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Sunday, October 29, 2017

Citation du 30 octobre 2017

Le temps qui change tout / change aussi nos humeurs. Chaque âge a ses plaisirs, / son esprit et ses mœurs.
Boileau – L'Art poétique (1674), Chant III, 373
Oui, chaque âge a ses plaisirs : cette formule est devenue proverbiale, et c’est la raison pour la quelle il est bon de la resituer dans les vers de Boileau.
Car il ne s’agit pas tant de formuler cette sentence avec un soupir de résignation ; il faut observer que ce sont des désir nouveaux, des « humeurs » nouvelles qui ont éclos avec  le temps et qui gouvernent ces nouveaux plaisirs.

Or, voilà le « hic » : pour nous aujourd’hui, sorti de l’enfance, nous voudrions pourtant ne pas avoir franchi les frontières de l’âge, voire même qu’elles aient été effacées afin de rester les éternels adolescents que nous fûmes – qui dansaient toute la nuit avant d’aller contempler le lever du soleil,



 Il ne s’agit pas non plus de hausser les épaules : « Avec mes rhumatisme, comment voulez-vous que je tienne le coup jusqu’à l’aube ? Et en plus, pourquoi faire ? »
Là apparaît l’essentiel : ce qui nous faisait jouir étant jeune n’est même plus désiré aujourd’hui, quand nous fêtons nos 75 printemps. Mais soulignons-le fortement : tout a changé, ce qui nous faisait envie ne le fait plus ; et ce qui ne nous faisait pas envie, le fait à présent.

- Oui, mais quoi ?


Thursday, September 21, 2017

Citation du 22 septembre 2017

Les femmes aussi ont leurs saisons. L'été ne dure pas toujours et après l'été... Ah oui ! Les splendeurs de l'automne ! Mais combien éphémères !! Qui prend le temps de regarder et d'aimer l'automne ?
Françoise Dumoulin-Tessier / Le Salon vert

Aujourd’hui c’est l’automne… Saison des mélancolies et des regrets des beaux jours enfuis…
Mais non ! Regardons avec encore plus d’intensité le jour d’aujourd’hui, et au lieu de regretter le passé, jouissons du présent.

…Ainsi va-t-il des songeries poétiques : elle dérapent facilement dans la métaphore – comme par exemple de voir les saisons de l’années comme des étapes de la vie. « Les femmes aussi ont leurs saisons » dit notre auteure-du-jour. Et de regretter aussi tôt « Qui prend le temps de regarder et d'aimer l'automne ? »
L’automne des femmes est-il une saison dédaignée par leurs amoureux ?
Déjà, il faudrait savoir de quoi on parle avec cette métaphore. Sophie Fontanel a allumé la mèche avec son livre « Une apparition » : les femmes doivent oser montrer leurs cheveux blancs et en être fière. Montrer ses cheveux blancs, simplement parce que c’est ça ce que « l’automne de la vie » apporte ? Mais montrer cela, n’est-ce pas plutôt « une transgression presque obscène » demande Mona Chollet dans son Blog ? Ne faudrait-il pas plutôt montrer cette arrière-été comme le moment où se récoltent les plus beaux fruits, ceux qui sont plus gros et plus savoureux pour avoir mûri plus longtemps (même s’il a fallu un peu de silicone pour y arriver ?)



Alors : la quelle de ces deux maturités préférez-vous ? la gauche ou  la droite ? Allez-y ; faites votre choix : comme vous le savez, La Citation-du-jour n’a pas l’habitude de choisir à la place de ses lecteurs.
D’ailleurs, messieurs, votre choix, on le connait déjà : il dépend de votre âge.
Le démon de midi, vous connaissez ?

N.B. A propos du démon de midi, on peut lire ici quelques conseils à suivre… pour madame dont le mari a pris de l’âge. Mais aucun pour l’homme dont l’épouse a franchi le Rubicon de la ménopause. Bizarre…

Monday, July 03, 2017

Citation du 4 juillet 2017

Le mépris pour l'autorité de la vieillesse est un sentiment inné dans les jeunes gens, c'est afin que chacun devienne sage à ses propres dépens.
Bacon – Dignitate et augmentis scientiarum (1605)
« Les bourgeois, c’est comme les cochons, / Plus ça devient vieux, plus ça devient bête  / Les bourgeois c'est comme les cochons  / Plus ça devient vieux plus ça devient c-… »


Jacques Brel – Les Bourgeois

D’où vient l’autorité ? De l’âge ou bien de la sagesse ? La première prend la forme d’une sorte de gravité héritée des articulations usées par l’arthrose et de la voix chevrotante ; la seconde est acquise par l’expérience qui, d’échec en échec conduit à la prudence et induit une sorte de science de la vie.
Du coup, il y a deux mépris pour l’autorité :
- l’un qui est congénital, pousse « les jeunes c… à monter leur derrière aux respectables messieurs en leur chantant etc. » – cf. citation-du-jour. C’est bien ce type de mépris qu’illustre la chanson de Jacques Brel, puisque ces jeunes voyous deviennent avec l’âge des bons bourgeois également ridicules aux yeux de la nouvelle génération.
- Et l’autre qui refuse d’admettre que l’expérience puisse donner un droit quelconque à gouverner les actions des autres. Ce sont des anarchistes qui ne refusent pas de croire que l’expérience enrichisse l’action, mais seulement que, comme chacun est seul à pouvoir en décider, l’expérience des autres ne sert à rien pour orienter leur propre action.
o-o-o
Séquence confession :

