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Wednesday, May 17, 2017

Citation du 18 mai 2017

Pourquoi une vierge ne peutelle enfanter ? une poule ne faitelle pas des œufs sans coq ? Quoi les distingue par dehors d’avec les autres ? Et qui nous a dit que la poule n’y peut former ce germe aussi bien que le coq ?
Pascal – Pensées Frg. 882 Lafuma

Confondre ainsi la vierge Marie et une poule, quel manque de discernement. Comment Pascal peut-il dire une chose pareille ?
- D’abord, précisons que Pascal ne considère pas la virginité perpétuelle de Marie, (« La virginité perpétuelle de Marie (« toujours vierge ») est une doctrine qui veut que Marie soit restée vierge avant la naissance de Jésus, pendant et après cette naissance, et jusqu'à sa propre mort (ante partum, in partum, post partum) » – Lire ici)
- Il s’en tient au mystère de la procréation, au fait que, sauf miracle, la femme doit perdre sa virginité lors d’un rapport sexuel, le quel est indispensable pour procréer un enfant.
- Pascal ne remet donc pas en cause le fait que l’hymen soit irrémédiablement détruit lors d’un rapport sexuel (ce qui n’est pas obligatoirement vrai) ; par contre il attaque sur le second point (la fécondation sans l’intervention d’un mâle).
- Il interpelle les athées et leur demande si le fait de procréer ainsi est si miraculeux que cela ? Dans le cas de l’œuf de la poule celle-ci pond sans le concours du coq. Et à partir de là, la parthénogénèse serait plausible, car s’il n’est pas incroyable que la poule ponde des œufs, alors pourquoi le serait-il qu’elle en féconde le germe ?
- Et si on admet que ça arrive pour la poule, pourquoi ne l’admettrait-on pas pour une femme ?
CQFD.
Mais Pascal a démontré quoi en fait ? Il montre que le miracle de la virginité de Marie n’est pas si étonnant qu’on ne puisse raisonnablement en faire l’hypothèse. Faut-il donc invoquer le concours de Dieu pour cela ? Le miracle de la naissance de Jésus, ce n’est pas que l’homme ait été exclu de la procréation, mais bien que Jésus soit fils-de-Dieu et donc Messie. Après tout, le Seigneur Dieu aurait pu tout aussi bien léguer à Joseph un spermatozoïde divin et Jésus qui en aurait été procréé aurait été tout aussi miraculeusement fils-de-Dieu
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N.B. Ce fragment débute ainsi :
Athées. – Quelle raison ontils de dire qu’on ne peut ressusciter ? Quel est plus difficile de naître ou de ressusciter, que ce qui n’a jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore ? Estil plus difficile de venir en être que d’en y revenir. La coutume nous rend l’un facile, le manque de coutume rend l’autre impossible. (…)

Il a été traité le  22/11/2006

Thursday, May 07, 2015

Citation du 8 mai 2015

Il existe, dans le domaine sentimental, une virginité des mots ; ils la perdent non d'être prononcés, mais entendus une première fois.
Jean-Marie Poirier

Tu peux m’ouvrir cent fois les bras / C’est toujours la première fois
Jean Ferrat – Chanson

Tous les amoureux le savent : en amour ce qui compte, c’est d’en être à la « la première fois ». Première rencontre, premier amour ; la première à qui je dis : Je t’aime ; la première à qui j’offre une rose à la fin du repas… Enfin, « première fois » : par tout à fait. Ce qui compte, c’est de l’entendre une première fois, de la bouche de cette personne-là.
Mais ça ne suffit pas encore : comme le dit Jean Ferrat, c’est cent fois que l’aimée peut nous surprendre en nous prenant dans ses bras. Et alors, pourquoi pas en nous disant « Je t’aime » ?
Du coup, la question soulevée par nos citations est : cette jouissance de la virginité est-elle morte d’avoir été, ou bien revient elle à chaque fois ?

