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Saturday, December 21, 2013

Citation du 22 décembre 2013



Je voudrais voir un peu Louis XIV face à un "assuré social"... Il verrait si l'Etat c'est lui !
Louis-Ferdinand Céline
Lorsqu’on parle de l’Etat, de qui parle-t-on ? De quoi parle-t-on ?
De l'organisation politique et juridique d'un territoire délimité par des frontières ? Sans doute, en ajoutant toutes fois – ce que fait Louis XIV – que le pouvoir souverain (et du souverain), garanti par ces frontières et constitué en autorité légitime est consubstantiel à l’Etat.
Seulement voilà : de l’Etat comme fait on en est venu à une conception fonctionnaliste de l’Etat. Au lieu de répondre à la question : Qui est l’Etat ? On demande aujourd’hui : Que fait l’Etat ?
- L’Etat peut faire usage – ou non – de son autorité : en Centrafrique l’absence d’Etat ruine le pays ; en Russie son omnipotence désole les citoyens.
- Mais aussi, l’Etat peut remplir une fonction de protection permanente des citoyens. Il peut réglementer leur vie en fonction de leurs besoins, leur assurant un code du travail acceptable ou un prix raisonnable de leurs lunettes. Il s’agit de la fameuse distinction entre le droit « à » et le droit « de » : lorsque le premier a été satisfait, on se tourne à nouveau vers l’Etat pour qu’il satisfasse le second.
On comprend bien que la remarque de Céline vise le caractère illimité du droit protecteur et providentialiste : même le souverain le plus puissant ne saurait y satisfaire, parce que les besoins sont devenus eux-mêmes illimités.
Les penseurs du 18ème siècle avaient opté pour un droit qui prenne en compte les besoins naturels (à ne pas confondre avec le « droit naturel ») : c’est que ces besoins-là sont limités et faciles à cerner. Mais il n’en va plus de même aujourd’hui. Par exemple, qui aurait cru que l’accès à des modes de communication (Internet, Haut-débit, etc…) serait compté comme un droit essentiel que le pouvoir doit garantir ?
Et demain ? De quoi parlera-ton en parlant des droits de l’homme et du citoyen ?

Sunday, July 29, 2012

Citation du 30 juillet 2012


Un gouvernement c’est comme un bébé. Un tube digestif avec un gros appétit à un bout et aucun sens des responsabilités de l’autre.
Ronald Reagan –Saturday Evening Post – 1965
Reagan était déjà en 1965 connu pour avoir embauché une équipe de gag-men qui écrivaient les vannes de ses interventions dans les médias.
Mais là avouez que ces gens-là ne se sont pas fatigués, parce qu’on connait bien cette définition du bébé (1). L’innovation, c’est simplement de l’avoir adapté à la gestion désastreuse des finances publiques par le gouvernement.
Traduisons : le pouvoir politique fonctionne comme une pompe aspirante et refoulante. Si elle aspire votre argent avec voracité par le moyen de l’impôt et des taxes, c’est pour le dissiper aussitôt sans efficacité par gabegie ou gaspillage et par investissements improductifs.
On aura reconnu une thèse familière du libéralisme économique et politique, qui considère que tout ce que fait l’Etat en matière de gestion est plus mal fait que si une entreprise privée s’en était chargée. Plus chère, moins efficace.
Nous allons je crois pouvoir vérifier si ces thèses sont vraies ou fausses. Lorsque les comptes sociaux (appelons comme ça, si vous le voulez bien, tout ce qui relève de la santé, des allocations familiales, des retraites etc…), seront mis en demeure de fournir un bilan positif, alors il faudra bien renoncer à faire appel à l’Etat, et demander au Privé de fournir ces prestations. Complémentaires santé, retraites complémentaire + rentes d’assurance vie… Ah ! J’oubliais : il n’y plus de place dans l’école de la République pour vos gamins : vous allez devoir financer leur école privée - il faudra bien mettre la main à la poche pour remplacer toutes ces prestations.
Puisque le libéralisme affirme que tout ce que fait l’Etat est moins bien fait que par le privé : faisons les comptes.
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(1) Certain préfèreront la formule plus explicite : « Un bébé, c’est un tube muni d’un hurleur à une extrémité et d’un échappement libre à l’autre »

