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Monday, October 23, 2017

Citation du 24 octobre 2017

Ce qui m'ennuie, ce n'est pas seulement de devoir mourir, mais l'idée qu'il n'y aura un jour absolument plus d'hommes. Faut-il donc n'avancer si loin dans l'histoire que pour mieux sauter dans l'anéantissement ?
Paul Nizan – La conspiration
Nizan : voilà un humaniste ! Quelqu’un qui ne se soucie pas seulement de lui-même, pas non plus seulement de ses enfants ou de ses petits enfants. Non : il se soucie aussi de l’Humanité ; des générations à venir dans les siècles des siècles. Et dans cet avenir il voit se profiler la grande, l’ultime extinction qui anéantira l’espèce humaine. On pourrait paraphraser Valéry : Nous autres humains, nous savons à présent que notre espèce est mortelle… Homme de Neandertal, de Florès, d’Heidelberg, ne sont plus que des os emprisonnés dans des sédiments : et nous ? Dans combien de temps serons-nous comme eux ? Et y aura-t-il dans ce lointain futur une autre espèce humaine prête à reprendre le flambeau de l’humanité ?

- Et vous ? Oui, vous qui, calé dans le RER, me lisez confortablement sur l’écran scintillant de votre Smartphone : allez-vous verser une petite larme sur ce grand anéantissement des  humains ? Sur ces hommes agonisant en suffoquant dans l’air empesté par leurs machines – ou tombants en lambeaux dans l’enfer des déflagrations nucléaires ? Sur ces femmes serrant sur leur poitrine flasques des nourrissons squelettiques ?


Otto Dix – La folle de Sainte Marie en Py
(Durant la Grande Guerre, Otto Dix dessine les atrocités qu’il observe, comme cette femme devenue folle de douleur qui arrose de son lait son nourrisson qui gît, mort, à ses pieds)

Prenez un instant pour y réfléchir : tâchez de vous pénétrer de la situation : en éprouvez-vous un serrement de cœur, quelque chose qui vous mouille les yeux ? Ou bien songeant à ce qui arrive en ce moment, vous dites-vous : « Hé bien, plus d’hommes : plus de pesticides –  ce sont les abeilles qui vont être contentes. Et en plus, mis à part les ours il n’y aura plus personne pour leur faucher leur miel !  »
Mais non – après un lent et long effort de réflexion, vous voilà à relever la tête avec une lumière de joie dans les yeux : « Si l’humanité doit disparaître, plus besoin de se priver pour laisser à nos descendants une planète propre, des ressources suffisantes et des finances saines.
Que la fête commence ! »

Thursday, September 01, 2016

Citation du 2 septembre 2016

Courroux : colère noble ne convenant qu'à des gens de la taille d'Assurbanipal ou de Nabuchodonosor.
Pierre Daninos
Dies irae Dies illa.
Verdi – Dies irae du Requiem (lire en annexe) A écouter ici

La colère a mauvaise réputation : tantôt ridicule – comme avec le colérique ; tantôt regrettable y compris pour celui qui s’y est livré. Mais la colère véritable doit être sainte ; elle resplendit dans le colère de Dieu qui se déchaine au Jugement dernier. Prenez donc 2 minutes pour écouter le Dies irae de Verdi et vous saurez ce que ça veut dire (vous pourrez pour faire bonne mesure ajouter le Tuba mirum qui suit).
Enumérons donc les critères de la sainte colère, celle que Daninos attribue à Assurbanipal ou à Nabuchodonosor.
            - D’abord elle doit être justifiée. C’est précisément le colérique qui se met en colère pour n’importe quoi, non parce que c’est justifié, mais parce que c’est sa nature. Soyez convaincu qu’au moment de déclencher le Jugement Dernier, Dieu a de très bonnes raisons d’être en colère contre ces créatures indisciplinées et corrompues que nous sommes devenus.
            - Ensuite, la colère doit être proportionnée non à la force de celui qui la subit, mais à la signification qu'on souhaite lui donner. Bien sûr, Dieu pouvait réduire en cendres d’un seul coup l’humanité comme dans l’épisode de Sodome. Mais outre qu’il aurait frappé des innocents, Il peut faire quelque chose de plus terrible encore, parce qu’il en a le pouvoir : c’est de précipiter les réprouvés un par un dans le gouffre de l’enfer. Ecoutez Verdi : vous entendez les âmes tomber en tourbillonnant dans l’abîme insondable d’où elles ne ressortiront jamais.