- Pour ma part, j’aurais tendance à faire de cette capacité des mots (et des situations) à se régénérer un critère de distinction entre le sentiment et l’amour. Car quand quelqu’un nous dit « Je t’aime », ce n’est sûrement pas la première fois qu’on l’entend. Mais c’est la première fois que ça m’est dit par cette femme-là – celle-ci et pas une autre !
- Mais, oui ! C’est sûr, je l’ai bien entendu, je le sais présent avec certitude, je peux le crier au monde entier : Elle m’aime !
Bref, avec le sentiment, on est dans le registre informatif, il s’agit d’une propriété permanente de cet être qui est là, devant moi. Alors, bien sûr, à quoi bon le répéter ?
- Chéri, je t’aime !
- Oui, je sais tu viens de me le dire il y a pas 5 minutes…
Ah oui ! Apprendre de la femme que j’aime qu’elle m’aime aussi, quel bonheur ! Mais il n’y a pas que ça : en amour, ces mots-là ne sont pas descriptifs ; ils sont performatifs. Autrement dit, ils font quelque chose de plus qu’informer : en eux mêmes, ils sont une action – et les répéter, c’est réitérer non une situation, mais un acte. Je t’aime, dit par cette bouche charmante, avec cet éclat humide dans les yeux…
- Ah ! ce regard qui me possède et m’attire à la fois. Oui, ça, c’est toujours la première fois.

Tant qu’on s’aime.

Sunday, November 02, 2014

Citation du 3 novembre 2014



On considère comme normal de vénérer en général la virginité et d'aspirer ardemment en particulier à sa destruction.
Karl Kraus – Dits et contredits
Ceux qui n'ont pas exigé, un jour au moins, la virginité absolue des êtres et du monde, tremblé de nostalgie et d'impuissance devant son impossibilité, ceux qui, alors, sans cesse renvoyés à leur nostalgie d'absolu, ne se sont pas détruits à essayer d'aimer à mi-hauteur, ceux-là ne peuvent comprendre la réalité de la révolte et sa fureur de destruction.
Albert Camus L'homme révolté

L’exigence de la virginité de la femme associée à la « gloire » de la dépuceler, entre autre le soir des noces, me parait être une coutume barbare dont l’incohérence signale d’étranges obsessions sous-jacentes.
Parce que, ou bien la virginité est une force et une vertu, et alors il faudrait non seulement la conserver, mais encore la pleurer quand elle a disparu – même si c’est conforme à la coutume.
Ou bien elle n’est que la promesse d’une jouissance particulière pour le mâle qui fait péter l’hymen. Et alors il n’y a rien là qui puisse faire une ligne dans un traité de morale.

Alors ? Il reste à faire de la virginité un état très vague et très étendu : la virginité absolue des êtres et du monde, autrement dit une pureté qui déborde de toute part les relations sexuelles. Cette virginité-là a deux caractéristiques : elle est ce qu’on exige comme absolue pureté ; elle est ce qu’on tremble de colère de voir irrémédiablement disparaitre. Elle est revendication et nostalgie, parce la perfection qu’elle signale est sur le point de s’envoler, preuve qu’elle n’appartient pas à notre monde corrompu. Exiger sa présence dans notre monde est un des signes de la révolte camusienne.
Revenons à la réalité : voyez l’homme comme il est ! Selon Karl Kraus, nous rêvons d’être le premier à profaner cette pureté. Est-ce  une tentation satanique ? Même pas ! C’est seulement l’occasion d’une jouissance subtile, un peu comme l’égyptologue qui ouvre le premier une sépulture pharaonique.
Donc pas la peine de convoquer la morale, Dieu et tout le tremblement : la virginité est simplement l’occasion d’un affrontement entre le devoir et le désir. Et le mariage est le moment où les deux se réconcilient – sur le dos (sic !) de la femme-objet.

