Showing posts with label tombeau. Show all posts
Showing posts with label tombeau. Show all posts

Monday, October 17, 2016

Citation du 18 octobre 2016

Et sur les femmes nues des musées, au gué, au gué / Faisait l'brouillon de ses baisers, au gué, au gué
Georges Brassens – Corne d’Auroch


CanovaAmour et Psyche ranimée par le baiser de l’Amour

« (A propos de la statue ci-dessus) : J’y suis revenu à plusieurs reprises, et à la dernière j’ai embrassé sous l’aisselle la femme pâmée qui tend vers l’Amour ses deux longs bras de marbre. Et le pied ! et la tête ! le profil ! Qu’on me le pardonne, ç’a été depuis longtemps mon seul baiser sensuel; il était quelque chose de plus encore, j’embrassais la beauté elle-même».
Flaubert – Oeuvres de jeunesse (La Pléiade).

- Agalmatophilie : étrange perversion qui fait éprouver un attrait érotique pour les œuvres d’art, statues en particulier.
Gustave Flaubert «fut saisi d’une crise d’agalmatophilie lors de son séjour en Italie, à la vue de la statue de Canova», Amour et Psyche ranimée par le baiser de l’Amour, qui se trouve aujourd’hui au Louvre. Les souilleurs de statues
o-o-o
Si vous avez la chance d’avoir près de chez vous un vieux cimetière rempli de statues funéraires, vous pouvez aussi y aller. Vous y ferez peut-être d'intéressantes découvertes, car voyez ce qui se produit au Père Lachaise sur la tombe de Victor Noir :
« Victor Noir, mort à l'âge de vingt-deux ans, tué d'un coup de pistolet par Pierre Bonaparte cousin de Napoléon III. Sa tombe est aujourd’hui l’un des monuments les plus visités du cimetière parisien du Père-Lachaise. L’œuvre a été conçue dans un réalisme dénué de tout ornement, où Noir apparaît dans l’état où il aurait été trouvé après le coup de feu, en lui faisant une virilité visible. Depuis on dit qu'en caressant ou qu’en se frottant à la protubérance, dont elles ont fait même l’objet d’un véritable culte,  les femmes recouvrent la fécondité. » Blog – Le doux pamplemousse


Tombe de Victor Noir au Père Lachaise
o-o-o
Agalmatophilie - On le voit, c'est une réalité souvent ignorée mais qui existe bel et bien : prendre une statue pour objet de satisfaction sensuelle. Et si la référence à Flaubert paraît un peu ancienne, plus récente est celle faite à Brassens et surtout à Victor Noir, dont on peut voir aujourd’hui encore l’état dans la quel la lubricité de quelques unes l’a mise.

On pourrait croire qu’il s’agit de personnes privées de contact sexuels avec les êtres humains en chair et en os ; mais qu’on se détrompe : comme le montre la tombe du Père Lachaise, les dames qui en usent sont tout sauf des nonnes en rupture de cloitre. Certains prétendent que ces statues sont des substituts de cadavres dont ils voudraient pouvoir disposer : les amoureux de ces sculptures ne seraient que des pervers. Peut-être, mais ce n’est sûrement pas là une vérité universelle : j’aime à imaginer les amoureux des musées tourner autour des statues antiques tout en poursuivant leurs fantasmes.

Monday, April 25, 2016

Citation du 26 avril 2015

Nous ne traitons pas les morts comme des déchets de la nature, mais comme des ancêtres.
Paul Ricœur – Dialogue sur l’histoire et l’imaginaire social
Le tombeau des héros est le cœur des vivants.
Malraux – Oraison funèbre de jeanne d’Arc
Un petit détour ce matin par le domaine des modes de sépultures. Quand je dis « mode », il faudrait presque prendre cela au sens courant : il devenu « à la mode » de faire incinérer les morts et, en dernier geste d’affection, de lui offrir un « épandage » de ses cendres dans un lieu particulier, choisi par le défunt ou par ses familiers.  Autrement dit, on ne lui donne pas un tombeau marqué à son nom et inviolable, mais on ne laisse pas non plus son urne funéraire trainer sur la voirie : n’oublions pas en effet le scandale lorsqu’on trouve dans un vide grenier une urne vendue comme vase pour mettre des fleurs et qui contient encore les cendres du grand-père !
Mais là où la citation de Ricœur nous laisse sceptiques, c’est quand il parle de poids des ancêtres dans l’attitude de respect envers les morts. Selon lui, cette attitude suppose un culte des ancêtres, la croyance en leur survie propice à la descendance de leur famille, dans l’au-delà d’où ils veillent sur les vivants – les quels doivent donc leur rendre un culte, au moins en allant s’incliner sur leur tombe une fois par an.