Sunday, March 11, 2012

Citation du 12 mars 2012


Aux mains de l'individu, la force s'appelle crime. Aux mains de l'Etat, la force s'appelle droit.
Max Stirner
L’État consiste en un rapport de domination de l'homme sur l'homme fondé sur le moyen de la violence légitime (c'est-à-dire sur la violence qui est considérée comme légitime).
Max Weber – Le savant et le politique (voir ici)
On retrouve ici l’idée de Max Weber : l’Etat détient le monopole de la violence légitime. La police a des armes que le citoyen ne doit pas détenir, elle peut le priver de sa liberté, crime puni par la loi quand c’est l’homme du peuple qui le commet.
Mais Stirner va plus loin que Weber : l’usage de la force par l’Etat ne constitue jamais un crime. Le crime c’est faire ce qu’on n’a pas le droit de faire, et semble-t-il, l’Etat a tous les droits (dès lors qu’il en a la puissance).
On a déjà ici même (1) affronté ce problème et nous l’avons tranché en affirmant qu’il existait une légitimité que l’Etat perd quand il fait usage de la force au-delà de certaines limites – même quand il reste dans les bornes de ses lois. Autrement dit, il y a un droit supranational, auquel même les Présidents, mêmes les Rois doivent se plier.
Ce n’est pas très nouveau : Montesquieu disait que la différence entre les rois et les despotes était que les premiers devaient se soumettre à des lois fondamentales – religieuses de son temps, énoncées par les droits de l’homme de nos jours ; quant aux seconds, ils n’admettent pour loi que leur bon vouloir.
Je crois que c’est là tout ce qu’il faut savoir pour définir la tyrannie, y compris de nos jours : que le Grand timonier dise : je suis celui qui guide le peuple donc là où je parle, parle le peuple ; là où le peuple parle par ma voix, parle la loi.
Idem pour le Guide suprême : je suis celui qui révèle la volonté de Dieu – qui doit être la seule loi des hommes – donc c’est en Son Nom que je gouverne.
- Variante : Je suis celui qui parle au nom d’Angela – là où je parle, Elle parle.
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(1) On peut se reporter au Post référencé plus haut.

Sunday, September 25, 2011

Citation du 26 septembre 2011

Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est sous prétexte d'utilité publique et au nom de l'intérêt général être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné (1), pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !

Proudhon – Idée générale de la révolution au XIXe siècle (1848)

Il est rare qu’une citation aussi longue et utilisant le procédé de la définition par l’énumération de termes (2) ait un tel succès. Et pourtant il n’est que de lancer une recherche sur Google pour s’en assurer : cette citation, on la retrouve in extenso dans de nombreuses occurrences (on peut la lire ici sur le site d’anarchistes québécois). Je suppose qu’on apprécie ce débordement verbal exprimant parce qu’il exprime une insupportable réalité : l’Etat qui nous gouverne nous accable de son contrôle tatillon et soupçonneux. Il est partout, et il contrôle tout.

Mais… S’il le peut, n’est-ce pas, comme le supposait La Boétie que nous aimons ça ?

--> Pour le savoir je me suis interrogé sur l’attitude qui est la nôtre en présence des pays où l’Etat est moins puissant que chez nous.

Je laisserais de côté, le cas de la Belgique – pourtant intéressant : plus d’un an sans gouvernement et toujours debout !

C’est que l’actualité nous tourne plutôt vers la Grèce et son « laxisme » fiscal, conséquence de l’impuissance de son gouvernement et de ses fonctionnaires à faire rentrer l’impôt et à percevoir les taxes : ce dont s’effarouchent le FMI et la BCE. Voilà un pays où l’on n’est pas «à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé… »

Et vous savez quoi ? Au lieu de les envier et de les féliciter, nous les méprisons et les accusons de faiblesse, quand ce n’est pas d’abominables tricheries !

J’aimerais croire que c’est de la jalousie.

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(1) Mot du jour – Concussionné : être victime de la concussion.