Monday, May 07, 2012

Citation du 8 mai 2012


Cette fleur s'ouvre à peine aux baisers du zéphir : / Laissons-la jusqu'au soir déployer davantage  / Les trésors qu'elle cache en son sein fortuné.
Jean-Louis Aubert (dit : l'Abbé Aubert) – La rose (Fables)
- Jean-Louis Aubert… Mais dites-moi, c’était bien le chanteur du groupe Téléphone ? Il est fabuliste maintenant ?
- Mais qu’est-ce que vous avez appris à l’école ? Qu’est-ce que vous faisiez pendant la récitation ? Vous poursuiviez l’oiseau lyre ? Ou étiez-vous à mater sous les jupes de la maitresse ?
La Citation du jour est heureusement là pour faire un petit rattrapage : lisez ça.
Il faudrait lire cette fable – lien ci-dessus, il n’y en a pas pour très longtemps – et puis revenir au commentaire : on y parle de la rose – d’abord en bouton et puis flétrie.
S’agissant d’un poème galant, on se doute bien qu’on est dans le registre de la métaphore, et quand on sait à quels lieux du corps féminin renvoie l’image de la rose (images très coquines parfois), on pense qu’il s’agit d’un poème qui, comme celui de Ronsard, invite la demoiselle à céder aux instances pressantes de son amoureux.
Seulement voilà – après le début que nous avons déjà cité, vient à la fin cette morale :
Le soir vint, il fut étonné / De trouver la Rose flétrie. / Maint frelon étourdi, moins que lui délicat. / En avait passé son envie. / De leur reste il fallut, pour punir sa folie / Que le galant s'accommodât.
Et là on comprend qu’il ne s’agit pas d’inviter la jeune bergère à se laisser culbuter dans le foin mais bien à pousser le jeune berger à sauter sur l’« occasion » dès qu’elle se présente, sans quoi un quelconque frelon de passage lui ravira les prémices de la jeune fille.
C’est alors qu’on se dit que – quand même pour un abbé, c’est un peu curieux de pousser comme ça les jeunes gens au péché, surtout quand il ne s’agit pas d’en profiter pour soi-même.
Mais si on considère les dates de l’Abbé Aubert (1731-1814), on comprend mieux : au 18ème siècle bien des abbés débauchés ont sévi, et beaucoup en ont fait la propagande : ce n’est pas pour rien qu’on en trouve tant dans l’œuvre du marquis de Sade.
A cette époque, être abbé, c’était une façon de gagner sa vie ; façon qui laissait quand même du temps libre pour taquiner les boutons de roses…

Wednesday, January 18, 2012

Citation du 19 janvier 2012

Les héros doivent toujours quitter la ville. Parce que nul n'est prophète en son pays, parce qu'il faut toujours sortir pour prêcher, et donc prêcher toujours ailleurs, et donc toujours quitter. Pour se refaire une virginité.
Christine Angot – Quitter la ville
Se refaire une virginité
Il m’arrive parfois de donner une citation uniquement parce qu’elle est un prétexte à évoquer une idée.
Aujourd’hui c’est un peu le cas : l’idée est celle de la virginité qu’on pourrait – ou non – refaire.
La question est : peut-on « refaire » une virginité – la virginité n’est-elle pas, comme la pureté dont elle est le signe, ce qu’on ne peut retrouver après l’avoir perdu ?
L’exemple étant bien sûr la virginité féminine, dont certaines cultures font encore aujourd’hui la condition de l’acceptation des femmes non mariées dans la société. Sans parler des religieux …
La preuve que la virginité est irrémédiablement perdue dans le mariage est bien que, pour la Vierge Marie, il n’a pas fallu moins de trois miracles pour sauver sa virginité (1) : vierge même mariée ; vierge après avoir été fécondée ; vierge après avoir enfanté.
Je laisserai de côté la question du sens de la perte de virginité des femmes mariées ; après tout l’enfantement est saint et le sourire de l’enfant est un reflet de celui du Seigneur.
Par contre, élargissant le sens de la virginité à la pureté morale, on pourrait se demander d’où vient cet aspect irrémédiable de sa perte : pourquoi ne pourrait-on pas, comme le suggère Christine Angot, se refaire une virginité ?
Je suggèrerai que cette impossibilité renvoie au temps de la faute : la faute morale est essentiellement temporelle, inscrite dans l’histoire du sujet. Ce qui veut dire que, pas plus qu’on ne peut remonter le temps pour modifier les évènements passés, on ne peut faire que la faute n’ait pas été commise.
C’est cela qui fait la souffrance morale et le remord cuisant : « A tout jamais tu seras celui qui a commis cette faute. Tu peux toujours te faire pardonner : ta faute sera surmontée ; ce n’est pas pour autant qu’elle sera effacée ».
Certains torturés de la conscience font le même syndrome avec l’échec : « A tout jamais tu seras celui qui a loupé son bac l’année de tes 18 ans ! »
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(1) Une gâterie pour vous, chers lecteurs : la vidéo de l’abbé Guy Pagès consacrée à la virginité perpétuelle de la Mère de Jésus. Un régal.

