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Wednesday, September 14, 2016

Citation du 15 septembre 2016

- La théorie, c’est quand on comprend tout et que rien ne marche.
- La pratique, c’est quand tout marche mais on ne sait pas pourquoi.
- Ici, nous avons réuni les deux : rien ne marche et personne ne sait pourquoi.
Affichette apposée sur un très vieux moteur dans une exposition de machines anciennes
Attribué à Albert Einstein
Cité par Jean-Marie Farey, in Chantal Langeon et Jean-Marie Farey. T’es qu’un prof, toi ! (ABM éditions) page 154

Admettons, comme suggéré par notre Citation-du-jour, que la théorie soit avant tout caractérisée par le fait d’être issue toute entière de notre cerveau, et que la pratique soit quant à elle la conséquence des essais faits avec de la « matière ».
- Il y a quelques années, lors des premiers essais en vol de l’Airbus A-380 on apprenait que les tests préliminaires avaient été faits sur des programmes de simulations virtuelles, de telle sorte que le premier vol avec un homme aux commandes passait déjà pour une routine. On pourrait dans le même ordre citer la formation des pilotes qui implique beaucoup d’entrainements passés sur simulateur de vol. L’opposition que nous avions définie plus haut entre théorie et pratique n’aurait donc plus cours de nos jours ? Mais comment cela est-il imaginable ?
Certes, le vols spatiaux sont des exemples favorables : comme on n’a pas la possibilité de tester avant l’envol le matériel en condition de mission (les instruments de la sonde qui tourne autour de Jupiter, plongée dans des gaz hyper-corrosifs à haute pression tiendront-ils ?), il faut bien faire confiance aux calculs, mais on s’attend aussi à devoir essuyer quelques échecs avant de réussir.

.. J’en étais là de mes réflexions, considérant avec dépit que j’enfonçais bien des portes ouvertes, quand tout à coup je me suis animé : et nous ? Oui, nous, les « penseurs », les élucubrateurs, les « abstracteurs de quinte essence » comme disait Rabelais : ne sommes-nous pas obligés de confronter nos idées à la réalité ? Et si dans notre esprit une vérité doit être reconnue, ne devons-nous pas quand même la confronter au monde réel – et à défaut aux opinions qui nous environnent ?

Hélas ! Dans la perspective des élections de l’an prochain, la confrontation de nos projets avec la réalité nous amène à cet amère constat : Rien ne marche et personne ne sait pourquoi.

Monday, October 03, 2011

Citation du 4 octobre 2011

C'est la théorie qui décide de ce que nous pouvons observer.

Albert Einstein

J’en étais à chercher une pensée d’Einstein qui pourrait nous éclairer sur ce qu’il dirait au cas où, ressuscité, il aurait connaissance de ces impertinents neutrinos qui vont plus vite que les photons.

Et je tombe sur cette phrase : C'est la théorie qui décide de ce que nous pouvons observer – et je me dis que depuis l’époque de Galilée, on n’a pas beaucoup appris.

Je m’explique : Galilée, ayant inventé la lunette astronomique et ayant constaté qu’il y avait des montagnes sur la lune et des taches sur le soleil – ce qui contredisait à la théorie aristotélicienne dominante à son l’époque – s’entendit répondre : « Aristote n’a jamais dit qu’il fallait observer le ciel avec une lunette astronomique ».

Et alors aujourd’hui, certains disent : « il est impossible que les neutrinos aillent si vite, parce que la théorie de la relativité dit que c’est impossible… Donc votre observation est fausse.»

Qu’avons-nous donc appris depuis Galilée ? Que les révolutions scientifiques ne se font pas sans dégâts psychologiques (chez les physiciens) ? Qu’elles sont soutenues par les convictions des savants plus encore que par les expériences ?

En tous cas, on voit bien qu’un changement si radical dans la théorie ne va pas sans souffrances : même l’équipe qui a découvert ces neutrinos si véloces dit à la communauté scientifique « Montrez-nous que nous avons fait une erreur, et nous vous remercierons » – et ce n’est pas par modestie.

Maintenant, il y a des scientifiques plus « philosophes » qui disent : « Oh… Si c’est vérifié, il n’y aura pas à changer de théorie. On dira que dans la formule « E=mc2 », hé bien n’est-ce pas, la variable « c » ne désignera plus la vitesse de la lumière mais celle des neutrinos. »

--> Dites-moi pas que les photons, quand ils accélèrent, ils deviennent des neutrinos !

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N.B. Moi, pauvre philosophe, je n’ai pas le bagage scientifique (et surtout mathématique) pour en discuter, pourtant il y a quelque chose de bien embarrassant dans tout ça : c’est que les photons, même quand on les excite et qu’on leur balance de l’énergie supplémentaire, ils n’accélèrent pas ! Rien, pas un epsilon au-dessus des 300000km/s ! Qu’est-ce donc qui les retient, puisque les neutrinos, eux, ils sont capable d’aller plus vite ?

