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Monday, July 18, 2016

Citation du 18 juillet 2016

Sème un acte, tu récolteras une habitude ; sème une habitude, tu récolteras un caractère ; sème un caractère, tu récolteras une destinée.
Dalaï Lama
Pour comprendre cet enchainement, commençons par expliquer ce que signifie « semer » :
« Semer : Répandre des graines sur la surface d'une terre préparée afin qu'elles y germent et y poussent » (TLF). Ainsi les semailles produisent une démultiplication de ce qu’on a déposé dans le sillon.

Appliquons :
            - L’habitude est une multiplication du même acte.
            - Le caractère d’un homme est fait de la multiplicité de ses habitudes.
            - Une destinée est le caractère passé à l’indéfini de la répétition.
Bien sûr on se trouve en dehors de la dialectique chère à Hegel : l’habitude n’est pas la négation de l’acte et le caractère ne transforme pas l’habitude. C’est en continu qu’on passe de l’un à l’autre, chaque nouvel élément provenant de la réitération du même.

Si l’on refuse cette vision, il faut alors
- Soit refuser de semer, entendez qu’on ne doit pas multiplier mais innover, inventer, créer à chaque instant. Que nous importe de produire en série ce qu’on sait produire à l’unité ?
- Soit définir autrement le caractère et la destinée. Ne pas voir en eux le simple produit de  la répétition, mais au contraire l’originalité la plus forte qui soit. Mon caractère est quelque chose d’inné, il m’est venu avec la vie, et si jamais j’ai des habitudes elle seront le produit de mon caractère et non l’inverse.

Quand à la destinée c’est se moquer de la voir comme une induration de mon caractère : là encore, si la destinée individuelle existe, c’est elle qui forge le caractère et non l’inverse. Mais je crois bien que le Dalaï Lama de croit pas à la destinée individuelle.

Sunday, September 20, 2015

Citation du 21 septembre 2015

L’action ne doit pas être une réaction mais une création.
Graffiti mai-68 (Fac de Censier)
1 – Observons pour commencer qu’il y a nécessairement des actions qui sont des réactions. Sans quoi on serait en perpétuelle rupture avec la réalité ambiante, chacun inventant sans cesse de nouvelles actions qui ne répondraient pas nécessairement à l’urgence du moment.
2 – En suite qu’il y a un moment pour la création et un autre moment pour la réaction. D’un côté, il y a des actes prévisibles dont toute la valeur tient à la perfection de leur réalisation et de leur à-propos. De l’autre, une nouveauté générée dans la solitude (même environnée de monde : le créateur est un solitaire), totalement imprévisible, même s’il reste encore opportun.
3 – Mais doit-on accepter qu’on parle d’une opposition systématique entre réaction et création ? Déjà, la création peut parfaitement être aussi une réaction à une sollicitation du milieu. Certains artistes ne se sentent inspirés que dans des circonstances très pressantes, comme un danger majeur ou une forte émotion (d’amour ou d’horreur – Guernica).
Mais surtout il ne faudrait pas minorer le côté improvisation de l’action courante. Même quand je réagis – par exemple verbalement à des propos tenus devant moi – il n’en reste pas moins que je peux inventer totalement une réponse, une répartie, bref : quelque chose que je ne savais pas dire l’instant d’avant et qui me vient je ne sais d’où.

L’improvisation dont nous parlons ici (= celle qui fuse dans une conversation) est bien une création, on ne peut en douter quand bien même elle n’aurait pas la valeur qu’on aime attribuer à ce qu’on crée ; elle est une création réagissant à la sollicitation et donc en situation, même s’il lui arrive d’être « inappropriée ». Enfin, elle est constante, même dans la conversation de tous les jours, à moins qu’elle soit faite de banalités de « coin de rue », un peu comme avec les dialogues des personnages de la Cantatrice chauve de Ionesco.

Saturday, March 28, 2015

Citation du 29 mars 2015

L’homme devient ce qu'il accomplit : les bonnes actions d'une existence antérieure améliorent les conditions de vie de l'existence à venir, tandis que de mauvaises actions les aggravent. Telle est la loi du karma.

L’homme devient ce qu'il accomplit : c’est pour cette belle formule que je puise cette Citation-du-Jour dans un article Wiki. Encore que j’aimerais laisser de côté cette interprétation de la loi du karma, avec son aspect « placement d’avenir » pour ne garder que l’aspect substantiel de l’action : elle ne change pas que le monde, elle change celui qui agit.
Certes cette vérité est largement connue et rappelée dans les dictons de la sagesse populaire (du genre : c’est en forgeant qu’on devient forgeron). Mais on doit penser que cet effet ne se borne pas à l’aspect pratique de l’apprentissage. Il porte aussi sur l’aspect moral : c’est la personnalité, l’âme peut-être, qu’on fabrique en même temps qu’on travaille ou qu’on agit.
Laissons de côté l’idée qu’il y aurait des gens qui se définiraient substantiellement à partir de leur activité : le boucher aurait finalement une âme de boucher, le vigneron une âme de vigneron, le professeur de latin, une âme de latiniste. Car, ce que vise le karma, c’est l’action morale : c’est elle qui caractérise notre vie morale, elle qui détermine notre personnalité, et du coup notre future réincarnation.

