Showing posts with label tendresse. Show all posts
Showing posts with label tendresse. Show all posts

Saturday, March 18, 2017

Citation du 19 mars 2017

Béconomiser : ménager ses bisous, gérer avec parcimonie son capital tendresse.
Alain Finkielkraut – Petit fictionnaire illustré (1981)
Ci-contre : Alain Finkielkraut en 1984
On l’oublie souvent : Alain Finkielkraut n’a pas toujours été le censeur intransigeant des mauvais usagers de la langue française. Il a aussi commis dans sa jeunesse cet ouvrage fait de jeu avec les mots, de mot-valises permettant de stimuler l’imagination et en même temps de donner du plaisir.
« Le petit fictionnaire illustré (1981), clin d'œil humoristique à la langue interroge sur l'apparence et la réalité de phonèmes véhiculant nos pensées, tel un jeu de miroirs constamment brisés » (lire ici). Oui, au fond, si les mots nourrissent notre pensée il est vrai qu’en retour nous les fécondons de nouvelles significations, soit en les appareillant dans des phrases soit – plus radical – en les brisant pour les recoller mélangés entre eux.
Maintenant demandons-nous sérieusement ce que nous apporterait le mot « béconomiser » s’il était admis comme mot usuel.
- D’abord, si nous n’avions que le début de la phrase : « gérer avec économie son capital… » il est sûr qu’on n’irait jamais la compléter avec le mot tendresse. Je dirai même que le fait d’accoler la tendresse à la gestion d’un capital constitue un véritable scandale.

- Ensuite on admettrait que le fait de « gérer avec économie son capital tendresse » serait assez courant pour qu’on ait besoin d’un raccourci tel que ce mot pour le dire – économisant pour le coup le temps et la salive nécessaire pour énoncer la phrase que nous venons de recopier. Cette fréquence serait un second scandale. Heureusement, le Fictionnaire, autrement dit le dictionnaire des fictions du langage est là pour nous rassurer : tout cela n’est qu’un jeu innocent.

Wednesday, April 10, 2013

Citation du 11 avril 2013

Les femmes qui ont été abandonnées et qui souffrent d'un chagrin d'amour ont besoin, pour les apaiser, d'une certaine forme virile de la tendresse : où trouver cette tendresse mieux que chez un père ?
Jean Dutourd – Leporello, Ed. Plon - 2007.
Comme souvent chez Dutourd, plusieurs idées se mélangent et il convient de les distinguer avant de les relier.
- D’abord, l’amour chez la femme engendre une régression au stade infantile. C’est ainsi que la femme abandonnée a besoin pour être consolée par un papa (ou par son substitut).
- Ensuite, le papa comme la maman dispose d’un potentiel d’amour apportant la sécurité à l’enfant éploré ; cet amour s’appelle la tendresse.
- Enfin il existe une tendresse virile qu’il convient de distinguer de la tendresse féminine.
On me permettra de m’arrêter à cette dernière proposition qui est la plus singulière : tendresse virile ? N’est-ce pas un oxymore ? Quand deux hommes s’enlacent, ce n’est vraiment pas l’expression de la tendresse !

Oui, mais, avec les rugbymans, on n’a pas une représentation d’un papa et de son bébé.
… Et pourtant la tendresse d’un Papa qui donc n’en a pas rêvé ?
C’est ce que nous montre Anne Geddes :


La voici donc la forme virile de la tendresse qu’on peut trouver chez un père.
Qui donc, devant cette sublime image irait encore brailler dans les rues : les enfants ont droit à un papa et une maman. C’est bien d’un papa-maman qu’on rêve.

Saturday, December 19, 2009

Citation du 20 décembre 2009

Il n'y a jamais eu de créature. Il n'y a jamais eu que le couple. Dieu n'a pas créé l'homme et la femme l'un après l'autre. Il a créé deux corps jumeaux, unis par des lanières de chair qu'il a tranchées depuis, le jour où il a créé la tendresse.

Jean Giraudoux

Origine de l’amour 1

Une fois n’est pas coutume : nous n’allons pas ressortir la Sainte Bible pour faire l’exégèse de cette citation. Non. Prenons-là pour ce qu’elle paraît être : un fantasme inspiré très librement du récit biblique.