Je l’avoue : moi aussi, j’ai éprouvé le mépris des vieux du temps de ma jeunesse : ceux-ci pouvaient me rudoyer en me promettant qu’un jour, moi aussi, je serai comme eux ; il n’en restait pas moins que j’étais persuadé qu’ils avaient toujours été comme cela – et que je ne serai jamais comme eux, que la vieillesse était une essence et qu’elle était immuable : on ne devenait pas vieux, on naissait comme ça. Du coup, il en allait de même pour la jeunesse : le jeune était destiné à le rester indéfiniment, jusqu’à ce qu’il disparaisse – ploup ! Crevant comme une bulle de savon !

Thursday, June 29, 2017

Citation du 30 juin 2017

Tous mes jours sont des adieux
Chateaubriand
Nous voici, avec Chateaubriand, dans la posture romantique, faite de regret et de mélancolie pour les jours enfuis, emportant ce qu’il y a en nous de meilleur et ne laissant à la place que soupirs et nostalgie.
Et pourquoi pas « Tous mes jours sont des bonjours » (valable aussi en 2 mots) ? Pourquoi ne pas se réjouir même de voir disparaître quelque chose de nous avec le temps qui passe ? Oui, pourquoi ne pas espérer que l’avenir nous délivre de nous-mêmes ? Si l’on est effectivement au fond du désespoir, on devrait espérer que ce couvercle de plomb qui écrase notre horizon et nous prive de tout avenir se soulève, qu’on puisse enfin lui dire adieu ?
Seulement voilà : en fait de romantisme, cette pensée-là est une pensée dépressive. On l’a expliqué  en disant que les romantiques étaient en réalité de jeunes aristocrates spoliés de leurs biens, ou privés de l’aventure révolutionnaire, ou encore des ambitieux venus après l’épopée napoléonienne. Des jeunes gens qui auraient voulu être plus vieux pour pouvoir vivre l’époque où tout basculait, et où le renouveau surgissait de partout. Bref : l’avenir est alors celui d’une décadence, parce qu’on s’éloigne toujours d’avantage d’un âge d’or définitivement révolu.

De nos jours cette phrase pourrait être prononcée dans deux cas possibles :
- soit il s’agit d’un vieillard qui regrette les jours passés et qui chaque matin a perdu un peu plus ce qui faisait de lui un être conquérant et heureux de l’être.

- soit il s’agit d’un être jeune mais qui se comporte comme un vieillard – entendez qu’il se définit seulement par rapport au passé porté par les anciens, et non comme un jeune héros qui prend l’avenir à plein bras pour le modeler selon ses désirs.

Friday, May 12, 2017

Citation du 13 mai 2017

Monsieur Pascal est mort de vieillesse à l’âge de 39 ans.
Racine
Cette affirmation de Racine soulève bien des remarques :
- D’abord, nous dirions aujourd’hui que Pascal est mort non pas de vieillesse mais de maladie, et il faudrait sans doute mette un pluriel ici. Mais Racine l’affirme : c’est bel et bien de vieillesse et non de maladie que Pascal serait mort.
- Racine suppose donc que 39 ans (l’âge de Pascal) est un âge où l’on peut être vieux. On sait bien que le vieillissement était au 17ème siècle plus rapide qu’aujourd’hui et qu’un homme de 50 ans était déjà un barbon, mais quand même.
Quand Pascal mourut – donc à 39 ans – d’une maladie qu’on suppose avoir été un cancer, il était depuis presque 20 ans considéré comme un malade qui ne devait son extraordinaire activité qu’à une volonté inflexible et une capacité intellectuelle hors du commun. Les exégètes qui se sont penchés sur les documents concernant sa vie admettent pour la plupart qu’il a du être affecté d’un certain nombre de pathologies qui, mises bout à bout, ont usé cet organisme en amenuisant ses résistances et en détruisant peu à peu sa vitalité.
Quoiqu’il en soit, retenons quand même que, si Racine a raison, alors la vieillesse ne dépendrait pas de l’âge car, comme on le dit encore parfois, « on a l’âge de ses artères ».

Qu’est-ce donc qu’être vieux ?
            - Par rapport au vécu « intérieur », être vieux c’est sentir dans le déclin de ses forces que l’existence fait à rebours le chemin accompli dans la jeunesse.
            - Par rapport au monde extérieur, c’est se sentir en décalage croissant avec les innovations de la modernité. Plus généralement, c’est aussi voir dans les nouvelles générations des êtres incompréhensibles et décadents.
Selon le premier critère, la vieillesse ne dépend pas forcément de l’âge effectif. Pascal, vieux à 39 ans était usé par la maladie, et c’est seulement s’il avait bénéficié de soins efficaces qu’il aurait pu continuer à être jeune en étant trentenaire.
Selon le second, la vieillesse dépend de la civilisation : est-elle conservatrice et alors la vieillesse n’arrive jamais, ou plutôt elle serait inversée, les jeunes étant ceux qui sont en décalage par rapport  à la civilisation, et devenant peu à peu en meilleur adéquation avec le temps.

Nous, ça fait plus de 50 ans qu’on le sait : Papa, t’es plus dans le coup ! (Voir ici)