On comprend que le ridicule soit incarné par le petit homme nerveux et hystérique qui déchaine des colères sans raison et sans force véritable – chacun trouvera l’exemple qui lui plait. Mais on ne peut imaginer Dieu se « mettant en colère » comme nous mêmes – ce serait une profanation terrible.
Voyer cette gravure : 
Pieter van der Heyden – Le Jugement dernier

Si Dieu est en colère, celle-ci ne se marque pas dans son apparence : il trône, il orchestre, il organise. D’une main il bénit les élus ; de l’autre il fait un geste qui suffit à précipiter les réprouvés dans les tourments de l’enfer. C’est ça la vraie puissance : faire que même en colère un simple geste suffise à produire l’effet nécessaire. La colère humaine quant à elle est toute entière faite de signes – même lorsqu’elle se manifeste dans des gestes désordonnés  « inappropriés » comme de casser le vase en cristal du salon.
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Annexe

Requiem de Verdi « Dies iræ, dies illa, / Solvet saeculum in favilla, / Teste David cum Sibylla / » (Jour de colère que ce jour-là / où le monde sera réduit en cendres / selon les oracles de David et de la Sibylle

Friday, December 25, 2015

Citation du 26 décembre 2015

L’Astéroïde de Noël : « 2003 SD220 » passera près de la terre le jour de Noël
lesnewseco.fr

Hergé – Tintin et l’étoile mystérieuse

Vous êtes encore là ? Oui ? Alors, me voilà rassuré : l’astéroïde 2003 SD220 nous a raté, les calculs de nos astronomes étaient exacts, et nous pouvons donc avoir confiance dans la science.
Occasion pour le philosophe de recenser les différentes images de fin du monde que l’humanité a produites et de chercher quel sens s’en dégage.
Pour faire simple, il y a deux origines possibles : l’une qui vient de l’extérieur du monde ; l’autre de l’intérieur.
            - dans le premier cas, déluge ou feu (ou une comète comme chez Tintin), c’est soit un châtiment divin (déluge) ; soit un accident sans signification (comète).
            - dans le second, c’est l’homme qui détruit lui-même la planète (guerre nucléaire, empoisonnement par pollution généralisée).
Il y a trois significations imaginables :
            - soit c’est un effet de la colère de Dieu (1) : comme le Déluge avec Noé, encore que dans ce cas la fin de l’humanité n’ait pas été programmée, mais seulement sa régénération (annonciatrice des holocaustes de tout genre)
            - soit c’est un effet de l’imperfection humaine, de sa bêtise (conflit nucléaire ou bactériologique, ou encore catastrophe écologique provoquée qui revient en boomerang pour détruire l’expéditeur)
            - soit ça n’a aucun sens comme un carambolage céleste aléatoire.
La fin du monde dont nous sommes menacés peut aussi être non pas une éventualité, mais un effet certain, inexorable,  de la mécanique céleste, quelque chose qui va intervenir dans très très longtemps, dans 4 milliards d’années (ou à peu près), quand le soleil mourant aura avalé la terre.
Alors, me direz-vous, quelle importance si tout cela survient quand je ne serai plus là ? Qu’est-ce que j’en ai à faire, moi ? J’aurai débarrassé le plancher depuis longtemps ! Quoique… La question est quand même de savoir ce que je pense de la disparition de l’humanité. Si l’espèce humaine devait disparaitre bientôt (par exemple en devenant stérile) : devrais-je m’en affliger ?

