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Sunday, September 17, 2017

Citation du 18 septembre 2017

L'art du gouvernement consiste à organiser l'idolâtrie.
Bernard Shaw ; L'homme et le surhomme (1903)
Ce n'est pas l'incrédulité qui est dangereuse dans notre société, c'est la croyance.
Bernard Shaw ; Androclès et le lion (1912)

On lira de surcroît la Citation-du-jour du 5 septembre : Tout Etat social a besoin des fictions. – Paul Valéry (Cité par Emanuel Macron dans son interview au magasine Le Point)

Cultiver ou refuser l’imaginaire dans la vie sociale ? Il faudrait un très long développement pour clarifier cette alternative, et je n’en chercherai pas tant pour aujourd’hui.
Mais on peut quand même réfléchir à cet état de fait que soulignent nos Auteurs-du-jour : aucune société humaine ne peut exister sans le recours à une fiction, que ce soit celle d’un Etre tout puissant ou celle d’un chef qui l’incarnerait.
Et si le Tout-Puissant ou le chef « délégué » ne sont pas en cause, alors il s’agit d’un idéal d’avenir porté par une représentation du « destin de l’humanité ».

Je retiens donc que la fiction (qu’on nommera selon les cas avenir transcendant ou idolâtrie) est inévitable dans le développement des sociétés – et que partout où le pouvoir est centralisé dans quelques mains, un idéal d’espérance ou une représentation d’un châtiment futur existe. On a dit que là se trouve le véritable point d’origine des sociétés humaines (1), ce qui signifie qu’on ne saurait en faire l’économie.
Le Président Macron dont je rapportais les propos récemment (réf. ci-dessus), disait fort honnêtement (à moins que ce ne soit cyniquement ?) que la France avait besoin de croire à l’avenir et qu’elle devait porter en elle une représentation de ce qu’il faut espérer. Bien sûr il ne disait pas en quoi il faut espérer. Car tel est le privilège du philosophe-président : une fois qu’il a dit que la cause première existe, il retourne finir sa sieste, nous plantant là sans nous en dire plus.
--> Mais quelle est donc cette « cause première » en la quelle nous devons espérer ?

La Citation-du-jour veut bien vous dire en quoi faut-il espérer : 
            - En la venue du règne de Dieu ?
            - Dans l’avènement de la société sans classe ?
            - Dans la société sans régulation ni frein permettant de s’enrichir sans limite ?
À vous de choisir : il faut bien vous mouiller un petit peu…
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(1) Yuval Noah – Sapiens, une brève histoire de l’humanité.

Friday, January 29, 2016

Citation du 30 janvier 2016

C’est le paradoxe suprême de la pensée que de vouloir découvrir quelque chose qu’elle-même ne puisse penser
Kierkegaard


Ci-dessus : « Mise au point de la pilule qui rend la lecture de Kierkegaard compréhensible du premier coup »
Plonk et Replonk – Voir ici

Cette carte humoristique paraît d’abord inspirée par le nom  épouvantablement compliqué de Kierkegaard (ah ! ce double « a » ! et encore on laisse de côté le prénom : Søren avec le « o » barré) – mais on aurait tort : après tout, en danois le nom Kierkegaard signifie « ferme de l’église », pas plus compliqué de Dupont, qui devait habiter près d’un pont.
La difficulté de lire Kierkegaard viendrait-elle de son style ou de la complexité de sa pensée ? Pas plus, même si ces gros livres sont parfois assommants (1).
Non : selon Kierkegaard le principal objet de la pensée – et donc des livres où elle se déploie – est de se confronter à l’impensé c’est à dire essentiellement à l’impensable.
Au sens trivial, l’impensable peut en effet être quelque chose qu’on imagine mais qu’on refuse de prendre pour objet de réflexion : c’est quelque chose d’improbable, qui ne saurait exister ou qui ne le devrait pas. Mais bien sûr, on a ici affaire à autre chose : la transcendance qui ne peut se mettre en mots qui sont toujours liés à des concepts, c’est à dire à des significations générales.

On a ainsi un lien qui s’établit entre l’illisible et l’indicible. Et c’est toute la difficulté de la philosophie (mais pas seulement d’elle) que de savoir de quelle nature est l’illisible. Il se peut que le texte soit-il difficile à lire parce que la phrase épouse trop étroitement la complexité de la pensée. Bien sûr, il se peut que l’illisible ne soit qu’une ruse pour faire croire à la profondeur de la pensée : « Il ont troublé leur eau pour la rendre plus profonde » disait Nietzsche de certains métaphysiciens. Mais enfin, si des générations entières de philosophes se sont échinées à comprendre ce que voulaient dire leurs congénères on veut croire que ce n’est pas pour rien. Pourquoi tant d’efforts si ce n’est pour saisir une pensée de la transcendance ?
Oui, mais nous, simples lecteurs, saurons-nous vaincre la difficulté ? On sait que Kant avait un ami qui lui reprochait la difficulté lire  ses textes : « Quand je lis, disait-il, je mets un doigt sur le sujet un autre sur le verbe, un troisième sur le complément. Mais avec toi, je n’ai jamais assez de doigts pour aller jusqu’au bout de tes phrases ! » Oui, pour ce monsieur, la découverte de la pilule facilitant la lecture serait une bénédiction. Mais pour celui qui recherche le contact avec le transcendant, alors une telle facilitation serait trompeuse, elle donnerait directement sur le contre-sens.
Reste que l’expression de l’impensable ne peut se faire que grâce à une sorte de théologie négative : faute de pouvoir dire ce qui est pensé, on peut dire ce qu’il n’est pas.
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(1) Un conseil : si vous voulez lire Kierkegaard, commencez par ses sermons : beaucoup plus simples. Il ne s’agissait quand même pas d’endormir les fidèles pendant le culte !

