Tuesday, June 11, 2013
Citation du 12 juin 2013
Tuesday, October 27, 2009
Citation du 28 octobre 2009
Ce qui nous empêche souvent de nous abandonner à un seul vice est que nous en avons plusieurs.
La Rochefoucauld – Maximes
Ce qui est un peu énervant avec ces moralistes du XVIIème siècle, c’est leur côté misanthrope : finalement on devine que Molière n’a pas eu à aller très loin pour trouvent le modèle d’Alceste ; en tout cas La Rochefoucauld incarne bien le parangon (1) de cette morale qui triomphe avec la contre-réforme…
Hé bien, faut-il donc déplorer que nos vices soient si nombreux qu’ils se détruisent les uns les autres ? Et que – paradoxalement – le vrai vicieux soit finalement l’être « pur », celui qui n’est obsédé que par un seul vice ce qui lui permet de s’y livrer sans retenue ? En tout cas, relevons que La Rochefoucauld entérine cette conception de l’homme qui en fait un lieu de conflit entre des tendances opposées, admettant ainsi comme les stoïciens que c’est seulement en dehors de l’homme – dans la nature – que l’harmonie existe.
Est-ce si sûr ? Bricolons donc un peu cette citation ; et si on disait : « Ce qu’il y a de bien avec les vertus, c’est qu’elles s’épaulent et se renforcent les une les autres » ?
Parce que voyez-vous, si la vertu s’oppose au vice, ce n’est pas seulement en tant que le bien s’oppose au mal ; elle doit aussi remplacer le conflit par de l’harmonie.
Dans ce cas, nous aurions une clé pour analyser le comportement humain :
- D’un côté, tous ceux qu’on voit hésiter, délibérer, se reprendre et qui finalement ne font rien : ce sont les poly-vicieux, ceux qui se débattent au milieu de leurs multiples turpitudes ;
- De l’autre, tous ceux qui n’hésitent jamais dans la vie, qui donnent l’impression de n’avoir jamais à choisir parce qu’ils ont toujours déjà choisi ; et là il faut distinguer :
--> ceux qui sont animés par l’accord harmonieux des vertus (amour du prochain ; respect mystique du sacré ; force héroïque de caractère, etc…)
--> ceux qui sont des monomaniaques du vice, qui n’en connaissent qu’un – mais qui le connaissent bien.
(1) Le mot du jour :
Parangon – Exemple ou modèle (en particulier de vertu)
Friday, May 18, 2007
Citation du 19 mai 2007
Le croyant qui ne macère pas sa chair par une abstinence appropriée, qui la nourrit de vices et de concupiscences, assimile la graisse des péchés, et, en face de Dieu, il devient un rebut putride.
Hildegard von Bingen - Le Livre des oeuvres divines
Le racisme anti-gros ne date pas d’hier. La phobie de la graisse n’est pas nouvelle en effet : Hildegarde a vécu au XIIème siècle, époque qui n’est pas spécialement réputée pour ses régimes diététiques. Et pourtant, voici que la nourriture, la graisse, la putréfaction, apparaissent déjà comme des symboles du mal
L’un des aspects de cette condamnation porte donc sur la graisse : la mauvaise graisse comme on dirait aujourd’hui, qui est le symbole du péché, et du vice.
Les gros, les obèses, voilà des termes péjoratifs : pourquoi condamner ainsi le « surpoids » ? Est-ce parce qu’il devient un handicap pour ceux qui en sont porteur ? Non, bien sûr : personne n’aurait l’idée d’ajouter au malheur d’un sourd ou d’un aveugle en lui reprochant son infirmité. Non seulement l’obèse est considéré comme responsable de son obésité, mais encore c’est par une pratique pernicieuse, par un amour déréglé de la nourriture, par une gourmandise vicieuse assortie d’une absence totale de volonté, qu’il provoque et entretient ce dérèglement. Il est jugé aussi sévèrement que l’alcoolique, et même plus peut-être, parce qu’on pense que l’alcoolique est victime d’une dépendance - une addiction comme on dit aujourd’hui - qui finit par le rendre irresponsable.
Ce que pointe Hildegarde, c’est ceci : la graisse est le symbole du péché, parce que, comme lui, elle prolifère sur le corps, lorsque le désir parasite ses fonctions vitales et les détoure vers la jouissance.
Au fond, c’est peut-être cela qui nous frappe : il n’y a pas besoin de tabou alimentaire (1), interdisant la consommation de tel ou tel type de viande ou de nourriture. Ce qui est condamné ici, c’est le détournement de la satisfaction du besoin vers la jouissance du désir.
C’est exactement ce que disait Freud à propose de la libido : elle se développe par étayage (voir ceci) sur une fonction biologique : voyez le petit enfant qui tête sa mère. Une fois rassasié, il ne tête plus mais il suçote : ceci ne permet plus de se nourrir, mais il se donne du plaisir. La libido (orale) se développe par parasitage de la nutrition.
Alors suffirait-il de sucer sa tablette de chocolat ? Non, parce que si on échappe à la graisse, on n’échappe pas au péché.
(1) Voir Post du 24 septembre 2006
Friday, October 06, 2006
Citation du 6 octobre 2006
On n'ose guère avouer que l'on voudrait les plaisirs du vice en récompense de la vertu.
Alain
Pouvons-nous nous passer du vice ? Certes, tout dépend de ce que vous consentirez à appeler vice. Alors, racontez-moi un peu ; c’est quoi votre vice ? (1). … Et puis non, gardez vos secrets, après tout la clandestinité fait partie de la jouissance ; de toute façon la vraie question n’est pas là.
Car la citation d’Alain pose cette autre question : pourquoi sommes-nous vertueux ? Et voilà ce que suggère Alain : nous voulons gagner sur tous les tableaux ; avoir, comme on dit, le beurre et l’argent du beurre ; la conscience tranquille de l’homme vertueux et la jouissance du vicieux. Pas très moral, ça. Mais il y a pire. Selon Alain, nous voudrions que la satisfaction de nos vices soit attachée à notre vertu comme sa récompense, j’allais dire, que le vice soit le mobile de la vertu. Comment peut-on oser demander une chose pareille !
Mais attendez : voilà un scandale pire encore que le précédent : qu’importe que nos plaisirs soient innocents ou coupables, il suffit que nous admettions que nous ne pratiquons la vertu que pour en être récompensés : là est la faute. On ne peut se réfugier dans le relativisme, du genre « le vice des uns est la vertu des autres ». C’est l’idée même de récompense qui est vicieuse : se conduire moralement exclut l’attente de la récompense.
Kant a même pris la peine d’en faire la théorie : on ne peut être vertueux que par devoir, et toute idée de récompense de la vertu (et qu’importe alors que ce soit une récompense vicieuse) ne doit être qu’une possibilité et non le mobile de notre action. La vertu me rend digne d’être heureux dit Kant. Mais je ne peux être vertueux pour être heureux.
Et donc la question initiale : pourquoi sommes-nous vertueux ? admet une réponse : nous ne sommes pas vertueux par aspiration au bonheur (même si ce n’est que la fierté d’avoir bien agi), mais par respect pour la loi morale. Un exemple ? Si je dois secourir mon prochain par respect pour l’humanité qu’il incarne, je dois le faire quelque soit le prochain en question : que ce soit un gentil citoyen ou un pouilleux infecte, c’est tout pareil.
Voilà. Vous ne direz plus que les philosophes ne s’intéressent qu’aux questions. La réponse, vous venez de la prendre, en plein dans la conscience !
(1) Et ne me dites pas que c’est un petit carré de chocolat avant de vous coucher ; ça ne marchera pas.