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Sunday, August 28, 2016

Citation du 29 aout 2016

Un monde gagné pour la technique est perdu pour la liberté.
Bernanos – La France contre les robots (1947)
Cet essai de Bernanos date de 1947, époque à laquelle les innovations techniques ne renvoyaient pas comme aujourd’hui à des modes de consommation, mais plutôt à des modes de production. Ne faisant pas trop  la différence entre libéralisme et machinisme, Bernanos se livre à des imprécations politico-morales plus proches du marxisme que des utopies écologistes.

- 70 ans après que retiendrons-nous de cet essai ? Sa dénonciation visionnaire de la mondialisation et de ses délocalisations ? Certes. Mais on  notera surtout le décalage du point de vue : notre époque n’a plus peur de l’invasion des « robots » mais plutôt du ravage de la planète. La direction que prenait Bernanos en dénonçant les progrès techniques était-elle la voie qui aboutit aujourd’hui à l’altermondialisme ? Je ne le crois pas, du moins si l’on s’en tient à ces pages de 1947.
Reste que, de toute façon, nos peurs sont fonction des époques, dans la mesure où en changeant de période, nous les oublions parfaitement quand bien même le risque n’aurait pas disparu. La peur de la guerre atomique ? Oubliée – ce qui n’empêche que le feu nucléaire reste toujours menaçant. La peur du conflit entre deux puissances luttant pour avoir l’hégémonie mondiale (style 1984 de G. Orwell) ? Parlez-nous plutôt des ouvriers bangladais, payés 2 euros par jour. – N’empêche que les pays du Moyen-Orient s’étripent pour dominer la région et qu’on voit bien qu’il n'est pas possible de rester à l’écart de ces conflits.
Et puis, qui se souvient de la peur de voir des êtres humains clonés ?
- Peur des clones ? C’est quoi, ça ???
o-o-o
Mais surtout, n’y a-t-il pas une certaine naïveté à prononcer des condamnations définitives de certaines nouveautés, telles justement que les nouveautés radicales de la technique ? Croire que l’exploitation des hommes serait la conséquence du machinisme est une naïveté que Marx n’a pas commise : il recommandait de prendre les commandes des machines et non de les briser.

Et puis, en appeler comme le fait Bernanos à la rébellion de la jeunesse, c’est tout de même présomptueux. Nos jeunes sont trop occupés par la chasse aux Pokémons pour faire autre chose.

Friday, August 19, 2016

Citation du 20 aout 2016

Ce processus de Destruction Créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme : c'est en elle que consiste, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise capitaliste doit, bon gré mal gré, s'y adapter.
Joseph Schumpeter, 1943 Capitalisme, socialisme et démocratie, (Traduction française 191) – Lire le texte ici

Ceux qui croyaient que Schumpeter était une vieille lune dont la lecture était réservée à des universitaires un peu fripés, un peu poussiéreux vont devoir réviser leur jugement. Car voilà qu’on ressort avec force exclamations admiratives sa théorie de la Destruction créatrice, que l’on désigne comme l’alpha et l’oméga de l’économie libérale.
Il est vrai que l’idée est courante et qu’elle repose sur des observations facilement actualisables : l’évolution des techniques, des nouvelles méthodes de production et de distribution, après avoir détruit les emplois qui étaient attachés au stade précédent de l’évolution économique, en engendrent à présent des nouveaux Toutefois la nouveauté de la théorie de Schumpeter est à chercher ailleurs – à savoir dans la place accordée à l’innovation technique dans l’évolution économique.
Je ne ferai pas la critique de cette théorie, faute de compétence dans le domaine de l’économie. Mais en restant au ras des pâquerettes du quotidien, je me contenterai de poser cette question : derrière chaque emploi détruit, il y a un homme dont la place au sein de la nouvelle organisation n’est pas garantie. La destruction des emplois dans l’industrie peut bien être contrebalancée par des créations dans les emplois dans l’ingénierie numérique, rien ne dit que le chaudronnier de 45 ans qui vient d’être licencié pourra s’établir technicien de maintenance chez Interface numérique.


D’ailleurs, regardez le monsieur de 50 ans : quelle place parait-il occuper dans l’Entreprise ? Et puis, entre nous vous semble-t-il avoir été chaudronnier dans une vie antérieure ?