Tuesday, December 14, 2010

Citation du 15 décembre 2010


Il n'est point de vérité absolue, et les hommes se trompent bien moins, faute d'entrevoir la vérité, que faute d'en apercevoir les limites.
Gabriel Sénac de Meilhan (1736-1803) – Histoire de la vicomtesse de Vassy
Absolu 2
Il arrive que, comme par miracle, certaines citations énoncent une vérité que l’on avait péniblement découverte par ses propres moyens.
C’est ainsi que j’étais arrivé à l’idée que l’erreur dans les sciences – et aussi dans les théories qui prétendent à une vérité quelle qu’elle soit – tenait à ce qu’on ne savait pas délimiter le champ d’application de la théorie. Et je croyais que cette précieuse découverte était une quasi-exclusivité de mon entendement. Prétention ridicule, ainsi que me le prouve cette citation de Sénac de Meilhan (1).
Exemple : la théorie de l’inconscient freudien.
Si l’inconscient est bien une réalité et si cette réalité est bien décrite par les investigations de Freud, alors cette réalité est psychique et elle s’origine dans l’histoire de l’individu et – éventuellement – dans la réalité biologique de l’espèce. Dès lors il peut sembler curieux que Freud en fasse une clé pour interpréter des faits de société (Malaise dans la culture), de religion (Avenir d’une illusion), et qu’il en vienne même à la relier à l’évolution de l’humanité (Totem et tabou).
La théorie de l’inconscient est valable à condition qu’on la limite aux faits psychiques, et si elle ne s’y tient pas, c’est parce la théorie psychanalytique, pas plus qu’aucune autre théorie d’ailleurs, ne fait la théorie de ses propres limites. Ce qu’il faudrait donc dire, c’est : ma théorie va jusque-là et pas plus loin. (2)
Bien entendu, selon moi cette observation vaut également pour le matérialisme historique, que Marx a cru pouvoir utiliser pour expliquer aussi la religion et la culture – Staline s’en est servi pour envoyer au Goulag combien d’artistes ? (3)
Et voilà que la vicomtesse nous explique sans effort et sans complication que la vérité cesse de l’être quand on cesse d'en apercevoir les limites.
- Bon. J’en arrive alors à une autre conception de l’erreur : l’erreur procède de l’attachement narcissique à ses propres idées.
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(1) On lira sa biographie ici, qui ne fait pas mention dans son œuvre d’une Histoire de la vicomtesse de Vassy. La vicomtesse de Vassy aurait donné à Sénac de Meilhan une longue lettre-mémoires dont il rapporte le contenu dans son ouvrage : l’Emigré.
(2) Ce que doit faire naturellement le scientifique.
(3) On sait que Chostakovitch et Prokofiev y ont échappé de peu... (ça a couté à Prokofiev une Ode à Staline et à Chostakovitch sa 5ème symphonie).

Friday, February 05, 2010

Citation du 6 février 2010

Les théories ont causé plus d'expériences que les expériences n'ont causé de théories.

Joubert (1754-1824) – Carnets

Cette pensée serait bien banale si on ne tenait compte de la date à la quelle elle a été écrite : fin 18ème ou début 19ème siècle.

Car c’est devenu pour nous une banalité de dire que les théories doivent précéder l’expérience. Et on doit encore ajouter que les expériences confirmant les théories sont arrivées – quand elles l’ont été – parfois bien des années plus tard (1). Mais il nous semblait quand même qu’à l’époque de Joubert, au moment où la science commence à s’édifier, elle devait partir des observations pour formuler des hypothèses, au lieu de construire « à l’aveugle » des théories que l’expérience aurait eu pour tâche de valider ensuite.

C’est du moins ce que croyait encore Descartes au moment où il publiait son Discours de la méthode. Pour éviter les erreurs venant de l’imagination (maîtresse d’erreur et de fausseté disait Pascal), il est bon de rester dans le monde, campé les deux pieds dans la boue, à observer le cours des nuages et du vent ou le vol des oiseaux.

Oui, mais voilà qu’on veut en savoir d’avantage. Rien de ce qui peut faire progresser la science ne se voit plus à l’œil nu. Il faut donc faire appel à l’imagination soutenue par les mathématiques pour formuler les hypothèses qui manquent.

Mais, une fois les mathématiques introduites dans la méthode scientifique, elles ne se sont pas contentées de modéliser les rapports entre les phénomènes – ce qu’on leur demandait. Elles ont suggéré des généralisations, anticipant sur l’observation (telles que l’hypothèse du courant de déplacement imaginée par Maxwell – voir la note 1).

C’est alors que vraiment la théorie a précédé l’expérience, et donc qu’elle a pu la suggérer – ou plus simplement conduire à des observations comme celle de l’éclipse de soleil du 29 mai 1919 pour démontrer la théorie de la relativité.

Quand donc on demande d’où vient la théorie scientifique – si ce n’est pas de l’observation du monde ? on doit répondre aujourd’hui : des traités de mathématiques, même s’ils ont plus d’un siècle et demi et qu’ils sont très poussiéreux (2).

Mais en même temps on ne fait qu’épaissir le mystère du monde, justifiant pleinement alors le propos d’Einstein : l'éternel mystère du monde est son intelligibilité. (Voir ici)


(1) Exemple : L’électromagnétisme mis en évidence par l’oscillateur de Hertz 20 ans après l’hypothèse de Maxwell. Ou encore, l’expérience de Davisson et Germer, deux ans après la théorie ondulatoire de Louis de Broglie.

(2) C’est bien sûr à la théorie des cordes que je pense.