t-il sa certitude ?

Mais, pour commencer, comment savons-nous que Dieu nous a abandonné ? A quoi est-ce que ça se sait ?

Il y en a un qui sait ce que veut dire d’être abandonné par Dieu : c’est Jésus, Son Fils.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ! » (1). Sans entrer dans les détails qui font la grandeur terrifiante des 7 dernières paroles du Christ en croix, on pourrait reprendre la formule de Cioran à son propos : les hommes ne peuvent que nous quitter, c'est-à-dire nous laisser dans la solitude, Dieu a celui de nous abandonner – complétons : parce qu’il est Notre Père.

- Là encore, permettez que je laisse de côté l’aspect sacré pour me cantonner au profane : et si l’abandon consistait à revivre le traumatisme subi par l’enfant qui se croit abandonné de ses parents ? Le pouvoir d’abandon de Dieu, n’est-ce pas celui du père et (surtout) de la mère, tel que le petit en a l’expérience ? Freud le rappelle : dans les traumatismes de l’enfance, il y a celui du départ de la mère (départ certes provisoire, mais vécu comme définitif), que seul des substituts progressivement élaborés permettront de surmonter (2).

L’expérience de l’abandon, ce qui en est la marque incontestable, c’est la mutilation. L’enfant qui pleure le départ de sa mère, ne pleure pas seulement parce qu’il a peur et qu’il se sent en insécurité. S’il pleure au départ de sa mère, c’est parce qu’avec elle, c’est une part de lui-même qui disparaît. Autrement dit, s’il pleure c’est qu’il se sent faire partie de sa mère, qu’il est encore dans l’expérience de l’indifférenciation.

- Etre abandonné, c’est donc faire l’expérience de la non-différenciation, par la quelle autrui porte en lui quelque chose de nous-mêmes (3).

On comprend dès lors pourquoi Dieu, le Père universel ait, lui et surtout lui, le pouvoir de nous abandonner.

Quand à moi, je suis tranquille : je suis né sous-x…

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(1) À partir de la 6ème heure, l'obscurité se fit sur toute la terre. Et vers la 9ème heure Jésus clama en un grand cri: "Eli, Eli, lema sabachtani?" C'est-à-dire :"mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?"

(2) Je pense bien sûr au jeu du fort-da.

(3) On comprendra alors l’extraordinaire détresse de l’amoureux abandonné de sa bien- aimée – et réciproquement : les opéras sont plein de ces chants de détresse féminins : qu’on pense au lamento de Didon et au chant bouleversant cette pauvre madame Butterfly, qui guette sur la mer calmée le retour de l’infidèle……

Saturday, December 12, 2009

Citation du 13 décembre 2009


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La pudeur n'est qu'un artifice qui confère plus de valeur à l'abandon.
Henri de Régnier – Lui ou les Femmes et l'Amour
Qui était Henri de Régnier ? Un poète si j’en crois Wikipédia et c’est l’excuse qu’on peut lui trouver pour avoir écrit cette phrase… En tout cas je peux vous dire qu’elle ne plaît gère au philosophe, sauf s’il fréquente assidûment Kierkegaard (1).
Qu’est-ce donc que la pudeur ? Certain n’y voient donc qu’une résistance opposée au regard ou au toucher par autrui de son propre corps (2), une forme de refus considéré parfois comme un simple moyen de renforcer la jouissance du conquérant qui monte à l’assaut de la forteresse. C’est dans ce contexte que se situe notre citation : de combien de viols cette conception de la pudeur est-elle responsable ?
Lisez plutôt Merleau-Ponty, dans ce texte un peu technique mais si clair en même temps (voir ici) : la pudeur est le refus de devenir un simple objet pour l’autre, elle est une volonté de soustraire son corps au regard de l’autre afin de ne pas devenir un objet (3). La pudeur c’est donc la volonté de rester une conscience en présence de la conscience de l’autre.
- Prenez par exemple une confession impudique : La vie sexuelle de Catherine M. l’ouvrage scandaleux de Catherine Millet. Quand j’ai lu ça je me suis d’abord demandé pourquoi publier un pareil ouvrage : masochisme ? Besoin de payer ses impôts ? Désir d’acquérir la célébrité à bon compte ?
En fait l’essentiel n’est pas là. Catherine Millet, en décrivant ces scènes d’orgies, se place toujours au point de vue du spectateur – ou plutôt du narrateur. Certes, c’est son corps qui gît là, au milieu de tous ces hommes. Mais en même temps, elle est celle qui décrit le spectacle depuis un point de vue en surplomb, un point de vue qui englobe ceux pour les quels son corps est un simple objet de jouissance. Par là elle redevient un sujet, une conscience. A travers son écriture, elle reste libre et dominante, et du coup, c’est elle qui possède tous ces hommes qui la possèdent.
Bref : si vous voulez rester une conscience libre face à autrui, vous pouvez faire comme Catherine Millet ; mais avouez que la pudeur, c’est tout de même plus simple.
(1) La nature féminine est un abandon sous forme de résistance. Kierkegaard – Le journal du séducteur. (Voir Post 13-12-08). Et encore sommes-nous ici dans les méandres de la séduction.
(2) Nous laisserons de côté la pudeur morale, étant entendu qu’elle n’est probablement pas de nature très différence de celle qui affecte le corps.
(3) On croit que la femme seule est pudique : c’est une erreur. Si la pudeur est le refus d’être objet pour autrui, il n’y a aucune raison pour que l’homme ne soit pas lui aussi pudique.
Essayez donc de mettre la main aux fesses d’un homme pour voir. A moins d’être Miss France, vous risquez un sérieux retour de bâton.

Tuesday, May 23, 2006

Citation du 24 mai 2006

« On peut obtenir d’une jeune fille qu’elle n’ait qu’une seule mission pour sa liberté, celle de s’abandonner, qu’elle reconnaisse dans cet abandon son suprême bonheur, et qu’elle l’obtienne presque à force d’insistances, tout en restant libre… »

Kierkegaard - Le journal du séducteur

Le Maître Kierkegaard vous parle ; en langage d'aujourd'hui, il dirait ceci : « N’écoutez pas la publicité : la séduction, ce n’est pas une affaire de fesses, même bien galbées. La séduction est toujours métaphysique.»

Leçon de séduction N°1 : ne jamais être reconnu comme séducteur. Etre séduisant passe encore ; séducteur, jamais. Un véritable séducteur est toujours incognito.

Leçon de séduction N°2 : obtenir que la femme (ou l’homme) à séduire ait l’impression de séduire son séducteur ; qu’elle surmonte tous les obstacles, qu’elle prenne tous les risques pour s’abandonner à sa volonté, en croyant n’obéir qu’à la sienne, que sa soumission soit l’expression de sa liberté, l’objet de sa quête du bonheur. Bref, que de gibier elle devienne chasseur.

Leçon de séduction N°3 : dès que vous avez réussi à posséder votre conquête, abandonnez-là immédiatement, car vous n’aurez pas d’autre jouissance que cette possession. Voyez Don Juan : s’il accumule les aventures féminines ce n’est pas comme on le croit parfois parce qu’il cherche désespérément la femme dans les femmes ; et ce n’est pas non plus parce qu’une femme qui s’est abandonnée n’a plus rien à donner, comme si la découverte de son corps était la seule jouissance véritable à en espérer.

Non, la jouissance, c’est « qu’elle reconnaisse dans cet abandon son suprême bonheur, et qu’elle l’obtienne presque à force d’insistances, tout en restant libre ».

Et on ne peut s’abandonner qu’une fois (1).


(1) Pour la discussion de cette affirmation voir le post du 25 février (2ème commentaire)