Que le corps, entendu comme dépouille post mortem, soit l’objet de soins attentifs comme le suppose Ricœur demande donc une petite vérification. Si nous ne faisons plus très attention à ce que devient le corps du défunt après la séparation d’avec le monde des vivants, c’est sans doute parce que nous sommes de plus en plus matérialistes : qui donc lève les yeux au ciel, pour invoquer l’âme du « cher-disparu-qui-nous-voit-de-là-haut » ? Le cher-disparu a en effet tiré sa révérence du monde qui est le notre et il n’y en a pas d’autres où il puisse se trouver. Si nous le cherchons, c’est dans notre cœur que nous le trouverons, où il est resté bien au chaud, dans les tendres souvenirs que nous gardons le lui – et quand au reste rien ne subsiste. Autrement dit, et comme le dit Malraux :
Ô Jeanne, sans  sépulture et sans portrait,
toi qui savais que le tombeau des héros est le coeur  des vivants !
Malraux - Mémorial de Jeanne d'Arc  Place du Vieux marché à Rouen.

Friday, January 03, 2014

Citation du 4 janvier 2014



Maintenant, j'entends la France me répondre. Au fond de l’abîme, elle se relève, elle marche, elle gravit la pente
Charles de Gaulle – Mémoires de guerre – L'appel : 1940-1942, chap. 8 « La France combattante »
De profundis clamavi ad te, Domine (Des profondeurs, j'ai crié vers toi, Seigneur)
Psaume 130
Au fond de l’abîme, elle se relève, elle marche, elle gravit la pente. Quel curieux De profundis, où l’on voit le mort, au lieu d’implorer la miséricorde du Tout-Puissant, remonter la pente à l’appel du Fils (1).
Mais cette effort, la France (puisque c’est d’elle qu’il s’agit), ne le fait que parce qu’elle est appelée à le faire.
Commentaire I
Si jamais aucun mort n’est sorti de sa tombe, c’est parce que jamais aucun vivant ne l’a appelé à le faire.
- Comment cela ? Voilà des propos sacrilèges qui devraient faire honte à ceux qui les écrivent ! Combien de fils éplorés, combien d’épouses en larmes n’ont elle supplié le Seigneur de leur rendre ne fut-ce qu’un instant leur précieux défunt !
Et on peut bien imaginer comment ça se passerait, car bien de films nous ont raconté des histoires de morts pas si morts que ça et qui reviennent prendre place dans le cours de la vie, comme si de rien n’était ? (2)
Mais à quoi bon y songer ? En réalité, les morts doivent quitter le monde des vivants, parce qu’ils n'ont plus leur place parmi eux. Il faudrait réfléchir à cette vérité que nous conte ce monument, photographié dans le vieux cimetière de Nice :



Alors que le mort, qu’on imagine grimaçant d’effort soulève la lourde dalle sous laquelle il git, s’apprête à sortir de la tombe, l’ange – qui veille au grain – d’un doigt impérieux lui indique le ciel. Là est sa vraie place : sortir de la tombe n’est que le début du voyage.
« Débarrasse le plancher et monte au ciel. C’est là-haut qu’est ta place – et que les vivants patientent : un jour ils iront te rejoindre. »
A suivre.
---------------------------------------------
(1) Citation complète de De Gaulle : « Trêve de doutes ! Penché sur le gouffre où la patrie a roulé, je suis son fils, qui l'appelle, lui tient la lumière, lui montre la voie du salut. Beaucoup, déjà, m'ont rejoint. D'autres viendront, j'en suis sûr !. Ah ! mère, tels que nous sommes, nous voici pour vous servir. »
(2) On pense bien sûr à « Le Ciel peut attendre », le film de Lubitsch (en streaming ici)

Friday, November 01, 2013

Citation du 2 novembre 2013


Des hommes illustres ont pour tombeau la terre entière.
Thucydide – Histoire de la guerre du Péloponnèse – Oraison funèbre de Périclès, II-43