Wednesday, December 16, 2015

Citation du 17 décembre 2015

Une justice sans morale devient injustice ; de même qu'une morale et une justice qui ne font pas référence à Dieu dégradent l'homme, parce qu'elles le privent de sa mesure la plus exigeante, de ses possibilités les plus hautes, en lui barrant le regard sur l'infini et l'éternel. Cette apparente libération soumet l'homme à la dictature des majorités régnantes, à des mesures humaines arbitraires, qui finalement ne peuvent que lui faire violence.
Benoît XVI

- Sans Dieu, pas d’infini ni d’éternel sur le quel porter notre regard.
- Donc, pas de valeurs qui tirent l’homme vers le haut,
- Donc pas de justice sans morale fondée sur la Révélation.
On retrouve la problématique pascalienne qui, prenant acte de l’impossibilité où sont les hommes de décréter des lois justes – et qui s’imposeraient donc à tous par leur propre force – demandait à Dieu une justice universelle, gage de paix et d’entente entre les hommes. Et pour ceux qui n’écoutent pas Dieu, il ne reste que la force qui plie tout le monde sous le même joug. D’ailleurs Benoit XVI relève lui aussi cette conclusion : les lois humaines sont soumission à la dictature des majorités régnantes (donc aussi des démocraties et leurs apparentes libertés !).

Tout cela fonctionne sur un principe très simple. Pour qu’une loi s’impose par autre chose que le violence, il faut qu’elle émane d’une transcendance : n’y a-t-il donc pas de transcendance là où il n’y a pas de Dieu ? N’avons-nous que cette l’alternative : ou bien être un dévot, ou bien un pourceau ? (1). On sait bien que les idéologies ont su depuis très longtemps injecter de la transcendance dans l’immanence : c’est ce que Luc Ferry appelle la transcendance horizontale, celle du progrès de l’humanité (vision philosophique de l’histoire), ou bien restauration de l’état originel de l’humanité qui découvre sa véritable place dans la Nature ; ou encore qui (ré)invente l’immortalité grâce au transhumanisme.
Il n’y a que l’embarras du choix – Justement, comment choisir ?
Eh bien, c’est au fruit qu’on juge l’arbre. Demandez-vous quelles conséquences engendrent ces différentes valeurs. La quelle nous porte a la morale le plus haute ? A la justice la plus équitable ? Mais  n’oubliez pas de soumettre les religions au même examen.
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(1) On retrouve le thème du Discours du Latran de Nicolas Sarkozy du 20 décembre 2007 (déjà en présence de Benoit XVI). Reportez-vous ici,  moi je ne peux plus en parler, ça me donne un ulcère à l’estomac.

Friday, June 26, 2015

Citation du 27 juin 2015

Un fonctionnement, même optimal, d'une économie de marché, fût-elle la plus riche, ne garantit pas la survie de l'ensemble de la population.
Jean-Paul Fitoussi
Justification de la pauvreté II
Allons bon ! Nous revoilà (comme hier) avec la question de l’écart entre les riches et les pauvres ? Et avec celle des classes favorisées comparées aux défavorisés ? Qu’est-ce qu’on peut encore raconter d’intéressant là dessus ? Revenir au gâteau qu’on partage, et se demander s’il faut se battre pour avoir le couteau ou bien trimer pour le faire grossir ? Mais enfin ! Quelle naïveté ! Comme si on ne savait pas que depuis le premier jour de la création c’étaient toujours les plus forts qui l’emportaient et les plus faibles qui souffraient ! Quelle justice dans quelle société ? A part la Jérusalem céleste, je ne vois pas où la chercher, car c’est là que nous trouvons la promesse du retour au paradis perdu, à la pureté qui redeviendrait la nôtre une fois que nous aurons été définitivement lavés de nos péchés. Un lieu où nous serions enfin auprès de Dieu.

Bref : si c’est cela que nous demandons, alors on nous explique que ce n’est pas vers l’économie de marché qu’il faut se tourner pour l’obtenir. Car on comprend que dans l’immanence de la société – je veux dire : dans ce qu’elle est et ce qu’elle peut faire là, maintenant – rien de tel ne peut se produire : les forts exploiteront toujours les faibles, et s’ils ajoutent des justifications ce ne seront que des mensonges qui auront pour effet d’humilier d’avantage les victimes.
Si donc la société ne peut, dans son immanence nous donner ce que nous cherchons, où donc trouver la transcendance qui le permettra ?
Réponse : dans l’amour et l’amitié de la communauté humaine (réduite, pour commencer, à quelques hommes) ; ou dans l’espoir d’un avenir tel que celui de la société sans classe, ou encore dans l’attente d’un accomplissement ultime de l’humanité parvenue à la Raison. Bref c’est en la transcendance horizontale qu’il faut espérer.

Ceux que ce concept fait rire peuvent lire l’interview de Luc Ferry ici.