Friday, October 21, 2016
Citation du 22 octobre 2016
Wednesday, August 04, 2010
Citation du 5 août 2010
Dieu veut être cherché pour lui-même. En ce sens il est jaloux, il vous veut tout entier ; mais quand vous vous êtes donnés à lui, jamais il ne vous abandonne...
Balzac – Seraphita
Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous lâcher.
Cioran – De l'inconvénient d'être né
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné !
Evangile (Matthieu – 27,46 ; Marc – 15, 34.)
Voir aussi Psaume 22,2
Dieu n’abandonne jamais ceux qui se sont donnés à lui… mais il en a le pouvoir.
Nous avons là une des problématiques la mieux connue de la théologie : comment en Dieu, qui est infiniment bon et infiniment puissant, puissance et bonté peuvent elles coexister sans se détruire ? Car, n’est-ce pas, être infiniment puissant, c’est pouvoir tout faire, même ce qui contredit à l’infinie bonté.
… D’ailleurs, qu’est-ce qui dit que Dieu n’abandonne pas ceux qui l’ont trouvé ? D’où Balzac tire-t-il sa certitude ?
Mais, pour commencer, comment savons-nous que Dieu nous a abandonné ? A quoi est-ce que ça se sait ?
Il y en a un qui sait ce que veut dire d’être abandonné par Dieu : c’est Jésus, Son Fils.
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ! » (1). Sans entrer dans les détails qui font la grandeur terrifiante des 7 dernières paroles du Christ en croix, on pourrait reprendre la formule de Cioran à son propos : les hommes ne peuvent que nous quitter, c'est-à-dire nous laisser dans la solitude, Dieu a celui de nous abandonner – complétons : parce qu’il est Notre Père.
- Là encore, permettez que je laisse de côté l’aspect sacré pour me cantonner au profane : et si l’abandon consistait à revivre le traumatisme subi par l’enfant qui se croit abandonné de ses parents ? Le pouvoir d’abandon de Dieu, n’est-ce pas celui du père et (surtout) de la mère, tel que le petit en a l’expérience ? Freud le rappelle : dans les traumatismes de l’enfance, il y a celui du départ de la mère (départ certes provisoire, mais vécu comme définitif), que seul des substituts progressivement élaborés permettront de surmonter (2).
L’expérience de l’abandon, ce qui en est la marque incontestable, c’est la mutilation. L’enfant qui pleure le départ de sa mère, ne pleure pas seulement parce qu’il a peur et qu’il se sent en insécurité. S’il pleure au départ de sa mère, c’est parce qu’avec elle, c’est une part de lui-même qui disparaît. Autrement dit, s’il pleure c’est qu’il se sent faire partie de sa mère, qu’il est encore dans l’expérience de l’indifférenciation.
- Etre abandonné, c’est donc faire l’expérience de la non-différenciation, par la quelle autrui porte en lui quelque chose de nous-mêmes (3).
On comprend dès lors pourquoi Dieu, le Père universel ait, lui et surtout lui, le pouvoir de nous abandonner.
Quand à moi, je suis tranquille : je suis né sous-x…
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(1) À partir de la 6ème heure, l'obscurité se fit sur toute la terre. Et vers la 9ème heure Jésus clama en un grand cri: "Eli, Eli, lema sabachtani?" C'est-à-dire :"mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?"
(2) Je pense bien sûr au jeu du fort-da.
(3) On comprendra alors l’extraordinaire détresse de l’amoureux abandonné de sa bien- aimée – et réciproquement : les opéras sont plein de ces chants de détresse féminins : qu’on pense au lamento de Didon et au chant bouleversant cette pauvre madame Butterfly, qui guette sur la mer calmée le retour de l’infidèle……
Saturday, December 12, 2009
Citation du 13 décembre 2009
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Tuesday, May 23, 2006
Citation du 24 mai 2006
« On peut obtenir d’une jeune fille qu’elle n’ait qu’une seule mission pour sa liberté, celle de s’abandonner, qu’elle reconnaisse dans cet abandon son suprême bonheur, et qu’elle l’obtienne presque à force d’insistances, tout en restant libre… »
Kierkegaard - Le journal du séducteur
Le Maître Kierkegaard vous parle ; en langage d'aujourd'hui, il dirait ceci : « N’écoutez pas la publicité : la séduction, ce n’est pas une affaire de fesses, même bien galbées. La séduction est toujours métaphysique.»
Leçon de séduction N°1 : ne jamais être reconnu comme séducteur. Etre séduisant passe encore ; séducteur, jamais. Un véritable séducteur est toujours incognito.
Leçon de séduction N°2 : obtenir que la femme (ou l’homme) à séduire ait l’impression de séduire son séducteur ; qu’elle surmonte tous les obstacles, qu’elle prenne tous les risques pour s’abandonner à sa volonté, en croyant n’obéir qu’à la sienne, que sa soumission soit l’expression de sa liberté, l’objet de sa quête du bonheur. Bref, que de gibier elle devienne chasseur.
Leçon de séduction N°3 : dès que vous avez réussi à posséder votre conquête, abandonnez-là immédiatement, car vous n’aurez pas d’autre jouissance que cette possession. Voyez Don Juan : s’il accumule les aventures féminines ce n’est pas comme on le croit parfois parce qu’il cherche désespérément la femme dans les femmes ; et ce n’est pas non plus parce qu’une femme qui s’est abandonnée n’a plus rien à donner, comme si la découverte de son corps était la seule jouissance véritable à en espérer.
Non, la jouissance, c’est « qu’elle reconnaisse dans cet abandon son suprême bonheur, et qu’elle l’obtienne presque à force d’insistances, tout en restant libre ».
Et on ne peut s’abandonner qu’une fois (1).
(1) Pour la discussion de cette affirmation voir le post du 25 février (2ème commentaire)