Je dois me faire pardonner pour mon Post iconoclaste d’hier : combien parmi vous ont eu leur méditation funéraire gâchée en se représentant la tombe de Victor Noir au moment où ils disposaient leur pot de chrysanthème sur celle de leur cher disparu ?
o-o-o
Des hommes illustres ont pour tombeau la terre entière… Cette superbe phrase se suffit à elle-même – mais elle s’éclaire encore de la suite du texte :
« Des hommes illustres ont pour tombeau la terre entière. Leur mémoire ne se conserve pas seulement dans leur pays, où on leur élève des stèles avec des inscriptions, mais aussi en terre étrangère, où, à défaut d’épitaphe, leur souvenir reste gravé non dans la pierre, mais dans l’esprit de chacun. » (Lire ici)
Le tombeau a une fonction essentielle, qui est de permettre au mort de continuer à vivre, soit par magie (comme avec les pyramides égyptiennes), soit en entretenant le souvenir du disparu dans la mémoire des générations suivantes.
Thucydide relève cette seconde fonction : c’est en ce sens que le véritable tombeau est la renommée qui accompagne les hommes illustres, car ceux-ci n’ont pas besoin d’un tel monument pour continuer d’exister dans la mémoire des hommes.
Au moment où l’on parle de Panthéoniser quelques femmes, histoire de rétablir une parité mise à mal par des siècles d’hégémonie masculine, il est bon de se dire que celles-ci n’ont pas forcément besoin d’une telle précaution, et que leur renommée et l’attachement des hommes à leur cher souvenir est en effet le meilleur tombeau qu’on puisse leur souhaiter.
Bon – admettons quand même que leur ouvrir les portes du Panthéon soit une précaution utile.
--> Quelles femmes peut-on souhaiter voir entrer au Panthéon ?
Quelques exemples :
- Jeanne d’Arc (s’agissant de transférer ses cendres au Panthéon, ça serait la candidate idéale – sauf qu’elle a déjà été canonisée : que pourrait-on faire de mieux ?)
- Olympe de Gouges (Ça permettrait de la remettre à sa juste place dans le Souvenir National)
- Marie Curie (On n’aurait pas à l’y mettre puisqu’elle y est déjà : on n’aurait qu’à virer son mari, histoire de montrer que sa présence n’est plus indispensable pour y admettre sa femme).
- Simone de Beauvoir, sauf qu’elle aurait surement refusé d’y être installée.
…A vous, chers lecteurs de proposer vos candidates.

Thursday, October 31, 2013

Citation du 1er novembre 2013



La plus belle pierre tombale ne couvre qu'un cadavre.
Charles Aznavour
Voilà une citation bien désabusée pour ce jour de Toussaint où l’on va justement visiter des pierres tombales – ne risque-t-elle pas de nuire à notre méditation sur la tombe de nos chers disparus ?
Il faut donc rectifier : les pierres tombales couvrent effectivement un cadavre, mais elles ne font pas que ça. Voici un exemple à propos d’une des plus célèbres qui se trouve au Père Lachaise : il s’agit du tombeau de Victor Noir :

Et voici la description qu’en donne Wikipédia :
« En 1891, la dépouille [de Victor Noir assassiné par le neveu de Napoléon III], devenue un symbole républicain, est transférée au Père-Lachaise. Jules Dalou réalise son gisant en bronze, où Noir apparaît dans l’état où il aurait été trouvé après le coup de feu. […] Dalou modèle d’abord la figure nue avant de l’habiller, dotant en l'occurrence son œuvre d'une virilité bien moulée par le pantalon.» (Voir ici)
Le cadavre est donc doté d’un sexe érigé qui tend l’étoffe du pantalon. Pourquoi pas ?
Seulement, voilà : la patine du gisant de bronze est partie à cet endroit précis, comme si un frottement régulier l’avait effacée. Wiki, dans un accès de pudeur écrit (article cité) : « Un folklore veut en effet que les femmes en mal d’enfants touchent le gisant afin d’être rendues fertiles. »… Hum…
En réalité, on voit bien que ces dames ont dû enfourcher le gisant et frotter leur anatomie intime à cet endroit – peut-être en vue d’en obtenir le miracle de la fécondation – à moins que ce soit pour une autre jouissance plus immédiate. Quant à l’usure des souliers qu’on peut constater sur notre photo, on devine que certaines ont dû également y prendre leur pied. (1)
o-o-o
Rares sont les tombeaux d’aujourd’hui qui offrent de telles possibilités aux vivants. Occasion de réfléchir à la tombe qu’il faudrait édifier sur votre propre cadavre.
--> Parlez-en à votre conseiller funéraire, au moment de souscrire un contrat obsèques.
-----------------------------------
(1) On pensera peut-être qu’il parait difficile de se livrer à pareille gymnastique dans un lieu aussi fréquenté que le Père Lachaise. C’est oublier que ce  cimetière est également fréquenté la nuit par des visiteurs clandestins (ainsi que le montrait le film de Truffaut La chambre verte)