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Saturday, November 28, 2015

Citation du 29 novembre 2015

 Les fleurs poussent aussi parmi les ruines.
Marilyn French
L'amour est une plante de printemps qui parfume tout de son espoir, même les ruines où il s'accroche.
Gustave Flaubert – Correspondance, à Louise Colet, 7 octobre 1846

Épaves de voitures en Corse. –Le blog de jean jo
On peut philosopher au milieu des ruines tel Renan méditant sa Prière sur l’acropole.
Il est plus rare de s’éprendre des épaves de voitures rouillées abandonnées dans le maquis corse. Et pourtant voilà ce qui est arrivé à l’auteur du Blog de Jean Jo, qui prend plaisir à nous faire partager ses découvertes au fil des sentiers corses, et qui nous permet de les apprécier en détaillant leur état, leur marque etc.
Et après tout, pourquoi pas ? Ces épaves ont des formes parfois surprenantes, mais surtout elles ressuscitent pour nous des modèles lointains de l’histoire de l’automobile. Elles aussi ont eu leur heure de gloire, leurs propriétaires étaient fiers de s’exhiber avec elles avant de les abandonner lâchement. Il nous est permis d’imaginer leurs histoires et de nous échauffer l’imagination. Mais ceux qui sont plus rêveurs peuvent philosopher en contemplant le contraste entre ces tôles disjointes et rouillées et les herbes ou les fleurs des prés qui les ont colonisées.
Oui, comme les ruines des temples mayas envahis par la jungle, la végétation des prairies donne aussi aux vieilles voitures un écrin de vie. La mort n’est rien, la vie continue… après !
Nous aussi, nous serons un jour un tas de vieux os blanchis dans la glèbe – peut-être qu’un artiste du futur nous fera l’honneur de se saisir d’eux pour les enjoliver de son art ?
Chic !


Niki de Saint Phalle

Saturday, August 27, 2011

Citation du 28 aout 2011


Tous les mots sont des outils. Ni plus ni moins. Des outils de communication. Comme les voitures. Des outils techniques, des outils utiles. Quelle idée de les adorer comme des dieux !
Erik Orsenna – La grammaire est une chanson douce
Les mots n'ont pas de sens, ils n'ont que des valeurs.
Saussure
Voilà une idée qui, selon les individus suscitera un opinement du chef ou bien des grincements de dents. Car, si l’idée que les mots servent à communiquer est banale, celle qu’ils ont un sens bien défini, que tel mot signifie telle chose et rien de plus – mieux même : qu’en l’absence de tout usage il reste disponible pour cela (comme la voiture reste une voiture même parquée dans le garage) – est moins évidente.
Bah ! Evitons ces pièges et réfléchissons non pas à la question : « Qu’est-ce que l’outil m’apprend sur le mot ? » mais à celle-ci : « Qu’est-ce que le mot m’apprend sur l’outil ? »
- Nous partirons alors de la thèse de Saussure, opposée à celle d’Orsenna : le sens des mots n’existe pas en soi, mais il s’établit par relation aux autres mots.
Revenons à présent à l’outil. Voyez le tournevis : à quoi sert-il ? A « tourner » des vis, soit dans un sens (pour visser), soit dans un autre (pour dévisser). D’ailleurs il suffit de voir l’objet pour s’en persuader tant son « concept » est lisible dans sa forme.
Mais chacun le sait : aucun outil n’est détourné vers d’autres fonction autant que le tournevis : comme de servir de levier pour ouvrir les pots de peinture ; de tamponnoir pour forer un trou dans le mur ; d’arme pour poignarder un homme (1).
Au fond, les outils sont comme les mots : leur usage est « ouvert », il se définit dans et par l’usage que nous en faisons. Ou plutôt, il se définit par nos besoins du moment, c’est-à-dire par sa relation avec les autres objets, comme le mot prend son sens par relation avec les autres mots de la phrase.
… Mais alors que penser des outils monovalents qu’on nous propose aujourd’hui comme le nec plus ultra du progrès ?
Voyez le tournevis électrique : avec ça, qu’est-ce que vous pourrirez bien faire d’autre que de « tourner » des vis ?
… Si tout de même : éclairer de sol dans l’obscurité pour voir où vous mettez les pieds. Quand je vais au ciné, j’ai toujours mon tournevis Bosch dans ma poche.
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(1) Voyez cet alléchant article de Paris Match intitulé « Meurtre au tournevis ».

