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Thursday, June 13, 2013

Citation du 14 juin 2013




Elle me fascine. Mais pas par sa beauté, par sa bêtise. On devrait inventer un verbe pour désigner l'imbécillité satisfaite de ce visage. Le verbe «joconder»!
Henri Troyat – Les Eygletière (1965)
Le mot du jour : Joconder  (verbe intr.) – Manifester par l’expression de son visage une parfaite imbécilité. Dans le salon de la Duchesse de Guermantes, une tasse de thé à la main, madame Verdurin jocondait devant tout un parterre d’invités venus de Saint-Germain. (1)
… Et revoilà la Joconde affublée des pires ridicules : certes, on ne lui dessine pas des moustaches, on ne l’imagine pas non plus noyée dans une foule de touristes ignares qui la photographient pour prouver qu’ils ont été à Paris ; on ne la transforme pas non plus en pin-up sexy. Non mais ce n’est pas mieux : on la considère comme le modèle de la parfaite imbécillité, la pire qui soit : celle qui est satisfaite d’elle-même.
Comment dire une chose pareille devant ce merveilleux tableau ? Avec quel regard Henri Troyat  la voit-il ? Quelles lunettes portait-il ?
Les mêmes que celles de Botero (Mona Lisa par Fernando Botero) ?
Parmi tous les pastiches aux quels a donné lieu le tableau de Leonard de Vinci, bien peu méritent intérêt. Celui de Botero a au moins le mérite qu’on en reconnaisse l’auteur au premier coup d’œil.
Mais surtout, ce que nous signale Botero, c’est que la Joconde doit être belle et que pour cela il faut qu’elle soit replète. Très replète même.
Que ceux d’entre vous qui ne seraient pas au fait de l’esthétique de Fernando Botero se reportent à ce blog : à propos cette statue de la Femme fumant une cigarette, on retiendra cette conclusion : You can keep your skinny Aphrodites and Venuses. Botero's "Woman Smoking a Cigarette" is the true Goddess of Love!
Voyez plutôt:

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(1) Je demande pardon aux proustiens pour avoir attribué à Marcel Proust cette phrase qu’il n’a pas écrite. Mais, n’est-ce pas la preuve de son génie que de nous avoir légué des personnages si vivants qu’à notre tour, nous parvenons à imaginer leurs aventures – celles-là même que leur auteur n’avait pas écrites ?

Thursday, November 25, 2010

Citation du 26 novembre 2010

Les robes des femmes, de tout âge et de tout pays, sont une simple variante de l'éternel lutte entre le désir reconnu de s'habiller et le désir caché de se déshabiller.
Lin Yutang
Goya – La Maja nue – La Maya vêtue (Musée du Prado)
Ce qui embellit le désert c'est qu'il cache un puits quelque part...
Saint-Exupéry – Le petit prince (1)
Courbet – L’origine du monde (Musée d’Orsay) – Terre érotique, peinture d’André Masson destinée à couvrir ce tableau de Courbet
Aujourd’hui, c’est jour de fête et d’abondance ! La Citation du jour vous offre 2 citations et 4 tableaux tout ça pour le même prix !
L’idée était qu’il fallait donner une confirmation à ces citations signalant l’importance du voilement/dévoilement dans le désir.
Il m’a semblé que ces tableaux en étaient la parfaite illustration, puisque tous deux (la Maja nue et l’Origine du monde) étaient primitivement masqués sous un autre tableau qui lui servait de couvercle : la Maya vêtue et Terre érotique de Masson étaient faits tout exprès pour cela. J’ai pensé qu’il était manifeste que ces œuvres avaient moins de valeur exposées – comme elles le sont aujourd’hui – au vu et au su de tout le monde, que lorsqu’elles n’apparaissent qu’après avoir été dévoilées.
Reste juste un petit doute : comme nous l’avions dit grâce à Roland Barthes (voir ici) l’érotisme nécessite une vibration, un aller et retour entre ce qu’on aperçoit et ce qui le cache. Or pour ce qui est de ces tableaux de Goya et de Courbet, rien ne signalait leur présence, puisqu’ils étaient soigneusement dissimulés sous leur tableau-couvercle. Et si celui-ci prenait un sens particulier grâce à ce qui était en-dessous, il n’en reste pas moins que ce sens demeurait caché pour celui qui ignorait justement ce qu’il y avait en-dessous.
Mais après tout ce n’est pas plus mal, car c’est une invitation à imaginer dans les musées que des images licencieuses se cachent sous tous les tableaux, même les plus corrects.
Tenez : moi, j’imagine que la Joconde est en réalité un couvercle qui masque derrière lui un autre tableau – une autre Joconde : voilà qui stimule l’intérêt pour les Musées… (2)
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(1) J’ai conscience qu’en établissant un rapport entre le Petit prince et le tableau licencieux de Courbet je ne vais pas me faire que des amis. Mais après tout, la liberté a toujours un prix et ce n’est pas la payer trop cher que de devoir, pour la gagner, perdre des adorateurs de vaches sacrées.
(2) La Joconde maintenant ! Et hop ! Quelques adorateurs de vache sacrée en moins.

