(1) Il s’agit de la Fronde.
Friday, December 02, 2016
Citation du 3 décembre 2016
(1) Il s’agit de la Fronde.
Tuesday, October 11, 2016
Citation du 12 octobre 2016
Tuesday, August 24, 2010
Citation du 25 août 2010
ma vengeance est perdue/ S'il ignore en mourant que c'est moi qui le tue.
Racine – Andromaque (Acte IV, scène IV)
Je me rappelle encore des délicieux moments passés durant mon enfance à lire Le comte de Monte-Cristo. Le plaisir que j’éprouvais tenait au récit de la vengeance d’Edmond Dantès, qui est un ressort essentiel du roman. Le meilleur du meilleur n’est-il pas quand, au moment ou le traître, tombant dans le piège tendu par notre héros, celui-ci enlève son masque et apparaît en officier de marine victime de sa machination ? Un peu mélodramatique, mais très efficace. Comme Clovis fracassant la tête du soldat en lui disant : « Rappelle-toi du vase de Soisson… ».
La vengeance est donc personnelle, à la différence de la sanction judiciaire qui est par définition impersonnelle. (Voir Post d’hier). Personnelle, ça veut dire : qui implique un rapport entre deux personnes.
La vengeance suppose donc un rapport à autrui, quelque chose qui, comme le désir, apporte une jouissance à condition d’avoir un objet bien spécifique : l’Autre.
Au fond, c’est ça qu’il faut retenir : ma vengeance n’est une compensation du mal qu’on m’a fait subir que dans la mesure où à cette douleur correspond le plaisir de faire souffrir celui qui en est responsable. C’est ainsi que Nietzsche rappelait que chez les romains, le criminel était livré à ses victimes pour qu’elles en jouissent comme bon leur semblait : soit en le réduisant en esclavage, en le torturant, en le faisant périr à petit feu… C’est là que la punition trouvait sa véritable signification.
Lorsqu’on n’imagine pas d’autres compensation possible, alors on est dans le système de la vendetta.
Monday, August 23, 2010
Citation du 24 août 2010
Les vengeances châtient, mais n'éliminent pas les fautes.
Cervantès – Les travaux de Persilès et Sigismonde
Voilà une pensée qui suffirait s’il en était besoin à nous conforter dans l’idée que le châtiment judiciaire ne peut en aucun cas être l’expression d’une vengeance – du moins si on croit que la sanction infligée par la justice est la condition pour la réintégration du criminel dans la société.
Mais plutôt que de redire ce qu’on sait déjà, il serait plus judicieux de s’interroger : la vengeance n’efface pas les fautes, soit. Mais est-ce que quelque chose – n’importe quoi – le peut ?
Par exemple, on sait que la malheureuse femme de Barbe-Bleue s’efforce d’effacer la tâche de sang sur la clé du placard, où sont remisés les cadavres de femmes de son cruel mari (1). Mais c’est en vain.
La faute est irrémédiable, quand je l’ai commise, à tout jamais il restera vrai que moi – oui, moi – j’ai fait ça. Qu’on me pardonne effacera les conséquences de la faute, mais pas la faute elle-même. D’ailleurs, comme notre éminent alias Docteur-Philo l’a remarqué, ce sont les autres – et jamais nous-mêmes qui peuvent nous pardonner.
Reste à dire si cette impossibilité supprime l’écart enter la vengeance et le châtiment judiciaire ? Je veux dire que si le châtiment ne répare rien du tout, sa seule utilité ne serait-elle pas alors de nous venger ?
Je crois l’avoir déjà signalé : entre vengeance et châtiment, la différence consiste dans l’existence ou dans l’absence de limites. La sanction judiciaire a de tout temps été une souffrance limitée infligée à un coupable ; les châtiments corporels rigoureusement comptabilisés : tant de coup de fouet pour tel crime. Même la torture était définie par des textes très précis : il y avait la question ordinaire et la question extraordinaire.
Maintenant, imaginez qu’on vous ait massacré votre femme ou vos enfants. Vous allez vous venger ? Quand serez vous assez vengé ? Vous voudrez étrangler de vos propres mains le criminel ; et puis vous souhaiterez qu’il ressuscite pour l’étouffer de nouveau. Un peu comme Miles Davis qui disait (à la fin de sa vie) : « Quand j’étais jeune je voulais étrangler les blancs et que pour chacun ça dure deux heures. Maintenant je voudrais que ça dure huit jours. »
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(1) L’actualité nous invite à dire que de nos jours, la femme aurait dû utiliser la clé du congélateur. Mais, c’est toujours le même problème : on peut tuer ; mais que fait-on du corps ? D’ailleurs vous êtes vous jamais demandé pourquoi Barbe-Bleue n’enterrait pas ses victimes ? Aurait-il été un collectionneur de cadavres ?
Thursday, May 14, 2009
Citation du 15 mai 2009
Qui juge lentement juge sûrement.
Sophocle – Oedipe Roi
C’est curieux comme ce précepte a traversé les âges au point qu’il sert encore aujourd’hui à justifier les lenteurs de la justice.
On nous dit : c’est parce que la justice est sérieuse, parce qu’elle prend tout le temps nécessaire pour instruire l’affaire, qu’il ne faut pas tenir compte des jours et les années à attendre que justice soit rendue, mais être seulement attentif à la mise en lumière de la vérité. Et d’opposer à la vénérable justice, la justice expéditive, celle des émeutes, de la populace et des lynchages.
Oui, mais les victimes protestent : pour elles pas de justice sans punition, et pas de coupable non châtié. Le délai mis à le condamner est autant de jours de justice volés aux victimes. En témoigne la revendication de l’emprisonnement préventif : que je croise dans la rue mon agresseur en instance de jugement et c’est un épouvantable déni de justice – alors que ce n’est que la stricte application d’une principe fondateur de celle-ci, je veux dire l’habeas corpus.
- Oui, mais interrogeons cette hâte à châtier : n’y a-t-il pas là quelque chose qui se dit ?
Quelque chose qui aurait à voir avec la vengeance ?
La condamnation du criminel ne serait alors qu’un substitut de vengeance – une vengeance institutionnelle. Or, la vengeance est une passion de l’ordre de la réaction à l’agression. Et comme telle elle n’a qu’une hâte, c’est qu’au crime succède instantanément le châtiment.
Et même si on dit d’elle que c’est un plat qui se mange froid, il faut entendre je crois qu’elle se consomme même froide. Mais qu’elle est meilleure chaude.