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Wednesday, September 28, 2011

Citation du 29 septembre 2011

J'aime encore mieux l'enfer que le néant. L'enfer c'est la vie qui dure.

Georges Duhamel – Chroniques des Pasquier

Plutôt souffrir que mourir, / C'est la devise des hommes.

La Fontaine - La Mort et le Bûcheron

Terrible amour de la vie ! Préférer une éternité d’atroces souffrances et de désespoir sans fond au néant qui éteint toute existence…

On pourrait considérer que ce choix est totalement fictif, parce que nous n’y pouvons bien sûr rien. Mais en réalité il est l’occasion d’énoncer une évaluation en formulant un vœu : que la vie ne s’arrête jamais, même si elle était l’enfer sur terre, une somme de souffrances épouvantables, comme elle le devient dans certaines maladies. Telle était déjà le souhait du pauvre bûcheron de La Fontaine, et nous nous étions exprimé là-dessus il y a déjà bien des ans (voir ici).

Mais Duhamel renouvelle un peu le sujet : ce qu’il fuit, c’est le néant, entendu que si la vie s’arrête, alors c’est lui qui nous attend.

Laissons de côté la question de savoir si on imagine quelque chose quand on parle du néant. Remarquons plutôt que cette horreur qu’il nous inspire est d’ordre culturel, puisqu’elle est absente de certaines religions. Ainsi dans le bouddhisme, la « contemplation de la vacuité » donne lieu à des exercices de méditations particulièrement élaborés.

On me dira que la vacuité (sunyata voir ici) est moins le néant qu’une certaine forme de non-être – reste que certains courants du bouddhisme font de la déconstruction et du vide un moment essentiel pour se libérer des erreurs et des illusions de la vie.

De surcroit, dans la spiritualité orientale la mort reste marquée d’un coefficient positif, en tant qu’elle est une libération, justement parce qu’elle est l’anéantissement de l’âme individuelle : celle-là même que Georges Duhamel voudrait sauver, fut-ce au prix d’abominables souffrances.

L’amour de la vie est – dans ce cas – l’amour de soi-même.

Sunday, September 24, 2006

Citation du 25 septembre 2006

Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie
André Malraux.
 La vie ne vaut rien, mais rien de vaut la vie
Alain Souchon - Chanson
Alors voilà : ce n’est pas Alain Souchon qui a inventé cette belle phrase. Mais qu’importe ? Ne soyez pas déçu, Souchon fait comme moi : il brode sur la pensée des autres. Why not ?
Nous sommes en présence d’un paradoxe : comment la vie dénuée de valeur peut-elle être néanmoins préférable à toute autre situation, en clair : pourquoi préfère-t-on vivre plutôt que mourir ?
Une réponse se trouve chez Schopenhauer. C’est le vouloir vivre qui en est l’axe : cet instinct de vie (ou de vouloir-vivre) n’est autre que l’influence de l’espèce en nous. L’individu ne trouve dans l’existence que souffrance, angoisse et misère. Il voudrait mourir plutôt que vivre : mais l’espèce a placé en lui un instinct qui le pousse à survivre, à se reproduire et à élever sa progéniture. C’est le vouloir-vivre de l’espèce qui nous domine, c’est elle qui insinue que « rien ne vaut la vie ». Seul l'Hindouisme a su démasquer cette illusion (l’attachement au monde sensible n’est autre que le voile de Maya) ; lui seul a su nous dire qu’il faut échapper à la vie et ne jamais y revenir. Voilà le pessimisme.
Vous voulez une autre réponse ? Une réponse optimiste ? S’il y a quelqu’un qui sait que rien ne vaut la vie, c’est bien Epicure. Toute la philosophie d’Epicure repose sur la contestation de l’affirmation : « La vie ne vaut rien ». Car les souffrances dont parlera Schopenhauer sont déjà au cœur de sa réflexion : comment vivre si c’est au prix de souffrances intolérables ? Mais pour Epicure, ces souffrances sont purement imaginaires : elles sont craintes de souffrir et non souffrances réelles. D’où le quadruple remède qui résume son message : « Dieu n'est pas à craindre, la mort est privée de sensibilité, le bien est facile à se procurer, la souffrance est facile à supporter » (1) C’est ça, l’optimisme.
Maintenant quand vous fredonnerez Souchon, demandez-vous, lorsqu’il dit qu’il est plein de gratitude pour la vie quand il tripote « Les deux jolis petits seins de mon amie », s’il n’est pas sous l’emprise du vouloir-vivre de l’espèce…
(1) Voir l’analyse du « Tétrapharmakon » dans le message du 23 avril 2006

Saturday, February 18, 2006

Citation du 19 février 2006

"Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes."

La Fontaine - La Mort et le Bûcheron

On connaît l’histoire : le pauvre bûcheron accablé de fatigue et de malheur appelle la mort ; elle arrive, prête à le faucher. Oui, mais voilà ; il ne désire plus du tout mourir. Car c’est la loi de la vie, qu’on l’appelle instinct de conservation, ou loi de la nature, ou devise des hommes. On n’a pas demandé à vivre, mais on demande à rester en vie, quoiqu’il en coûte.

Un événement récent nous raconte la même fable : dix condamnés à perpétuité de Clairvaux, par pétition, demandent le rétablissement de la peine de mort pour échapper à une vie qu’ils jugent dégradante. Que répond Pascal Clément, ministre de la justice ? « Qu’on les prenne au mot et on verra combien se présenteront pour être exécuté. » Plutôt souffrir que mourir

L’intérêt de ces histoires est de nous faire toucher du doigt notre attachement pour la vie ; on dit « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » ; soit. Mais l’espoir de quoi ? De vivre misérablement, ployé sous la ramée comme le bûcheron, enfermé dans une cellule de trois mètres sur trois, comme à Clairvaux ? Ou tout simplement de vivre, c’est-à-dire de respirer, de sentir le sang battre dans ses veines, de mouvoir ses muscles et ses membres. Moins on a de plaisir extérieur, plus ces sensations deviennent nos raisons de vivre.

Bien sûr cela ne supprime pas la demande d’euthanasie ; mais ça situe son niveau de pertinence très haut dans l’échelle du désespoir.