- J’insiste : je suppose la venue de la fin de l’humanité ; c’est un fait que je ne connais pas, mais qui peut révéler mon sentiment à l’égard de mes contemporains : je pourrais en effet pleurer sur cette merveille de la nature que constitue l’être humain, ou sur sa prodigieuse faculté à créer des œuvres inoubliables. Ou bien je pourrais dire : l’homme disparaît ? Ça ne va pas faire pleurer les ours blancs.
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(1) Dies irae : écoutez celui-là – ça fout les boules…

Wednesday, August 12, 2015

Citation du 13 aout 2015

Je suis l’alpha et l’Omega
Apocalypse 22-13
abc.xyz.com : un nom de domaine original
Les Echos (lire ici)
Le Seigneur-Dieu n’avait besoin que de deux lettres pour se définir. Google en prend 6 : vous apprécierez la modestie ! Même si ces lettres sont déjà utilisées par BMW comme le souligne l’article cité, il n’en reste pas moins qu’elles marquent la volonté de la holding Google de changer de nom et de se rebaptiser « alphabet » (également possédé par BMW). Alors que, dit-on, le mot « Google » avait été dérivé de « googol », terme mathématiques signifiant « 10100 » (voir ici), sans doute pour évoquer les « Big data », voici que les 26 lettres de l’alphabet suffisent maintenant pour cette entreprise géante.
Pourquoi ce changement ? Reprenons l’Apocalypse : Dieu nous dit : « Je suis l’alpha et l’oméga » – Si je peux me permettre un commentaire, ça signifie : « il n’y a rien avant l’alpha, il n’y aura rien après l’oméga. En revanche il y a un nombre incalculable de combinaisons de ces 26 lettres dans des mots, des textes de longueur indéfinie. »
Et au fond, c’est bien vu : les big data sont ainsi évoqués grâce à ces combinaisons inépuisables des chiffres (les « digits ») et aussi des lettres.
Maintenant, le remplacement dans le nom de la holding des chiffres par les lettres, en dehors de l’intérêt purement entrepreneurial, nous offre un gain essentiel : les lettres peuvent toujours avoir un sens, alors que les nombres n’en ont pas. Et ça, pour nous usagers humanistes, c’est plutôt sympa.
o-o-o
Une anecdote pour finir : un collègue agrégé-philo vitupérait un jour l’implantation, des ordinateurs dans les lycées : « Un ordinateur, disait-il, ça marche avec des zéros et des uns. On ne fait pas de la pensée avec des zéros et des uns ! »
J’avais trouvé ça très bête – mais je découvre maintenant que c’est lui qui avait raison.

Merci Google Alphabet !

Monday, December 16, 2013

Citation du 17 décembre 2013



     Il dit à l'homme: …le sol sera maudit à cause de toi… il te produira des épines et des ronces
Genèse – 3, 17-18
Le sol sera maudit à cause de toi : quel sol ? Celui de la Palestine ? Le désert de Gobi ?
Ou plutôt, le sol martien :
 Mars a connu une époque où l’eau ruisselait dans ses vallées, où des nuages couraient dans son ciel (bleu ?) et où peut-être des herbes folles ondulaient dans le vent. Et voilà ce qu’il est devenu aujourd’hui : un désert pulvérulent.
Et pourtant, sur Mars, il n’y a nul serpent, nulle pomme, nulle Eve– et aucun Adam martien ! Sur Mars il n’y a nulle trace de créatures impies méritant le courroux de leur créateur. Nul péché à punir. Nulle faute. Cette épouvantable catastrophe n’est due ni à la faute ni à la dépravation des martiens.
Alors est-ce la conséquence de leur imprudence, comme le fut celle des pascuans qui déforestèrent leur ile au point de la rendre invivable ?
 Hélas ! Pas un seul martien à l’horizon : peut-être qu’on ne sait pas encore exactement comment ça s’est fait, mais on sait déjà que cette catastrophe, personne ne l’a voulue et qu’il est donc vain de lui chercher la moindre signification. La désertification de Mars, elle est, un point, c’est tout
Mais après tout, Mars, on s’en fiche ! Ce qui compte, c’est nous ! C’est notre bonne vieille terre !
Oui – et voilà donc la leçon du  jour : tout ça peut arriver sur Terre (1), et il ne suffira pas d’être vertueux pour l’éviter, car tout ce qui arrive n’a pas forcément n’est pas forcément notre œuvre et n’a donc pas de sens – du moins du sens en rapport avec nous. Si ça vous désespère, dites-vous que réciproquement ça prouve que nous ne sommes  pas forcément responsables de tout ce qui arrive.
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"[Sur la terre]les océans se mettront à bouillir dans un milliard d'années..."