Wednesday, August 29, 2012

Citation du 29 août 2012


Toute l'industrie, tout le commerce finira par n'être qu'un immense bazar unique, où l'on s'approvisionnera de tout.         
Emile Zola – L'Argent

Je supposerai que si « tout se trouve dans le même bazar », c’est que tout peut y être acheté, et j’ai choisi de commenter cette citation en la faisant suivre d’autres citations– et rien d’autre.

- Dites-moi, Docteur, est-ce que je peux manger des agrumes le soir ?
- J’ai les seins qui tombent – Vous qui êtes chirurgien faites quelque chose…
- Mon petit garçon se touche le zizi à la récréation : est-ce que c’est normal ?
- Mon mari rentre de plus en plus tard du bureau : croyez-vous qu’il me trompe ?
- Mon mari me trompe, dois-je demander le divorce, Maître ?
- J’ai quelques économies, vous qui êtes banquier, dites-moi ce que je devrais en faire ?
…..
« La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu'un si grand nombre d'hommes, après que la nature les a affranchis depuis longtemps d'une direction étrangère (naturaliter maiorennes), restent cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu'il soit si facile à d'autres de se poser en tuteurs des premiers. Il est si aisé d'être mineur ! Si j'ai un livre, qui me tient lieu d'entendement, un directeur, qui me tient lieu de conscience, un médecin, qui décide pour moi de mon régime, etc..., je n'ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n'ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer ; d'autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c'est une chose pénible, c'est ce à quoi s'emploient fort bien les tuteurs qui, très aimablement, ont pris sur eux d'exercer une haute direction sur l'humanité. » Kant – Qu’est-ce que les lumières ? (1784) A lire ici

Tuesday, January 05, 2010

Citation du 6 janvier 2010

L'art, c'est l'homme ajouté à la nature.

Francis Bacon

…il est possible de parvenir à des connaissances […] fort utiles à la vie [que] pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature.

Descartes – Discours de la méthode, sixième partie.


Je m’étonne qu’en cette période où l’on déplore les effets néfastes du développement technique on n’ait pas abondamment cité cette phrase de Bacon.

Car étant entendu que le mot art y est pris dans son sens premier de savoir appliqué, donc de technique, on voit bien que pour qu’il y ait technique, il ne suffit pas qu’il y ait des hommes, il faut encore qu’il y ait une nature. Si nous la détruisons, nous empêchons en même temps la technique de se développer. L’idée est alors que faute de pouvoir préserver la nature de nos catastrophes techniques, il faudrait supprimer la technique, ou du moins l’encadrer très sévèrement.
Et donc, les actes de contrition que nous exécutons à l’égard de la nature devraient prendre ce sens précis : la nature est quelque choses qu’on « n’augmente pas », quelque chose à quoi on ne peut ni on ne doit « s’ajouter ». Tel est le message des peuples premiers qui nous expliquent que la nature doit être respectée, parce qu’elle est un grand Etre et que nous devons nous la concilier plutôt que l’exploiter.

Quelle est notre attitude vis-à-vis de la nature ? La considérons-nous comme ce à quoi « nous nous ajoutons » ? Ou ne serait-elle pas plutôt ce qui vient s’ajouter à nous ?

Heidegger appelle « arraisonnement » (Gestell) de la nature la provocation par laquelle elle est mise en demeure de livrer une énergie qui puisse comme telle être extraite et accumulée (1).

Il n’est sans doute pas besoin d’y insister : Heidegger a mieux que quiconque exposé la situation : nous considérons la nature comme un réservoir de ressources, et même quand nous voulons la protéger de nos abus, c’est encore en tant que réservoir que nous la considérons. Voyez ce qu’on dit à propos de la régulation de la pêche au thon rouge : il s’agit seulement de préserver le stock de poisson.

Il serait peut-être temps de se convertir à une autre vision de la nature, qui ferait d’elle de nouveau un milieu qui nous exprime en tant qu’être vivant. Mais pour cela il faudrait jeter Descartes pardessus bord


(1) La question de la technique [1954] par Martin Heidegger publié dans Essais et conférences

Thursday, August 27, 2009

Citation du 28 août 2009

Il est hélas devenu évident aujourd'hui que notre technologie a dépassé notre humanité.