Monday, January 25, 2010

Citation du 26 janvier 2010

Suzanne – Tu penses que ma dot / Est le fruit de tes seuls mérites? Figaro : Je me flattais en effet de le croire. Suzanne : Ce qu’il veut de moi : / Certaine demi-heure…/ Un ancien droit du seigneur…

Mozart / Da Ponte – Les noces de Figaro (Acte I, Scène 1)

Petite histoire des rumeurs et grande histoire des révolutions : le droit de cuissage du seigneur, mythe colporté par des récits d’origine incertaine, repris par Beaumarchais dans le Mariage de Figaro (ici évoqué à travers l’opéra de Mozart) : le comte Almaviva pousse Figaro à épouser Suzanne pour coucher avec elle le soir de ses noces, exerçant ainsi son droit de cuissage – droit qu’il venait pourtant de supprimer… Bizarre inconséquence, mais il n’y aurait pas de théâtre sans coup de théâtre.

Rappelons que Voltaire dans son Essai sur les mœurs et l’esprit des nations accrédite lui-même cet insupportable pouvoir (1).

Insupportable pouvoir… Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit : le Seigneur aurait dans ce cas un pouvoir tyrannique et exorbitant : celui de déflorer toutes les filles de son domaine, exigeant ainsi une propriété sur ce qu’il y a de plus précieux dans une femme. On a fait des révolutions pour moins que ça…

Nous y voilà : le droit de cuissage, aussi inique - aussi fantasmatique - qu’il soit, est un révélateur véridique de ce qu’était la femme dans ces temps lointains (sic) : une virginité – plus prosaïquement un hymen. Combien de jeunes femmes ont-elle eu leur vie ravagée pour être arrivées au mariage déflorée (mot que je n’écris que pour en faire ressentir l’horreur).

On rappellera alors l’extraordinaire courage de Buffon qui a affirmé que l’hymen n’existait pas – ou plutôt : qu’il se développe au cours de la croissance de la fillette, et qu’il est susceptible de repousser après avoir été déchiré (lire ici).

Mais voilà : Buffon s’était trompé, l’hymen ne repousse pas… Et il y a encore aujourd’hui des cliniques où on les reconstitue … Et il y a sans doute des comtes Almaviva beaucoup moins scrupuleux que lui… Et il y a des femmes vitriolées pour être arrivées dévirginées au soir de leur noce…

Et il y a encore des Révolutions à faire.


(1) Vous avez vu, aux douzième et treizième siècles, les moines devenir princes, ainsi que les évêques ; ces évêques et ces moines partout à la tête du gouvernement féodal. Ils établirent des coutumes ridicules, aussi grossières que leurs mœurs ; le droit exclusif d'entrer dans une église avec un faucon sur le poing, le droit de faire battre les eaux des étangs par les cultivateurs pour empêcher les grenouilles d'interrompre le baron, le moine, ou le prélat ; le droit de passer la première nuit avec les nouvelles ma­riées dans leurs domaines ; le droit de rançonner les marchands forains ; car alors il n'y avait point d'autres marchands.

Voltaire – Essai sur les mœurs et l’esprit des nations (p.148)

Lire le reste ici

Friday, December 12, 2008

Citation du 13 décembre 2008


[...] la nature féminine est un abandon sous forme de résistance.

Sören Kierkegaard – Le Journal du séducteur, trad. F. et O. Prior et M. H. Guignot, p.156 (voir Ou bien… Ou bien… Tel, p.235 et s.)

Une jeune fille est faible quand elle a tout donné, – elle a tout perdu ; car l’innocence chez l’homme est un élément négatif, mais chez la femme c’est l’essence de sa nature. A présent toute résistance est impossible, et il n’est beau d’aimer que tant qu’elle dure, lorsqu’elle a pris fin, ce n’est que faiblesse et habitude.

Idem – p. 251

Il en va du Journal du séducteur comme d’Un amour de Swann : c’est le seul passage de l’œuvre qu’on cite parce qu’on n’a pas eu le courage de lire le reste. Et pourtant si la séduction est importante pour Kierkegaard, ce n’est qu’à titre de révélateur de ce qu’est l’étape érotique de l’existence.