Moi, qui ne crois pas à grand chose, et en tout cas pas à la vie réincarnée, j’aime pourtant croire que nous sommes dès cette vie le produit de notre action. Le saint n’est pas forcément né « saint » ; par contre il le devient petit à petit. Le libertin n’a pas une âme de libertin à la naissance ; il l’acquiert peu à peu.
Notre liberté ne porte pas seulement sur notre action dans le monde ; elle va beaucoup plus loin, car elle a prise sur ce que nous sommes.

Nouvelle façon de dire que nous sommes responsables de nous-mêmes.

Monday, April 07, 2014

Citation du 8 avril 2014



Oignez vilain il vous poindra, poignez vilain il vous oindra. («Flattez vilain, il vous piquera ; piquez vilain, il vous flattera »)
Rabelais, Gargantua, chapitre 32
Cet adage est plus convenable qu'un autre, bien plus ancien et donc bien plus rude dans sa forme : "Oigniez a mastin [domestique] le cul, il vous chiera en la paume ".
Commentaire à propos de l’affaire Leonarda
1 – Cet adage nous est rappelé par un commentateur politique moderne, qui critique ainsi François Hollande pour son attitude dans l’affaire Leonarda. Voyez comment on considère la jeune roumaine dans notre pays … dit « pays des droits de l’homme » : à croire que les Roms n’en sont pas.
--> On en pensera ce qu’on en voudra ; reste que Rabelais manie ici la litote – ce qui est sans doute une surprise
2 – Maintenant, n’oublions pas le contexte du chapitre 32 du Gargantua : nous sommes au début de la guerre picrocholine, et le traitre Toucquedillon excite Picrochole par ses propos venimeux. Alors que Grandgousier avec magnanimité avait voulu, en dédommageant les fouaciers, éviter la guerre, il ne récolte que mépris et menaces. (1) Situation que Rabelais commente ainsi : « Voilà ce que c’est, les bons traitements et la familiarité que vous leur avez précédemment témoignée vous ont rendu méprisables à leurs yeux : flattez vilain, il vous piquera ; piquez vilain, il vous flattera. » (Translation en français moderne – Pour le texte original voir ici)
--> Pour avoir la paix il ne suffit pas d’être pacifiste.
3 – On arrive alors à une idée plus évidente et qui est en même temps beaucoup plus générale : il est vrai que la générosité et la familiarité peuvent se retourner contre leur auteur en étant comprises non pour ce qu’elles sont – une pure bonté – mais plutôt comme signe de faiblesse et de médiocrité. Toutefois il s’agit ne pas de les exclure, mais plutôt d’adapter sa conduite à ceux envers qui on l’adopte.
Le principe à retenir est donc le suivant : quelles que soient nos intentions, nous devons savoir que notre conduite sera interprétée selon la nature des gens qui en sont les destinataires. C’est de cette interprétation qu’il faut tenir compte. On dit que cela n’est plus aujourd’hui que l’affaire des « communicants » ; ai-je bien compris ?
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(1) « …Picrochole ne répondit rien d’autre que ces mots : « Venez les quérir,  venez les quérir (les fouaces) ! Ils (= mes gens) ont belle couille et mole. Ils vont vous en broyer de la fouace ! » »
- A noter le jeu de mot : Mole signifie « la meule » et Couille peut aussi vouloir dire « le mortier ».

Tuesday, May 24, 2011

Citation du 25 mai 2011

L'action politique, à certaines heures, est comme le scalpel du chirurgien, elle ne laisse pas de place à l'incertitude.

François Mitterrand – Ma part de vérité

Roland Dumas raconte : à la veille de la guerre du Golfe (il est alors aux Affaires étrangères), Mitterrand le fait rentrer de vacances (nous étions au mois d’aout). Dès qu’il pénètre dans le bureau du président, Mitterrand lui dit : « Les Etats-Unis vont attaquer l’Irak. Que faisons-nous ? »

Dumas temporise et explique les avantages et les inconvénients d’une intervention militaire, compte tenu de l’équilibre des forces dans la région… Mitterrand le coupe : « Je ne vous demande pas de me faire un cours de Science-Po. Je vous demande : que faisons-nous ? ».

Alors Roland Dumas répond (c’est du moins ce qu’il écrit dans son livre) : « Président, les Etats-Unis sont nos alliés. Nous devons y aller ».

C’est cela qu’il est bon de se rappeler quand on porte un jugement sur les décisions politiques et sur l’intransigeance qui les oppose parfois aux contestations populaires. Comme le scalpel du chirurgien, l’action politique est sans retour – et comme le chirurgien, le chef politique peut se tromper. Mais ce qui les rapproche surtout c’est que l’hésitation – ou si on veut l’abstention – n’est pas pour eux une option.

Rappelons-nous l’époque où la médecine n’étant pas encore ce qu’elle est devenue, il arrivait que l’accoucheur demande au père : « La mère ou l’enfant ? » : hésiter, refuser de choisir, c’était la mort pour les deux. Eh bien la vie politique pourrait aussi passer par là. Choisissez : l’investissement des entreprises ou les salaires ? (1)

La démocratie, c’est quand le peuple demande à tenir lui-même le scalpel. Ou du moins quand il peut licencier le chirurgien qui n’a su sauver ni la mère ni l’enfant.

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(1) Je donnerais raison pour une fois à ceux qui ricaneraient en me lisant et qui ajouteraient : « Il a oublié les dividendes ! »

C’est vrai mais c’était un peu long de discuter pour savoir si ça aussi pourrait faire partie des choix politiques.