Albert Einstein

On se dit d’abord que Einstein, le génie qui n’a pas dédaigné de mettre ses mains dans le cambouis de la technologie de la bombe A, doit savoir ce qu’il dit quand il affirme que l’humanité est maintenant dépassée par ses inventions technologiques.

Dépassée ? En quel sens ?

Je ne crois pas qu’Einstein parle de l’humanité au sens de disposition morale bienveillante, parce qu’on imagine qu'il pense plutôt à la technique comme moyen utilisé par la férocité humaine pour se renforcer ; moyennant quoi, ce serait l’humanité comme collection de tous les hommes existant qui serait visée ici.

Et d’imaginer que notre époque est celle de l’autodestruction de l’humanité, de l’extinction de l’espèce détruite par elle-même. Et c’est vrai que la peur de la 3ème guerre mondiale a été nourrie de ce genre de réflexion.

Et puis, on se dit que croire qu’on attendu les progrès techniques pour génocider l’espèce ce n’est pas si évident que ça et que l’humanité a toujours eu les moyens de se détruire.

- Rwanda 1994 : 700000 morts à la machette. C’est avec une technologie qui date de l’age du fer (quelques millénaires en arrière) que les Rwandais sont arrivées à ce résultat. Et je ne parle pas des camps d’extermination nazis, abattoirs humains qui n’étaient guère high-tech.

Alors, c'est vrai dans tous ces cas les génocideurs ne risquaient pas d'être victime de leur propre férocité.

Mais on savait pourtant que c'était possible: les victoires à la Pyrrhus, ça ne date pas d'hier.(1)


(1) Dénombrant les pertes subies par son armée à la victoire d'Ausculum, il aurait déclaré: "Si nous devons remporter une autre victoier sur les romains, nous sommes perdus".

Wednesday, August 02, 2006

Citation du 3 août 2006

Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé.
Gabor - « Loi de Gabor »
Voici la célèbre « loi » attribuée à Gabor.
Pour commencer, un petit coup de chapeau à Denis Gabor, physicien qui en 1948 invente l’hologramme, en réalise quelques images grâce à des interférences lumineuses, bien avant que le laser ne rende cette technique véritablement efficace. On voit que la loi de Gabor a fonctionné pour son auteur au delà de toute espérance.
Maintenant comment interpréter cette loi ? Aucun doute à ce sujet : allez faire un tour sur Google pour voir quel est son emploi : vous la trouverez sur les sites écolo, anti-OGM, anti-nucléaire, anti-clonage, etc.. Bref cette loi énonce quelque chose de menaçant. L’invention des techniques porterait en elle-même la pire des menaces. L’homme par son génie inventif devient l’ennemi de lui-même. Voilà bien des thèmes connus, voire même ressassés depuis des siècles. Seul le progrès fulgurant des techniques au cours du siècle dernier en ont renouvelé l’intérêt.
Observons déjà que la prophétie de Gabor (car sa loi n’en est pas une : sur quelle épreuve pourrait-on la tester ?) porte non pas sur les découvertes de la technique (il ne nous dit pas qu’on en découvrira toujours de nouvelles), mais sur leur utilisation. Aujourd’hui, l’interprétation courante de la Loi de Gabor, nous l’avons vu, est que l’utilisation de certaines techniques est en soi une menace : voyez Jacques Testart, qui préfère abandonner ses recherches en génétique humaine plutôt que de courir le risque, en faisant progresser la science, de faire progresser les possibilités de manipuler le génome humain .
C’est cette interprétation qui paraît inquiétante. Hormis le scandale (pour un homme de science !) de préférer l’ignorance à la science (attitude grosse de toute les dérives obscurantistes, voire même sectaires), nous avons ici l’erreur qui consiste à croire que le développement des techniques est, en lui-même, bon ou mauvais.
Là dessus, voyez Ricœur : aucune invention n’est une promesse ni une menace ; seules les utilisations qu’on en fait le sont. Et je ne résiste pas au plaisir de le citer :
« A chaque époque ce que nous savons et ce que nous pouvons est à la fois chance et péril ; le même machinisme qui soulage la peine des hommes, qui multiplie les relations entre les hommes, qui atteste le règne de l’homme sur les choses, inaugure de nouveaux maux : le travail parcellaire, l’esclavage des usagers à l’égard des biens de civilisation, la guerre totale, l’injustice abstraite des grandes administrations » P. RICOEUR - Histoire et vérité (p. 81-86) - 1955
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