Puisqu’on y est, jetons pardessus bord aussi les hermaphrodites de Platon qui ne copulaient jamais parce qu’ils étaient accolées trop étroitement l’un à l’autre.

Alors, de quoi allons-nous parler ? De la gémellité ? Patience, je garde ça pour votre petit Noël.

Il nous reste malgré tout la tendresse, que Giraudoux nous présente comme la conséquence d’une rupture. Là où les lanières de chair ont été tranchées, il reste, entre deux êtres qui étaient unis le plus étroitement possible, la tendresse. Elle est ce qui reste quand on a perdu l’union charnelle.

A quoi pensait donc Giraudoux en parlant des lanières de chair unissant le couple originaire ? J’admets qu’il ne peut s’agir du cordon ombilical (1), puisqu’il unit la mère et l’enfant, alors qu’on a ici deux adultes (il le faut bien pour former un couple).

Vous voyez donc comme moi qu’on n’a plus le choix : à moins d’imaginer l’enlacement de chacun dans les bras de l’autre (et encore, on est loin des « lanières de chair »), il ne reste plus que le pénis.

Je vous vois froncer un peu les sourcils : des lanières, ça veut dire qu’il y en avait plusieurs. Or comme il n’y a qu’un pénis (vu qu’on sait qu’il s’agit de l’homme et de la femme), en quoi consistent les autres liens de chairs ?

J’ai dit tout à l’heure qu’à mon avis Giraudoux fantasmait. Pourquoi ne pas en faire autant ?

Vous me direz à quoi vous avez fantasmé en lisant ce Post. Moi, j’imagine qu’en plus du pénis, le lien de chair qui unissait Adam et Eve, c’était la langue. Vous voyez ce que je veux dire ? En tout cas c’est possible.

Et même c’est tout à fait raccord avec ce qui suit : sans le sexe et sans la possibilité de se parler ce qui unit encore deux êtres, c’est la tendresse.

Vous devriez essayer.


(1) C’était pourtant la thèse de Freud pour qui la tendresse est la transposition de la relation mère-enfant (déjà proposé dans le Post du 12 mars 2007).

Sunday, March 11, 2007

Citation du 12 mars 2007

Définition - La tendresse est la tendance à se livrer en toute faiblesse à la douceur d’être faible

Paul Valéry - Mélanges

La tendresse comment ça marche ?

Lisez cette citation, et puis dites-moi si vous êtes d’accord avec cette définition. Non ? Vous trouvez que Valéry disqualifie la tendresse, en fait un sentiment… comment dire ? Féminin ? Et alors, est-elle spécialement féminine ? N’y a-t-il pas une tendresse masculine ? Entre les amoureux, la tendresse est-elle la même que celle de la mère pour son enfant ? Ne vous bousculez pas : je vais vous répondre.

… Ou plutôt, je vais appeler au secours oncle Sigmund. Oncle Sigmund a toujours des images pour faire comprendre sa pensée de façon agréable. - L’amour, dit l’oncle, voyez-vous, c’est comme un tunnel qu’on creuserait par les deux bouts à la fois (comme le tunnel franco-anglais sous la Manche) : d’un côté, c’est la sensualité (=sexuel) qui creuse ; de l’autre, c’est la tendresse. Celui qui va le plus vite réduit d’autant l’espace acquis par l’autre. Plus il y a de sexualité, moins il y a de tendresse ; et réciproquement.

- D’accord, oncle Siggy… Mais tu n’as pas répondu à ma question : la tendresse, qu’est-ce que c’est ? - Hé bien voilà : la tendresse est une attitude envers autrui qui reproduit la relation de petit enfant envers sa mère - ou son père - censée lui apporter la sécurité, c’est à dire à ce besoin lié à sa pulsion d’auto-conservation. La tendresse, c’est l’amour pour celui qui protège, et non la revendication d’une jouissance pour soi-même, ce que sera la sensualité. Voilà pourquoi les deux sont antithétiques.

- Bon, oncle Sigmund, on a compris… Mais tu sais, tu n’as pas inventé grand chose. Nos théologiens ont depuis longtemps opposé l’amour de bienveillance (agapè) et l’amour de concupiscence (éros). En cette période de carême, il faudrait quand même s’en souvenir !

Va donc demander à Benoît XVI !