Sans entrer dans des détails qui n’auraient pas leur place ici, disons que ce qui caractérise cette étape – et donc la séduction – c’est la transitivité, l’instabilité. Oui, c’est bien cela : le séducteur vit au plus haut degré cette instabilité comme désirable, et il veut séduire un objet lui-même instable : la jeune fille remplit parfaitement cet objectif, puisqu’elle va de la résistance à la capitulation. Dès qu’elle a été séduite (= déflorée) elle est abandonnée par ce qu’elle n’a plus rien à défendre – et donc plus d’occasion de résister.

Que serait Don Juan s’il revenait aujourd’hui ?

Serait-il plus proche de Molière – celui qui crache au ciel ? Ou plus proche de Mozart – avec l’air du catalogue (1). Bien que Kierkegaard y fasse explicitement référence (Ou bien… Ou bien… p. 103), on reste dubitatif devant cette liste en se demandant comment un homme si peu soucieux de garder le souvenir de ses conquêtes aurait l’envie de les cataloguer. Quand à célébrer sa performance, on en doute encore plus, sauf à rappeler que c’est Leporello qui tient la comptabilité de cette liste. (2)

Puisque aujourd’hui la virginité n’est plus une « qualité essentielle de la femme » (3), Don Juan devrait d’abord résoudre cette question : quel abandon caractérise chez une femme le don de soi ?

Que les Don Juan qui me lisent répondent, parce que, quant à moi, je ne saurais le faire.


(1) Chanté par Leporello, le valet de Don juan à Dona Elvira son épouse, cet air récapitule les conquêtes de son époux, consignées dans un catalogue :

Madamina, il catalogo è questo / Delle belle che amò il padron mio; / un catalogo egli è che ho fatt'io; / Osservate, leggete con me.
In Italia seicento e quaranta; / In Alemagna duecento e trentuna; / Cento in Francia, in Turchia novantuna; / Ma in Ispagna son già mille e tre.

(Traduction : Belle dame, regardez cette liste / des conquêtes que fit mon, bon maître, / catalogue dressé par moi-même ! / Je vous prie, lisez avec moi : / Italie, voyez, six cent trente ! / Allemagne, deux cent trente et une ; / cent pour la France, et soixante en Turquie ! / Mais en Espagne, déjà mille et trois.) – Ne pas oublier que le livret est de Lorenzo Da Ponte.

(2) De fait l’air du catalogue comme le fait observer Kierkegaard a surtout pour rôle d’humilier Elvire.

(3) Voir Post du 20 novembre 2008

Wednesday, November 19, 2008

Citation du 20 novembre 2008


La virginité n’est pas une qualité essentielle en ce que son absence n’a pas d’incidence sur la vie matrimoniale.
Cour d’appel de Douai – Jugement sur l’affaire de mariage annulé pour cause de mensonge de l’épousée sur sa virginité. – Cité dans Libération du 18 novembre page 7
Que ceux qui lisent ce post en dehors de nos frontières veuillent bien se documenter sur cette affaire qui a défrayé notre chronique. Mais peut-être est-ce leur avis qui nous éclairerait le plus.
Voilà donc où nous en sommes : ce jugement paraît en France – je parle sous le contrôle de mes concitoyens – être une évidence.
Evidence qui avait été offusquée par un premier jugement annulant le mariage au motif du mensonge de l’épousée... jugement interprété par certains comme fondé sur le manque de confiance inaugural qui empêcherait le mariage. En réalité, le droit français annule un mariage non en raison d’un mensonge en tant que tel, mais lorsque celui-ci affecte une qualité essentielle de la femme – ou de l’homme d’ailleurs – portant ainsi atteinte à la vie matrimoniale. Ce jugement nous a ému parce qu’il nous a ramené des années en arrière, lorsque chez nous aussi la virginité était le tabou absolu.
Qu’on songe combien de femmes ont vécu de drames pour avoir eu l’hymen rompu avant leur mariage – et je ne parle même pas des grossesses prénuptiales.
Je voudrais quand même dire que, quand ce tabou existait (même dans un passé déjà assez lointain), des voix se sont élevées contre lui, et citer le plus prestigieux d’entre eux, le plus respecté, le plus souvent cité. J’ai nommé Buffon.
Buffon affirme que les petites filles n’ont pas d’hymen, ce qui veut dire que celui-ci pousse au moment de la puberté. Mais écoutez, le plus important est à venir. Car l’hymen non seulement pousse à la puberté, mais il continue après ! Et ainsi, une femme déflorée (excusez le vilain mot), peut à condition d’éviter les rapports sexuels pendant un certain temps récupérer sa « virginité ». Voici un extrait de son texte :
« … il est arrivé plus d’une fois que des filles qui avaient eu plus d’une faiblesse, n’ont pas laissé de donner ensuite à leur mari cette preuve de leur virginité sans autre artifice que celui d’avoir renoncé pendant quelque temps à leur commerce illégitime. » Buffon – Histoire naturelle (extraits Folio) p. 85 (1)
On a déjà compris la conséquence : à quoi bon faire un drame d’une absence de virginité, puisque de toute façon, même les femmes qui paraissent vierges ne le sont peut-être pas ?

