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Thursday, April 27, 2017

Citation du 28 avril 2017

Songez qu'on n'arrête jamais de se battre et qu'avoir vaincu n'est trois fois rien / Et que tout est remis en cause du moment que l'homme de l'homme est comptable / Nous avons vu faire de grandes choses mais il y en eut d’épouvantables / Car il n’est pas toujours facile de savoir où est le mal où est le bien.
Aragon – Les poètes

Victoire !
Quelle victoire ? Où est-elle ? A quoi la reconnaît-on ?
1 – Il y a la victoire sur l’ordre des choses, comme l’alpiniste qui parvient au sommet d’une montagne : il a vaincu l’Everest ! C’est donc une victoire.
2 – Cette victoire de l'alpiniste, c'est aussi une victoire sur lui-même : le vainqueur s’est battu contre lui-même comme s’il était un autre. S’il a souffert, c’est parce qu’il le voulait bien, et que c’était une expression de sa liberté. Le mal enduré devient alors un bien.
3 – Mais une victoire c’est aussi et peut-être surtout ce qu’on remporte sur autrui, à son détriment dans la mesure où l’autre voulait aussi la gagner : il y a eu compétition, un vaincu est nécessaire pour qu’il y ait un vainqueur. Quoi de plus normal ?
Oui, mais on peut aller plus loin : compétition implique combat et donc des coups reçus et puis donnés. Peut-on souhaiter la victoire si c’est au prix de souffrances infligées aux autres ? Oh, certes on verra tout de suite qu’il est des compétitions dans les quelles on ne voudra pas de la victoire si c’est au prix du mal fait aux autres. On va sans problème tricher pour perdre quand on joue avec un petit enfant qui ne le supporterait pas. Certes –  mais normalement on admet que faire le mal est possible quand c’est dans une compétition dans la quelle l’autre a, par avance, accepté de le subir. Et sans parler de compétition, la guerre est une situation où détruire l’ennemi est la règle, car tel est le prix de la victoire – ou du moins de la survie.
Sauf que dans ces cas-là, faire le mal est en quelque sorte lavé du péché : on ne l’a pas voulu directement, ce n’est qu’une condition annexe, adventice, quelque chose comme un dégât collatéral. D’ailleurs à la guerre on ne tue plus les ennemis : on les neutralise. Le jour où on pourra les rendre inoffensifs provisoirement, le temps de les désarmer (par exemple avec des gaz spéciaux) alors tout ira bien. On peut aussi dire que le mal doit être proportionné à l’attaque redoutée. Est-il permis de tuer des petits enfants rien que pour « neutraliser » les terroristes qui se cachent derrière eux ? Ce serait une monstruosité.

C’est là qu’Aragon reprend la parole : où est la victoire quand on doit faire le compte des souffrances infligées à l’ennemi ?

Sunday, December 18, 2016

Citation du 19 décembre 2016

Un mauvais général vaut mieux que deux bons.
Napoléon
Il est des citations dont la valeur dépend de celle de leurs auteurs. Ainsi de cette surprenante assertion concernant l’art de la guerre, qu’on ne retiendra que parce qu’elle émane de Napoléon, car on suppose qu’il savait de quoi il parlait.
Oui, mais en plus de lui faire confiance, on voudrait comprendre pourquoi il a dit cela et savoir si on peut généraliser. L’idée est simple : une mauvaise décision est moins mauvaise que pas de décision du tout. Or, c’est ce qui risque d’arriver si deux généraux se disputent pour savoir qui des deux commandera la manœuvre. En revanche une manœuvre mal organisée par un mauvais général risquera de perdre du temps et de mettre en péril l’armée ; mais ce péril sera moins grand que d’attendre l’arme au pied pendant que l’ennemi s’organise et charge.
Le point litigieux est d’admettre que nos deux « bons généraux » ne seront pas d’accord sur ce qu’il convient de faire. Pourquoi ne donneraient-ils pas leur approbation aux mêmes décisions ? Certes, c’est sûrement ce qui doit arriver.
Mais alors le danger signalé par Napoléon se trouve ailleurs : c’est que chaque chef d’armée veut être le seul vainqueur, et donc être le seul à porter la responsabilité de la manœuvre. Napoléon le sait bien, lui qui a remporté tant de victoires : pas question d’accorder l’ordre de charger à Austerlitz à l’un de ses généraux : c’est lui seul qui a remporté la victoire et il n’a laissé à ses généraux que des rôles d’exécutants. Bref, un bon général ce n’est pas seulement un général capable d’organiser la bataille ; c’est surtout un général victorieux

Sans être obnubilés par les élections françaises, songeons que nos « Primaires » de la droite ou de la gauche ont le même profil : ce qu’il nous faut ce n’est pas forcément le meilleur ; c’est le vainqueur. Et il se pourrait que ce ne soit pas le même.
Bien sûr, il faut que le vainqueur soit bien malin sinon il ne remporterait pas la victoire. Soit – Réécrivons donc la citation de Napoléon : « Un général (= candidat aux élections) malin vaut mieux que deux (= concurrents) bons (= sincères). » Traduisons : « Qu’importe que notre candidat élu soit bon, du moment qu’il est le plus malin »

Vous n’êtes pas d’accord ? Et pourtant on vous dit maintenant qu’à droite le candidat choisi est entrain de modifier le programme sur le quel il a été élu pour se mettre en accord avec l’opinion qui va décider de l’élection présidentielle. Autrement dit, le programme n’est pas fait pour gouverner, mais seulement pour être élu. Si ça ce n’est pas être malin, alors il faudra me dire qu’est-ce que c’est donc ?