Saturday, December 06, 2008

Citation du 7 décembre 2008

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Ce qui entend le plus de bêtises dans le monde est peut-être un tableau de musée.
Edmond et Jules de Goncourt – Idées et sensations (Extraits du Journal – 1866)
Qui donc ne s’est jamais ennuyé dans un musée ? Ennuyé au point de découvrir l’essence même du l’ennui, je veux dire cette espèce de vertige quand, face à ce qui est présenté comme le sommet de la création humaine, on ne ressent rien – un peu comme le mécréant confronté à la célébration de l’Eucharistie.
Mais cette expérience ne peut être faite que dans un musée vide – vide de visiteurs. Dès que ceux-ci abondent, dès qu’ils se sentent protégés par la masse, dès qu’ils sont en groupe, alors les voilà qui parlent. Un régal.
Ne soyons pas comme Flaubert et sans doute les Goncourt qui aimaient se délecter de la bêtise ambiante, celle qui confirmait l’irrécupérable nullité de monsieur Prudhomme, le modèle 19ème siècle du bourgeois triomphant.(1)
Mais quand même…
Moi, si j’étais un tableau du Louvre, j’aimerais être la Joconde. Et vous savez pourquoi ? Parce que les barrières de sécurité qui tiennent le public à plusieurs mètres de l’œuvre – et qui de ce fait assurent qu’on n’en verra rien, même si par chance on était au premier rang – m’assureraient de ne rien comprendre du bourdonnement confus des paroles prononcées par ces centaines de visiteurs groupés autour de moi.


(1) Monsieur Prudhomme de Henry Monnier : voir ici

Sunday, October 29, 2006

Citation du 29 octobre 2006

Ce n'est pas la passion qui détruit l'œuvre d'art, c'est la volonté de prouver.
André Malraux
De quoi parle-t-on ici ? Je ne crois pas qu’il s’agisse de la création de l’œuvre, et donc pas de l’artiste, mais bien plutôt du critique et de son discours sur l’œuvre d’art. Le critique d’art est un spectateur d’un genre un peu particulier dès lors qu’on comprend son discours comme référence normative.
Il y a alors deux façons d’envisager la critique : soit comme aboutissement d’une sensibilité particulière à l’art : ce que Malraux nomme la « passion ». Soit comme discours informé, doté de références académiques et scientifique. La passion appelle la passion, et le critique d’art s’expose au débat. En revanche, le discours rationnel réduit au silence par l’autorité de la preuve.
Malraux pointe ici une caractéristique essentielle de l’œuvre d’art : dans toute œuvre d’art il y a ouverture, dialogue entre l’œuvre et le spectateur ; si vous le détruisez, vous niez l’œuvre, parce que vous bloquez l’échange entre celle-ci et le spectateur. Si vous prétendez à la certitude scientifique, vous contraignez votre interlocuteur, s’il n’était pas d’accord avec vous, à se taire.
Voyez la Joconde : pourquoi est-elle le symbole de l’œuvre d’art par excellence ? Parce qu’aucun discours ne peut la contenir toute entière. Supposez un instant que les études sur l’histoire de l’art, sur le vie de Léonard, sur la personnalité de Mona Lisa aient fini par exprimer la totalité du sens de l’œuvre. Alors on pourrait le jeter au feu, on n’y perdrait rien puisque tout son sens aurait été recueilli dans des livres. C’est là ce qu’on appelle être iconoclaste. Par contre, voyez ce que Duchamp fait à la Joconde :

Iconoclaste ? Pas du tout : si je maudis la Joconde et si je détourne son image, si je la souille de graffitis, je produis encore un sens qu’elle m’a inspiré, je ne la détruis donc pas. (1)
(1) La différence de couleur entre ces deux œuvres résulte du fait que Duchamp à détourné non pas le Joconde elle-même, mais une carte postale la représentant. Si vous voulez taguer la vraie Joconde, celle du Louvre, ça reste à faire.