Wednesday, March 16, 2011

Citation du 17 mars 2011

Pour attirer les hommes, je porte un parfum qui s'appelle "Intérieur de voiture neuve" !

Rita Rudner (Quelques citations à lire ici)

Moi, j’aime bien les pubs BMW : lorsqu’elles ne nous invitent pas à jouir du bonheur, elles nous rappellent que la femme et la voiture ne sont que les deux faces du même objet. C’était déjà évident dans cette vidéo (postée ici même le 8 février 2008). Ça l’est encore plus aujourd’hui.

Sauf que…

Dans la Pub de 2008 (voir Post cité), on laissait entendre que la voiture n’est qu’un succédané de la femme, alors qu’aujourd’hui c’est l’inverse : le monsieur ne peut honorer la dame qu’en fantasmant non pas comme on l’imaginerait sur des pinups, mais sur l’image d’une voiture

Une voiture ? Oui – Mais une BMW !

Laissons tomber les BMW, d’autant que je ne suis même pas payé pour leur inventer des slogans.

--> La question intéressante n’est pas : de quoi les voitures sont-elles l’image si ce qu’on leur demande c’est de remplacer les femmes (comme dans notre vidéo de 2008). Mais bien : de quoi les femmes sont-elle l’image si ce qu’on leur demande c’est de remplacer les voitures.

Et là, la réponse est évidente : la femme ne sert dans ce cas qu’à permettre aux hommes d’afficher leur virilité. C’est tellement évident qu’on voit des stars (et même des chefs d’Etats) s’afficher avec une jolie femme uniquement pour qu’on devine qu’il la b… et même qu’il la b... bien. Ici, comme souvent, les publicités ne font qu’exprimer crûment ce que nous imaginons confusément.

Reste à dire comment les dames peuvent tirer parti de ce penchant masculin à les considérer comme une preuve de leur puissance sexuelle, sans pour autant donner l’impression vulgaire d’être une femme de mauvaise vie. Le parfum "Intérieur de voiture neuve" risque bien de ne pas suffire.

Dans ce cas je recommanderai le site ma-bimbo.com, qui vous apprendra en jouant à faire tout ce qu’il faut pour arriver à séduire un homme riche et célèbre.

Saturday, December 05, 2009

Citation du 6 décembre 2009

Je crois que l'automobile est un équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique.

Roland Barthes – Mythologies

Le petit texte que je cite ici est le début de la Mythologie consacré à la D.S. (La nouvelle Citroën), et on comprend bien grâce à la comparaison avec la cathédrale gothique, que l’image de la voiture en 1955 était beaucoup plus fortement valorisée qu’aujourd’hui. Mais il n’en reste pas moins que ce qu’on voit de nos jours soit un peu surprenant.

La crise aidant – crise financière, pétrolière et environnementale – l’image de la voiture change profondément. Mais jusqu’à quel point ? Est-elle toujours comme le dit Barthes consommée dans son image ?

Petit retour en arrière : dans les années 50-60, la taille de la voiture était directement proportionnelle à l’importance sociale du monsieur qui la conduisait, et quand plusieurs modèles de la marque étaient à peu près identiques, le plus cher se signalait par des chromes plus ostensibles. C’est ce qu’on appelait alors la hiérarchie des chromes. Changer sa voiture pour une plus grande, c’était évidemment un signe de prestige social fort. Au fond, la voiture était un peu comme la qualité du vêtement, quelque chose qui ne servait pas seulement à sa fonction première, mais aussi à signaler aux autres quel était son rang.

Et aujourd’hui ? Regardez autour de vous quand vous êtes sur l’autoroute ou dans des embouteillages urbains. Voyez combien toutes ces voitures se ressemblent, combien la modicité de leurs dimension, la banalité de leurs accessoires, les mettent sur un pied d’égalité. Quelle différence entre le manager et l’opérateur ? Et entre le cadre A et le cadre C ? La voiture est désormais quelque chose qui sert seulement à se déplacer.

Pour reprendre la métaphore avec le vêtement, on dira que de même que le jean est un vêtement utile mais qui n’apporte aucun indice marquant l’origine sociale de celui qui le porte, la voiture est désormais quelque chose qui sert seulement à se déplacer – en émettant le moins de CO2 possible. C’est un objet « trans-hiérarchique ».