(1) On s’étonnera peut-être de l’ignorance de Buffon de la réalité anatomique féminine. Il faut dire que l’examen des parties génitales des filles et des femmes par des hommes – eux qui avaient la science – était prohibé, et que Buffon, en matière de sexe féminin vu sous l’angle scientifique, n’a eu que des cadavres à disséquer.

Sunday, November 04, 2007

Citation du 5 novembre 2007

C'est une des superstitions de l'esprit humain d'avoir imaginé que la virginité pouvait être une vertu.

Voltaire

Voltaire relève ici l’écart entre la chose et le symbole : du pucelage à la vertu il n’y a selon lui d’autre rapport que fantasmé.

Soit. Mais en rejetant sans plus la valeur de ce symbole, il passe à côté de choses bien surprenantes.

- Si la virginité est une vertu, de quelle vertu s’agit-il ?

Question qui pourrait surprendre ceux qui imaginent que la pureté de la Vierge Marie nous révèle l’essentiel de la virginité : car c’est bien cela qui vient d’abord à l’esprit. Mais très vite, la virginité se dégrade en naïveté : on parle cette fois de la fille vierge, comme de celle qui n’a aucune expérience de la sexualité (1).

Mais nous oublions en chemin une très vieille tradition qui fait de la femme guerrière une vierge. Ça commence avec Athéna, déesse guerrière et chaste. Artémis, notre Diane chasseresse, idem (encore que pour elle l’imaginaire occidental à engendré de nombreuses représentations du Bain de Diane).

Mais ne laissons pas dans l’ombre ce qui nous est sans doute le mieux connu : la Valkyrie.

Les Valkyries, dans la mythologie nordique, sont des vierges guerrières, dont Wagner a fait une peinture musicale particulièrement évocatrice (2).

- Venons-en à l’essentiel : qu’est-ce qui fait que la vierge de pureté puisse aussi être la vierge farouche et sanguinaire ? Certes on sait bien que la vertu de la morale (à la quelle pense Voltaire) est aussi vertu la force (virtu de Machiavel). Mais ça n’explique pas grand chose.

Deux idées peuvent nous aider à y voir plus clair :

- D’abord, l’idée que l’énergie du combattant exclut un gaspillage des forces. La sexualité absorbant une part des forces de l’individu, la soustrait ainsi à un autre usage (d’où l’obligation faite aux sportifs d’une abstinence sexuelle avant l’exploit qu’ils doivent accomplir).

- Et puis, concernant les guerrière indomptées, l’idée que dans l’acte sexuel la femme est dominée par l’homme. La Valkyrie n’a jamais accepté la domination, ne peut donc avoir rencontré un homme ailleurs que le glaive à la main.

On est très loin de Marie-Mère-de-Dieu…

(1) On considérait autrefois qu’il y a des degrés dans la virginité : d’une pucelle qui avait été associée à des débauches sans pour autant avoir été déflorée, on disait qu’elle avait été « déveloutée » : poétique, non ?

(2) Aujourd’hui, le nombre de sites proposant en téléchargement pour les téléphones portables la Chevauchée des Valkyries est effarant.