Concussion : Malversation d'un fonctionnaire qui ordonne de percevoir ou perçoit sciemment des fonds par abus de l'autorité que lui donne sa charge. (TLF)

(2) Enumération, ou accumulation, ou inventaire ? J’ai consulté mon Gradus (Bernard Dupriez) et je pencherais finalement plutôt pour accumulation – mais sans certitude

Wednesday, June 01, 2011

Citation du 2 juin 2011


L’État consiste en un rapport de domination de l'homme sur l'homme fondé sur le moyen de la violence légitime (c'est-à-dire sur la violence qui est considérée comme légitime). L'État ne peut donc exister qu'à la condition que les hommes dominés se soumettent à l'autorité revendiquée chaque fois par les dominateurs
Max Weber – Le savant et le politique
Deux idées dans ce texte :
- La première qui est bien connue, est la définition de l’Etat par Max Weber, comme institution détenant le monopole de la violence légitime.
- La deuxième, que l’Etat n’existe qu’à la condition que les hommes se soumettent à son autorité.
Plutôt que de dire pas d’Etat sans la force, disons pas d’Etat sans la soumission – donc pas d’Etat sans autorité.
Je ne reprendrai pas l’analyse de l’autorité, (on peut si on veut se reporter à mon Post du 12 mai 2007) ; par contre je trouve que cette citation de Weber éclaire un aspect des révolutions (révoltes ?) du monde arabe. On y trouve en effet un étonnant mode d’action des révoltés de Tunis ou du Caire (imités maintenant par les espagnols) : ils se sont, semble-t-il, contentés de se réunir dans de vastes rassemblements pour contester la légitimité du pouvoir.
Etrange idée en effet que de dire : pour abattre le pouvoir, allons protester sur une place publique, allons dire combien le chef de l’Etat est méprisable, et combien nous voulons qu’il parte. Et puis ? Fait-on des barricades, jette-t-on des pavés sur la police, va-t-on assiéger la chambre des députés ? Pas du tout. Lien
Ce mode de contestation pourrait-il essaimer chez nous ? Pourquoi pas ?
--> Allez sur la place de la Bastille avec tente de camping et sac de couchage. Prévenez que chaque soir vous crierez votre dégout de Notre-Président et puis couchez sur place.
Je ne dirai pas que ça suffira à tous les coups, mais ni Ben Ali, ni Moubarak n’ont résisté bien longtemps à ce régime. Leur autorité étant bafouée, il leur restait la violence – mais pas la légitimité.
Voilà donc des révoltes non violentes – et, vous savez quoi ? Le grand oublié de ces contestations, c’est Gandhi.
On parle parfois de l’été indien, mais après le printemps arabe, on pourrait aussi parler du printemps indien, qui n’était pas mal non plus.

Sunday, May 22, 2011

Citation du 23 mai 2011

Vous êtes un homme politique. C'est bien. Il en faut. Mais, en certaines circonstances, les hommes politiques doivent savoir se hausser au niveau des hommes d'Etat.

De Gaulle : 31 mai 1958

Ces mots ont été adressés par le Général de Gaulle à François Mitterrand, alors député socialiste, lors d'une rencontre organisée le 31 mai 1958 dans le grand salon de l'hôtel La Pérouse à Paris. Cette réunion rassemblait le Général de Gaulle et les présidents des différents groupes parlementaires : Pinay, Daladier, Mollet, Ramadier, Teitgen et Mitterrand.

De Gaulle n’aimait pas trop les hommes politiques, même s’il en faisait partie : il les classait en deux groupes :

- il y avait les florentins (type Chaban-Delmas (1)) qui étaient des intrigants et qui avaient comme objectif leurs propres ambitions.

- et puis il y avait ceux qui étaient des responsables de partis qui étaient à la lutte pour leur parti plus que pour la nation.

Je suppose que c’est dans cette dernière catégorie qu’il rangeait François Mitterrand (en 1958 du moins).

Que doivent faire les hommes politiques pour se hausser au niveau des hommes d'Etat ?

A mon avis, on voit cela tous les jours – ou du moins on devrait… Un homme d’Etat doit prendre des décisions graves qui mettent en jeu la possibilité pour son parti de gagner les prochaines élections, mais qui sont surtout des décisions indispensables pour le bien de la Nation.

Ça va de l’augmentation des impôts à la suppression des panneaux signalant des radars sur le bord des routes : mesures à coup sûr impopulaires et qui donnent du grain à moudre à l’opposition, sauf bien sûr si les dirigeants de celle-ci sont au niveau des chefs d’Etats.

A contrario on sait bien que les périodes préélectorales sont de moments délicieux pour les citoyens qu’on dorlote à coup de promesses, mais aussi à coup de subventions ou de suppression de taxes. Qu’on se rappelle l’époque où on pouvait mettre sa voiture en stationnement interdit 6 mois avant les Présidentielles et mettre allègrement à la poubelle l’avis de contravention : elles étaient toutes amnistiées par la grâce présidentielle.

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(1) C’est du moins comme cela qu’il le qualifie dans ses Mémoires.