Bref : la voiture n’est plus la cathédrale gothique de la route. C’est le Lévi-Strauss de la route.

Sunday, August 09, 2009

Citation du 10 août 2009

-->
Si j'ai une voiture, j'ai intérêt à ce que personne n'en ait, pour éviter les embouteillages. Mais si j'ai un téléphone, et que personne d'autre n'en possède, alors ce téléphone ne me sert à rien.
Jacques Attali
La communication est dit-on, de toutes les pratiques humaines, celle qui s’est le plus développée depuis un demi siècle, aboutissant ainsi à la mondialisation.
Qu’est-ce que communiquer ? C’est une notion bien vague, et les moyens permettant de communiquer sont si divers que du TGV au téléphone portable, bien peu des innovations techniques récentes seraient sans rapport avec elle.
C’est ainsi que la radio et la télévision, grâce au téléphone et aux moyens de reportages légers sont maintenant tout à fait interactifs. Même les systèmes individuels, comme les GPS embarqués dans les voitures, ont une fonction grâce à la quelle les automobilistes peuvent signaler aux autres la position des radars mobiles.
La voiture peut-elle être opposée au téléphone comme le dit Attali ? Quand je monte dans ma voiture, ce n’est peut-être pas pour aller à Carrefour ou contempler le soleil couchant sur la plage de Deauville. C’est peut-être pour aller retrouver mes amis au cinéma ou ma maîtresse, ou mes enfants, ou… Finalement, il y aurait bien peu de différence entre l’une et l’autre, la première n’existant que pour retrouver physiquement nos semblables alors que le second le permettrait virtuellement.
- Pour mettre un peu d’ordre dans toute cette confusion, adoptons malgré tout le critère posé par Attali : il a le mérite d’être clair.
Il y a des instruments qui ont, inscrit dans leur fonctionnalité, la présence nécessaire de l’autre : tel est le téléphone, telle est la lettre. (1)
Par contre, la voiture, même si elle peut être un moyen de communication avec autrui, même si elle n’implique pas forcément une rivalité, n’a pas, inscrit dans sa fonction, l’existence des autres.

(1) Mais au-delà des objets techniques la réalité la plus quotidienne implique aussi l’existence des autres : tel est le travail qui n’existe que pour être échangé.

Sunday, April 20, 2008

Citation du 21 avril 2008

Les gens peuvent choisir n’importe quelle couleur pour la Ford T, du moment que c’est noir.

Henry Ford


Un anniversaire de plus à fêter : celui de la Ford-T, la voiture qui a mis l’Amérique sur des roues.

Quoi ? Vous dites qu’il n’y a pas de quoi se vanter et que la planète ne dit pas merci à Henry Ford ?

- Rétrograde, vous n’êtes qu’un rétrograde. Vous faites comme si les méfaits du progrès devaient entraîner son recul. C’est au contraire à un progrès de plus qu’il appartient de corriger les inconvénients du progrès précédent.

Point final.

Venons-en à ce qui nous intéresse pour aujourd’hui : Les gens peuvent choisir n’importe quelle couleur pour la Ford T, du moment que c’est noir. Boutade cynique ou propos sérieux ?

Relisons, mes chers amis, la fin de la République (oui : celle de Platon). (1). Devant choisir un destin nouveau pour une vie future (= réincarnation), Ulysse qui ne peut choisir qu’après tous les autres, ne trouve qu’un destin humble dont personne n’avait voulu. Il le prend en disant que s’il avait eu le choix, c’est ce destin qu’il aurait choisi, parce qu’il était le meilleur.

Vous m’avez déjà compris, Henry Ford est entrain de nous dire la même chose : la couleur idéale pour la Ford-T, c’est le noir. Convenons donc que si vous aviez le choix, c’est précisément celui-ci que vous feriez.

Donc : distinguons entre la situation du choix et le choix véritable.

La situation du choix c’est d’être en face d’une alternative ; mais on le sait si l’alternative c’est de choisir entre la peste et le choléra, ce n’est pas un choix réel.

Le choix véritable, c’est quand on considère que ce qu’on fait est le meilleur possible.

Comme de commander une Ford-T de couleur noire.

(1) Platon – République, livre 10, 614b-621d (fin de la République) : Ulysse apparaît en 620c