Friday, July 08, 2016

Citation du 9 juillet 2016

«- Vous marquez un doublé, vous vous qualifiez pour la finale, c’est une soirée de rêve pour vous. Que ressentez-vous à cet instant ?
- Je suis très content mais il reste encore un match. »
Antoine Griezmann (Attaquant de l’équipe de France de Football, après la victoire sur l’équipe d’Allemagne jeudi 7 juillet - Lire ici)
Retour sur le concept de victoire : réalité objective ou sentiment subjectif ?
Mais pour aujourd’hui, restons modeste : la victoire suppose qu’on ait terminé le combat, rangé les armes et nettoyé ses plaies. Mais par contre, celui qui chante victoire avant d’en avoir terminé – voire même qui, comme le Lièvre de la fable, part avec retard, comme s’il était de son honneur de s’infliger un handicap – risque de bien mauvaises surprises.
Voyons ça :
Donc, la France a battu l’Allemagne – oui : La Mannschaft ! – en demi-finale de l’Euro de football. Yahooouuuu !!!
- Et alors, direz-vous ? C’est bien, mais ce serait mieux si l’équipe de France avait gagné la finale : dimanche prochain il faudra encore battre le Portugal et ça, ce n’est pas fait…
C’est là, chers lecteurs qu’il faut faire très attention : car la victoire obtenue jeudi à Marseille par l’équipe de France, c’est un peu plus qu’une victoire sur un pays lambda. C’est une victoire sur l’équipe qui a envoyé Battiston au tapis en 1982 (c’est loin, je sais, mais on n’a pas oublié – voir la vidéo ici) ; ou bien encore, celui qui nous a barré la route des demis au mondial de 2014. Bref : au lieu de considérer que le but du match France-Allemagne d’hier était d’accéder à la finale, il faut dire qu’il était pour la France de relever la tête face à un ennemi jugé plus fort que nous (1).
Donc une victoire se définit à partir de l’objectif fixé, et celui-ci à son tour se définit par l’étape qu’il permet de franchir. Pour nous, pas de doute : on n’est peut-être pas les plus forts, mais on est plus forts que les allemands ! Et ça c’est une certitude qu’on en va pas user avant 20 ans.
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(1) Tout le monde raconte la blague : « Le foot, ça se joue avec 22 joueurs, un arbitre et à la fin c’est l’Allemagne qui gagne. »

Thursday, June 30, 2016

Citation du 1er juillet 2016

Victoire... Défaite... Ces mots n'ont point de sens. La vie est au-dessous de ces images, et déjà prépare de nouvelles images. Une victoire affaiblit un peuple, une défaite en réveille un autre.
Antoine de Saint-Exupéry – Vol de nuit (1931)
Je vois la victoire comme une borne sur une autoroute sans fin.
Joan Benoit Samuelson
Consolation –
Comme chaque année j’ai une pensée pour les candidats bacheliers : j’aimerais consoler ceux qui vont rester sur le carreau, mais aussi avertir ceux qui réussissent à passer la barre.

Victoire... Défaite...
Voyons un peu du côté des sportifs, footballeurs ou tennismen. Que disent-ils à propos de chaque match ? Avant : je prends chaque match l’un après l’autre. Après : il me faut travailler d’avantage pour la prochaine compétition. C’est une continuité faite de l’égrènement des épreuves : voilà qui prime sur la victoire et la défaite. Chaque coupe gagnée doit être remise en jeu ; chaque élimination est l’occasion d’une réinscription.

Quel est le problème ? Aucun si l’effort consenti permet de s’inscrire dans une dynamique qui se déploie par en-dessous. Par contre, si on voit ces épreuves comme des rééditions de la même épreuve, comme un « éternel retour du même » : alors oui, il y a problème. Raphael Nadal, neuf fois vainqueur de Roland Garros a réalisé un exploit hors du commun – et après ? Que lui reste-t-il aujourd’hui (à supposer qu’il ne puisse plus revenir dans la compétition) ? Qu’a-t-il obtenu qu’il n’aurait pas eu s’il avait gagné non pas neuf, mais huit ou dix fois ? La défaite ne vaut guère plus en terme de signification, si elle n’est qu’une prise de conscience d’une situation par rapport à l’objectif de la compétition.
Le bac maintenant.
Imaginez un peu : vous êtes candidat au bac et vous attendez les résultats. Quel qu’ils soient vous aurez deux possibilités : soit d’exulter soit de vous désespérer – Reçu, vous vous estimez déjà à l’étape suivant, étudiant ou chercheur d’emploi , c’est selon les circonstances. Mais en cas d’échec ? Vous sentez-vous marqué à tout jamais, comme celui qui a raté son bac ? Mais, de toute façon, dites-vous que, quand vous aurez 50 ans, à moins d’avoir un psychisme un peu bizarre, vous n’y penserez vraiment plus du tout.

Dans notre Citation-du-jour, Saint-Exupéry considère que vainqueur ou vaincu, c’est du pareil au même à condition d’être toujours dans la prospective –  Et justement : tout passe, tout s’efface, la nouvelle étape recouvre la précédente et l’oubli fait le reste.